Hannah, Carole, Mama’, Jordan, Bridget et Dakota : vous ne les connaissez pas encore, mais vous n’allez plus jamais les oublier. À Toronto, ces femmes vivent dans la rue ou l’extrême précarité. C’est leur brutale réalité que Marie-Hélène Larochelle décrit au scalpel dans ce roman aussi impitoyable qu’impossible à lâcher. Ses héroïnes traversent le pire, mais l’autrice parvient à ne jamais leur ôter l’essentiel : leur farouche indépendance et leur profonde identité, dans une vie qui voudrait les déshumaniser, les désincarner, les condamner. Les effacer. L’écrivaine raconte l’insupportable, sans une once d’édulcorant, mais avec une sensibilité confondante. Et elle signe ici un livre aussi frontal que magistral.
Numéro 144
Dossier
Libraire d'un jour
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Les libraires craquent
Toronto jamais bleue
Coconade
Il y a des dessins à main levée et des nageurs au loin retranscrits en tant que points-virgules; il y a une île tropicale dans le lac Témiscamingue, des cochons fascistes et une biographie de César; finalement, il y a un auteur qui veut désespérément se servir de la littérature comme d’un jeu et un arbitre qui lui rappelle sans cesse que c’est la fin de la partie, soldée comme un but d’Alain Côté. Avec Coconade, Julien Beaupré arrive dans la littérature québécoise comme un motard rebelle, dans les nids-de-poule du récit, enseveli sous vingt-neuf matamores divinement comiques, et fait de son obsession insulaire une tempête qui rappelle que c’est dans l’œil de la tornade qu’on retrouve une chaleureuse sérénité. Un livre trésor (île incluse), ludique et absurde, qui soutire tout le plaisir d’une situation où un écrivain est pris dans un livre dans un livre dans un… Vite! Lisez son sauvetage!
Des glaçons comme du verre
Dans ce premier roman pour adultes, l’autrice et ethnologue Isabelle Picard s’inspire de sa famille paternelle. Henri et Belle, lui Wendat, elle Beauceronne, forment un couple heureux dont la vie est rythmée par les saisons. Malheureusement, Belle souffre d’un cancer après sa dixième grossesse et en décède rapidement. Cette disparition cause une série de bouleversements qui auront de graves conséquences sur la famille. Liliane, bien qu’adolescente, en devient le pilier, ce qui ne plaît pas à l’agent des Affaires indiennes. Ce dernier enclenche une série d’actions pour séparer les enfants, envoyant les plus vieux en pension, d’autres étant adoptés sans réel consentement parental. Henri, blessé par ces événements, boit de plus en plus, ce qui ne l’aide pas à réunir sa famille. Un roman tout en nuances qui met en lumière une période troublante de l’histoire canadienne, la rafle des années 1960.
Avide
Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour un million de dollars? Coincée dans une vie qui la déprime, Ève décide de tout laisser tomber pour trouver un trésor caché dans l’un des parcs nationaux du Canada, convaincue qu’il s’agit de la solution à tous ses problèmes. Comme elle a peu d’expérience en randonnée, la protagoniste sera aidée par Jade, une jeune femme aisée rencontrée en chemin. Évidemment, les filles ne sont pas les seules à chercher le trésor et la compétition devient féroce. Ève se questionnera sur ses valeurs et sur le partage du magot avec sa partenaire, si elle le trouve. La structure en alternance de récits brosse le portrait de la situation de l’héroïne et de ses rêves. Ce suspense rend le lecteur alerte et impatient de découvrir la suite. Une lecture prenante!
Les péchés ordinaires
Sept péchés capitaux, sept histoires pour les représenter. Hugo Meunier offre ici une critique de la société avec les péchés capitaux comme instrument. La structure ressemble à un recueil de nouvelles, mais avec des récits interreliés de manière ingénieuse. Le monde est petit… Il y a Max qui refuse la rupture, Josiane qui fait un voyage en couple pour tester sa relation, les quinquagénaires Johanne et Rémi qui décident de pimenter leur vie, l’esclave Gustave qui veut fuir, Yohann qui a la chance de changer sa vie, Dompierre qui est une bombe à retardement et sept influenceurs qui se prouvent sur une île déserte. Meunier est toujours surprenant, original et cinglant. Son humour mordant transpire de partout, même si le rire se teinte parfois de jaune.
Balcons
On découvre l’histoire de Xavier, un jeune homme au sommet de ses ambitions dont l’univers sera chamboulé par une série d’événements accablants. Sa vie part à la dérive, il abandonne ses études ainsi que ses occupations favorites. Il croise le chemin d’Éli, un jeune homme rempli de projets qui l’aidera à y voir plus clair. Ce dernier lui offrira la chance de cohabiter avec lui, ce qui lui permettra de réfléchir paisiblement, en regardant la vie passer du balcon. L’écriture est si juste que le secret de Xavier vous tiendra en haleine tout au long des pages. Il est rafraîchissant de lire une histoire d’amitié masculine. C’est une magnifique lecture qui vous fera vivre une tonne d’émotions. Pour ma part, je considère ce livre comme un des meilleurs de l’autrice.
Peuple de verre
La crise du logement… les prix des loyers trop élevés, les rénovictions, les pertes d’emploi, les campements de gens sans logis qui sont démantelés et remontés plus loin… Quel sera le point de rupture? Que ferons-nous quand les personnes à la rue seront en surnombre et qu’on ne pourra plus les ignorer? Catherine Leroux offre une vision déroutante et troublante d’un futur proche où les « inlogés », que les gens aisés ne veulent pas voir, disparaissent sans laisser de traces. Cette histoire explosive nous est racontée à travers le personnage de Sidonie, une journaliste qui n’a pas froid aux yeux. Elle exposera des vérités sur ces malheureux qui ne plaisent pas à tous et, par une chute abrupte et inattendue, se retrouvera un jour de leur côté. Est-ce pire que ce qu’elle croyait?
Un jardin l’hiver
Un jardin l’hiver nous transporte dans l’histoire de Clara, qui a perdu son emploi de serveuse et qui devient aide de service dans un CHSLD lors de la première vague de la pandémie en 2020. Entremêlant les moments vécus hors du centre avec le récit de ses journées au travail, la narratrice témoigne de la répétition des tâches et de son quotidien, de la fatigue ainsi que du manque de ressources à la disposition des travailleurs. Si Clara ne cache pas les difficultés auxquelles elle fait face, elle renverse toutefois ce côté sombre et offre aux lecteurs un portrait lumineux, humanisant et sensible des patients qu’elle rencontre. Un jardin l’hiver est un livre important qui perpétue la mémoire de ceux qui ont été au cœur de la crise de la COVID-19.
Lettres au ciel blanc
Longuement mûri dans le silence de l’aube, le parfum vivant du levain et le séculaire des forêts, ce cinquième recueil d’Emmanuel Simard juxtapose l’émerveillement de l’infiniment infime et la sidération de ce qui sans cesse croît depuis le fracas originel. Voici un nectar distillé à l’ombre propice des œuvres parasols de maîtres tels que Jaccottet, Dillard, Supervielle et Macé. L’âme transige par tout ce qui nous entoure, par tout ce qui peut éblouir les sens, à condition d’avoir été patiemment exercés à un surcroît d’attention. Simard semble avoir trouvé le repos des sages, une forme de sérénité qui se satisfait de choses en apparence infinitésimales et pourtant immenses. Un court recueil d’une densité impressionnante à méditer tranquillement.
Si nous restons têtus
Si nous restons têtus est un mélange de poésie et de dialogues qui regorgent d’amitiés et d’espoir social. On suit les échanges d’une gang dans la jeune vingtaine qui cumule les listes de projets avec énergie, mais malheureusement la passion n’est parfois pas suffisante pour dépasser le stade de la rêverie. On aurait aimé une coupure graphique plus nette entre les passages relevant du théâtre et ceux de la poésie, mais c’est un excellent premier livre tout en intimité que Brigitte Léveillé nous offre.
Whitehorse
Dans cette adaptation en pièce de théâtre de sa bande dessinée Whitehorse, Samuel Cantin garde le côté drôle et cinglant de ses dialogues tout en ajoutant du caractère à ses personnages. Or, pour ceux et celles qui craindraient de ressortir perdants ou perdantes du troc des dessins pour l’apport scénaristique de Guillaume Laurin et Sébastien Tessier, je vous rassure; cette nouvelle mouture donne un plus grand axe narratif à l’œuvre tout en mettant en valeur le personnage féminin Laura. De plus, cette version nous offre une nouvelle fin surprenante, mais qui me fait tout de même espérer une mise en scène spectaculaire avec le retour des ptérodactyles dans l’histoire. Je suis comme ça, j’aime l’impossible.
Devenir nombreux
Cette utopie-dystopie que Pierre Terzian nous offre est terrifiante, quoique séduisante d’une certaine manière. Alors que la civilisation est au seuil de son effondrement, tous les signes sont là pour annoncer la fin du datacapitalisme et il y a un monde nouveau à construire ; ce monde-là qui nous est proposé dans ce livre est rempli d’espoir pour le futur de l’humanité, mais aussi, paradoxalement, demeure effrayant par sa part d’ombre et d’inconnu. La langue de l’auteur est éclatante, précise, ciselée, poétique et colorée. La narration est haletante, nous faisant avancer dans le récit à un rythme effréné. Devenir nombreux, c’est un trésor littéraire, avec toutes ses petites trouvailles étonnantes, qu’il faut absolument découvrir!
La femme qui a reconstitué le monde
La vie de l’entomologiste Marie Hammer est l’illustration saisissante de la tangibilité du plafond de verre à fracasser pour les femmes qui souhaitent se consacrer à la recherche. Inspirée et inspirante, La femme qui a reconstitué le monde est une biographie romancée de cette figure cardinale et pourtant oubliée de l’histoire des sciences. Elle relate le combat d’une Danoise au début du XXe siècle pour faire reconnaître la légitimité de son travail, son droit à l’exercer au mépris des conventions, ainsi que la difficulté de concilier visées intellectuelles et famille nombreuse. Eva Tind trouve un bel équilibre entre faits et extrapolation romanesque, faisant revivre cette personnalité fascinante, lui prêtant désirs et aspirations.
En vérité, Alice
Tiffany Tavernier offre avec En vérité, Alice un roman percutant, sacrément bien fouillé, sur l’emprise conjugale et les prisons affectives. Mais c’est aussi, assez surprenamment, une plongée dans le mystérieux monde de la sainteté. Quand Alice se fait engager comme assistante au bureau du Promotorat pour la cause des Saints, elle doit apprendre à classer et comprendre le jargon ecclésiastique pour mener à bien le processus de canonisation. L’église lui offre aussi l’occasion de s’entourer de personnes bienveillantes qui deviendront un atout pour traverser les affres de sa vie de couple. L’écrivaine enquête et décortique tout un pan de la religion catholique et raconte comment accéder à l’ultime couronnement spirituel. Et elle réussit par un joyeux miracle littéraire à tirer de l’ombre un futur nimbé d’espoir pour sa protagoniste.
Le nom sur le mur
Un nom, André Chaix, gravé sur la façade de la maison que l’écrivain Hervé Le Tellier vient d’acquérir à la campagne avant la pandémie. Sur le monument aux morts de la petite ville, le même nom, suivi de 1924-1944. C’est l’étincelle qui lance la quête de renseignements sur ce résistant mort à 20 ans. Mais les infos sont bien minces… En 2023, une expo régionale sur la Résistance mène l’auteur à une petite boîte contenant des photos du garçon et quelques objets lui ayant appartenu… Il peut maintenant imaginer la vie du jeune homme à cette époque trouble, les chansons et les films qu’André et sa fiancée aimaient peut-être, ses rêves, ce qu’il aurait pu devenir… Une fiction biographique d’une grande sensibilité qui vous happe totalement.
Terrasses ou notre long baiser si longtemps retardé
Laurent Gaudé a trouvé les mots précis pour nous faire revivre les attentats du 13 novembre 2015 à Paris. C’est avec un nœud au ventre et en respirant à peine que nous traversons les dix courts chapitres de ce récit. Nous savons l’horreur qui s’en vient, mais elle nous atteint, car nous sommes nous aussi sur les terrasses, festoyant, jusqu’au moment où tout chavire. Rien n’égale la peur soudaine et la souffrance des victimes. Rien n’égale le choc des premiers répondants, des familles, des témoins ou de l’équipe de nettoyage qui tentera de tout effacer! Hélas trop d’événements semblables se sont reproduits. Ce livre est essentiel et profondément humain.
Charlie Muskrat
C’est l’histoire d’un gars qui part à la chasse sans avoir tellement envie de chasser. Toujours content d’avoir un peu de compagnie, le sympathique Charlie embarque les pouceux, leur offre du café et jase le temps d’un trajet. Étrangement, les types qu’il fait monter dans son pick-up — surnommé Tonnerre — se ressemblent tous un peu. De la communauté crie de Montreal Lake, en Saskatchewan, au centre-ville de Toronto, le truculent personnage nous entraîne dans un road trip où l’on passe tout naturellement de la critique sociale aux réflexions philosophiques à travers des situations tantôt loufoques, tantôt attendrissantes. La traduction de Daniel Grenier est si fluide que l’on croirait lire le texte original. Du bonbon.
Rousse ou Les beaux habitants de l’univers
Rousse, jeune renarde flamboyante, vive et curieuse, quitte sa contrée pour fuir soif et famine. Elle parcourra un monde dévasté où des terres mortes, des forêts aux arbres tordus et des plaines arides succèdent à quelques oasis. Des vestiges d’un peuple inconnu, innombrables squelettes, ferrailles, larges sentiers durs et gris, jonchent son chemin solitaire. Elle croisera parfois de beaux habitants de l’univers qui, tour à tour, la secourront et l’instruiront. Suivant le cours d’un fleuve impétueux, la renarde devenue vieille arrivera là où la terre finit, face à la mer, source originelle de toute vie. Dans cette fable magnifique, portée par une langue aussi bondissante que les foulées de Rousse, l’espoir est permis : en dépit de nous, humains, la vie sera toujours plus forte.
L’homme de la situation
C’est l’histoire de Paige, une productrice de télévision ambitieuse qui ne croit pas à l’amour. Elle travaille avec son ennemi juré, Gannon. Leur relation haineuse se transforme durant le tournage d’une émission de rénovation; elle succombe aux meubles que l’homme confectionne avec art. De son côté, il s’attache à sa présence et tente de percer sa carapace que plusieurs malheureuses expériences ont rendue si épaisse. Ils seront mis à l’épreuve, un triste accident viendra ébranler leurs fondations. S’ensuit une magnifique histoire passionnelle rocambolesque qui vous fera sourire. L’érotisme de ce livre vous donnera chaud, et vous aurez certainement envie de vous lancer dans des rénos. Vous serez charmé!
On m’appelle Demon Copperhead
Il va vous toucher au plus profond, ce jeune Demon Copperhead! S’inspirant du David Copperfield de Dickens, l’Américaine Barbara Kingsolver transpose dans le Sud profond des États-Unis l’enfance et l’adolescence d’un garçon né sous une mauvaise étoile, mais doté d’un incroyable instinct de survie. Père décédé avant sa naissance, mère junkie qui meurt d’une surdose, beau-père tyrannique, familles d’accueil plus que véreuses, consommation de drogues et d’opioïdes, le jeune Demon raconte tout cela avec verve et semble garder le moral tout du long… jusqu’à ce qu’on lui découvre un talent inné pour le football. Serait-ce enfin sa chance? Un roman-fleuve captivant, une impressionnante histoire de résilience face à l’adversité, récompensée du Pulitzer 2023.
Promets-moi de vivre
J’adore ces romans qui débutent par la fin ou presque! En voici un au rythme bien soutenu que j’ai beaucoup apprécié. Racontée en trois temps, la réunion de Sophia et d’Arnaud est aussi improbable qu’un amalgame de science pure et de spiritualité, pourtant… Un homme imbu de lui-même, assoiffé de pouvoir, évoluant dans l’industrie pharmaceutique et une femme à la recherche de traitements novateurs alliant spiritualité et médecine traditionnelle, deux médecins, deux trajectoires qui s’entrechoquent. Des personnages attachants, des dénouements qui surprennent et nous rassurent aussi sur la nature humaine, voilà la trame de ce premier roman de Yves Le Bihan, un auteur à la plume bien vivante et à l’écriture recherchée. Goethe a dit : « Parler est un besoin, écouter est un art. » Un précepte que l’on retrouve tout au long de cette histoire très bien ficelée.
L’honorable collectionneur
Lize Spit construit une œuvre dérangeante, qui bouscule et confronte nos limites. Après La débâcle et Je ne suis pas là, elle propose ce court texte, non moins percutant. Jusqu’où l’amitié nous pousse-t-elle? À quel point peut-on se sacrifier pour elle, et chambouler notre quotidien? Et ce, à 11 ans? C’est l’âge qu’a Jimmy, un jeune coincé et malheureux, lorsque Tristan, réfugié kosovar, réclame son aide pour éviter que sa famille soit renvoyée dans son pays. Entre la volonté de Jimmy de secourir son ami et sa peur envahissante de s’impliquer, c’est tout un monde de doutes, de loyauté, de suspicion et d’envie de briller qui se déploie au fil des pages. Un tourbillon d’émotions, maintenu à un rythme effréné, qui nous propulse à la fin, fracassante.
Le triomphe des imbéciles
Avec humour et sarcasme, Samir Kacimi nous conçoit un monde où l’Absurde est roi et dans lequel règnent les imbéciles. On falsifie l’Histoire, on triche le réel, tous les moyens sont bons pour conserver le pouvoir en place, ou pour s’en emparer. La civilisation semble au seuil de l’effondrement, on pourrait s’attendre à voir se construire un monde nouveau, plus juste et égalitaire, mais l’auteur tisse brillamment les fils de cette satire qui nous amènent d’une illusion vers une tromperie plus grande encore. C’est loufoque, politique et brillant; une véritable perle de la littérature algérienne!
L’appel des odeurs
L’odorat est ce sens qui contient tous les souvenirs, toutes les émotions et pourtant il est plutôt oublié dans la vie quotidienne. Ryoko Sekiguchi lui rend hommage dans ce recueil de nouvelles qui tourne autour des différentes sensations que les fragrances évoquent. Les parfums des humains, des villes et des livres racontent des histoires et ce sont celles-là que l’autrice nous rapporte. Cette dernière étant une épicurienne reconnue, les plaisirs gustatifs y ont une place de choix, elle y décortique une crevette avec tellement d’art que le lecteur ne peut qu’éprouver les perceptions vécues par le protagoniste lorsqu’il la déguste dans la nouvelle « Dans la cuisine d’un restaurant ». Ce livre nous donne envie de reconnecter avec notre odorat et de ne plus regarder le monde qu’avec les yeux et les oreilles, mais bien de le ressentir de toutes les manières possibles.
Un tombeau pour Kinne Gaajo
Journaliste d’une radio populaire sénégalaise, Njéeme apprend avec consternation le naufrage du Joola, traversier assurant la navette entre Dakar et la Casamance. Alors que la nouvelle s’impose dans les actualités et que le bilan des victimes s’alourdit d’heure en heure, le drame prend une tournure tragique : la grande amie de Njéeme, la poétesse Kinne Gaajo, repose elle aussi au fond des eaux de la côte Gambienne. Portée par l’amour qu’elle lui voue, Njéeme s’attellera dès lors au récit de la vie et de l’œuvre de cette femme irremplaçable. Narratrice des événements, la fougueuse journaliste nous fait découvrir, par la plume brillante, vive et politisée de Boubacar Boris Diop, un Sénégal dont les méandres sociaux sont au cœur même des enjeux africains actuels.
Toute la couleur du monde
L’auteur de L’empereur de Paris et de La fin de l’alphabet nous propose un roman à fragments porté par une palette de couleurs ahurissantes et entrecoupé d’épisodies extracontextuelles. La vie d’un homme y est décrite dans les détails les plus touchants, empreints de joie, de tristesse, d’amour, de passion et de douleur. Nous habite le sentiment enivrant de tournoyer dans les époques, ivres d’art et de lumière malgré les deuils, la guerre et la vie. Car elle est fourbe, cette vie, vécue de loin en dépit des ports d’attache. Mais elle est riche, aussi, façonnée par l’art et son Histoire, et la profondeur des couleurs propres à l’expression la plus pure de la nature humaine, de ses baumes et de ses travers. Un roman réconfortant comme un jet de soleil.
Souviens-toi des abeilles
Souviens-toi des abeilles raconte la triste et magnifique histoire d’une famille qui habite Inzerki, un village au Maroc, et qui porte un lourd secret. Comme le petit Anir qui les adore, nous sommes séduits dès les premières pages par les légendes de son grand-père : le rucher sacré et les malédictions qui s’abattent sur les voleurs de miel. C’est un roman d’une beauté incroyable, sur le legs entre les générations, porté par une écriture sublime, poétique et lumineuse.
Baumgartner
La journée de Sy Baumgartner, 70 ans, commence mal. Il se brûle une main avec la casserole qu’il a oubliée sur la cuisinière alors qu’il faisait cuire ses œufs. Lorsque le préposé au relevé des compteurs d’électricité arrive chez lui, en voulant lui indiquer l’endroit où se rendre, au sous-sol mal éclairé, Baumgartner tombe dans l’escalier. Il est un peu sonné, mais ne semble pas avoir de fracture. Professeur de philosophie à Princeton, veuf solitaire, spécialiste de Kierkegaard, depuis le décès d’Anna, il continue à vouloir vivre, mais il sent un immense vide qui le plonge dans ses souvenirs, sa jeunesse à Newark, la vie de son père, sa rencontre avec Anna. Plongée en profondeur sur la vie, la vieillesse. Paul Auster est décédé le 30 avril 2024.
Une abeille suffit : Carnet d’observation d’un jardin urbain
Récit hybride brodé autour de notre rapport à un écosystème de plus en plus fragile et de la place privilégiée de l’abeille au sein de celui-ci, Une abeille suffit est une ode à la contemplation et au fait de nommer cette beauté modeste et pourtant foisonnante dans nos jardins, avant qu’elle ne disparaisse. Abondamment appuyée des nombreuses observations de la vie éphémère qui se déroule en silence dans le jardin de l’autrice pendant deux étés, cette narration intimiste et poétique consigne moult détails permettant de relever l’unicité des apoïdes. Les poèmes lumineux ainsi que les illustrations tout en finesse de Geneviève Boudreau ajoutent une originalité indéniable au récit. Une lecture à la fois captivante, informative et même méditative.
Post-partum : Les hauts et les bas du quatrième trimestre
Voilà un livre à mettre entre les mains de toutes les (futures) mamans, mais aussi de leurs partenaires. Valérie Roberts aborde, par le biais de témoignages, les différents types de quatrièmes trimestres, cette période de montagnes russes après la naissance d’un enfant. Allaitement, culpabilité maternelle, dépression, deuil, tout y passe dans le plus grand respect de chacune des femmes interviewées. Un ouvrage parfait pour valider les émotions des mères et leur montrer qu’elles ne sont pas seules.
L’Ontario à moto
Avis à tous les passionnés de moto : si vous souhaitez découvrir la région de l’Ontario à deux roues, ce livre est fait pour vous! Zabel Bourbeau, conseillère en voyage à moto et autrice de nombreux textes aux éditions Ulysse, s’adresse ici aussi bien aux débutants qu’aux plus chevronnés d’entre vous. Tous les circuits proposés sont rangés par zone géographique et proposent une carte avec légende détaillée. La difficulté du parcours, la longueur en kilomètres et la durée du voyage, mais également le nombre de courbes et les points d’intérêt, tout y est renseigné. En plus de partager avec vous des itinéraires et ses adresses coups de cœur sur la route, Bourbeau vous conseille sur l’équipement à apporter absolument et offre une liste des concessionnaires de la région. Un guide à adopter pour vos prochaines aventures!
Sexualités et dissidences queers
Ce que la norme sociale identifie d’acceptable dans les relations amoureuses et sexuelles range les autres manières d’envisager celles-ci au rang des anormales et des dissidentes. Prise de parole collective rassemblant les voix de plus d’une vingtaine d’universitaires et de militant.es, elle se veut engagée et éducative. L’éventail des désobéissances abordées comprend les bisexualités, le plaisir, la culture du consentement, le sexting, le travail du sexe, le cruising gai, la pornographie, le polyamour, l’éducation à la sexualité, le chemsex, le BDSM et l’asexualité. Un livre à mettre entre les mains de toute personne souhaitant contester l’emprise des paradigmes dans ses intimités et, ultimement, s’en libérer.
La joie de penser : Mes années Serge Bouchard
Jérémie McEwen a eu la joie de penser une à deux fois par mois avec le regretté Serge Bouchard et Jean-Philippe Pleau au micro de C’est fou… Dans ce recueil, il revisite, dans l’ordre, les chroniques rédigées pour l’émission en y incluant parfois des anecdotes et des réflexions sur le rapport de Serge Bouchard avec les sujets explorés. Les trois sections du livre débutent par un texte inédit. Il y reconnaît la dette immense qu’il a envers son père spirituel, ce qui ne l’empêche pas de nommer les divergences d’opinions qui ont pointé leur nez au fil de leur relation. La rédaction de ce livre a permis à l’auteur de vivre son deuil et sa lecture donne l’occasion de saisir une époque pas si lointaine. Un magnifique hommage à cette amitié exigeante et enrichissante.
Le couteau
Le 12 août 2022, alors que Salman Rushdie s’apprête à donner une conférence à Chautauqua dans l’État de New York sur l’importance de préserver la sécurité des écrivains, un homme jaillit du public, monte sur la scène et l’attaque au couteau, et ce, trente ans après la fatwa prononcée contre lui. Il subit plusieurs blessures. L’assaillant est maîtrisé. Rushdie est rapidement amené par hélicoptère au centre de traumatologie d’Hamot; s’ensuivent plusieurs opérations, et une longue rééducation. Réflexions intimes où il raconte avec résilience les événements, de la tentative d’assassinat à son rétablissement, de l’amour de sa femme Eliza qui l’a aidé à retrouver son équilibre et à l’importance d’écrire ce livre. « Quel chef-d’œuvre qu’un corps humain! »
Technopolitique : Comment la technologie fait de nous des soldats
Il ne se passe pas une journée sans qu’on entende parler d’attaques envers les infrastructures technologiques étatiques et l’esprit de la société civile par de puissants algorithmes via entre autres les réseaux sociaux. Dans cet essai, l’auteure, à travers une analyse politique et géopolitique, se penche sur les principaux acteurs de ces dominations, soit le Big State et les Big Tech. Ces derniers ont pris possession des infrastructures, des métastructures et donc du progrès technologique, ce qui a abouti au concept de Technologie Totale. Il est donc urgent de faire preuve d’innovation politique, non seulement pour encadrer le pouvoir technologique, mais pour que les technologies elles-mêmes puissent évoluer tout en contribuant au bien-être commun, sans que les citoyens deviennent une masse de soldats manipulés. C’est un essai dense, truffé de références philosophiques, économiques et historiques qui pousse vers une réflexion ô combien indispensable.
Au revers du monde : À propos du potentiel révolutionnaire de la spiritualité
J’adore les essais publiés chez Atelier 10! Dès que j’ai ouvert ce livre, j’ai eu l’impression de me retrouver avec une amie me guidant avec humour et un peu d’autodérision, mais surtout avec bienveillance à travers l’univers de la spiritualité. L’autrice nous explique pourquoi avoir une vie spirituelle est quelque chose d’essentiel pour l’être humain et pour quelles raisons ce sujet est si souvent objet de moqueries. À travers les différents chapitres, on découvre toutes sortes de moyens d’alimenter notre âme, mais aussi les pièges d’un milieu cherchant à tirer profit de personnes vulnérables, car, comme le dit Chagnon, « la cupidité est partout », en particulier dans les domaines où des gens sont en quête de réponses. Ce texte animera assurément vos discussions et vos réflexions!
Gaming : Sociologie du jeu vidéo
Une sociologie du gaming qui montre les résultats d’une étude faite en France sur environ 1 500 personnes : les joueurs sont de tous âges et ils sont autant de femmes que d’hommes. Beaucoup d’autres sources et d’articles sont cités, démontrant que non, les jeux vidéo ne rendent pas plus violent, plus sexiste ou plus raciste. Ce n’est qu’une autre plateforme représentant ces mauvais côtés de l’humanité. Il y a aussi tout un chapitre sur l’invisibilité des femmes joueuses et le harcèlement qu’elles subissent dans leur expérience du jeu vidéo.
Me suivez-vous?
Après Déboussolé, Yves P. Pelletier poursuit l’énumération de ses aventures ici et ailleurs. Le récit, qui couvre les années 1993 à 2004, débute à Montréal avec sa phase du non et se termine avec le tournage d’un documentaire au Nunavut. Entre ces deux lieux, il visitera ou revisitera le Tibet, le Népal, le Bhoutan, le Myanmar, l’Inde, la Thaïlande et le Panama, entre autres. Il dit non à certaines amours, à de lucratifs contrats et même à des voyages, dont un avec Pauline Julien. Les moments avec cette dernière et Gérald Godin sont parmi les plus touchants passages. Aussi, on accède aux coulisses de certains engagements professionnels et aux aléas de la célébrité. Le tout est sensible, drôle et surtout, facile à suivre. J’attends la suite avec impatience.
Le ministère du Futur
Le maître de la fiction prospective déploie des trésors de rigueur, de recherches étendues et de longue vue pour créer une histoire-laboratoire de toutes les solutions proposées pour sortir de la crise climatique. Y sont mises en place des idées empruntant à la géo-ingénierie, à la fiscalité écologique, à l’agriculture régénératrice, mais aussi aux stratégies plus radicales d’un département occulte qui expérimente des moyens plus violents face aux ultraprivilégiés qui comptaient festoyer jusqu’à la toute fin sur le cadavre de notre monde. Au centre du processus de changement sont les membres du ministère du Futur, nouvelle agence de l’ONU, chargée de s’assurer que les citoyens de l’avenir puissent en avoir un, justement.
De l’espace et du temps
Que feriez-vous si vous étiez le dernier être humain vivant, pas même sur Terre, mais sur Mars, et que votre unique compagnie se résumait à un hologramme interactif d’un certain musicien bien connu des années 1980? C’est la question à laquelle se voit confronté l’astronaute John Renfrew, qui tente tant bien que mal de garder son équilibre mental en se plongeant dans d’ardus livres de physique. Et cette novella aux allures initiales de Seul sur Mars prend bientôt un tournant totalement inattendu, qui propulse l’histoire dans une dimension nouvelle et résolument vertigineuse. Une véritable odyssée à travers l’espace et le temps, en une centaine de pages ni trop lourdes, ni trop superficielles. Époustouflant!
L’assassin Eighteen
« J’attends que quelqu’un vienne me tuer. Cette nuit, toutes les conditions sont réunies. » L’agent Seventeen, dix-septième d’une longue lignée de tueurs à gages, n’erre pas dans ses réflexions, un sniper tente effectivement, ce soir-là, de s’en prendre à lui; un sniper qui se révèle être une fillette d’une dizaine d’années. « Qui est-elle? Pourquoi elle? » C’est une des innombrables surprises de cet exaltant thriller aux chapitres brefs et percutants, allergique aux temps morts et nous menant en des lieux imprévus et déroutants, des luxueux yachts floridiens de suprématistes blancs aux colonies minières de l’ère soviétique servant de refuges aux hackers en cavale. Certes, c’est déjà un truc énorme pour l’agent Seventeen d’empêcher le déclenchement d’une guerre mondiale, mais à cela s’ajoute un enjeu plus intime, crucial, l’obligeant même à dégager la voie pour l’assassin Eighteen.
Prisonnière
Amélie a été enlevée. Comme elle est mariée à un homme riche aux agissements douteux, on imagine qu’une rançon sera demandée au prix fort. Mais la femme cherche déjà à fuir cet époux dont elle n’a jamais voulu. Surtout depuis qu’elle détient sur lui une information la mettant en danger. Entre un conjoint qui souhaite la voir disparaître et des ravisseurs dont elle ignore tout, elle doit trouver le moyen de se sauver, peu importe les conséquences. Mais qui consentira à devenir son allié, alors qu’elle est entourée d’ennemis? La première phrase est tout ce dont on a besoin pour être aspiré par la plume de l’auteure, et ce, jusqu’à la fin de ce thriller psychologique brillamment écrit!
La femme papillon
Le duo Bonneau-Lamouche se targue encore une fois d’aventures rocambolesques, au plus grand plaisir du lecteur. Amené à rencontrer le président de la France à la suite du succès de l’enquête précédente, Bonneau se fait prendre dans un guet-apens duquel seul son collègue Lamouche peut le sortir. Avec l’aide des enquêteurs français, une chasse à l’homme pour trouver qui a enlevé le majestueux inspecteur se met en branle. Les recherches mènent à une secte d’un genre singulier ayant pour adeptes des haut placés du gouvernement. Nous retrouvons un Bonneau à la fois burlesque et attachant et un Lamouche hésitant entre la désespérance et l’amitié qu’il se surprend à éprouver pour le lieutenant. Un quatrième tome savoureux!
Fourth Wing (t. 1)
La définition même du terme « page turner », Fourth Wing est une réussite sur toute la ligne! Avec son action qui nous laisse sur le bout de notre chaise, ses fins de chapitre qui donnent envie d’en savoir plus et sa romance bien épicée qui se construit au fil du récit, ce roman jeune adulte est à la hauteur de sa réputation sur les réseaux sociaux! En plus de mettre de l’avant un personnage principal qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, cette romantasy donne envie de se précipiter chez son libraire favori pour se procurer la suite! À lire quand on a quelques journées devant soi pour bien s’y plonger!
Châtiment
Money, Mississippi, devenue tristement célèbre en 1955, après le lynchage d’Emmett Till, un adolescent noir. Qu’est-ce que c’est que cette histoire, des décennies plus tard, de Blancs étranglés avec du barbelé et émasculés? Que vient faire à côté, chaque fois, le cadavre d’un jeune Noir tenant en main les testicules coupés, cadavre qui, en plus, disparaît comme par magie de la morgue où on l’a entreposé? Mystère total! La police d’État envoie des enquêteurs noirs dans ce bled où les souvenirs du KKK ne sont jamais loin… On se doute du niveau de collaboration des forces de l’ordre locales… Nous voilà partis pour un récit audacieux et provocateur, à l’humour acide, qui trouve même le tour de ridiculiser un certain président aux cheveux orange… À lire absolument!
Le fugitif, le flic et Bill Ballantine
On avait presque cessé de l’espérer, ce deuxième polar d’Éric Forbes! On retrouve avec bonheur les deux personnages phares de son Amqui, un an après les événements sanglants pour lesquels Étienne Chénier s’est vengé (mais on n’est pas obligé d’avoir lu le premier pour apprécier le nouveau). Denis Leblanc, policier maintenant retraité, débarque à Paris, bien décidé à mettre la main sur le libraire en cavale dont il a réussi à retrouver la trace… mais la mafia montréalaise veut aussi régler son compte à Chénier et, très vite, les deux devront faire équipe pour rester en vie… Interviennent alors une galerie de personnages à la fois caricaturaux et truculents qui ajoutent punch et plaisir à ce polar qui se lit d’une traite. Une réussite totale!
L’encyclopédie féerique d’Emily Wilde
Cette pépite est un conte de fées qui nous plonge dans une ambiance à la fois chaleureuse et glaciale, un tour de force de l’autrice Heather Fawcett! Elle réussit à immerger son lecteur dans un monde imaginaire où les universitaires comme Emily peuvent étudier les fées à Cambridge. Elle planifie un voyage dans une région nordique reculée, souhaitant travailler en paix. Pas de chance : son insupportable collègue Bambleby vient la rejoindre pour travailler avec elle. L’exubérance de ce dernier chamboule ses plans et change indéniablement son destin! J’ai adoré les jeux de contraires entre les différents éléments du roman : la froideur des fées, la chaleur des habitants, la maladresse d’Emily et l’aisance de Bambleby. Un énorme coup de cœur!
Mondes parallèles : Une histoire d’amour
Décidément, Keigo Higashino saura toujours nous étonner! Il nous embarque, cette fois-ci, dans une enquête au goût de romance et de science-fiction. Mais détrompez-vous, car ce qui paraît être, au premier abord, une banale histoire d’amour prend une tout autre tournure, lorsque la réalité est remise en question. Les souvenirs se confondent avec les rêves et le virtuel; on tente, avec le personnage principal, de démystifier cette obscure affaire. C’est un nouveau coup de maître d’un des plus grands auteurs de polars japonais. Un roman qui saura séduire à coup sûr les passionnés d’enquêtes, tout comme les amateurs de SF!
Tant que fleuriront les citronniers
Salama, 18 ans, doit faire face à la révolution dans son pays, en Syrie. Étudiante en pharmacie avant que le désordre n’éclate, l’adolescente, à la suite de la mort ou l’emprisonnement de la majorité de sa famille, travaille à l’hôpital afin d’aider le plus possible les habitants. Au fil du roman, celle-ci rencontrera Kenan, qui lui fera voir de la lumière dans cette vie de souffrance et lui apportera une certaine paix intérieure. Un livre destiné aux jeunes adultes qui propose une vulgarisation du contexte politique afin de mieux le comprendre. Un roman touchant et essentiel afin de comprendre la dure réalité de vivre dans une contrée en guerre. Dès 14 ans.
Les marées intérieures
Dans ce magnifique album, Justine Laberge-Vaugeois nous parle des marées, tant physiques qu’émotionnelles. En faisant un parallèle avec ce phénomène naturel, l’autrice et illustratrice explique aux enfants qu’il est normal, comme les vagues, que nos émotions débordent parfois. Elle utilise le personnage du grand-père afin de donner des trucs aux enfants pour se calmer et prendre le temps de comprendre et d’apaiser ses houles intérieures. Les dessins de type aquarelle d’une grande sensibilité accompagnent avec merveille ce texte plein de douceur et de sagesse. Dès 5 ans.
Poussière d’été
Un livre absolument magnifique et bouleversant! Ici, Joanie Boutin signe, selon moi, son œuvre la plus aboutie. À coups de rebondissements, et usant d’une écriture empreinte d’authenticité, elle nous prouve encore une fois sa grande force qui réside dans la complexité de ses protagonistes et dans leur grande humanité. On comprend et ressent les peurs, les difficultés et les émotions de Maëllie, mais aussi d’Oliver et des personnages plus secondaires de l’histoire en plus d’assister à des péripéties et à des moments touchants tout au long des pages. Un roman d’été avec une grande profondeur qui se lit en tout temps et d’une traite! Dès 14 ans.
Le pays qui descend (t. 1)
Nous sommes habitués à toujours viser plus haut, mais si aller plus bas nous permettait de vivre une expérience des plus incroyables? Une adolescente vit sur une montagne avec sa famille et le reste de l’humanité telle qu’on la connaît. Le moment venu, tous les jeunes doivent partir, avec la mission d’atteindre le « Tout En Bas Tout En Bas ». Accompagnée d’un groupe éclectique, formé d’alliés et de rivaux, Li entame une descente spectaculaire, mais surtout dangereuse, avec son lot d’embûches, de pertes et d’espoir. Poussée par son objectif, elle se lance corps et âme dans cette aventure où le bas et le haut ne sont possiblement pas ce qu’ils semblent être. David Camus nous entraîne avec talent dans cette épopée novatrice! Dès 14 ans.
Clara et les oiseaux
Clara est timide. Elle aimerait bien intégrer les jeux des autres enfants, mais elle ne sait pas toujours comment s’y prendre et cela l’attriste. Un jour, pendant une escapade en forêt, la jeune héroïne trouve un oisillon en détresse. Elle doit alors surmonter sa peur pour libérer le petit, avec qui elle va créer un lien de confiance. Dès lors, elle trouve en elle une fierté et une force qu’elle ne soupçonnait pas. Même si elle demeure une petite fille réservée, elle se sait aussi capable d’être courageuse et de se faire des amis. Un album tendre et réconfortant, parfait pour les introvertis ayant besoin d’être apprivoisés en douceur, comme Clara. Petits et grands seront touchés droit au cœur par les superbes illustrations! Dès 4 ans.
Les Whisperwicks (t. 1) : Le labyrinthe sans fin
Après avoir reçu une vieille poupée de chiffon, Benjamiah se retrouve dans un endroit qui défie totalement son esprit cartésien. À Dedaleum, les rues changent constamment de tracé et les gens se servent de poupées comme la sienne pour faire de la magie! Afin de revenir chez lui, il devra d’abord aider la bouillante Elizabella à retrouver son frère jumeau. C’est ainsi que les deux enfants se mettent en quête des Whisperwicks, ces lanternes renfermant des messages secrets. Mais comment se déplacer dans ce labyrinthe mouvant où l’on risque de se perdre à jamais juste en quittant sa propre rue? Ben aura fort à faire, à commencer par mettre son esprit scientifique de côté. Dès 9 ans.
Les sirènes du golfe
Cette nouvelle collection pour ados des éditions Scarab est axée sur les légendes terrifiantes d’ici et ce titre nous donne assurément des sueurs froides! Tout de suite, on s’attache à Emma, cette adolescente qui passe des vacances tranquilles avec toute sa famille et son amoureux. Voulant faire un tour de bateau, la famille se retrouve sur un voilier, croyant pouvoir profiter de l’air marin paisiblement… Mais le capitaine a d’autres plans et Emma devra user de tout son courage pour sauver sa famille. On peut difficilement en dire plus sans tout dévoiler de l’histoire, mais je peux vous dire que Johanne Dallaire maîtrise très bien le suspense et que la fin vous donnera des frissons dans le dos bien après avoir déposé votre livre. Dès 13 ans.
Ouvrir grand ses oreilles
Firmin est tout joyeux ce matin, car le facteur lui a appris la meilleure des nouvelles : son grand frère Gustave doit arriver cet après-midi pour passer quelques jours avec lui! Mais cette visite n’est pas la seule surprise qui attend Firmin dans sa campagne ensoleillée! Plusieurs personnages surgissent, aux prises avec leurs petits soucis, suscitant chez le jeune homme le plaisir d’être, pour eux, au bon endroit au bon moment. Dans ce merveilleux album où chaque page tournée révèle son lot de détails ravissants, et de légers rebondissements, on apprend la gentillesse, le pouvoir de l’amitié et celui, inestimable, de savoir regarder au-delà des apparences. Une aptitude précieuse qui ajoute un supplément d’âme aux histoires, mais, aussi, à la vie! Dès 5 ans.
De délicieux enfants
Mon enthousiasme face à la plume espiègle de Flore Vesco ne se tarit pas. Jouant avec les mots, leurs sonorités comme leurs significations, elle s’amuse tout autant avec les contes, qu’elle triture jusqu’à ce que leur essence soit démythifiée, y insérant ici une touche féministe, là une thématique plus actuelle. Ce Petit Poucet 2.0 nous plonge au cœur de la forêt, avec cette famille de sept enfants et leurs parents, tous affamés mais vivant dans un bonheur simple, jusqu’au jour où, par bonté, sont accueillis sept garçons, transformant leur quotidien pour le pire. La suspicion, la jalousie et la quête du pouvoir s’ajoutent à la faim, affreusement dominante. Une histoire charnelle et goûteuse, pleine des entourloupes de cette autrice emberlificoteuse! Dès 13 ans.
Une histoire illustrée des fantômes
Si l’horreur a bon vent ces dernières années auprès des enfants, notamment avec la collection « Noire » de la courte échelle, pourquoi ne pas les inviter à consulter ce documentaire sur les fantômes? Truffé d’anecdotes tirées de la grande histoire, ponctué de lieux et de personnages au cœur de récits fascinants, ce livre nous informe, remet en question et explique certains aspects des histoires de fantômes qui hantent les chaumières et alimentent les légendes. Avec autant d’humour et d’à-propos que son précédent ouvrage sur les ovnis, Adam Allsuch Boardman sait faire la part du vrai dans le canular, mais surtout, il invite chacun de nous à cultiver cette part de curiosité envers l’inconnu et l’inexplicable… du moins, jusqu’à ce que la science explique, ou pas, ces mystères! Dès 10 ans.
L’amour est une niche
Le deuxième recueil de poésie d’Alexandra Campeau aborde avec élégance et légèreté la complexité de l’amour. Les vers reflètent l’expérience profonde et parfois tumultueuse de ce sentiment, exprimant l’angoisse de l’auteure face aux normes sociales. Son œuvre offre un miroir réconfortant aux adolescentes en quête d’identité, explorant les tourments amoureux avec honnêteté et vulnérabilité. L’amour est une niche évoque le désir d’être compris tout en reconnaissant l’unicité de chaque histoire amoureuse. Ce recueil résonnera auprès des jeunes, offrant apaisement et réflexion. Il serre le cœur, mais rassure, rappelant que l’amour est une aventure pleine de surprises et de défis, authentique et rafraîchissante comparativement aux standards irréalistes imposés par la société. Dès 14 ans.
Parler sexe : Se libérer des normes pour inventer la sexualité qui nous convient
Avec Parler sexe, la collection « Radar » s’enrichit d’un texte fin et bien construit, qui s’adresse aux adolescents et aux jeunes adultes, mais qui peut intéresser tous les âges. C’est une gageure de faire tenir autant de notions, d’expériences, et de bienveillance dans un si petit texte. L’objectif est de prendre du recul d’avec les standards rigides des relations et des pratiques, et de montrer que le bonheur et le plaisir ne se contraignent pas, qu’il faut aussi prendre le temps d’apprendre sur son corps et le bien-être qu’il peut nous procurer. L’autrice est lucide et prévient ses lecteurs et lectrices des risques de violence qui habitent les relations humaines, mais conclut sur le pouvoir libérateur de la parole et du rejet de la performance. Un beau texte sur un beau sujet! Dès 14 ans.
Les Clopin-Clopant : Bande d’aventuriers de bras cassés!
Après l’échec retentissant de leur dernière mission, les Clopin-Clopant (une aventurière éclopée, un barbare pacifiste et aveugle, son minuscule chien guide, une elfe sans cœur et un lutin grincheux) doivent parfaire leur réputation. Ces apprentis héros devront puiser dans leur immense force de caractère, forgée entre autres par leurs handicaps respectifs, pour affronter une brume maléfique qui menace le royaume. Marot aborde avec sensibilité et humour les questions des préjugés, de l’immigration, de l’acceptation de soi et des autres, l’importance de l’écoute et de l’ouverture face à la différence. Les fabuleuses illustrations de Chevalier Gambette agrémentent le tout. Ce roman procure une grande dose de positif : « […] le bonheur, ça vous rend fort, combatif, prêt à soulever des montagnes. » Dragon et licornes seront aussi au rendez-vous. Dès 8 ans.
NEB
Alex, solitaire et frustré dans son désir d’autonomie, commence à jouer au NEB, le jeu le plus populaire du moment. Alors qu’il parvient à se glisser parmi les meilleurs joueurs, son père l’envoie dans un camp de désintox de jeux vidéo. De mystérieux pirates, qui semblent tout connaître de sa vie, prennent le contrôle du NEB et contactent Alex pour finir le jeu. Qui va gagner? Que veulent ces pirates? Bien qu’il ne soit pas aussi achevé que son précédent livre, NEB a le mérite d’être un des premiers romans jeunesse à explorer les dessous du Web et la dépendance aux jeux en ligne, en plus de nous permettre de parler de la manipulation par les GAFAM/Big Five et de l’importante collecte des informations personnelles, souvent à notre insu, dans un but mercantile. Loin d’être fataliste, Solé, amatrice de fins ouvertes, invite les jeunes à reprendre leur destin en main. Dès 12 ans.
Le mauvais coup
À peine réveillée, Léonie a l’irrésistible envie de faire un mauvais coup. Quand elle aperçoit son klaxon jouet et son père qui lit paisiblement dans le jardin, elle tient le plan parfait : rien ne la ferait plus rire que de faire sursauter son papa. Mais est-ce réellement une bonne idée? Ce court instant d’hésitation ouvre soudainement la porte à des scénarios aussi rocambolesques les uns que les autres. Dans l’imaginaire de la petite fille, les conséquences de sa blague sont tantôt terribles, tantôt loufoques, mais vaut-il réellement la peine de mettre l’existence de son père en péril? Cet album, où les péripéties font boule de neige, amuse tout en faisant réfléchir à l’impact de nos actions. Reste à décider qui va gagner… la sagesse ou l’humour! Dès 4 ans.
Les Spice Girls : La solidarité féminine expliquée aux enfants
Impossible de résister à la pertinence et à l’originalité de la collection « Mini Punk », ces biographies hors du commun qui présentent des artistes certes établis, mais méconnus du jeune lectorat. Après ceux de Claude Gauvreau, de Voïvoïd et de Muzion, c’est le parcours inattendu de cinq artistes féminines qui est mis en lumière. L’expressivité des illustrations ainsi que les pointes d’humour parsemant le texte rendent un bel hommage à la force de caractère de celles qui, malgré les manigances d’un producteur malhonnête, deviendront les Spice Girls et traduisent à la perfection les raisons du succès mondial de ce girls band, qui a célébré à tue-tête l’amitié et le féminisme. Dès 6 ans.
Moi, Quentin Rubio, chêne guide
Quentin le chêne vit sur le mont Royal depuis le XIXe siècle et pose un regard parfois critique, parfois historique sur « l’animal humain », le tout sous la plume délicate de Bertrand Laverdure. La trame narrative alterne entre capsules biographiques, bribes de la vie de l’arbre à l’âge respectable et fragments de textes poétiques d’autres auteurs ou autrices en lien avec cette colline qui domine la ville de Montréal. Les superbes illustrations détaillées donnent le ton à cet ouvrage essentiel, que l’on soit petit.es ou grand.es. Elles sont signées Catherine Filteau, qui, en collaboration avec l’auteur, a également travaillé à la conception et à la recherche poussée de cet album documentaire. Dès 6 ans.
Check & Mate
Une comédie romantique qui donne envie de mettre sa vie sur pause pour continuer sa lecture! Alors qu’elle se voit de retour sur la scène des échecs (qu’elle avait juré de quitter pour toujours), Mallory bat Nolan, le champion mondial (beau et ténébreux, doit-on le préciser). Ce dernier s’intéresse donc à cette jeune femme talentueuse alors que celle-ci doit faire face à ses démons liés à ce jeu. En plus de nous offrir une tension palpable et bien construite, l’autrice critique la place des femmes et la misogynie systémique qui règne dans le monde des échecs professionnels. L’intrigue est construite comme un scénario de film et les personnages secondaires sont rafraîchissants et substantiels : une romance réussie en tous points! Dès 14 ans.
Itchi et les 1000 yôkai (t. 1)
Après les légendes chinoises, Stéphane Melchior s’intéresse aux contes traditionnels japonais. Cette nouvelle série est idéale pour proposer une première bande dessinée aux jeunes lecteurs et lectrices qui souhaitent s’initier au 9e art. S’inspirant à la fois du manga et de la BD classique franco-belge, Loïc Locatelli trouve une voie médiane qui sied parfaitement à ces rocambolesques aventures qui flirtent avec l’humour absurde. Reprenant des motifs classiques de la fantasy, Itchi raconte la quête d’une jeune fille qui libère par mégarde une entité maléfique enfermée sous une montagne depuis des siècles. Afin de réparer sa bévue, elle devra chercher l’enseignement de multiples yôkai, ces esprits magiques qui n’ont pas encore quitté le monde, mais s’y font de plus en plus rares. Dès 9 ans.
La route
Dans une Amérique postapocalyptique et couverte de cendres, un père et son fils tentent de survivre sur une route où méfiance, danger et horreur marquent les rares rencontres. Larcenet nous replonge dans les atmosphères obscures et oppressantes de Blast et du Rapport de Brodeck. Le trait noir gras, épais, la maîtrise des hachures digne de Dürer, le camaïeu de gris éblouissent dans des planches souvent muettes, respectant ainsi l’économie de répliques et l’atmosphère fuligineuse du récit original, couronné du prix Pulitzer en 2007. Le découpage traduit parfaitement la désolation, la lente minéralisation des survivants, où l’espoir n’est plus qu’une lueur moribonde, prête à s’éteindre à tout moment. Sur ce, je vais avaler un Prozac et me dire que le monde ne va (peut-être?) pas si mal que ça…
Salade de fruits
Salade de fruits, dernier opus de la bédéiste Cathon, est aussi délicieux que le dessert du même nom. D’une dimension telle qu’il peut être traîné partout, assez substantiel pour assurer un bon moment de lecture, ce petit livre d’un rose vibrant propose un nombre appréciable de petites historiettes se déroulant sur quelques cases ou quelques pages. Oscillant entre moments de la vie quotidienne, scènes de salon du livre ou celles, plus que mémorables, impliquant un surplus de bananes congelées, les planches illustrées en noir et blanc expriment une maturité de style et un humour unique qui rendent le travail de Cathon reconnaissable au premier coup d’œil. Une expérience encore et toujours savoureuse, tel un goûter fruité parfaitement composé.
La langue par la bande : 28 expressions québécoises en bandes dessinées
La langue française du Québec regorge d’expressions colorées, telles « s’enfarger dans les fleurs du tapis », « l’affaire est ketchup » et « être dans les patates ». Vingt-neuf bédéistes de tous horizons professionnels et géographiques en ont sélectionné un total de vingt-huit, les illustrant avec créativité sur la page de gauche, sans les mentionner ni les expliquer, sous forme de bande ou de planche, avec ou sans phylactères. Les explications, elles, se retrouvent sur la page de droite, où sont vulgarisées les entrées du Dictionnaire historique du français québécois. En résulte une mosaïque d’expressions dont certaines sont plus connues que d’autres, mises en scène par des bédéistes de talent de façon souvent humoristique, parfois touchante, toujours source de fierté. Preuve de la vitalité du 9e art et de la richesse des expressions, un deuxième tome est en préparation.
Le goût des fraises (t. 1)
Le premier tome de cette série est assurément pour les amateurs de romance! On y rencontre Sara, une jeune étudiante qui aide son grand-père blessé dans sa production de fraises. Pour la guider dans sa découverte de ce milieu dont elle ignore tout, elle reçoit l’aide de Minori, le fils d’une exploitation voisine. Ils se plaisent tout de suite, mais leur différence d’âge les empêche de s’avouer leur attirance. Les dessins épurés et l’évolution des sentiments des personnages créent un attachement très rapide avec le lecteur; j’ai été investie dès le départ dans leur histoire! Ce manga à la fois mature et adorable est idéal pour les fans du style shojo, mais qui veulent changer des amourettes d’adolescents.
L’enfant en moi (t. 1)
Un manga qui aborde magnifiquement un cas de grossesse à l’adolescence, avec tout un côté éducatif, autant pour la femme que pour l’homme. L’histoire met en scène deux jeunes de 16 ans, un couple qui se connaît depuis l’enfance, se respecte et communique sainement. Le récit révèle tous les enjeux liés à une grossesse accidentelle, dont la famille, l’argent, l’école et l’avortement. Une série en deux tomes pour l’instant. C’est un sujet qui peut être difficile, mais l’autrice est talentueuse dans sa démarche. Dès 14 ans.
Le roi méduse (t. 1)
Récemment orphelin de mère, le jeune Arthur voit son paternel sombrer peu à peu dans la paranoïa complotiste et l’entraîner avec lui dans divers exercices hallucinants et dangereux. Un jour, le garçon constate sa disparition et décide de partir à sa recherche. En général, quand on ouvre une BD, on saisit assez rapidement le style d’un auteur. Ici, impossible de savoir à quoi la prochaine page va ressembler, tant ce bédéiste belge au style unique étale un dessin hypertravaillé, tout en superposition de techniques, de couleurs souvent franches, aboutissant à des planches psychédéliques qui traduisent impeccablement la spirale psychotique dans laquelle le père et l’enfant s’enlisent. Ce suspense aussi teinté d’humour nous emporte dans un foisonnement symbolique, surréaliste, avec des réminiscences de nos jeux d’enfants et de la vision du monde qu’on peut avoir à cet âge. Époustouflant!
Terrible : L’enfant, la jeune fille et la sorcière
Mariant la modernité au folklore russe, Gaël Henry manie la fable avec une poigne enlevante et originale. À la fois conte cruel et récit d’émancipation, Terrible déjoue la morale comme les convictions. Les couleurs vives et les teintes ombragées participent à créer des atmosphères particulières, ajoutant une dimension onirique, parfois délétère. Partie à la recherche de son petit frère qu’elle a perdu de vue, Ana se retrouve dans un autre monde, où son cellulaire n’a que peu d’utilité. Elle devra affronter les aléas du conte classique, ici Baba Yaga, la chipie Vassilissa et le jeune tsar imbu de lui-même, mais également faire confiance à ses alliés, Poupée et Loup-gris, tout en se mesurant à ses propres limites et en expérimentant ses atouts.
L’ouvrage
Anthéa, une botaniste interstellaire, voyage d’un univers à l’autre. Que ce soit pour découvrir de nouveaux végétaux ou pour sauver des espèces en danger, elle protège et bonifie la flore de chacun de ces mondes tout en la préservant d’éléments envahissants. Sa recherche de l’équilibre parfait pour conserver la vie est ponctuée de hauts et de bas ainsi que de rencontres improbables. Elle n’est pas toujours la bienvenue; il lui arrive d’être considérée comme dérangeante par la population locale. Un scénario éthéré et des illustrations en noir et blanc délicates aux lignes nettes réussissent à exprimer d’un trait une faune et une flore riches tout comme une atmosphère plus dramatique. Un conte futuriste touchant et une ode à la tolérance.
Trompe-l’œil
Jade renoue avec le cambriolage dès sa sortie de prison, en digne fille du clan William. L’équipe a rapidement besoin d’un nouveau membre. Elle recrute son ancienne codétenue, Fiona, une amatrice d’œuvres d’art. L’histoire prend des virages inattendus sur fond de poursuite policière; Jade souhaite finalement se défaire de l’emprise paternelle alors que Fiona implique le sien, un artiste incompris devenu faussaire. Martinière situe l’action en hiver dans un Québec rural; le ton caricatural donné à ses personnages sert de prélude aux tournants du scénario. Bona, lui, utilise à profusion des couleurs chatoyantes changeant selon l’atmosphère du moment. On se croirait dans un tableau dont la beauté contraste avec sa schizophrénie. Surprenant.
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