Tellement un grand coup de cœur! Avec ce roman, l’auteure signe une entrée remarquée dans la littérature jeune adulte, grâce à une écriture sensible et vibrante qui aborde des thèmes profondément humains. À 19 ans, Ella devient mère et doit apprendre à naviguer dans cette nouvelle réalité seule, après la disparition soudaine de son copain. Contre toute attente, elle trouve refuge auprès de sa belle-famille, qui lui offre un soutien précieux et un espace sécurisant pour se reconstruire. Le récit explore avec justesse la famille choisie, la résilience, l’épanouissement personnel et les défis de la parentalité précoce. Un roman touchant, délicat et sincère, porté par une plume lumineuse, qui mérite assurément d’être découverte.
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La poétesse
Comment peut-on mener sa vie quand son époque en est une de décadence? C’est à cette question qu’essaie de répondre l’écrivaine Ying Chen en menant une conversation transcendant les époques avec la célèbre poétesse chinoise Li Qing Zhao. Cette dernière vécut sous la dynastie des Song à une époque chaotique où les menaces extérieures rivalisaient avec celles intérieures. Profondément atteinte par les intrigues de cour qui limitèrent l’ascension de sa famille et de son mari, elle s’est retirée dans une maison de campagne où elle fit de studieuses recherches. En plus de ses activités littéraires, elle se donna comme mission d’analyser et d’archiver le plus d’artefacts chinois possible afin de pouvoir conserver la culture des dynasties précédentes. Plus la situation empira et plus la poétesse voulut, par devoir, augmenter la richesse de sa collection, quitte à négliger cette poésie chantée qui fit tant vibrer l’autrice de ce livre. Ying Chen semble en effet fantasmer la riche esthétique de la poétesse tout en admettant qu’à son époque, « avant de succomber collectivement, on vivait déjà à genoux depuis longtemps ».
Je ne m’éloigne jamais trop de la maison
Une jeune fille habitant Shawinigan grandit au sein de sa famille adoptive. Ayant été retrouvée sur le palier d’une porte par ses parents, la fille apprend à découvrir le monde en naviguant avec le sentiment de manque. L’absence de ses parents biologiques pèse sur ses frêles épaules. À travers ses yeux, elle dépeint les personnes et les événements qui surgissent dans sa vie. Décrits de façon poétique, ceux-ci rendent nostalgique et rêveur. Elle apprend également à apprécier son entourage et à délaisser ce besoin profond de connaître sa mère biologique. Le roman, inspiré de l’enfance de l’autrice, traite d’un sujet universel : le sentiment d’appartenance. À travers des moments simples, le lecteur peut se retrouver dans la jeune fille et revivre avec elle des souvenirs d’enfance.
Louve en juillet
Louve en juillet, c’est la force d’une femme à l’état brut. La force d’une survivante, d’une battante, la force de toutes celles qui, malgré la peur, continuent de puiser dans leur souffle de vie. Gabrielle Filteau-Chiba réussit, en moins d’une centaine de pages, à nous transporter dans divers endroits, refuges ou pièges, comme si nous y étions nous-mêmes. C’est un livre puissant, par les émotions qu’il véhicule, mais aussi par la portée de ses nombreux messages, dont celui de l’importance de chérir et de protéger ceux qui incarnent nos amours inconditionnels. Mention spéciale à Séquoia, qui symbolise, elle-même, la beauté englobée de tous les lieux décrits.
Godpèle
Face à l’apocalypse, « ceux qui savent manier la pelle » ont migré vers le nord du Québec où le Loncrisse, cette entité mystérieuse, chamboulera leur existence. Des années plus tard, la Floune, première enfant des Godpèles, découvre dans l’écriture le chemin pour trouver un sens au miracle de sa naissance. Dans cette grotte où elle se cache des siens, elle remonte le fil des saisons et raconte dans son « use-mine » l’endurance et l’humilité de son peuple. Faisant écho aux littératures et aux modes de vie innus, Godpèle, par le biais d’une langue marquée par l’hiver, est la condamnation et la libération d’un peuple en quête d’une mémoire douloureuse. Un récit hybride qui porte fièrement la marque de La Peuplade!
De mauvais augure
Je suis à peu près certain que, lorsque Erika Soucy mettait en œuvre les premières esquisses de son recueil de poésie De mauvais augure, elle ne connaissait pas encore toute l’ampleur de la noirceur politique qui entacherait le monde actuel. Ce livre se situe entre l’annonciation des maux les plus terribles, avec quelques traces d’eschatologie, et la lettre adressée à un fils — mais aussi à l’humain en général — qui souhaite survivre au climat ambiant. Une lettre d’amour et d’espoir, mais qui demande aussi d’avoir toujours sa poésie bien aiguisée, car on ne sait jamais quand on devra s’en servir.
La faune locale
Intriquant avec brio désirs, ambitions et regrets, Stéphanie Labbé expose avec férocité et humour noir la brutalité hypocrite des grands départements de ressources humaines, bras armés du patronat, prêts à renvoyer machinalement des employés comptant plusieurs décennies de service. Elle explore également les abysses dans lesquels peut nous plonger le désir inassouvi de la parentalité ainsi que la manipulation par la décrédibilisation (gaslighting). Résolument féministe, elle traite également des violences faites aux femmes par leur propre conjoint. On grince des dents, on serre les poings, on rit jaune jusqu’au glaçant dénouement dont on ne sort pas indemne. La rythmique est impeccable, la structure implacable et le propos fondamental.
Limoilou : Contes d’hiver
Les contes à passer le temps réchauffent la période des fêtes, à Québec, depuis maintenant quinze ans. Ce spectacle est présenté chaque année à la Maison Chevalier au cœur du quartier du Petit-Champlain. Sophie Grenier-Héroux y écrit des contes depuis les débuts de ce qui est maintenant une tradition bien ancrée dans la capitale. Ses histoires se déroulent dans Limoilou, son quartier. Ici, pas de besoin de canot volant, les récits de Sophie prennent vie dans des lieux que nous fréquentons comme le casse-croûte chez Pierrot et le parc Cartier-Brébeuf. En marchant dans ses ruelles, nous pouvons croiser Roger, Flavia, Alain, ses personnages. On ne peut s’empêcher d’écornifler chez Cécile et René, où ça sent tellement bon. La force de ces contes contemporains, c’est qu’ils nous rappellent la beauté de notre voisinage et des petites légendes de nos quartiers. Voilà un recueil qui enjolive nos cœurs en toutes saisons.
Saint-Nicolas-des-Marins
L’hiver s’abat soudainement sur Saint-Nicolas-des-Marins. En un seul instant, la mer gèle, le sol fige, le froid s’installe et le monde entre en hibernation. Nico, fils orphelin de la sorcière du village, doit apprendre à composer avec les ressources qui s’épuisent, le cœur des hommes qui durcit dangereusement et la mort qui n’ose plus rendre visite, laissant les chants des agonisants hanter les nuits sombres des vivants. Dans une langue où la beauté délicate de la neige fraîche côtoie le grotesque des chairs déchiquetées, où l’humanité prisonnière des glaces révèle ses plus bas instincts comme le meilleur d’elle-même, Alex McCann tisse un magnifique conte moderne, à lire à la chaleur d’une épaisse couverture.
Between our Lives (t. 1)
On suit Lena, immigrante sans papiers, pour qui mentir devient l’unique issue possible. Seule et démunie, elle retrouve un semblant de stabilité en tombant amoureuse de Cameron. Puis vient le moment où il la présente à sa famille, et c’est là qu’elle se retrouve face à la dernière personne qu’elle aurait voulu revoir : Brooklyn, qui la croyait morte. Malgré leur lourd passé, ils sont forcés de se côtoyer et d’apprendre à vivre avec tous ces souvenirs qui viennent les hanter. Comme à son habitude, Nadège Roy a su me charmer avec cette histoire et avec Brooklyn. Encore une fois, on traverse toute une gamme d’émotions, des plus belles aux plus difficiles. Je suis tombée sous le charme de certains personnages, tandis que d’autres font partie de ceux qu’on aime détester. Il s’agit d’une duologie très slow burn, axée sur la reconstruction. Addictif et passionnant. Gros coup de cœur.
L’invitée surprise
Alors qu’elle a toujours rêvé de séjourner au Cornwall Inn, un hôtel luxueux de Newport, Phoebe s’y retrouve, sans bagage, après un difficile divorce et des rêves qui lui semblent désormais impossibles à réaliser et souhaite mettre fin à ses jours. Mais une surprise l’attend! Un mariage a lieu à l’hôtel et Phoebe se retrouve au beau milieu des convives. Dès son arrivée, elle fait la connaissance de la mariée, une femme à l’énergie débordante et à la forte personnalité. Alison Espach livre un roman qui nous porte avec sensibilité à travers les tumultes de la vie et réussit avec brio à y insérer des touches d’humour. Un roman à découvrir!
Petit pas
La vie n’a pas été tendre jusqu’à maintenant avec Martin et Mathilde. Ce jeune couple à l’aube de la vingtaine a mis sur pause ses projets et ses rêves alors qu’un petit être, et bientôt un deuxième, se greffe à leur noyau précaire. Dans une société au rythme effréné où c’est chacun pour soi, l’autrice nous propose un récit doux et magnifiquement écrit sur la solidarité. Comme quoi une main tendue au moment où on semble au plus bas peut permettre à une famille de trouver ses repères et la confiance de découvrir son chemin un pas à la fois.
Les belles promesses
Disons-le d’emblée, ce quatrième tome conclut de façon magistrale la saga des Pelletier! Début des années 1960. En toile de fond : la construction du périphérique parisien. Contre toute attente, Bouboule sauve un bébé lors d’un incendie. Geneviève, son exécrable épouse, profite de l’exploit pour devenir encore plus tyrannique. Colette, leur fille, s’en sort… et Philippe, le fils, vit ses premières pulsions sexuelles… François, lui, devenu romancier, s’intéresse à des meurtres de jeunes filles jamais résolus et commence à soupçonner son frère… ce qui, si cela est avéré, risquerait de dévaster toute la famille. Et il y a bien sûr le chat Joseph! Récit plus qu’efficace, aux péripéties haletantes, qui passionne jusqu’à la dernière ligne. Du grand Lemaitre!
Je voulais vivre
L’autrice a imaginé la vie de Milady la méchante, personnage issu du roman Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas. Bussy 1609, Anne (Milady) âgée de 6 ans ou 7 ans, frappe à une porte du presbytère que le père Lamandre n’utilisait jamais. À voir l’état dans lequel est l’enfant, il y a eu un drame. Le père prend la fillette sous son aile. Soixante-quatre ans plus tard, Maastricht, le 10 juin 1673, c’est d’Artagnan qui racontera à son aide de camp Philippe de Saint-Chamas la vie de Milady, cette femme qu’il a aimée et qui l’a fait souffrir, personnage féminin fort, aux multiples noms, qui a dû lutter « pour sa survie, pour son pays, pour son idéal et pour sa liberté ». Récit touchant, épique, empreint de vengeance et de justice. Un livre d’une écriture magnifique. Prix Renaudot 2025.
Allô la Place
Il y a des lieux qui existent pour faire apparaître la parole. Pour la faire transiter même. C’est le cas des fameux taxiphones, ces boutiques disséminées un peu partout dans les grandes villes permettant l’accès téléphonique vers l’ailleurs. S’ils tendent à disparaître, avec l’arrivée des forfaits cellulaires avantageux, les taxiphones savent se réinventer au gré des avancées technologiques et demeurent toujours actifs. Née au Havre, Nassera Tamer enquête sur ces espaces de transition qui servent de port d’attache pour bien des gens. Si elle s’y intéresse autant, c’est que là persistent encore les doux relents du temps d’avant. Avec Allô la Place, la Franco-Marocaine fait un portrait très intimiste de ces endroits où les histoires circulent librement. Elle peut s’immerger dans les récits des autres et même parfois entendre des bribes de darija. La langue marocaine, que Tamer baragouine et perd tranquillement, reste le lien ténu le plus tangible avec la culture de ses parents. Verdier publie ici un touchant premier roman sur le terrible besoin de communiquer et l’empêchement même d’y arriver.
Quatre jours sans ma mère
Mais quelle mouche a bien pu piquer Amani, femme de ménage à la retraite, qui vient de « fuguer » en laissant le message : « Je dois partir, vraiment. Mais je reviendrai »? Pour Hédi, son mari, c’est l’insulte suprême, qui doit demeurer ignorée des voisins. Pour Salmane, leur fils de 36 ans qui vit toujours chez eux, dans une cité de banlieue française, c’est un séisme! Il a toujours cru à l’histoire familiale racontée par ses parents. Mais le voilà qui s’interroge, cherche des contacts de sa mère… et réalise assez vite qu’on lui a raconté des bobards sur ce qui les a amenés à quitter la Tunisie. Devrait-il aller là-bas pour découvrir la vérité? Un roman tout en tendresse, avec ses pointes d’humour et de sensibilité, un beau moment de lecture!
La Sorcière de Lune
Racontant sensiblement la même trame générale que Léopard noir, loup rouge, ce livre est un jeu sur les perceptions radicalement divergentes que l’on peut avoir de mêmes événements. Poursuivant ce kaléidoscope des vérités irréconciliables, James centre son récit sur une figure particulièrement énigmatique de la compagnie précédemment présentée : la Sorcière de Lune. Figure féministe ambiguë, dotée d’énormes pouvoirs dont elle doit elle-même se méfier, elle pourfend les maris à la main lourde et les violeurs impénitents. Elle va se retrouver mêlée à une chasse au tyran divin, une lutte globale pour la mémoire et le libre arbitre. Les réflexions sur la nature du pouvoir, les questions de genre et la lutte des classes nourrissent cette épopée.
Éclaircie
En 1843, sur une île perdue au large de l’Écosse, Ivar, dernier habitant, vit en ermite avec un cheval, une vache, des poules et quelques moutons. Le propriétaire de l’île souhaite la rentabiliser par l’élevage de moutons pour commercialiser la laine. John Ferguson, un pasteur sans le sou transportant un fusil dans ses bagages, est chargé d’exproprier Ivar, mission pour laquelle il sera bien payé. Rendu sur l’île, John s’installe dans une cabane destinée aux employés, fait un petit tour et tombe d’une falaise. Les choses ne se passent pas comme il avait prévu. Mary, la femme de John restée sur le continent, s’inquiète du sort de son mari. S’ensuit une séquence d’événements. Le lecteur est tenu en haleine tout le long de la lecture de ce court roman audacieux et captivant.
Un printemps au goût de mochi
J’ai été surprise par la lecture de ce roman si… enveloppant. Premièrement, j’ai adoré la plume poétique de l’auteure : il y a des citations mémorables à chaque chapitre. Deuxièmement, l’histoire : une petite librairie mystérieuse où chaque client entre avec un problème et en ressort avec une solution, c’est-à-dire le livre parfait pour lui. Ça frôle la réalité! Finalement, le personnage principal : complexe, humain, facile à adopter. J’ai aimé son dilemme intérieur et le parallèle entre une librairie indépendante et une librairie de grande surface. En tant que libraire, ce livre a vraiment touché les bonnes cordes.
Nullipares, et alors? Être sans enfants
Un tout petit livre qui ouvre de grandes discussions! Recueil de textes à la fois vulnérable et mobilisateur, ce mélange de voix expose les réalités alternatives à la maternité dite traditionnelle. De leurs plumes expérimentées, les autrices célèbrent l’émancipation, la liberté de choix et l’accomplissement de soi en marge du modèle familial normatif. Elles participent à la déconstruction du discours patriarcal et valident le désir de ne pas avoir d’enfants. Une exploration de la nulliparité qui fait du bien!
Dieu, Darwin, tout et n’importe quoi : Histoires naturelles
En seize historiettes naturelles, Despret raconte les excentricités de tout ce qui croît, bouge et respire. Elle rend compte des recherches les plus étonnantes des biologistes, du végétal à l’animal. Un salutaire travail de vulgarisation scientifique qui va toutefois plus loin que cette seule fonction en extrapolant à partir de ces étonnants cas de figure. Science et philosophie côtoient ici l’humour de Despret que décuple celui du caricaturiste Pierre Kroll. Ce dernier imagine de courts dialogues entre le Dieu barbu de la Genèse et le pauvre Darwin qui tâche d’expliquer les absurdités qui encombrent la Création. Vous y apprendrez, entre autres, pourquoi on peut douter que vous soyez le véritable maître de votre chien (et pas le contraire).
Longtemps, se taire
Si #MeToo et Dis Son Nom ont contribué à libérer la parole des survivantes de violences sexuelles appartenant aux plus jeunes générations, celle de Sylvie Laniel, les baby-boomers, s’est fait plus discrète dans la foulée de ces mouvements. Maintenant septuagénaire, la psychologue, féministe et grand-mère revient sur sa vie en brossant le portrait des discours qui ont traversé les époques alors qu’elle a plusieurs fois tenté de raconter l’inceste et les agressions sexuelles subies. Mêlant récit, essai psycho et essai littéraire, Laniel libère (enfin) sa parole, et, avec elle, inspirera sans doute les plus vieilles générations à faire de même. Un livre qu’on aura envie de mettre entre les mains de nos mères dont on sent le vécu traumatique, mais qui ont dû, trop longtemps, se taire.
Là où le temps et la glace sont les seuls maîtres : Expéditions à travers les terres arctiques, 1818-1876
Un musée sur papier… aux thèmes d’aventures où l’on s’extasie assis, bien au chaud. Un ouvrage colossal en beauté, en ampleur et en profondeur sur les épopées de dix navigateurs et une épouse de navigateur disparu qui, pour le retrouver, mena la plus importante mobilisation de navires dans les méandres de l’Arctique canadien : « Ce qu’une nation n’a pas su faire, une femme l’a fait. » Au service de la science, à l’écriture de l’histoire, parfois au péril de leur vie, souvent à l’aide des peuples inuit, ces explorateurs ont percé des secrets du pôle Nord et du passage du Nord-Ouest. On les accompagne dans leurs réflexions, espoirs, joies, découvertes, craintes et déboires grâce à leurs peintures aux couleurs vives, textes évocateurs, anecdotes et artefacts. Tout y est : budgets, listes d’appareillages, cartes, vaisseaux, canots, traîneaux, montgolfières, soirées festives, veillées funéraires, couchers de soleil enflammés et aurores boréales vertigineuses!
Queer
Le petit dernier de la collection « Le mot est faible » est consacré, comme son nom l’indique, au terme « queer ». Loin de l’ouvrage théorique, ce livre retrace les origines du mot, de l’injure proférée envers les personnes dérogeant aux normes cishétérosexuelles à sa récupération par les activistes 2SLGBTQIA+, puis à son intégration dans les milieux académiques américains, pour finalement arriver en français vers la fin des années 1990. Si l’émergence du terme est plutôt bien connue en anglais, le duo Liotard fille et père a su mettre en lumière collectifs, auteurices, traducteurices et maisons d’édition francophones ayant contribué à son arrivée et à son usage dans notre langue. Un ouvrage qui plaira par son historicité sociolinguistique.
Hubris : Une histoire des années 2010
Simon-Pierre Beaudet a un don pour analyser les époques dans toutes leurs contradictions. Dans Hubris, à coups d’esperluettes, il décortique la décennie 2010 en y amalgamant les grandes tendances, chaque année étant encore plus chaude que la précédente, indice parties par million (PPM) de monoxyde de carbone à l’appui. On pourrait tout d’abord penser qu’il se moque de ceux qui mangent dans leur char, mais personne n’est à l’abri de son regard acéré. Par petits fragments, les souvenirs de ces années charnières se révèlent et le temps présent nous permet de poser un regard critique sur cette décennie où la plupart d’entre nous ont été spectateurs et acteurs. La plus grande force de ce livre est de nous faire rire de nos travers tout en nous démontrant l’urgence d’agir, car les années 2010 auront fait beaucoup de dégâts.
La poutine : Culture et identité d’un pays incertain
Analyse on ne peut plus digeste de ce mets devenu national dans les dernières décennies, cet essai de Geneviève Sicotte déploie en multiples services les raisons pour lesquelles on ne peut que se délecter de la collection « La petite culture » des Presses de l’Université de Montréal, friande d’objets culturels tels que ce fameux mélange de frites, de sauce et de fromage délicieusement bruyant. L’autrice décortique avec rigueur et fascination le passé et le présent du plat, de sa sémiotique jusqu’à son appel au carnavalesque, et pique même sa fourchette dans l’autoethnographie. Les réflexions sur la diversité culturelle et culinaire, soutenues par un désir de déjouer l’élitisme, achèvent de faire de ce livre une plongée originale et critique dans l’identité de ce plat mythique.
Un musulman à la cabane à sucre : Un mode d’emploi pour devenir Québécois
Khalil et Florence sont-ils le couple spirituel de Boucar Diouf? Un couple racisé qui réussit? À vous de valider! À la lecture de leur récit Un musulman à la cabane à sucre, j’ai découvert un couple moderne. Ils sont généreux, drôles et attachants. Ils partagent avec nous leur vie avant leur rencontre et leur quotidien familial sous forme de courts chapitres. Un duo qui gagne à être connu. Un recueil d’anecdotes personnelles d’un tandem qui aspire à la bienveillance et à la tolérance à travers l’ouverture et les compromis. En élevant trois enfants. Un livre humain et actuel! À mettre entre toutes les mains, que vous soyez un adolescent ou que vous ayez un âge vénérable! Rire et sagesse garantis!
Randonnées à vélo en France : 50 itinéraires de rêve
Le cyclotourisme a le vent en poupe : partez à l’aventure lors de vos prochaines vacances en France! Classés par zone géographique, niveaux de difficulté et points d’intérêts, ces 50 itinéraires vous permettront de parcourir tout le pays. Laissez-vous guider par des experts qui proposent ici des circuits convenant aussi bien aux débutants qu’aux plus chevronnés. Chaque trajet est accompagné d’une carte, de photographies et d’un texte explicatif. Pour aller plus loin sont aussi indiqués le type de sentiers, la difficulté, les attraits à ne pas rater, le nombre de kilomètres et le temps nécessaire pour arriver à destination. Sans oublier les précieux conseils pratiques des auteurs pour une virée tout en sécurité. Laissez-vous tenter!
Vermis (t. 1) : Donjons oubliés & forêts interdites, guide officiel
Vermis de Plastiboo est une immersion dans un manuel fictif d’un jeu de rôle oublié, où la dark fantasy, tissée de mystères et de malédictions, invite le lecteur à explorer des mondes hantés et des secrets perdus. Où la sombre magnificence de la fantasy noire se dévoile avec intensité. Ce n’est pas un simple ouvrage, mais une odyssée au cœur des ténèbres, où les âmes égarées errent dans des donjons oubliés et des forêts interdites. Chaque page est une exploration où l’obscurité et la beauté se mêlent. Dans cet univers, chaque souffle semble lourd et empli de fatalité, vous n’aspirerez qu’à en percer les mystères, mais sans espoir. Vermis est un voyage que vous ne pourrez refuser, une invitation à succomber à l’énigme infinie des ténèbres.
The Will of the Many
Sous une identité falsifiée, Vis intègre la plus prestigieuse académie militaire de l’Empire, feignant l’ambition et l’obéissance pour mieux dissimuler sa véritable mission : résoudre un meurtre, retrouver une arme antique et mettre au jour des secrets capables de faire vaciller l’ordre établi. James Islington déploie ici une fantasy dense et stratifiée, où la vengeance et la loyauté s’entrelacent au fil de mystères emboîtés. Chaque révélation déplace les certitudes et entraîne le récit vers des directions inattendues. Porté par une intrigue aussi imprévisible qu’exigeante, le roman interroge le prix du pouvoir, la manipulation des masses et la résistance intime face à un empire qui exige tout, jusqu’à la volonté elle-même.
Touche pas à mon cadavre
Roger est dans le trouble! Par un soir de déluge, il vient d’écrabouiller un cycliste avec son F-150. En panique, craignant de perdre son permis, il jette le vélo électrique dans la rivière en crue et cache le cadavre sur son terrain, dans un coffre qu’il prend le temps de bien sceller. Au matin, horreur! La rivière a débordé et tout emporté, y compris ledit coffre… Commencent des recherches effrénées… qui n’échappent évidemment pas à l’œil vif de l’insoupçonnable, mais machiavélique Jacqueline, sa quasi-voisine, dont on a admiré l’esprit retors dans le roman précédent de l’auteur. Et si elle l’aidait? Bien sûr, il devrait y avoir compensation… C’est haletant, bien mené, avec la dose d’humour qu’on aime! Un grand plaisir de lecture!
Prédateurs de la nuit
« Que se passe-t-il dans ce damné village? », se demande (tout comme, bien sûr, l’anxieux lecteur ou l’anxieuse lectrice) la jeune et têtue enquêtrice suédoise Sanna Berling un jour de mars 1986, alors que le pays tout entier est secoué par le meurtre de son premier ministre. Venue reconduire dans un patelin, avatar de Twin Peaks où chaque habitant traîne sa dose de mystère, une adolescente fugueuse accompagnée d’une mystérieuse femme de ménage en fuite avec son serpent python (si! si!) nommé Delilah, Berling y affronte d’innombrables non-dits sur des histoires de voyeurisme, de disparations de mineures et de cadavres démembrés. Et les choses ne cessent de s’embrouiller jusqu’à ce dénouement totalement inattendu, époustouflant. Maria Grund mène sa barque avec dextérité, évitant les lieux communs du genre, dans ce déconcertant thriller.
Cadavre recherché, mort ou très mort
Cadavre recherché, mort ou très mort. Il n’en fallait pas plus que le titre pour piquer mon intérêt envers ce livre! Comme plusieurs d’entre nous, Jaja ne sait pas vraiment ce qu’elle souhaite faire dans la vie et se tourne donc vers la conseillère d’orientation de son école. Cette dernière lui propose un métier bien particulier, celui de thanatologue. Le seul problème? Jaja n’a jamais vu une dépouille en vrai, alors comment peut-elle savoir si être embaumeuse est le bon choix pour elle? Elle part ainsi à la recherche d’un vrai mort, une quête qui la mène dans des situations absurdes. Émilie Rivard nous offre un roman drôle, rocambolesque et un personnage principal original et cru, comme on les aime! Un livre qui se lit d’une traite. Dès 12 ans.
Toujours ensemble
Au cœur de l’hiver, un couple formé d’un ours et d’une loutre voit apparaître, près de sa maison, un jeune renard. Ils lui ouvrent leur foyer et laissent naître l’espoir d’une famille enfin complète. Mais cette rencontre est brève : au réveil, le renard n’est plus là, laissant derrière lui une absence difficile à apprivoiser, mais aussi la trace d’un moment profondément marquant. Quelques mois plus tard, un petit hérisson vient doucement s’ancrer dans leur quotidien. Avec ce premier album jeunesse, Marie-Christine Chartier propose un récit d’une grande délicatesse, magnifié par les illustrations sensibles de Geneviève Andersen. Touchant sans jamais être lourd, l’album agit comme un véritable baume pour le cœur, particulièrement pour les parents ayant traversé la perte d’un enfant. Au-delà du deuil, il évoque avec justesse l’empreinte indélébile que laisse chaque enfant dans une vie. Dès 3 ans.
Sam Fall (t. 1) : L’Académie de l’Entre-Mondes
Alors que le monde des Cauchemars effraie toute la population et que personne ne veut y avoir affaire, la jeune Sam Fall s’y sent bien et s’y rend souvent… même si c’est contre la loi. Elle finit par intégrer l’Académie de l’Entre-Mondes afin de comprendre ses pouvoirs et se rend bien compte qu’elle est différente des autres, mais aussi que quelque chose cloche dans ce monde! Dans un univers qui n’est pas sans rappeler le labyrinthe des Whisperwicks et l’école de magie d’Harry Potter, Sam Fall devra, avec ses amis, tenter de rétablir l’équilibre entre le bien et le mal. Un roman fantastique enlevant à mettre entre les mains de tout potterhead! Dès 10 ans.
Les gourmandises de Flammèche
Flammèche, petite dragonne vivant parmi les poussins, est à la recherche de la meilleure collation. Le foin et les grains, c’est assez! Après la boue, la pelouse et pourquoi pas le cochon de l’étable voisine, Flammèche salive enfin lorsqu’elle aperçoit un camion de crème glacée. Voilà une collation qui fera l’affaire! Elle en oublie sa nature de dragon cracheuse de feu et se retrouve les pattes toutes collantes de dessert glacé fondu, sans même avoir eu le temps d’y goûter! Elle se résigne à retourner à la maison, se contentera de grains et de foin. À moins que… un simple éternuement de dragon triste lui permette finalement de découvrir le côté alléchant de cette moulée fade. Joyeux album pour tous les amoureux de maïs soufflé! Dès 4 ans.
Rosaces & dragons
Un roman qui, juste en regardant la couverture, remet en question les idées reçues sur la fantasy! Dans un monde où chaque humain est affecté à un dragon à la naissance, Carl hérite d’une minuscule dragonne rose… Alors que les hommes ont généralement des dragons et les femmes des dragonnes, Carl sort du lot avec sa petite Brodeverre, qu’il aime toutefois par-dessus tout. Ce roman mettant en scène un jeune homme de 17 ans est un véritable vent de fraîcheur! Touchant des sujets comme l’identité, les stéréotypes de genre et la masculinité toxique, il a la grande qualité de ne pas enfermer ses personnages dans des cases. Une belle façon d’aborder des sujets importants sans que ce soit la seule intrigue du livre! Dès 14 ans.
L’archipel des animaux bannis
C’est fidèle à lui-même que l’auteur français Yves Grevet nous revient aujourd’hui avec ce roman aux allures dystopiques. Ne serait-ce pas effectivement une catastrophe si les gouvernements bannissaient tous les animaux jusqu’au moindre petit insecte? Dans un avenir pas si lointain, c’est ce qui arrive. Tous les animaux sont considérés comme dangereux puisqu’accusés d’avoir transmis d’innombrables maladies mortelles aux humains. Mais Jarod, lui, n’arrive pas à oublier son chien. C’est avec son amie Nora qu’il ira à la recherche de son fidèle compagnon dans l’enclos de sauvagerie, où Syrius aurait été aperçu lors d’une excursion illégale et dangereuse, et où il rencontrera de précieux alliés et des ennemis sans aucun doute plus redoutables que toutes les bêtes bannies. Une ode à l’amitié et à la solidarité, additionnée à l’amour et à l’espoir. Dès 12 ans.
Les documenteurs : Les insectes
Considérés comme fascinants ou rebutants, les mouches, lucioles, scarabées et autres bestioles ne laissent presque personne indifférent. On les connaît pourtant souvent bien mal. Avec ce documenteur, Josée Bournival propose aux enfants de découvrir les particularités tantôt étonnantes tantôt drôles des petites bêtes qui nous entourent. Chaque double page propose de courts paragraphes sur les habitudes de vie d’un insecte. L’enfant est actif dans cette lecture : à lui de débusquer le mensonge dans chaque portrait! En bonus, l’autrice livre avec les réponses de délicieuses faussetés qui ne manquent pas de faire rire. Alliant le jeu à l’humour, cet album documentaire est une excellente introduction à l’entomologie pour les enfants. Dès 6 ans.
Mon arbre, mon enfant
Au témoignage d’amour d’un arbre à son petit humain favori succède celui d’un petit garçon à son arbre. Ou bien l’inverse : car cet album se lit dans les deux sens. Mon arbre, mon enfant est le récit d’une tendre affection entre un enfant (fragile, curieux et joueur) et un arbre (fort, protecteur, et stable). Chacun son tour, ils livrent leurs sentiments et leurs espoirs : et tous deux redoutent que l’autre ne fasse plus partie de leur univers. On peut deviner qu’il y est question du lien d’attachement, à la fois puissant et susceptible d’être altéré par le temps. Mais la beauté de cet album, c’est que l’on peut aussi tout simplement se laisser porter par la jolie prose d’Émilie Chazerand, et se remémorer la candeur de nos amitiés d’enfance. Dès 7 ans.
Nepka
Au Japon, sur l’île d’Hokkaido, se trouve le peuple autochtone Aïnou, qui vit en harmonie avec la nature. On suit Nepka, une jeune fille énergique qui devient la protectrice d’une oursonne qui, selon la tradition, sera accueillie et honorée par le clan et puis sacrifiée pour que son esprit bienfaisant les honore en retour. Comme elle fait un choix déchirant, elle est bannie et ainsi seule avec son arc face à cette forêt ancestrale pour y traquer l’ourse qu’elle considérait comme sa propre sœur. C’est une quête poétique de soi empreinte d’un grand respect pour cette culture. Un texte simple, mais puissant, accompagné par un visuel dégageant une profonde humanité. Les traits légers et les couleurs apaisantes démontrent une beauté sauvage alliant la force et la sérénité.
Silent Jenny
Cinq ans après le classique instantané Carbone et Silicium, Silent Jenny vient de nouveau bousculer le domaine des possibles en BD SF. Imaginez un futur postapocalyptique où les rares humains qui osent encore s’appartenir vivent dans des villes mouvantes bricolées avec les débris du capitalisme qui s’accroche à la propriété malgré l’effondrement. Quelques idéalistes de la dernière chance appelés les microïdes explorent les contrées infinies de l’infinitésimal en utilisant une technologie leur permettant d’atteindre une taille microscopique. En trouvant du matériel génétique de pollinisateur, peut-être sauront-ils régénérer un monde au bord de la nécrose. Tant graphiquement que narrativement, Silent Jenny est un chef-d’œuvre d’invention!
Dans la tête de Sherlock Holmes : Le cauchemar du Loch Leathan (t. 1)
Dès que je l’ai ouverte, j’ai su que ce ne serait pas une BD comme les autres. Elle est comme un vin, faite pour être savourée et non pour être lue à la va-vite. Un fil rouge ainsi que des cases aux formes uniques nous permettent de rentrer dans la tête du détective et de voir le fil de ses pensées tout au long de l’enquête, quelque chose de totalement inédit dans l’univers de Sherlock Holmes. En octobre 1894, une lettre des plus étranges emmènera le détective et son acolyte le Dr Watson sur une île reculée en Écosse. Dès leur arrivée, les rumeurs d’une malédiction et les superstitions des locaux mettront à l’épreuve l’esprit logique de notre enquêteur. Seulement, le Loch Leathan a encore plein de surprises en réserve pour nos deux Britanniques…
Ces lignes qui tracent mon corps
Préparez-vous à lire cette bande dessinée en apnée tellement la force du témoignage vous laissera cois. Ces lignes qui tracent mon corps est le récit horrible d’une femme iranienne qui s’apparente malheureusement à tant d’autres. C’est dans un Iran bridé par la République islamique — mise en place après la révolution de 1979 — que grandit Kamari. Au pays, la majorité légale et sexuelle arrive à 9 ans et le paternel a tous les droits sur sa progéniture, y compris celui de la tuer si elle venait à déshonorer sa famille. Maintenant exilée en France, l’Iranienne peut enfin se poser pour affronter cette part sombre qui la suit comme une ombre à ses pieds. Si elle fut dépossédée de son corps jusqu’à présent, la bédéiste ose se le réapproprier aujourd’hui. Dans un atelier de modèles vivants, ce n’est plus un regard machiste et accusateur qui se pose sur elle, mais bien un regard d’artiste qui s’évertue à rendre grâce à ce corps qui apprend tranquillement à s’épanouir. Avec ce livre, Kamari tente de purger son passé par le dessin. Elle trace aussi, avec une liberté jusque-là inconnue, un avenir rempli de douces possibilités.
La nuit aux loups (t. 1)
La très talentueuse Van nous arrive du milieu du cinéma d’animation et cela se repère dans son style au premier coup d’œil. Pour sa première BD, elle a travaillé d’arrache-pied pendant huit ans. Elle a rempli des carnets d’esquisses et lu en abondance sur le quotidien de Québec il y a plus de deux siècles. Rejoignez la belle bande de Jean-Thomas, Joséphine, Léon et P’tite Marie dans cette mystérieuse enquête entourant l’apparition d’un loup-garou. Malgré les rumeurs qui courent, le danger ne vient peut-être pas réellement d’où l’on veut nous le faire croire. Convoquant la magie des Contes pour tous, cette bande dessinée fait la part belle à notre folklore tout en magnifiant le Québec de jadis et ses paysages enneigés. Dès 9 ans.
La maison cachette
Touchante, émouvante et essentielle : voilà comment je décrirais cette bande dessinée. On y suit Tania, une fillette de 8 ans qui, au beau milieu de la nuit, doit quitter son domicile avec son petit frère pour rejoindre sa mère à la « maison cachette », c’est-à-dire une maison d’hébergement. La violence conjugale y est abordée avec délicatesse, ce qui facilite l’ouverture au dialogue. Les tournures de phrases sont puissantes et les illustrations, tout aussi chargées de sens que les mots. J’ai beaucoup aimé que le récit soit raconté par la jeune fille : on y ressent la naïveté de l’enfance dans un contexte si difficile. Je le recommande fortement! Dès 8 ans.
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