L’écrivain gaspésien Philippe Garon, qui a touché tour à tour au roman, à la poésie, au zine et à la littérature jeunesse, rapplique avec un recueil de nouvelles remarquable. Faire dur nous invite à rencontrer un florilège de personnages éclopés, écorchés à vif et se tenant debout, quoique de travers, mais de toutes leurs forces. Car faire dur, c’est aussi vivre. Quand le miroir renvoie une allure de regret, que les soirs d’été sont lourds de solitude, que l’amour s’enfarge dans l’histoire, que la famille jette l’ancre loin de ses souvenirs, que l’amitié se prend la vérité plein la gueule, que la vie frappe dans le tas sans crier gare ni épargner qui que ce soit. Un livre qui dit vrai, décape et incise pour ensuite mieux panser et apaiser.
Numéro 150
Dossier
Libraire d'un jour
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Dossier
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Articles
Chroniques
Les libraires craquent
Faire dur et autres histoires de rédemption
Les ombres d’août
Il y a dix-huit ans, la narratrice a été témoin d’un abus incestueux commis sur une enfant qu’elle gardait, une journée d’août. Jeune, confuse, elle a gardé le silence. Devenue adulte, empêtrée dans ce souvenir et sa culpabilité, elle entretient un rapport complexe à son corps, aux autres en général et aux petites filles en particulier, pétrifiée à l’idée de ce qui pourrait leur arriver. Lucide et crue, elle nous livre son monde intérieur empreint de violences, qui tranche avec la description douce et lumineuse de son appartement, havre farouchement défendu. Elle vit de fait relativement isolée en plein Montréal, en dehors des visites de K, son compagnon, et de celles plus ou moins bien vécues de sa mère, avec laquelle la relation est difficile. Un roman en huis clos à la fois calme et tout en tension, où le pire est nommé, dans lequel on se reconnaît (toutes) un peu. Troublant.
Bibitte à sucre
Bibitte à sucre est le récit doux-amer d’une pâtissière qui quitte son refuge, un charmant café de quartier de Montréal. Pendant les six semaines qui précèdent son déménagement de la ville pour un nouvel emploi dans une maison de traitement des dépendances dans les Laurentides, les adieux sont ardus. Entre la déception du clan qu’elle laisse derrière, les reproches d’une mère contrôlante, la santé fragile de son père et le sentiment d’être imposteur, Julie Romain affronte aussi ses démons. Coup de cœur pour la grande résilience de ce personnage, dont on révèle peu à peu le passé d’alcoolique, qui décide de mettre un point final à sa douleur, question de ne pas avoir à la ranger dans sa valise. Un roman touchant, à dévorer en quelques bouchées.
Là où les détours m’emportent
Quand Aurora claque la porte de sa vie étouffante, c’est un réflexe de survie. Direction Cape Cod, où la mer, le silence et un inconnu tatoué nommé Hunter deviennent les catalyseurs d’une lente renaissance. C’est dans ce nouvel univers, loin des attentes sociales et des relations toxiques, qu’elle se redéfinit, s’ouvre à l’amour et à l’amitié, sans fard ni faux-semblants. On sent les embruns, on entend le ressac, on a littéralement les pieds dans le sable en tournant les pages. À travers une prose sensible et incarnée, Rachel Lucy signe une green romance lumineuse sur la guérison et la liberté d’être soi. Un roman aussi doux que puissant, à lire comme on prend une grande inspiration. Une lecture qui fait du bien, tout simplement.
Tout ce qui nous échappe
Quand Adam, le temps d’un moment d’inattention, heurte un piéton, c’est tout l’équilibre d’une famille aimante qui vacille. Fia et lui, soudés, pleurent, rient, craquent : leur quotidien se fissure et les non-dits remontent à la surface. Stéphanie Parent explore avec finesse la force d’un couple confronté à l’inéluctable changement, partagé entre volonté de préserver l’unité et quête d’authenticité. Sa plume, à la fois sobre et touchante, capte la fugacité du bonheur : ce qui nous échappe en un battement de cœur. Un roman troublant et humain, où chaque scène résonne comme un écho à nos propres vies. Une lecture profondément émouvante, qui fait réfléchir et qui reste.
Implosion
Il bouscule, ce premier roman! L’autrice nous fait vivre l’onde de choc que ressentent les proches d’un jeune héros du tennis lorsqu’il est accusé d’agressions sexuelles. On découvre le mur que frappe la mère de l’agresseur quand elle se rend compte que l’indicible n’est pas impossible; les réminiscences coupables d’un ami d’enfance et cet amour, qui vacille à peine, porté par sa compagne qui croyait son avenir assuré. À travers toutes ces voix qui doutent et s’interrogent, l’assurance du jeune homme confronté à ses limites et à ses perversions, cherchant à protéger sa carrière. Comme un miroir fracassé, la réalité se hachure, les certitudes fondent et par sa plume précise et juste, l’autrice nous invite à ausculter nos propres contradictions.
Plage Laval
Il suffit de quelques phrases pour que l’impression de retrouver une précieuse amie de longue date nous réjouisse déjà, au contact de l’excellente plume de Rafaële Germain. La complice des femmes trentenaires qui a relaté avec humour et justesse leurs aléas, écarts et dérives amoureuses, nous revient cette fois à l’aube de la cinquantaine. Un équilibre parfait entre une joyeuse nostalgie qui se crée grâce à la proximité familière avec des personnages sensibles, colorés et humains, qui nous ressemblent, et la découverte d’une maturité nouvelle dans le style d’écriture de cette autrice québécoise que j’admire beaucoup. Merci pour les métaphores hilarantes, le vocabulaire drôle et fin, et la belle aventure! J’espère déjà un prochain roman.
La note de passage
Début des années 2000 et références à la musique et à la culture populaire de cette époque. Un roman qui attire l’œil grâce à sa magnifique couverture, mais qui nous charme également par ses mots et son histoire drôle, touchante et rocambolesque. Dans La note de passage, on fait la rencontre d’Audrey, une jeune étudiante de 19 ans dont le rêve est de devenir chanteuse, mais qui se retrouve plutôt coincée entre son travail et ses études. Ce roman illustre, à travers l’humour, le passage à l’âge adulte. Les thèmes de l’amitié et de l’amour s’entremêlent et dépeignent avec un regard précis les tumultes de la vie des jeunes adultes. Pascale Picard livre ici un excellent premier roman!
Le poids des non-dits
Delphine, 22 ans, pense avoir trouvé l’amour parfait avec Louis, mais les non-dits brouillent le rêve. Entre illusions et désillusions, elle apprend que s’aimer ne doit pas rimer avec se perdre. Une lecture captivante et étonnamment familière. À travers Delphine, personnage aussi touchant qu’intense, l’autrice explore avec justesse les élans romantiques, la dépendance affective et les rechutes sentimentales. Face à elle, Louis incarne une toxicité dérangeante, frustrante, mais tristement réaliste. La plume, fluide et naturelle, donne l’impression de lire les confidences d’une amie. Un roman qui se dévore et laisse espérer une suite : on a désespérément besoin de savoir ce que l’avenir réserve à Delphine!
La mère des larves
La mère des larves est un roman qui puise sa force dans l’inconfort qu’il impose. L’autrice manipule les conventions du roman d’horreur de façon très libérale, mais avec une adresse qui fait fleurir en nous un malaise persistant et invasif. Elle expose d’un discours franc les obstacles que la misogynie intériorisée a placés entre les femmes et leurs propres corps. L’autrice teinte toutefois son récit d’humour et d’une fragilité attendrissante qui nous rapprochent de Sarah, la protagoniste. C’est un roman qui, malgré son lexique cru et parfois choquant, est très vulnérable. C’est aussi un roman qui célèbre la rage féminine et la réappropriation du corps. La persistance de Sarah dans sa quête vers la stérilité le démontre à merveille!
Orgueil et préjugés
L’amour, tant chez Rébecca Déraspe que chez Jane Austen, ressemble souvent plus à un champ de bataille qu’à une promenade printanière parmi les lilas. La séduction s’y confond avec la passe d’armes de prestes duellistes recherchant au défaut de l’armure la tendresse de la chair exposée aux cruautés du jeu amoureux. En conservant à merveille l’esprit de l’œuvre et ses grandes lignes narratives, l’autrice prête sa vision fine des relations amoureuses, accroît la force du propos féministe et marie le tout à un art consommé de la saillie acérée. Elle esquive la complaisance doucereuse des romances aux canevas chambranlants, prouvant qu’il est encore possible, même aux cœurs racornis par le sacerdoce du doute, de rêvasser au grand amour.
Dis-moi qui tu es, je te dirai ce que tu dis
Une succession merveilleusement fraîche et fine de scènes courtes et incisives. Souvent réfléchies et subtiles, toujours drôles, ces sortes de nouvelles théâtrales nous font entrer dans le monde de Simon Boudreault avec aisance et plaisir. Des scènes de comédies absurdes succèdent à des pièces pleines d’humour noir, mais aucune n’est parfaitement innocente. Un rappel que l’art de la comédie vise certes à faire rire, mais aide aussi à penser, et que la parodie est une manière de commenter le réel. Cette pièce est donc légère en apparence, mais se prête bien à de longues conversations après la lecture ou la représentation (je le sais, je l’ai fait!).
Dans l’intime duvet de la disparition
Emmanuel Deraps nous plonge dans l’intimité du deuil qui relie le cosmologique et le plus personnel. Le recueil repose sur de multiples tensions : le trivial et le spirituel, le registre familier et soutenu, la présence et l’absence. L’écriture et la disparition s’y nourrissent pour établir ce que sera le legs du père au fils et créent un lieu de rituel et de prière, animé par un langage incisif et percutant. La musicalité nous tient en haleine et rend le recueil impossible à lâcher. Il y a une élégance de la phrase, une justesse des mots qui jouent avec les chocs poétiques et les correspondances. Avec ce texte, les mots semblent parvenir à transmuer la mort et à créer une poésie hors du temps.
Elle, Ulysse : Un retour
Denise Desautels réécrit ici au féminin le mythe d’Ulysse (qui devient la fille de Pénélope, éternelle figure de la patience et de l’attente). Ce texte explore le thème de la filiation et montre comment l’amour de Pénélope pour sa fille la dévore et remet en question son goût pour le voyage, son désir de livres et d’écriture. Le recueil évoque aussi la perspective du vieillissement dans un monde en perte de sens. La langue précise de la poétesse joue avec les silences et les espaces, créant ainsi une poésie qui porte, où le poids de chaque mot semble mesuré. Les citations de diverses poétesses québécoises et les œuvres de Béliveau créent également une communauté artistique, complément horizontal des liens verticaux qui habitent le recueil.
Rien ne sera parfait
Empreinte d’une écoanxiété palpable, la poésie d’Isabelle Gaudet-Labine transporte là où les questions ne se reposent pas sagement. Entremêlant les thèmes du territoire, du corps et du féminisme, Rien ne sera parfait invite à la pleine conscience reflétant l’intériorité de l’autrice, mais aussi d’une société souffrante. L’espoir dans l’écriture comme un moyen de résistance coule toutefois entre les pages et nous laisse avec une envie de plus; pour sa poésie, pour un avenir plus doux. Un recueil empreint d’ambivalences délicieuses qui donne envie de désobéir.
Uashtenamu : Allumer quelque chose
Quand on ouvre un recueil de poésie de Marie-Andrée Gill, on sait déjà que la lecture sera une expérience magnifique. Son seul nom apposé sur la couverture est une promesse d’être bercé par des poèmes harmonieux, subtils par leur forme et leur rythme naturels. Sa signature est également le présage d’être parfois pris par la gorge par des émotions que l’on est incapable de nommer. Douce dualité, n’est-ce pas? Oscillant avec aisance entre l’intime et l’universel, ce nouveau recueil de poésie — parfois en vers, parfois en prose — interroge la place de l’individu dans le monde et replace l’importance cosmique de l’humain à l’échelle de ses relations. Comme quoi une seule ride de pickup peut donner, pour un instant, tout son sens à l’univers.
Avril se brisera sur nos os
Pour leur deuxième publication, les éditions Diverses Syllabes continuent à ouvrir le champ des possibles de la littérature québécoise, cette fois-ci en accueillant ce recueil à quatre mains du power couple queer et poétique constitué de Sébastien Emond et de Laurence Caron-C. Les dessins de cet·te dernièr·e constituent le point de départ d’un dialogue tout en contrastes, où l’espoir guette même dans les profondeurs les plus sombres. Emond traduit toute la douleur et l’amour que cela implique de soutenir une personne chère qui s’enfonce dans les tréfonds de sa psyché, entre soutien à l’autre et préservation de soi; « nous sommes condamnés à nous appartenir, tu ne peux te réfugier dans aucune autre hallucination ».
Toutes les nuances de la nuit
Parfois, rarement, on referme un roman, convaincu d’avoir lu un livre exceptionnel. C’est le cas ici! 1975, une petite ville du Missouri. Le jeune Patch est enlevé après avoir sauvé la plus belle fille de l’école des griffes d’un violeur. Pendant des mois, Saint, sa meilleure amie, voudra le retrouver, talonnant le shérif jusqu’à ce qu’il soit secouru. Mais Patch dit avoir survécu grâce à une jeune fille détenue avec lui dans l’obscurité la plus totale, maintenant introuvable… Pendant des décennies, il la cherche, parcourant les États-Unis afin de rencontrer des familles dont une fille a été enlevée. Saint, elle, devenue enquêtrice, tente de l’aider à sa manière. Formidable roman sur l’amitié et la détermination, livre qui fascine et émeut. Inoubliable!
Un jeu sans fin
Mêlant sciences naturelles, philosophie et romanesque virtuose, Powers s’intéresse cette fois-ci à l’océanographie, à la place des femmes en science, à la culture maorie, aux conséquences du colonialisme, à l’intelligence artificielle et aux significations du jeu au sens large. Roman choral, Un jeu sans fin suscite de nombreuses réflexions qui résonnent longuement. À quel point l’altération des rapports sociaux induits par l’avènement de la Bourse de l’Attention et de la Réputation modifie-t-elle notre façon même de penser? Par-delà ces considérations, Powers attise notre intérêt pour d’autres « manières d’être vivant » (Morizot) en nous montrant la beauté et l’intelligence de la vie sous-marine sous ses nombreuses formes.
Uvaspina
Un premier roman grandiose! Cruel, sale, vibrant, hypnotique. Chaque personnage a sa part d’ombre et de lumière, des êtres qu’on haït avec autant d’intensité qu’on les aime, à l’image de la ville qui les porte. Naples embaume les delizia al limone et pue l’urine et le tabac. S’emmure dans le dédale de ses ruelles et se jette dans l’infini de la mer. Naples, comme Antonio, a les yeux vairons. Un œil de terre, un œil de mer. Comme la Dépareillée, fait un théâtre de sa mort et cache ses souffrances dans l’opulence. Comme Minuccia, est tantôt douce et aimante, tantôt d’une violence sourde et dévastatrice. Et au centre de cette ville et de ces êtres déchirés par leurs ambivalences, Uvaspina tente de ne pas se noyer.
Et si on jouait le jeu
Adalyn Reyes, routinière et au sommet de sa carrière, se retrouve au fond de la Caroline du Nord à la suite de son accès de colère envers la mascotte des Miami Flames, qui enflamme la toile. Pensant relever le défi de faire monter au top une équipe de soccer féminine pour redorer son image, elle se retrouve confrontée à des jeunes filles de 9 ans hautes en couleur et à leur coach grincheux, un ancien gardien de but prodige qui essaie de se tenir loin des projecteurs. Une romance attachante remplie de douceur, d’humour et de personnages authentiques. Avec un récit aussi touchant qu’hilarant, Elena Armas remplit encore une fois toutes les cases de la parfaite lecture légère.
Les bien-aimés
Ce récit savamment ficelé étale les liens d’une famille de quatre sœurs fusionnelles en banlieue de Chicago. Lorsque celles-ci rencontrent William, ayant grandi avec des parents froids et distants, l’équilibre établi de l’adolescence bascule. Ann Napolitano, dans cette réécriture modernisée de Little Women, dépeint l’étendue des possibles quand il est question de franchir les limites de l’amour avec un grand A ou d’y résister. Il s’agit d’un hymne à celui qui enveloppe, qui nous porte, celui qui perdure au-delà des crises, qui devient plus fort grâce à celles-ci.
Tiens ta langue
Tout bascule en Richard lorsqu’il apprend que son grand-oncle Alfred est à l’hôpital. Son chemin jusqu’à son chevet est celui, sinueux, de la mémoire, dans lequel il se remémore de douloureux comme de doux souvenirs de son enfance et de son adolescence à Sainte-Anne-des-Chênes. Récit sur la quête de soi au-delà des contours du territoire qui nous habite, Tiens ta langue est une ode aux liens que tissent entre eux une famille, un peuple, une langue et ses multiples récits. Mention spéciale au travail de traduction, préservant avec justesse la richesse des particularités linguistiques du Manitoba.
Le grand tout
À San Francisco, les vies quelque peu monotones du chat PKD (Philip K. Dick) et de son maître (le narrateur) vont être bouleversées par la rencontre de trois nouveaux amis hors du commun. Après Le dit du Mistral, l’auteur nous enchante de nouveau dans un roman qui rend honneur aux figures légendaires qui ont marqué la Californie; Jack London, Francis Drake ou encore Michel Foucault égayent son imaginaire, déjà nourri par les mythes fondateurs et les forces qui traversent les paysages lunaires de l’État américain. Mais surtout, Le grand tout est encore une histoire d’amitiés transformatrices qui élèvent et guérissent. Les romans d’Olivier Mak-Bouchard sont comme un baume, ils nourrissent, adoucissent et apaisent, en plus de nous faire rêver.
Les sirènes
Des allers-retours entre différentes époques. Les fragments d’histoire apparaissent, se tissent et deviennent limpides à un rythme semblable à celui des vagues de l’océan, dans lequel on se laisse entraîner avec curiosité et enthousiasme. L’autrice à succès de La maison aux sortilèges nous plonge cette fois-ci dans l’univers de l’eau, des secrets familiaux et de l’intensité des liens entre sœurs. Un récit sur la féminité, la puissance de l’intuition et du rêve, l’expression artistique, un savoir ancestral qui continue de marquer le présent de manière inexpliquée, jusqu’à ce que le mystère laisse place à la vérité qui refait surface. Une ambiance énigmatique dans laquelle il fait bon s’immerger le temps d’un roman.
La vie de ceux qui restent
S., l’ancien amoureux de l’auteur, s’est suicidé en 1998. Un soir, Matteo B. Bianchi est rentré chez lui et il a trouvé le corps de celui qui a partagé sa vie durant plusieurs années. Depuis, il est un survivant. Il a dû réapprendre à vivre, dissiper le voile qui recouvrait tout durant les semaines, les mois suivants l’acte fatidique. Continuer à vivre même s’il n’aura jamais les réponses à ses multiples questions, et peut-être retomber amoureux. Plus de vingt ans plus tard, il a décidé d’écrire le livre qu’il aurait aimé lire au moment du drame. Même si aujourd’hui, les personnes qui ont des idées noires ont accès à plus d’outils pour les aider, il existe encore peu de soutien pour ceux qui restent. L’écrivain a donc replongé dans ses notes, ses souvenirs, pour finaliser sa guérison et surtout pour guider ceux qui en ont besoin. Il a réussi à écrire un magnifique livre sur le deuil, apaisant et lumineux.
Cui-Cui
Cui-Cui, c’est le premier roman de Juliet Drouar, qui nous avait offert, en 2021, l’essai Sortir de l’hétérosexualité. S’intéressant à l’adultisme, l’auteurice plonge ici dans la psyché d’un·e adolescent·e abusé·e par son père, sur fond de dystopie où les enfants ont le droit de vote. Cui-Cui réussit avec brio à aborder des thèmes sociopolitiques tout en conservant une écriture incisive et humoristique, propre à l’adolescence. Des extraits d’archives de luttes pour les droits des enfants ponctuent le livre, renforçant davantage le propos. Un roman cru et essentiel, comme il s’en fait peu.
Le ranch Rebel Blue (t. 1) : Désarçonnée
Emy Rider a fait ses preuves à dos de cheval et sa réputation n’est plus à faire dans son domaine. On est face à une protagoniste affranchie, autonome et à l’avenir florissant. Après une rupture amoureuse ainsi qu’un traumatisme professionnel, Emy retourne au ranch familial à Meadowlark pour se déposer et se reconstruire. Elle renouera avec Luke, le meilleur ami de son frère, et n’est pas au bout de ses surprises. Désarçonnée se résume en une romance western complètement saine et addictive, qui inspire et fait voyager à la fois. La plume de Lyla Sage est vraie, bien sentie et en faveur de l’indépendance des protagonistes féminines.
Le Duc
Plongé dans ses archives familiales, l’unique héritier d’une famille noble coule des jours paisibles au sein de son manoir, que surplombe une montagne sombre. Le jour où on lui apprend qu’un des patriarches du village coupe sauvagement le bois de ses terres, son instinct aristocratique s’éveille et soudain, une guerre sournoise s’instaure entre eux. Magistral, ce premier roman étonnant se déguste grâce à cette plume envoûtante et fine, qui entremêle avec intelligence traditions séculaires et poids des origines. L’auteur installe une atmosphère mystérieuse, où le bruissement des parchemins sème des idées de grandeur et maquille la réalité, tandis que la forêt comme la montagne se dressent pour rappeler aux hommes leurs vaines aspirations.
La tendresse des catastrophes
Harriet et Max font connaissance lors d’un mariage. Même si leur attirance est évidente, ils repartent chacun de leur côté avec une petite promesse de se donner une chance s’ils sont toujours célibataires dix ans plus tard. Alors que Max, en bon idéaliste, tente de faire vivre son restaurant où les plats ne sont cuisinés qu’avec des produits périmés et moisis, Harriet, pragmatique, a une belle carrière dans la finance. Ils se retrouvent, leur conversation est toujours aussi fluide et leur compagnie agréable. Mais pour ces deux êtres que tout oppose, les rendez-vous sont tout sauf banals. Harriet va amener Max chez sa gynécologue, ils auront leur première thérapie de couple avant même d’en être un. Ce roman, tout en respectant les codes des comédies romantiques, les réinvente et nous permet de rêver à de belles histoires d’amour modernes où les particularités de chacune et chacun sont respectées.
Le monde du café : Récit de voyages au sein des communautés productrices
Tous les jours, je savoure un café sublime qui me stimule les papilles autant que les neurones. Ce miracle quotidien, je le dois au torréfacteur Lenoir & Lacroix, duquel je reçois ces grains précieux, payés au juste prix. Quelle ne fut pas ma joie lorsque Christian Lacroix vint à la librairie avec ce magnifique livre! Coup de cœur pour l’homme, passionné, et son livre, empli de photos qu’il a prises lors de ses voyages d’artisans du café, dont il dépeint la rigueur et le souci du détail. En nous offrant un portrait profondément humain de ces communautés rassemblées autour du commerce équitable du café, il nous raconte, par la bande, leurs histoires, leurs différentes manières de cultiver le grain et toutes les nuances de la torréfaction.
Pawatik : Les Anicinabek de Lac Simon racontent leur histoire
Ce récit collectif, narré au nous, permet de raconter l’histoire de la communauté autochtone de Lac Simon, située près de Val-d’Or en Abitibi-Témiscamingue. Il tire son origine d’un rêve de Jean Papatie, dernier chef héréditaire de Lac Simon et homme très impliqué dans le domaine de l’éducation. Il souhaitait raconter leurs modes de vie et leurs richesses culturelles dans un format pérenne, permettant une large diffusion des savoirs. La forme du rapide, Pawatik en anicinabemowin, est utilisée pour structurer les données recueillies par le groupe Miaji, formé d’Anicinabek et d’anthropologues allochtones. Un admirable livre d’histoire raconté du point de vue des Anicinabek, ultra pertinent pour tous, qui pourrait inspirer d’autres communautés qui partagent le rêve de Jean Papatie.
L’heure des prédateurs
Il fallait sans doute Giuliano da Empoli pour établir un parallèle entre César Borgia, maître du chaos dans l’Italie des XVe et XVIe siècles et inspiration du Prince de Machiavel, et les prédateurs qui sévissent actuellement sur notre planète. Aux politiciens qui viennent vite en tête et qui causent séisme après séisme, il en ajoute plusieurs aux dérives autocratiques avérées (entre autres, le Saoudien MBS et le Salvadorien Bukele). Et il ne s’arrête pas là : comment ne pas craindre les rois de la tech aux ambitions démesurées et leur nouveau joujou, l’IA, dont on prend à peine la pleine mesure en ce moment? Lui qui a souvent côtoyé les puissants de ce monde jette un regard lucide et cynique sur la pagaille actuelle. Vraiment très inquiétant!
J’ai appris que…
Cet ouvrage de psychologie populaire relate les apprentissages de l’autrice lors de son parcours psychologique à la suite de sa dépression majeure. D’une façon simple à comprendre, avec des exemples concrets de tous les jours, elle nous livre ses acquis qui lui permettent encore aujourd’hui de cheminer vers une vie heureuse. Le livre aborde l’importance d’avoir une saine estime de soi, mais aussi de prendre le temps de se remettre en question lorsque des situations nous affectent. Son texte se veut un appel à l’espoir. En partageant son expérience positive, elle nous prouve que le bonheur est accessible si nous nous en donnons la chance. Que parfois, nous devons accepter d’être aidés pour pouvoir évoluer et devenir réellement heureux.
Bon gason! Konpliman! Egare!
Fils d’immigrants haïtiens, Fabrice A. Vil a d’abord suivi le chemin attendu : bonnes écoles, études de droit, carrière en tant qu’avocat. En se conformant au modèle du « bon gason », il atteint la réussite et le respect social… mais découvre que cela ne remplit pas le vide intérieur. Avec franchise et lucidité, il dissèque ses tensions culturelles, familiales et identitaires. Sa plume, à la fois engagée et sensible, capte cette singularité entre l’aspiration à être soi-même et les exigences imposées. Un récit introspectif et percutant, qui secoue les certitudes et offre un écho puissant à tous ceux qui naviguent entre deux mondes. Une lecture aussi éclairante qu’inspirante.
Les mauvais jours finiront : Hommage aux indésirables
Les mauvais jours finiront a été pour moi un coup de cœur surprise, moi qui n’avais pas ce titre sur mon radar. Cet « hommage aux indésirables », comme l’indique son sous-titre, débute par un chapitre-choc sur l’hécatombe de COVID dans les CHSLD en 2020. On suit l’auteur dans cet épisode émotif, bien qu’on puisse initialement avoir une réticence à y replonger. La défense des multiples exclus à laquelle se livre ici Samuel Mercier est fouillée, à la fois posée et portée par une saine colère, et accompagnée de plusieurs anecdotes ornithologiques qui m’ont tiré le sourire chaque fois. C’est surtout la grande humanité dans l’écriture qu’on retiendra à la fin du livre, qui nous donne envie de retourner lire nos chapitres préférés.
« Pas tous les hommes quand même! » #notallmen : Une mise au point salutaire
Avec comme sous-titre « #notallmen : Une mise au point salutaire », on pourrait croire que cet essai est en faveur du fameux hashtag. C’est bien l’effet désiré : publié dans la collection « Permis de déconstruire », ce livre est pour les gens tannés d’entendre leurs proches arrêter tout dialogue sur les violences faites aux femmes d’un « pas tous les hommes quand même ». Dans un langage familier rafraîchissant — celui dont on use avec son mononcle obstiné —, Giulia Foïs expose faits et chiffres à travers de courts chapitres lapidaires. Elle invite les hommes à « [é]couter, accueillir, accepter d’être ébranlé[s]. […] Se mettre debout, se dresser, s’insurger […] pour que ces violences cessent ». Le cadeau idéal à offrir pour enfin ouvrir le dialogue.
Je suis ma liberté
Nasser, un Palestinien, est incarcéré depuis trente ans dans les geôles israéliennes. Dans la première partie du livre, il évoque sa jeunesse, la vie dans le camp de réfugiés, son arrestation, la torture, dont la technique du « Chabeh », qui consiste à attacher le prisonnier par les poignets pour qu’il se tienne debout sur la pointe des pieds pendant des heures. Il souligne les faits saillants sur l’histoire de son pays, dont la Nakba (l’exode palestinien de 1948) et l’Intifada (révolte contre un régime oppresseur). Il entretient une relation particulière avec le mur de sa cellule en s’y adressant comme si c’était son double. Dans la deuxième partie, il raconte un amour impossible avec Nanna, une avocate qui vient rendre visite aux prisonniers. Récit empreint d’une prose magnifique!
Les piliers de la mer
Cette fois-ci, Tesson le grand aventurier raconte son voyage autour du monde, accompagné de son ami grimpeur, du Lac, à escalader des stacks, en français « aiguilles maritimes », des sentinelles de roche détachées des falaises côtières allant jusqu’à plus de cent mètres de hauteur. Ils en grimperont une centaine, dont quelques-uns situés aux Îles-de-la-Madeleine. Tesson s’amuse à donner des noms à ceux qui n’en ont pas. Il évoque l’émotion que procure l’ascension de ces géants en ayant dans sa besace un livre dont il lira un extrait rendu au sommet. Pas besoin de pratiquer cette activité pour apprécier ce savoureux récit accompagné d’une carte annotée par l’auteur, des noms des stacks et d’une jaquette illustrée de photos représentant Tesson et du Lac au sommet de quelques-uns.
Oser le voyage à vélo
Parce que le voyage à vélo se démocratise et que nombreux sont ceux qui prendront la route cet été, Oser le voyage à vélo apporte toutes les clés pour préparer son périple, que l’on parte une journée ou que l’on souhaite tester le véritable voyage à deux-roues! Dans ce livre écrit par une véritable aventurière des temps modernes qui a sillonné plus de 34 000 km, de la Patagonie au Québec, Laura Pedebas (alias La Cyclonomade) dévoile ses meilleurs conseils, de la sélection de la destination au choix du vélo en passant par le budget, la mécanique, la préparation physique et mentale et bien d’autres. Un incontournable avant de se mettre en selle!
Les aventures d’Amina al-Sirafi (t. 1)
Une histoire d’aventure en mer, une vraie, devrait contenir au moins un pirate, un trésor convoité, un monstre marin et un peu de magie. Dans Les aventures d’Amina al-Sirafi, le pirate est une femme de la quarantaine qui a cessé la piraterie depuis une décennie et le trésor a le potentiel de faire chavirer le monde entier. Dans ce roman de fantasy sur un fond historique, l’autrice s’est inspirée de la mythologie du Moyen-Orient pour construire un univers riche et détaillé. On y suit Amina, une capitaine se trouvant obligée de reprendre la mer pour sauver la fille de l’un de ses anciens camarades. Alors qu’Amina est divisée entre son désir d’aventure et son rôle de mère, cette ultime quête l’amènera à en découvrir autant sur elle-même que sur les mers qu’elle pensait pourtant bien connaître. Dans cet univers où la limite entre mythe et réalité est nébuleuse, l’autrice dresse un récit où des personnages aussi hauts en couleur que les vagues qu’ils naviguent feront tout pour sauver les leurs, au risque de s’y perdre eux-mêmes.
Le tunnel
Un soir de canicule, une famille emprunte un tunnel pour revenir à Moscou après une fin de semaine plus ou moins réussie à la datcha. L’atmosphère, déjà tendue dans la voiture, atteint son paroxysme lorsque la circulation s’arrête soudainement et que des centaines de personnes se retrouvent coincées sans savoir ce qui les empêche d’avancer. Il fait une chaleur torride et les heures s’égrènent sans apporter de réponses ou d’espoir. Les automobilistes tentent de s’organiser, mais ce n’est pas simple avec un psychopathe qui rôde et le peu de ressources disponibles. La mutinerie guette, jusqu’à ce que l’impensable se produise : un coup de feu, un homme est mort. Puis l’électricité arrête de fonctionner; combien de temps peut-on survivre sans les ventilateurs? Les heures passent et l’urgence de la situation s’impose. Il faut agir pour sortir de ce tunnel au plus vite, même sans savoir ce qui attend de l’autre côté des portes fermées hermétiquement… Angoissant à souhait, avec une finale à couper le souffle, ce roman de Yana Vagner est un véritable tour de force. Le lecteur se surprend quand même à rire de temps en temps, ce qui fait baisser la pression. Une superbe découverte!
Entre nos mains
Dans un XXIIIe siècle plus vivable que le nôtre, mais où l’on se débat encore avec les erreurs du passé, Tamri, modifiée génétiquement, voit son corps alterner sans cesse entre masculin et féminin. Une réalité qu’elle vit mal et qui l’a poussée à quitter son grand amour, Ryü : celui-ci change également, mais jamais au même rythme qu’elle. C’est alors qu’un jeune homme échappé d’une communauté très fermée lui demande de l’escorter jusqu’au barrage Manic-5 pour y retrouver sa sœur. Elle accepte, dans l’espoir de trouver là-bas des réponses à ses propres dissonances. En une centaine de pages se dessine un univers dense et riche et des personnages émouvants, où la guérison de soi fait écho à celle d’une nature malmenée.
Five Broken Blades
Mai Corland orchestre une alliance fragile entre six figures marquées par la perte, l’exil ou la rage. Tous veulent la mort du roi de Yusan. Tous mentent. Chaque voix — de la voleuse au mercenaire, de la courtisane au noble déchu, de l’espion à l’exilé — résonne avec une clarté troublante, dévoilant autant de blessures que de motivations. Au fil des trahisons, une camaraderie inattendue émerge. Corland distille la tension avec brio : derrière chaque sourire peut se cacher un poignard. Sa plume est vive, l’intrigue sinueuse et les révélations frappent juste. C’est un roman où les masques tombent un à un, jusqu’à ce qu’il ne reste que le sang, le pouvoir et un seul survivant.
La mort de l’auteur
Zelu enseigne, écrit, et se rêve autrice. Mais elle ne trouve de reconnaissance ni dans le monde des lettres qui l’ignore totalement, ni auprès de ses étudiants médiocres et gâtés, ni à l’université qui l’exploite, ni dans sa vaste famille dans laquelle elle détonne violemment. Et tous et toutes la réduisent peu ou prou à sa condition de handicapée. Alors Zelu boit, fume et désespère. Elle ne trouve un peu d’air que dans une histoire de robots et de mystères qu’elle commence presque par dépit après une nouvelle, et cruelle, déception. Et c’est dans cette histoire qu’elle se perd au risque de se dissoudre. Okorafor signe ici un roman polyphonique original et puissant, non sans ironie, au style fluide et énergique.
La guerre du pavot (t. 1)
Dans La guerre du pavot, Rebecca F. Kuang mêle brillamment fantasy militaire et histoire chinoise pour raconter l’ascension de Rin, orpheline déterminée à fuir un destin imposé. En intégrant la plus prestigieuse académie militaire de Nikan, elle s’attaque à un monde dominé par l’élite et découvre auprès d’un maître marginal un pouvoir ancien. Mais cette initiation n’a rien d’un conte : c’est un chemin de cendres où chaque victoire consume un peu plus l’âme. À travers une prose à la fois brutale et lyrique, Kuang interroge les limites de l’héroïsme, le coût du pouvoir, et la part d’ombre qu’exige parfois la survie. Un roman intense, dérangeant et inoubliable, où la guerre devient miroir de notre propre violence.
Le pacte d’Hämmerli
Il est au meilleur de sa forme, Richard Ste-Marie, et audacieux, convoquant dans ce roman policier à l’intrigue franchement fantaisiste les protagonistes de ses précédents récits : Francis Pagliaro, le sergent-détective compatissant, Monsieur Hämmerli, le tueur à gages mélomane et Marcel Banville, le flic magouilleur. Ce n’est pas tous les jours qu’un assassin professionnel, recyclé dans le meurtre par compassion, croisant dans un bar un constable, un membre des forces de l’ordre, préoccupé, comme lui, par la nature humaine, coincé dans une enquête fastidieuse sur la mort suspecte d’un ex-policier, l’incite à sortir des sentiers battus, à franchir cette ligne fort mince entre la justice et l’immoralité, tout en jasant de musique, de philosophie et des désillusions de leur métier. Le malicieux romancier, dans ce numéro de jazz libre littéraire, s’amuse à démonter les codes narratifs, multipliant les clins d’œil au lecteur.
L’oracle de l’oiseau noir
Quand un corbeau surgit avec un message venu du passé, Diana comprend que sa vie de famille tranquille touche à sa fin. Les pouvoirs de ses jumeaux inquiètent la Congrégation, et les secrets de sa lignée de sorcières refont surface. Entre magie ancienne et liens familiaux, elle devra choisir : fuir ou embrasser pleinement son héritage. L’histoire nous plonge dans une ambiance à la fois enveloppante et mystérieuse où l’auteure mêle drame familial, sortilèges ancestraux et quête de soi. Dans une langue fluide et évocatrice, Deborah Harkness signe un roman envoûtant, entre ombre et lumière. Un roman captivant, profondément humain, qui conjugue la magie et l’émotion avec beaucoup de justesse.
Snowglobe (t. 1)
J’ai adoré ma lecture de Snowglobe, qui nous emmène dans le monde d’une jeune fille ordinaire, Chobahm, qui doit prendre la place d’une actrice célèbre qui lui ressemble, et qui est malheureusement décédée, nommée Haeri. Ce livre de dystopie nous montre que la vie glamour des vedettes n’est pas toujours celle que l’on croit, et qu’il ne faut pas être naïf en ce qui concerne ce que l’on peut voir à la télévision. J’ai adoré les rebondissements alors que Chobahm découvre la vie que menait Haerie, les secrets qui se cachent dans la ville de Snowglobe, ainsi que ce que les gens puissants peuvent faire pour garder l’illusion que Haeri est en vie. J’ai très hâte de connaître la suite, je suis vraiment heureuse que cette duologie coréenne soit enfin traduite en français.
La prof
Dans son roman, Freida McFadden démontre son talent d’écrivaine à suspense en nous plongeant dans l’histoire bouleversante d’un couple à la dérive et d’une adolescente tourmentée. Elle dépeint parfaitement l’évolution d’Addie, une jeune fille de 16 ans qui, après un incident malencontreux, essaie de se réadapter à la vie scolaire. Le couple de Nate et Eve, marié beaucoup trop tôt, va jouer un rôle important dans la vie de l’étudiante, changeant sa vie et sa perception de l’amour à tout jamais. L’auteure de la célèbre série La femme de ménage sait exactement comment nous faire douter de tout et nous emmener dans une direction que nous n’aurions jamais cru possible. Elle nous invite entre les pages de son roman, nous rendant ainsi complices de tous ses crimes.
Ces mensonges qui nous lient
Disons-le franchement, la carrière de romancier de Jack est plutôt chancelante. Son agent, incapable de trouver un éditeur pour son troisième roman, lui propose une rencontre avec des U.S. Marshals : on lui offre de rédiger des biographies pour des gens à qui la justice américaine décide d’attribuer une nouvelle identité pour services rendus. Difficile de refuser, surtout que son propre père, qu’il n’a pas revu depuis l’enfance, a bénéficié de ce programme… Pas étonnant donc qu’en réalisant son premier contrat, il demande si on peut le mettre en contact avec ce père, ignorant toujours les vraies raisons pour lesquelles ce dernier les a abandonnés, sa mère et lui… Voilà donc un polar original et captivant du Canadien Linwood Barclay qu’on lit d’une traite.
Le voyage de Madi
Madi est un être des bois qui donne vie aux fleurs. Grâce à lui, la forêt est parfumée, tapissée de couleurs, et les villageois en sont très heureux. Ces effluves floraux voyagent si loin qu’ils finissent par atteindre les rivages d’un pays par-delà les océans, donnant envie à ses habitants de découvrir leur provenance. Intrigués, ces derniers parviennent dans la forêt de Madi et sont éblouis par la beauté des fleurs, lesquelles n’existent pas chez eux. Ce conte onirique, superbement illustré par Anna Curti, explore avec infiniment de douceur et de subtilité les thèmes de la communication, du rapport à l’autre et du partage. Les personnages en ressortent tous grandis, leurs horizons élargis grâce à une rencontre incongrue et enrichissante. Dès 3 ans.
Le petit rat Tatinet
Mon chouchou Jérôme Camil frappe encore! Des rats offrent un spectacle d’ombres chinoises à leurs compagnons. Quand la plupart des marionnettes sont brisées, l’une d’elles prend soudain vie pour guider la suite de la pièce. Les rats devront alors personnifier les personnages. S’ensuit une performance hilarante et chaotique, mais jouée de bon cœur. Cependant, il semblerait que l’ombre qui les aide a une idée derrière la tête. Rires garantis! Dès 6 ans.
Julie Capable
Julie Capable de Rien n’a qu’une phrase à la bouche depuis que sa maman l’a quittée : « Je ne suis pas capable. » C’est ainsi que débute cet album à l’histoire percutante et aux illustrations sombres, mais fortes, accompagnant parfaitement le récit. Julie ne se sent plus capable de rire, de sourire ou même de dessiner à la suite du décès de sa maman. Elle est victime de moqueries de ses camarades et se sent coupable de la mort de sa mère. Julie fera une rencontre magique qui l’aidera à avancer et à comprendre que ce n’est pas de sa faute. Elle reprendra goût à la vie et deviendra alors Julie Capable de Tout. Cet album dur mais touchant nous transmet un message important : ceux qui nous quittent restent toujours avec nous et leur l’amour est éternel. Dès 7 ans.
L’enfant-orchestre
Élizabeth est née avec une trompette entre les mains. Plus elle grandit et plus le nombre d’instruments qui l’accompagnent augmente. Mais il y a un problème : elle en joue souvent au mauvais moment et cela lui cause du tort. Ses camarades de classe en ont assez d’être dérangés en plein cours et elle a honte. Les instruments qu’Élizabeth aimait tant lui semblent tout à coup bien encombrants. C’est lors d’un concert et avec une aide inattendue qu’elle acceptera davantage sa particularité. Cet album aborde le syndrome de Gilles de la Tourette et le fait à hauteur de l’enfant avec le choix des instruments illustrant le syndrome. Émouvant et plein d’humour, cet album parle de ce sujet avec justesse, tendresse et tolérance. Un coup de cœur! Dès 5 ans.
A Language of Dragons (t. 1)
Dans un Londres alternatif de 1923, où une société rigide coexiste avec la présence puissante des dragons, Vivian, déterminée à protéger sa famille, se retrouve malgré elle au cœur d’une guerre civile. Recrutée comme déchiffreuse de codes, elle se lance dans l’étude d’un langage draconique aussi mystérieux que crucial à l’issue du conflit. Le roman allie habilement fantasy, intrigue politique et atmosphère académique captivante. Traductrice de métier, l’autrice insuffle à son récit une dimension linguistique profonde, où le décryptage devient un véritable moteur narratif. Entre trahisons, suspense et émotions intenses, Williamson signe une œuvre riche et nuancée, tout aussi fascinante que portant à la réflexion. Dès 14 ans.
Ce que j’aimerais trouver sur la plage
Tendre ovni littéraire, Ce que j’aimerais trouver sur la plage propose une incursion unique dans l’univers d’une adolescente marginale dont le quotidien vole en éclats. Contrainte d’abandonner ses certitudes, Charlotte doit, non sans colère, plonger dans le vide. Alors que sa famille semble s’acclimater à cette nouvelle vie, rien n’apaise la jeune fille. Munie de son appareil photo, elle arpentera à tâtons les rues de son village d’adoption, cherchant à pallier son déracinement par la quête d’autres repères. Rhéa Dufresne signe ici une œuvre unique et contemplative. Grâce au récit lyrique où s’entremêlent les photographies, elle offre un refuge à tous les cœurs qui ont dû bien involontairement redéfinir leur destin. Dès 12 ans.
Pierre Bayard, déteXtive privé (t. 1) : L’affaire Petit Prince
Si les romans cachaient des informations impossibles à décrypter par le commun des lecteurs? Heureusement, la Chevalerie de lecture experte de France est là pour résoudre toute enquête littéraire. Alors qu’il a été démis de ses fonctions de déteXtive, Pierre Bayard ne peut résister à l’annonce d’un mystère relatif à une œuvre bien connue, Le Petit Prince. Accompagné par de jeunes voisins téméraires et Édith, sa fidèle complice, il s’engage illégalement à mener à bien cette énigme. Impossible de ne pas s’extasier devant ce premier tome de cette série qui s’annonce plus que prometteuse. Intelligence et humour fin sont au rendez-vous pour en faire un classique que les adultes prendront aussi plaisir à lire, et à partager à haute voix. Dès 12 ans.
Cheer
Laura Doyle Péan livre ici un recueil de poésie — son premier classé jeune adulte! — où les contradictions s’emmêlent et s’enchaînent avec finesse. Tout au long de son parcours à l’école secondaire, la narratrice jongle avec les violences et les joies qui l’entourent et la constituent : surveillance et contrôle des corps et joie libératrice du sport, racisme systémique et sentiment d’appartenance, paillettes et blessures… Avec Cheer, l’auteurice rend compte, avec un réel talent, de la complexité de l’affirmation de soi dans un monde en constante tension. Dès 14 ans.
Sur la vie de ma mère
Quand ça coince à l’école depuis toujours et qu’aucune lumière ne brille au bout du tunnel, qu’est-ce qui se passe? À 14 ans, Colin abandonne, au grand dam de sa mère. Sa mère, qui pique une colère souvent, est imprévisible, violente. Ça aussi, Colin en a assez. Un jour que tout explose, Colin s’enfuit. Dans ce roman à fleur de peau, Emilie Ouellette entremêle précieuses amitiés et beatbox, intimidation et famille dysfonctionnelle, le tout à travers les yeux d’un ado en manque de repères, qui cherche maladroitement à se tailler une place au soleil. C’est un texte fort, qui remue, et qui illustre crûment que si parfois les outils manquent pour se construire une vie, on peut aussi ouvrir d’autres portes pour prendre un chemin différent. Dès 12 ans.
Nos destins infinis
Dans chacune de leur vie, Evelyn et Arden tombent amoureux, mais une malédiction les empêche d’être ensemble pour l’éternité : la protagoniste est assassinée par son âme sœur, car ni l’un ni l’autre ne peut vivre au-delà de ses 18 ans. Le roman nous plonge donc au cœur de l’année 2022 au Pays de Galles alors qu’Evelyn approche dangereusement de ses 18 ans et tente avec détermination de sauver sa sœur, gravement malade. La force de ce récit réside dans le fait que l’autrice illustre avec brio les différentes périodes de l’Histoire dans lesquelles Evelyn et Arden se sont rencontrés et qu’elle garde son lecteur captivé du début jusqu’à la fin. Avis à tous les lecteurs qui ont aimé le livre La vie invisible d’Addie Larue, Nos destins infinis est pour vous! Dès 14 ans.
Pétales et pépins
Entre deux rencontres et quelques messages laissés en suspens, au creux de la douleur d’une rupture amoureuse, le personnage de Flora se plonge dans une quête de sens et de soi. Ses interrogations sur l’identité, le désir, les racines, aussi introspectives qu’universelles, frappent juste et résonnent longtemps. Le tout est porté par un style graphique absolument génial, qui se démarque par des couleurs vibrantes, des illustrations éclatées et audacieuses, en totale adéquation avec le fond ainsi que la touche d’humour mordant de la narratrice. Pétales et pépins est une invitation à la réflexion, un récit doux-amer joyeusement complexe, qui soulève habilement des questions, sans tomber dans la gravité. Floramaille est un vrai vent de fraîcheur dans le paysage de la BD québécoise!
Les canots de Satan
Lorsque deux auteurs sont harcelés par le diable en personne, pas le choix de se mettre au travail. Le castor de La pitoune et la poutine reprend son rôle de narrateur pour nous conter une adaptation déjantée de La chasse-galerie. Le Bas-Canada est hors de contrôle! Les canots enchantés par Satan noircissent le ciel et les brigands en profitent pour commettre encore plus de crimes. Après tout, il suffit de ne pas frôler de clocher. C’est alors que le Vatican dépêche son meilleur agent sur les lieux afin de ramener la population sur le chemin de la foi en l’Église. Mais lorsque ce dernier infiltre une clique particulièrement sournoise, il risque de prendre goût à sa nouvelle vie.
Sinistre secret
Un secret de famille, qui pèse lourd sur le quotidien de Magdalena depuis sa naissance, empêche celle-ci de vivre pleinement sa vie. Mais, lorsque Nessa revient au village, Mags se permet d’espérer, laissant presque échapper la vérité. C’est sans se douter que son amie d’enfance partage déjà son secret d’une certaine façon. Depuis une soirée pyjama qui s’est terminée par une terrible tragédie, Nessa porte un lourd sentiment de culpabilité qui la hante sans cesse. Sa recherche de la vérité et son attachement pour sa vieille amie vont ramener à la surface un secret qui devrait peut-être demeurer caché, pour le bien de tous, mais surtout pour celui de Mags elle-même. Dès 14 ans.
Nos poils : Mon année d’exploration du poil féminin
En 2019, Lili Sohn découvre le mouvement #januhairy sur les réseaux sociaux, qui invite les femmes à embrasser leur pilosité naturelle. Elle décide alors d’arrêter de s’épiler et tirera une bande dessinée de son expérience. Bien documentée, traversée de beaucoup d’humour et d’un dessin aussi coloré que son personnage, Nos poils va donc mêler des expériences personnelles à une exploration plus poussée de l’histoire du poil, de son évolution à travers les âges et de ce que la pilosité représente socialement et politiquement pour les femmes. En démystifiant la pilosité, elle souhaite ainsi redorer le blason du poil féminin en apportant une réflexion sur notre rapport au corps, sans pour autant ajouter une nouvelle injonction sociale.
Bloom (t. 1)
Rintarô, adolescent à l’apparence intimidante, rencontre la radieuse Kaoruko alors qu’elle vient à la pâtisserie familiale de celui-ci. Tous deux souhaitent aussitôt en apprendre plus sur l’autre, mais un obstacle se dresse entre eux lorsque Rintâro aperçoit Kaoruko dans une classe du lycée voisin au sien. Elle étudie dans une école qui n’accueille que les filles les plus intelligentes et qui méprise les garçons du lycée de Rintâro. Seront-ils capables de passer outre l’animosité présente entre leurs deux écoles? Manga authentique et moderne, Bloom nous livre la floraison de cet amour attendrissant et pourtant semé d’embûches. Un portrait de relations amicales et amoureuses saines aux personnages riches. Dès 12 ans.
On ne parle pas de ces choses-là
Cette bande dessinée documentaire confronte un tabou délicat : le viol incestueux. Ayant été agressée par le père de son père, la journaliste Marine Courtade entame le projet laborieux d’interroger les membres de sa famille sur son grand-père pour décortiquer le mécanisme du silence. Elle explore alors les bribes de son passé brouillé, les répercussions, les prétextes, les secrets étouffés, les soupçons négligés et les traumatismes émotionnels. C’est une œuvre bouleversante qui condamne cet acte en donnant la parole à ceux qui ont souffert en silence. Combien auront souffert? Se forme ainsi un tableau déchirant aux couleurs simplistes rempli de vulnérabilité. C’est un titre essentiel pour lever le voile sur ces actions inacceptables.
L’orangeraie
Qui n’a pas lu le troublant roman de Larry Tremblay où ce père doit choisir lequel de ses jumeaux sera sacrifié pour une guerre qui n’a pas de sens? De ce roman sont nés une pièce de théâtre et un opéra. Ne manquait plus qu’une bande dessinée! Ce très bel album éveille tous nos sens. Il fallait des images et des couleurs particulières pour à la fois adoucir le sujet et le rendre percutant. Impossible de sortir indemne de cette tragédie remplie d’amour et d’horreur. Comme pour nous épargner, l’illustrateur nous amène à voir par nous-même ce qui n’est pas montré. Violence, amour, sacrifice et courage s’entrecroisent. Bouleversant et magnifique.
Dogsred (t. 1)
Après un incident à l’esprit très peu sportif où il laissa exploser sa fureur, notre jeune personnage se voit banni de la fédération de patinage artistique. Persona non grata à Tokyo, il est obligé de repartir à neuf et de déménager chez son grand-père sur l’île d’Hokkaido. Là-bas, dans la petite ville du nord du Japon, le hockey règne en maître, mais Rou ne semble pas intéressé. Les élèves de son collège finissent cependant par le convaincre de faire acte de présence à leur partie pour obtenir le nombre de joueurs minimum. Stupéfaction dans la salle! Rou a un coup de patin divin, mais aucune maîtrise de son bâton et surtout aucune connaissance des règles du jeu. Cette prestation digne d’un extraterrestre laissera les joueurs dubitatifs, mais n’échappera pas à l’œil aiguisé d’un entraîneur voyant tout le potentiel du patineur artistique déchu. Le patinage artistique et le hockey sur glace seraient-ils des sports de nature incompatible?
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