À surveiller
Le crime du garçon exquis
Ronald Lavallée (Fides)
Loyal et courageux, Matthew Callwood — avec lequel on a pu faire connaissance dans Tous des loups — combat l’ennemi dans les tranchées de Flandres. Alors qu’il tente en vain d’échapper à son passé de policier, ses supérieurs lui ordonnent d’enquêter sur un soldat canadien qui a présumément assassiné un rival amoureux. L’époque est rude et les préjugés, bien ancrés. On le presse d’enterrer au plus vite l’affaire. Le crime s’avère pourtant plus complexe qu’il n’y paraît et Callwood devra user de diplomatie pour découvrir la vérité. Le contexte d’une guerre, cependant, laisse peu de place à la délicatesse. Lavallée élabore à nouveau une trame riche à travers laquelle il tisse une intrigue profonde, qui emprunte d’étonnants chemins. En librairie le 23 octobre
Une mémoire de lion
Guillaume Morrissette (Saint-Jean)
Vingt-huit ans après la mort de sa détentrice, la carte de crédit d’une victime refait surface dans les mains de Padou, un homme atypique. Ce dernier arpente la ville de Trois-Rivières à vélo, utilisant Aslan, son lion en peluche, pour communiquer avec les gens. Que s’est-il réellement passé le soir de la mort de la jeune femme? Pourquoi Padou a-t-il sa carte de crédit? Les enquêteurs chargés de réouvrir le dossier se heurtent notamment à un obstacle insolite : ils doivent tirer les vers du nez d’une peluche. Avec sa verve habituelle, Guillaume Morrissette propose une fois de plus un thriller aussi original que palpitant. En librairie le 25 septembre
En attendant le déluge
Dolores Redondo (trad. Isabelle Gugnon) (Gallimard)
S’inspirant de faits divers, l’autrice reprend le personnage Bible John, jamais coincé, qui tuait de jeunes femmes à la sortie des bars en Écosse dans les années 1960. Sur sa trace, l’enquêteur Sherrington rate de justesse le tueur à Glasgow. En dépit de ses supérieurs et de sa santé délicate, il le poursuit jusqu’à Bilbao, où a lieu une fête annuelle qui attire son lot de jeunes en quête de plaisir. Dolores Redondo ajoute une touche d’urgence à ses intrigues en faisant rugir de puissantes rafales d’eau qui inondent les rues de la ville. La force de la nature, destructrice, s’entremêle au désir quasi obsessif de Sherrington de mettre la main sur le meurtrier.
Fracture
Johanne Seymour (Libre Expression)
Si on entend davantage celle des femmes qui en ont subi, la voix des hommes victimes d’agressions sexuelles est rarement abordée dans la sphère publique. C’est ce drame silencieux que Johanne Seymour a voulu mettre en lumière en présentant un trio d’amis d’enfance, abusés dans leur adolescence par leur entraîneur de baseball. Lorsque l’enquête sur la mort de leur agresseur dans un accident de voiture est réouverte, les trois copains revivent leur passé et craignent que leur secret soit étalé au grand jour, à moins qu’ils ne parviennent à s’en émanciper, et peut-être, à guérir. Mais cachent-ils autre chose?
Norferville
Franck Thilliez (Fleuve)
Franck Thilliez campe son prochain livre dans les terres inhospitalières du Grand Nord québécois. Le corps d’une jeune femme est découvert mutilé, non loin de la ville minière de Norferville et d’une réserve autochtone. Son père, un détective lyonnais, s’y précipite en vue de comprendre ce qui a pu se produire. Il y rencontre l’enquêtrice Léonie, chargée de l’affaire. Celle-ci cache un passé lourd en lien avec les lieux et appréhende les souvenirs qui y sont rattachés. L’auteur dépeint avec habileté l’angoisse ressentie au cœur de cette immensité glaciale autant que la situation des peuples innus qui l’habitent. En librairie le 27 septembre
Des livres aux accents historiques
La récente réédition de la série Les enquêtes de Joseph Laflamme n’est pas le fruit du hasard. Hervé Gagnon réservait une autre aventure à son journaliste et ses comparses dans Susan (Hugo Roman), qui se déroule à la fin du XIXe siècle, à Montréal. Joseph Laflamme est confronté aux meurtres de francs-maçons et aux attaques à l’endroit de prostituées, le tout dans un climat social tendu, alimenté par un prédicateur exalté. Dans La Femme de Montréal (Alire), Pauline Vincent dépeint une jeune journaliste qui, sachant qu’elle ne sera pas engagée, décide de se présenter déguisée en homme dans le but
d’obtenir un poste au sein de la rédaction d’un journal. Sitôt embauchée, elle est invitée à participer à une réunion de patriotes. Elle s’aperçoit bien vite que ces hommes sont misogynes et xénophobes. Infiltrant le groupe, la femme devra user de tous ses talents pour parvenir à déjouer leurs desseins. S’il se présente davantage comme un roman historique, Les guerriers de l’hiver (Michel Lafon) d’Olivier Norek possède tous les ingrédients d’un thriller palpitant. L’auteur se penche sur un fait méconnu qui reflète tristement notre réalité. En effet, alors que la Seconde Guerre mondiale débute, l’Union soviétique envahit la Finlande, croyant remporter aisément la victoire. C’était sans compter sur la ténacité et le courage des Finlandais, qui repousseront la lourde armée de l’ennemi après une centaine de jours d’âpres combats. Dans Le secret Atlas (Le Cherche midi) de Steve Berry, Cotton Malone et Cassiopée Vitt s’attaquent à la légende de l’or de Yamashita, un trésor japonais amassé durant la Deuxième Guerre mondiale et disparu depuis. Entre complot et manigances banquières, le duo devra résoudre plus d’une question!
Espions, mafiosos et autres mauvais garçons
Dans Coup de maître (HarperCollins) réapparaît l’espion féru d’art Gabriel Allon, créé par Daniel Silva, qui recherche un chef-d’œuvre de Vermeer disparu, dérobé pour le compte d’un magnat du pétrole qui a des accointances avec le pouvoir russe. L’affaire, qui prend des allures de conspiration, devra être réglée en dehors des voies légales afin d’éviter une
escalade vers un conflit mondial. C’est également la chose à éviter dans Mission Damas (Verso), de David McCloskey. Au cœur d’une Syrie sous haute tension, l’agent de la CIA Sam Joseph recrute Mariam Haddad avec l’intention qu’elle l’aide à faire la lumière sur la disparition d’un espion. Traqué par deux frères corrompus, le duo cherche à sauver sa vie autant que l’avenir d’une nation. Dans Gangland (Calmann-Lévy), Chuck Hogan brosse un portrait violent du crime organisé états-unien en s’inspirant de la vie de deux mafiosos, Tony Accardo et Sam Giancana. Dans l’atmosphère glauque du Chicago des années 1970, le chef de la mafia cherche à se venger de ceux qui ont cambriolé sa maison.
Enquêtes éprouvantes
Retour attendu de Javier Castillo avec Le jeu de l’âme (Albin Michel). On reconnaît Miren Triggs, maintenant journaliste, alors qu’elle reçoit la photo d’une jeune fille ligotée, datée de neuf ans auparavant. Au même moment, le cadavre d’une adolescente crucifiée est repéré dans une église. Miren fait appel à son ancien prof, Jim Schmoer, pour l’aider à faire la lumière sur ces événements peut-être reliés. Seconde aventure également pour Kristoffer Bark et son équipe dans Cette ombre derrière toi (Saint-Jean) d’Anna Jansson.
On leur confie une enquête non résolue à propos d’une femme disparue et retrouvée dans un baril. Bien vite, Bark s’aperçoit que la collègue de la victime a elle aussi reçu des menaces à l’époque et se demande si le tueur rôde encore. Washington Poe, le personnage récurrent de M. W. Craven dans Le Guérisseur (L’Archipel), est confronté à plusieurs victimes qui n’ont apparemment aucun rapport entre elles et dont les doigts sont disséminés ici et là. Sa perspicacité lui sera nécessaire à la résolution de l’énigme. Dans Le silence (Actes Sud), Yrsa Sigurdardóttir met encore de l’avant la psychologue pour enfant Freyja et l’enquêteur Huldar pour éclaircir les arcanes entourant la mort d’une femme étêtée et d’une jeune fille emportée par la rougeole, le tout sans doute en lien avec la disparition d’un bébé il y a plus de dix ans. Du pain sur la planche pour résoudre cette sixième enquête!
Polars ancrés dans le présent
L’ex-journaliste Jocelyne Cazin plonge une seconde fois dans l’univers du polar avec Funestes récoltes (Flammarion Québec). C’est sans doute son regard acéré sur l’actualité qui l’a inspirée à mettre en scène des travailleurs temporaires, disparus de la ferme où ils étaient embauchés. Lorsque s’ajoute à cela la mort d’un autre fermier de la région, les enquêteurs comprennent qu’il y a anguille sous roche. Entre abus de pouvoir et exploitation humaine, le paysage bucolique de la campagne se teinte de sombres couleurs. Vic Verdier récidive avec Faces de bœufs (Alire), dans lequel il jette un regard critique sur les forces de l’ordre. Alors que la police s’apprête à munir de caméras corporelles l’ensemble de ses
agents, les dérives de la technologie se font sentir, dévoilant des comportements douteux de la part des policiers. Un lien avec le retour de la mafia est soupçonné. L’enquêteur a fort à faire pour démêler les fils de ce qui semble une machination. Second roman du duo Victoria Charlton et Alexandre Soublière, La nuit de ta disparition (L’Homme) revient sur les interrogations entourant le suicide de la mère de Mackenzie, qui découvre chez sa tante d’autres éléments pour avancer dans ses recherches. Mais au lendemain d’une fête, une amie de son cousin est portée disparue. Entre rumeurs et vérités, Mackenzie devra faire preuve de discernement pour dénouer les intrigues qui l’entourent.
Féminicides, encore
Louise Oligny s’attarde aux violences faites aux femmes dans ADN féminin (Marabout). Le cadavre d’un agresseur est vu lors d’une soirée-bénéfice au profit des victimes féminines. Teinté d’humour et d’une certaine légèreté, le roman n’en propose pas moins un portrait peu reluisant de la difficulté d’être une femme. Magali (Robert Laffont), pour Magali Blandin, assassinée par son mari, était concitoyenne de Caryl Férey. Touché par son histoire, il s’attarde sur le point de vue des journalistes et des policiers chargés de l’enquête, reconstitue le drame tout en se remémorant sa jeunesse. Il en résulte un texte fort qui, s’il n’est pas une fiction, n’en demeure pas moins aussi haletant.
Paysages superbes, terribles meurtres
Le premier roman de Vera Buck, Les enfants loups (Gallmeister), laisse entendre la voix de plusieurs des personnages, augmentant ainsi le mystère autant que la tension. Au cœur d’un village niché au creux des montagnes, isolé du reste du monde, la jeune Rebekka disparaît. La journaliste locale se souvient de son amie, elle aussi volatilisée il y a une
dizaine d’années. Persuadée qu’il s’agit d’enlèvements, elle fera tout pour lever le voile sur la vérité. Le cadavre d’un homme, logé dans une valise, amène l’enquêtrice Annette sur L’île de Bornholm (Fleuve), où se terre son ex-collègue Jeppe qui devra, malgré lui, reprendre du service. Katrine Engberg a le chic pour créer des atmosphères, s’attarder sur les lieux, tout en infligeant au lecteur un labyrinthe de possibilités. Le premier renne (Métailié), d’Olivier Truc, se passe sur les lointaines terres de la Laponie. Le peuple sami est fragilisé par les changements climatiques et les ambitions territoriales des multinationales. Lorsqu’un troupeau est décimé, la police des rennes enquête et se heurte au mutisme des Samis, ainsi qu’à Anja, cette jeune femme qui ne veut plus se taire et est prête à tout pour se faire entendre.
Polars de tête
Rencontré dans Le scénariste, le pas très sympathique Hubert Quentin est de retour dans Le profileur (Fides) d’Yves D. Poirier. Invité par un agent de la Sûreté du Québec à dresser le profil d’un tueur, il ne peut s’empêcher d’imaginer différents scénarios, mais néglige le fait que l’assassin se rapproche de lui. Encore une fois, l’auteur s’amuse à brouiller les
pistes, entremêlant avec brio la fiction et le réel. C’est également à un joli imbroglio que nous convie Benjamin Stevenson dans Tout le monde dans ce train est suspect (Sonatine), où cinq auteurs sont réunis dans un train. Au bout du trajet, neuf personnes auront connu la mort, et le seul auteur restant sera menotté. Mais est-ce vraiment le coupable? Devenue populaire grâce à La femme de ménage, Freida McFadden nous invite avec La psy (City) dans un manoir isolé, où un couple intéressé à l’acheter s’y voit piégé à cause d’une tempête de neige. Ancienne résidence d’une psychiatre portée disparue, la maison craque, semble habitée et recèle des secrets bien enfouis, semant la terreur auprès du couple.
Des intrigues qui frôlent l’horreur
Éric Chassé ajoute une teinte sordide à son roman Le figurant (Saint-Jean) dans lequel Phil, désespéré de payer les dettes qui pèsent lourd sur sa famille, accepte la proposition d’un ami, croisé par hasard. Ce dernier mène un train de vie bien différent de celui de Phil, qui ignore cependant d’où il tire sa richesse. En devenant simple figurant, il pourra se sortir de l’impasse, mais il reste tout de même un complice face aux horreurs auxquelles il assiste… Chassé n’est pas le seul auteur à tenter l’horreur. C’est en effet le cas de Jo Nesbø, qui y plonge avec Le téléphone carnivore (Gallimard). Témoin de l’indicible, Richard n’est cru de personne lorsqu’il affirme que son ami Tom a été mangé par le téléphone de la cabine publique. On pense plutôt qu’il l’a noyé. Envoyé en centre de redressement, il assiste à de multiples phénomènes étranges autour de lui. Tout aussi horrible, la prochaine histoire du trio caché sous le pseudonyme de Carmen Mola, L’année du cochon (Actes Sud), propose un festin fort rebutant. Lorsqu’elle se réveille après avoir été enlevée, l’inspectrice Olmo est au menu de trois hommes affamés. Sanglant à souhait!
Littératures de l’imaginaire
Spécialisées notamment en littérature fantastique et en science-fiction, les éditions Alire proposent trois titres cet automne. D’abord, le Canadien Guy Gavriel Kay lance Toutes les mers du monde, avec Lénya qui, enlevée toute petite par des pirates, ne conserve aucun souvenir de sa vie d’avant. Maintenant libre, navigant sur la mer du Milieu, elle s’acquitte ici et là de missions avec son acolyte. Lorsque sa renommée atteint sa ville natale et qu’elle y revient, les espoirs du peuple Jad se ravivent. Lénya reprendra peut-être contact avec ses
racines. Plus contemporain, le roman choral d’Éric Gauthier, Dans ta tête à moi, déstabilise par son originalité et son éventail de possibilités. Au réveil, un autre que soi s’est emparé de notre esprit. Des souvenirs qui ne sont pas les nôtres s’entremêlent aux réels. Ils sont plusieurs à vivre ce phénomène et certains cherchent à trouver les personnes qui les habitent. Mais cela se complique si celles-ci ont disparu. Enfin, Francine Pelletier nous offre une troisième aventure sur la planète Arkadie avec Le rire du tournevent. Rescapé d’une mission dangereuse organisée par PharMar, Lek atterrit dans la cachette d’un scientifique paranoïaque et comprend les risques inutiles qu’il a courus. Entre marchandages douteux d’une entreprise pharmaceutique et désir de vengeance, l’univers d’Arkadie a d’étonnantes similitudes avec nos sociétés. Dave Côté suggère quant à lui une immersion dans une dimension parallèle montréalaise avec Overcity (Les Six Brumes). Normand découvre que des gens de tous horizons récemment disparus sont maintenant dans Overcity, où ils sont devenus des versions modifiées d’eux-mêmes. Alliant science-fiction et fantastique urbain, l’auteur nous invite à réfléchir à l’image que l’on a de soi et à celle que l’on projette.
De fantastiques suites
Après Le fils du Trickster, Eden Robinson revient avec La dérive du Trickster (VLB éditeur) dans lequel Jared, purgé de ses habitudes de drogues et d’alcool, étudie maintenant à Vancouver. Toujours sensible à la magie qui sévit autour de lui, il ne peut non plus échapper à sa famille et tente de mener une existence à peu près normale… mais ne rêvons pas! Lili Boisvert clôt sa trilogie avec Anan : La guerrière (VLB éditeur), où l’on retrouve une Chaolih désœuvrée puisqu’elle n’a pas réussi à sauver Drissayonne. Il lui faudra considérer une manière de se racheter. Enfin, dans le quatrième tome de Maynard Bennett : L’affaire Shepherd (Wellan) d’Anne Robillard, l’équipe s’inquiète des manipulations génétiques qu’elle a subies, mais ne s’empêche pas de partir sur la piste d’un ange en plein Central Park.





















