Les romans d’Heather O’Neill envoûtent de manière unique. L’autrice possède ce don de faire naître un univers d’une métaphore et d’ensuite en dérouler une longue ribambelle dans le texte. Les mots peuplant le récit sont à l’image des personnages qui l’habitent; fabuleusement insolites! L’enfance et l’art, particulièrement la littérature, sont au centre de ce récit de guerre et se révèlent être le cœur de la résistance. Dans un imaginaire à la fois cruel et féérique, symboliquement riche, ce sont les jeunes filles et les Oies philosophes qui se portent garantes de l’avenir. Et que dire de cette fin surprenante, qui invite à remettre l’entièreté du récit en question? Après tout, les contes de fées peuvent-ils continuer à exister lorsque l’horreur pousse les enfants à devenir des adultes trop rapidement?
Numéro 149
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Les libraires craquent
La dèche
Que faire quand la faillite cogne à la porte et que l’univers matérialise un chèque de 2 000$ dans les poches d’un auteur au tempérament impulsif? Quand on se nomme Akim Gagnon, cette chance devient synonyme d’aventure et de décadence. Dans cette nouvelle offrande remplie de passion et d’humour, l’auteur continue sa lancée autofictive pour nous plonger cette fois-ci dans ses problèmes financiers, dans la série d’événements improbables qui en découlent et bien entendu dans une panoplie d’anecdotes familiales poignantes et tendres. Il nous livre ainsi, comme à son habitude, une lettre d’amour aux plaisirs de la vie, à l’art sous toutes ses formes et à la beauté de la spontanéité.
Soleil d’abandon
Après avoir été finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général pour De grandes personnes, Mathieu Rolland nous revient avec ce troisième livre qui revêt les atours du roman policier afin de mieux nous tromper. Certes, il y a un crime (abject), une victime (un enfant retrouvé calciné en bord de route) et un enquêteur (malade et au bord de la retraite). Là s’arrêtent les comparaisons avec vos titres préférés de la « Série noire ». L’enquête, ici, prospecte l’énigme qui se terre derrière la forteresse de chacun de nos fronts. Chaque personnage sera percuté par le séisme de ce meurtre inexplicable. Comme dans la vie, les motifs des autres apparaissent souvent comme mystérieux, leurs actes impénétrables ou du moins sujets à de multiples interprétations.
Debout dans l’orage
Debout dans l’orage est l’histoire de deux femmes qui se découvrent et qui évoluent côte à côte. Dans ce roman de Dominique Demers, nous allons à la rencontre de deux protagonistes à la fois très fortes et vulnérables. Nous y découvrons deux générations de femmes et leur histoire de souffrance et de lumière, qui mène à une belle amitié. J’ai adoré m’attacher aux personnages, même secondaires. Nous y retrouvons aussi un bel hommage à l’art et à son effet important sur l’humain. À la recherche de douceur, d’amitié, d’une écriture magnifique et de profondeur? C’est le roman qu’il vous faut!
Petite nature
L’autrice des romans L’homme blanc, Malabourg et Gens du Nord propose un premier ouvrage sans fiction. Livres, chats, amitiés, fleurs, aliments, odeurs et souvenirs sont présentés dans de savoureux courts textes littéraires. Ensemble, ils forment la trousse de survie de l’écrivaine, qui a déménagé ses pénates en Gaspésie, dans une maison ancestrale, en 2018. L’écriture précise contribue à former des images claires et laisse l’impression de partager une tasse de thé avec une copine bienveillante. Loin d’être de faible constitution, Perrine Leblanc démontre que la sensibilité, voire l’hypersensibilité, est une force à cultiver et à célébrer. Je suis très heureuse que l’écrivaine parle d’elle, n’en déplaise à un de ses professeurs de littérature!
L’embouchure
Au même titre que le rythme des marées, le roman de Myriam de Gaspé est apaisant. La quête identitaire de la narratrice, qu’elle compare à la nature parfois menaçante de l’eau, est à la fois chaotique et familière. En évoquant l’embouchure du fleuve, où les courants se rencontrent, elle dépeint la fluidité de la sexualité, ainsi que la force intarissable du désir, mais aussi une sorte de résistance inconfortable. L’autrice décrit à merveille la ligne, mouvante, qui sépare la peur étouffante du raz-de-marée et la douceur de s’abandonner à ce qui est plus fort que nous. Elle manie avec légèreté la profondeur de la psychanalyse et la nébulosité parfois naïve des émotions. Myriam de Gaspé nous offre un premier roman renversant!
En particulier quand nous sommes plusieurs
Maggie Blot nous propose dans En particulier quand nous sommes plusieurs de raviver, sans aucune censure, la mémoire des amitiés marquantes qui façonnent le cours d’une vie. Celles-ci, qu’elles soient toujours existantes ou qu’elles aient disparu au cours des années, occupent une place importante dans le récit. En effet, ce dernier, organisé en courts portraits, présente chaque ami avec beaucoup d’attention et pénètre au cœur de l’intime grâce à des anecdotes et à des descriptions d’événements personnels. Nous invitant à nous souvenir de nos propres relations amicales et à nous questionner sur notre rapport à ce thème universel, En particulier quand nous sommes plusieurs est une véritable ode à l’amitié. C’est un livre à savourer avec lenteur!
Les cennes noires
Est-ce que « poète », c’est une job ou plutôt une jobine? C’est la question que j’aurais envie de poser à Akena Okoko (KenLo), célèbre manieur du mot et du rythme. Dans ce deuxième livre, on poursuit le dévoilement de l’intime de l’auteur par des anecdotes et embûches d’argent dans une classe sociale qui doit souvent faire comme s’il y avait plus de 24 heures dans une journée pour arriver à coller les deux bouts. « Mon horaire de travail est de 10 h du matin à 5 h du matin/Les 5 heures qui restent sont pour dormir/Bombardé par la lumière de fenêtres sans rideaux/Mon sommeil profond sans rêve se fait avec vue/Sur mes vaisseaux sanguins derrière mes paupières fermées ». Le travail a souvent tendance à gruger la vie personnelle, ne laissant presque rien pour le plaisir. Or, dans Les cennes noires, c’est en s’inspirant de ce monde du travail que Okoko donne à lire un recueil de poésie éminemment personnel.
Transformer ses ruines en ombre à paupières en dix étapes faciles
Souhaitant jouer la carte de la dérision et de la parodie des ouvrages de psychologie populaire et de cheminement personnel, l’autrice nous dévoile avec humour tous les éléments primordiaux nous permettant de passer à travers notre crise de quart de vie en dix étapes faciles. Le recueil de poésie a cette particularité de nous faire vivre plusieurs émotions simultanément en alternant entre des moments empreints de vulnérabilité et d’autres, plus ironiques. C’est une ode à reprendre le contrôle de notre vie comme cela nous chante et à ignorer les conventions. Vivre sa crise existentielle n’aura jamais été aussi simple!
Arbres debout sur nos paupières
La poète gaspésienne nous livre ici l’aboutissement d’un projet humain, vivant et pluriel. Arbres debout sur nos paupières va à la rencontre de nous tous, soutenu par un devoir de mémoire qui porte à son tour l’amour, la filiation, le deuil. Le bois sculpté par le père tandis que l’enfant observait, l’arbre couvant les cendres de l’amoureuse disparue, les billots gorgés de sel voguant sur la mer comme de fiers radeaux, la cime immuable tendant vers le ciel maintenant évanouie contre le sol. Autant de bribes de nos existences qui, ici, s’incrustent dans celles des autres, partagées l’espace d’une page dans une poésie en prose qui revêt ses plus beaux habits de douceur, de lumière et de vie au détour des catastrophes qui marquent nos parcours.
Rosettes
De poème en poème, Rosettes construit une histoire, des lieux, des personnages. C’est d’abord une maison puis un palais, toujours entourés d’une forêt et d’animaux qui instaurent la vie, l’espace et l’apprentissage. On entre dans ce recueil composé de courts poèmes narratifs comme dans un tableau, comme dans un conte où chaque page pose une succession d’images, de sensations et de gestes. Et ces habitants aux noms fantaisistes qui tissent le fil vivant d’une œuvre dont le caractère onirique n’oublie en rien le corps, la nature et une façon formidable de les faire exister ensemble. Enfin, Rosettes nous emporte dans un univers fragmenté par sa forme, mais dont l’unité irréprochable en fait une lecture immersive irrésistible.
Poudre à danser
Livre de poésie qui danse avec le dense du quotidien et de son singulier, le premier recueil de Stéphane Lafleur est un objet qui renvoie à un autre objet et qui, ainsi donc, brille par ses pas enchâssés avec les mots. Poudre à danser prend le temps, le grand, le vent dans la vie, et en fait des vers qui insurgent l’émerveillement dans une journée, qui en appellent aux complexités du soleil et du printemps dans leurs beautés et leurs mélancolies. Une valse littéraire saisissante et touchante qui souligne les bienfaits de se camoufler tous les jours, ne serait-ce que pour observer comment les gens glissent. On ne sait jamais quand l’eau fera une irruption géniale dans le ciel.
L’âge fragile
Lucia est tiraillée entre sa fille et son propre père. Après être rentrée de Milan où elle étudiait juste avant le confinement, Amanda passe ses journées enfermée dans sa chambre. Lucia ne la reconnaît plus. Qu’est-il donc arrivé là-bas? Les mois filent et rien ne change. Rocco, lui, le père de Lucia, désire lui léguer un terrain, à flanc de montagne, qu’elle ne veut pas et où elle n’a jamais remis les pieds depuis un événement tragique survenu là trente ans plus tôt… Amanda, qui ignore tout de cette affaire, pose des questions… Relations familiales fragiles, traumatismes du passé, non-dits délétères : c’est dans l’alternance entre présent et passé que se révèle peu à peu ce récit très prenant, récompensé du prestigieux prix littéraire Strega en 2024.
Tout le monde aime Clara
Bien sûr, il y a Clara, 17 ans, dans le coma pendant longtemps après un accident… mais il y a aussi Alexis, son père, qui va quitter son emploi pour s’occuper de sa fille et finir par s’inscrire à des cours d’écriture. Et aussi Marie, sa mère, qui va renouer avec Alexis après des années de relations houleuses. Sans compter Éric Duprez, qui a publié un seul roman quarante ans plus tôt et anime des ateliers d’écriture pour oublier sa vie morne et ses rancœurs… Puis il y a surtout le réveil de Clara, plus vraiment la même, devenue porteuse d’un pouvoir de voyance qu’elle devra apprendre à canaliser et qui va finalement redonner vie à Éric Duprez grâce à une sculpture magnifique. Et il y a bien sûr le style Foenkinos! Allez, on ne boude pas son plaisir!
Les étoiles comme des petits poissons
À la mort de sa grand-mère, Wendy Reimer répond à un appel qui bouleverse la vision qu’elle avait jusqu’à maintenant de sa famille. Issue d’une communauté mennonite dont la rigueur spirituelle a particulièrement touché certains de ses membres, Wendy oscille entre l’exploration des éléments occultés de cet héritage et la reconstruction de sa vie de femme trans confrontée aux regards et aux agressions d’une majorité pas si silencieuse. Roman d’écorchures et de luttes aux personnages fascinants et attachants, Les étoiles comme des petits poissons de l’autrice trans Casey Plett est une œuvre bouleversante qui ne se lâche pas et fait briller des êtres complexes qui désirent, par-dessus tout et sans concession, être aimés et respectés.
Les terres indomptées
La Virginie de 1610 n’est pas une terre de lait et de miel et la nature hivernale nord-américaine fait rarement de cadeaux. Une réalité glaçante et brutale à laquelle une jeune servante en fuite d’un fort colonial fera face, pugnace. Et terrorisée. Loin du romantisme inspiré par le murmure et le chatoiement des rivières, c’est un combat pour la survie qui palpite désespérément sous la plume de la talentueuse Lauren Groff. Terres indomptées et indomptables, creusées de grottes, pétries d’une humidité qui se faufile dans tous les replis du corps et de l’âme, le roman de Groff nous attache à une créature vulnérable dont toute la force réside, peut-être, dans un instinct et une animalité insoupçonnée auxquels elle devra faire confiance.
La très catastrophique visite du zoo
Il est arrivé un incident très catastrophique au zoo! Joséphine, une fillette attachante qui fréquente une école dite « spéciale », raconte, avec ses mots d’enfant, comment les événements se sont enchaînés pour culminer à ce désastre. À la manière du battement d’ailes d’un papillon, une première catastrophe en entraîne une autre, puis une autre. Joséphine et ses copains mènent leur petite enquête et vont donc de surprise en surprise (« les adultes, c’est pas toujours très intelligent! »). Un délicieux mystère règne tout le long de ce court roman, drôle et brillant. Un livre pour les amateurs d’énigmes qui souhaitent rire aux éclats et retrouver la douce naïveté de l’enfance.
Le glouton
S’inspirant d’un fait réel, l’autrice A. K. Blakemore met en roman l’histoire du Glouton de Lyon. Le récit de Tarare nous ramène avant la Révolution française, alors que le peuple crevait de faim et s’entretuait pour des poches de sel. De l’autrice, on peut souligner le talent de conteuse : la langue raffinée, portée par une excellente traduction, les dialogues originaux et les personnages hauts en couleur. Elle ne nous épargne rien des horreurs qu’endura Tarare avant de devenir ce monstre de légende : la misère, la violence, la trahison, l’abandon et le désespoir. Le glouton est un conte historique sombre et tendre à la fois, une mise en lumière tristement poétique des contrastes de l’âme humaine, et de la détresse qui pousse les hommes à devenir des monstres.
The Favorites
The Favorites de Layne Fargo explore les dérives d’un amour fusionnel dans l’univers féroce de la danse sur glace. Katarina et Heath, liés depuis l’adolescence, se consument dans une quête de perfection où ambition, manipulation et passion toxique s’entremêlent. À mesure que les médailles se gagnent, les cœurs se brisent. La narration, fragmentée comme une mémoire traumatique, dévoile les failles d’un duo voué à se détruire. Un récit haletant où l’or olympique justifie tous les sacrifices, même celui de soi. Lire ce roman, c’était comme poser le pied sur la glace avec des lames tranchantes qui l’incisent profondément, laissant derrière elles une empreinte d’émotions brutes et de beauté scintillante.
Je suis celle que vous cherchez
C’est en grand cinéphile et en érudit du septième art qu’Arnaud Guigne se lance, avec Je suis celle que vous cherchez, dans l’écriture de son premier roman. Ce dernier s’inspire d’un célèbre fait divers japonais que le monde entier a découvert dans le film L’empire des sens, célèbre film dramatico-érotique de 1976. Ce long métrage porte sur le crime passionnel d’une ancienne geisha qui étrangla son amant avant de partir en cavale avec les « extrémités » de la victime, comme il a été pudiquement dit pendant le procès. Cependant, contrairement au film, ce roman arrive à plonger jusqu’aux racines de l’aliénation d’Abe Sada, cette femme aux motivations troubles qui fascina la société japonaise de l’ère Showa. On y découvre sa vie de nomade entre maisons de geishas, ainsi qu’une jeunesse plus que troublée. La force de ce livre consiste toutefois à illustrer de façon fidèle la fascination morbide qu’exerça ce crime sur les masses japonaises, transformant ainsi le procès en véritable cirque.
Créatures obscures du 21e siècle
Cette fois-ci, Kim Fu plonge son lectorat au cœur d’une collection d’histoires qui invite à la réflexion et qui se rapproche des grands questionnements auxquels notre société actuelle fait face, tels les enjeux climatiques et les conséquences de l’intelligence artificielle. Difficilement classable, ce recueil de douze nouvelles ne peut être attribué à un seul genre littéraire. En effet, il est parfait pour les lecteurs et lectrices qui aiment la science-fiction, le fantastique et même l’horreur. Ce faisant, Créatures obscures du 21e siècle peut, sans aucun doute, plaire à un vaste lectorat. C’est un véritable coup de maître que réussit Kim Fu dans ce livre qui vous fera vivre beaucoup d’émotions. Une lecture qui ne peut nous laisser indifférents!
Jeux de lumière
Dans Jeux de lumière, Daniel Kehlmann nous plonge dans la vie de G. W. Pabst, figure emblématique de l’expressionnisme allemand, et dans le contexte historique trouble qui a façonné son œuvre. On croise Louise Brooks, Greta Garbo, on revisite Loulou, La rue sans joie, puis on suit la trace d’un film fantôme. C’est un roman fascinant, minutieusement documenté, mais surtout porté par une écriture saisissante, qui joue avec l’inquiétant, l’absurde et l’étrangeté des perceptions. Kehlmann nous fait côtoyer les cauchemars et les illusions de ses personnages, dans l’un des moments les plus effrayants du XXe siècle. On rit parfois jaune devant l’incongruité des situations, et on se pose cette question vertigineuse : lorsqu’on a l’impression de vivre la fin du monde, n’est-il pas étrange de vouloir réaliser des œuvres d’art? Ou, au contraire, est-ce la seule chose qui en vaille la peine? À la hauteur de son sujet, Kehlmann signe ici un très grand roman, un incontournable pour les passionnés de cinéma et d’Histoire.
Une histoire naturelle des sons : Notes sur l’audible
Si comme moi vous êtes adeptes des livres à l’érudition joyeuse à la Bill Bryson, cet ouvrage doit faire sa place sur votre table de chevet! Excellent vulgarisateur scientifique, ancien animateur d’une émission environnementale à la BBC, Caspar Henderson nous propose cette passionnante exploration de l’univers sonore au sens large. Vous trouverez des réponses claires, poétiques et souvent drôles à de nombreuses questions! De la cosmophonie à la géophonie en passant par la biophonie et l’anthropophonie, vous combinerez les savoirs des sciences naturelles avec de nombreuses références littéraires, musicales, cinématographiques et historiques qui font la vaste culture d’Henderson ainsi que ses angles toujours originaux.
La petite sœur : Un portrait de Silvina Ocampo
Après Lispector et Pizarnik, c’est au tour de Silvina Ocampo de sortir de l’ombre historique jetée par les statues érigées à la gloire des hommes. Longtemps, Ocampo n’aura été que la femme de Bioy Casares et l’amie de Borges. La voilà tirée des poubelles de l’histoire, aidée en cela par la nouvelle reine de l’horreur argentine : Mariana Enriquez. On se tourne avec avidité vers ce portrait mi-littéraire, mi-journalistique. Les affinités entre les œuvres des deux Argentines paraissent évidentes et légitimisent d’autant plus l’exercice (qui ne se veut pas un travail biographique de longue haleine, mais plutôt une conversation avec sa mémoire, à l’écoute des échos de son œuvre et des versions contradictoires de celles et ceux qui l’ont connue).
Génération anxieuse
Le psychologue social Jonathan Haidt présente un travail de recherche colossal exposant la mutation de l’enfance au cours des dernières décennies. Alors que nos enfants sont surprotégés dans le monde réel, ils sont laissés sans filet dans un monde virtuel plus hostile que bienveillant. Au-delà des données critiques présentées, l’auteur nous propose de réelles pistes de solution pour renverser la vapeur et conserver le plus précieux : la connexion humaine. C’est un essai qui bouleverse, nous fait l’effet d’une gifle, mais suscite des questions essentielles sur l’utilisation des écrans et sur la restauration de l’enfance. Une lecture nécessaire!
Zones sacrifiées
Un memento percutant documentant une manifestation pacifique s’étant tenue à Rouyn-Noranda le 13 octobre 2024. Le collectif Mères au front milite depuis 2020 afin d’exposer l’inaction du gouvernement quant à la surexposition de la population rouyn-norandienne au taux annuel moyen de quarante-cinq nanogrammes d’arsenic par mètre carré d’air. La norme québécoise étant de trois nanogrammes, l’inaction de ceux devant protéger leurs intérêts est soulignée dans cet hybride manifeste poétique parsemé de photographies parlantes. Comme je suis native de la zone sacrifiée, ce collectif m’a rappelé les paroles de Voltaire : « Jamais vingt volumes in-folio ne feront de révolution; ce sont les petits livres portatifs à trente sous qui sont à craindre. »
Le code Labeaume : Confidences d’un maire de Québec
Grâce à la plume de la journaliste Karine Gagnon, Régis Labeaume, le seul ancien maire de Québec encore en vie, se dévoile en vingt-cinq chapitres. Chacun débute par une caricature dessinée par Ygreck, est suivie du « Mot de Régis » et se poursuit avec un texte agrémenté de témoignages de personnalités publiques telles que Jean Charest, Agnès Maltais, Monique Jérôme-Forget, Jean-René Dufort et ses nouveaux amis Paul Arcand et Serge Fiori. Ses mémoires présentent évidemment tous les grands moments de sa mairie, en plus de raconter sa jeunesse, ses grandes amitiés, ses cours de ballet-jazz, la difficile conciliation travail-famille et la maladie, et effleurent son manuscrit Carnet d’un râleur. Un ouvrage dynamique et accessible, à l’image de Régis Labeaume.
Fais ça comme un grand
Tristan Demers évolue dans le monde du livre depuis les années 1980. À sa rencontre, on est tout de suite frappé par son enthousiasme contagieux et par la passion qui l’anime. Dans son nouveau livre très personnel, il partage avec nous sa situation familiale difficile marquée par la violence de son père et l’absence de sa mère. Habité par une détermination et une audace hors du commun, il se forge une carrière à son image. Évoluant dans le monde de la télévision et des salons du livre, l’auteur propose un récit rempli d’anecdotes incroyables qu’il nous raconte avec beaucoup de générosité. Un magnifique exemple de l’impact que l’imagination et l’art peuvent avoir dans une vie.
Le rêve de Marc Aurèle
Dans ce nouvel ouvrage, le philosophe et vulgarisateur Frédéric Lenoir s’attaque au personnage de l’empereur-philosophe Marc Aurèle et à ses Pensées pour moi-même, sorte de best-seller philosophique lu, entre autres, par Spinoza, Nietzsche et Simone Weil. Lenoir cherche d’abord à recontextualiser la vie de Marc Aurèle dans son époque : celle des guerres de l’Empire romain. Il évoque les différentes controverses soulevées par sa vie et les repousse une à une, fournissant un bon travail d’historien. Mais là où il fait mouche, comme d’habitude, c’est dans l’explicitation de sa philosophie d’inspiration stoïcienne : le monde est un tout régi par le Logos, il faut distinguer ce qui dépend de nous et n’en dépend pas. Il nous rappelle d’apprendre à aimer notre destin, à nous soucier du bien commun et à essayer de vivre chaque jour comme le dernier. Aux amateurs de très bon développement personnel!
Entends-tu? Un essai sur le silence
Dans Entends-tu? Un essai sur le silence, Vincent Fortier explore la richesse et la complexité du silence, souvent mal compris. En s’inspirant de son expérience personnelle et celle d’auteurs et d’autrices ayant déjà pensé au sujet avant lui, il démontre que le silence offre un espace de réflexion permettant de rassembler nos pensées avant de décider ce que nous choisissons de partager. Dans un monde saturé de bruit, beaucoup oublient que le silence peut être une forme d’expression. L’auteur déconstruit ainsi les idées reçues selon lesquelles une personne silencieuse serait nécessairement timide ou asociale. Ce silence, loin d’être un simple vide, est une dimension profonde et apaisante. À travers sa plume poétique, Fortier éclaire ce sujet avec subtilité et grâce, offrant une lecture agréable et pleine de sens, que l’on savoure dès les premières pages.
Les féministes t’encouragent à quitter ton mari, tuer tes enfants, pratiquer la sorcellerie, détruire le capitalisme et devenir trans-pédé-gouine
Ce manifeste poétique au titre inspiré des paroles d’un télé-évangéliste ne vous laissera pas indifférent·e. Alex Tamécylia, tendre et irrévérencieux·se, fait osciller son lectorat entre fous rires incontrôlables et réalisations profondes, n’épargnant personne au passage, pas mêmes les féministes queers, qui s’en délecteront particulièrement. Le ludisme assumé des citations détournées, des jeux typographiques et des formulaires bidons permet une certaine détente, mais ce n’est que pour mieux nous laisser surprendre par la plume acerbe de l’autrice : « L’hétéro-sécurité est une facilité, paresse à grande échelle / comme une culotte usée qui bâille d’usure / et qu’il faudra un jour accepter de jeter. » Âmes fragiles — hommes, surtout — s’abstenir.
Protéger nos enfants : Queerness et adultisme
« Je me demande vraiment comment ils peuvent savoir qu’ils sont trans alors qu’ils sont si jeunes »; en réponse à ce questionnement posé par des adultes à l’égard des enfants et des adolescent·es queers, la sociologue Gabrielle Richard déploie tout un essai où elle explore l’intersection entre LGBTphobies et adultisme, soit l’oppression des jeunes par les adultes. Témoignages et sources scientifiques se côtoient dans de courts chapitres très digestes que tous et toutes gagnent à lire, en particulier celleux œuvrant auprès des jeunes et de leurs parents; les personnes queers de tous âges y trouveront aussi leur compte. « Personne ne porte autant le germe de l’ébranlement des normes dominantes que les enfants. Et ça, ça fait trembler les adultes. »
Mère est-elle morte
Dans Mère est-elle morte, Vigdis Hjorth nous plonge dans l’esprit tourmenté d’une femme qui, après des années de silence, tente d’appeler sa mère. Lorsque l’appel reste sans réponse, le suspense s’installe. Pourquoi sa mère ne répond-elle pas? Elle imagine alors les raisons qui auraient pu amener sa mère à refuser son appel, mais aussi à quoi elle pourrait ressembler aujourd’hui. Ce monologue devient une sorte de « thriller freudien » pour le lecteur, dans lequel on tente de discerner la réalité, celle qui est déformée par les biais cognitifs de la narratrice. Par des jeux de répétition, dans une écriture circulaire, l’autrice nous fait explorer les obsessions de l’héroïne de manière immersive. On plonge dans les souvenirs de cette femme qui a décidé de refuser le futur que ses parents avocats lui avaient planifié, pour partir aux États-Unis avec son professeur de dessin et devenir une artiste, puis fonder une famille. Ce livre nous pousse à réfléchir : dans l’art comme dans la vie, comment notre passé influence-t-il notre perception de la réalité? L’autrice y traite, avec sensibilité et justesse, de la complexité des relations mère-fille et des deuils impossibles à faire. Un remarquable roman, à la fois hypnotique et déroutant!
Valencia
Publié en 2000 et traduit ici pour la première fois en français, Valencia est, pour notre plus grand plaisir, sans compromis. On y suit l’autrice dans sa jeune vingtaine à San Francisco, dans les années 1990. Entre drogues, alcool, relations lesbiennes toxiques en série, travail du sexe, scène leatherdyke/S/M et soirées open mic de poésie, on parcourt ce livre en se sentant à la fois épuisé·es et hilares. C’est que l’autrice se dévoile sans vergogne, dans une narration sans fard ni pudeur. Valencia brosse le portrait d’une jeune gouine qui se laisse tenter, se construit, tourne en rond diront certain·es, car sans réels repères. Un vent de fraîcheur plus que bienvenu!
101 randonnées d’un jour au Québec et en Ontario
Si vous vivez à mille à l’heure et que vous avez besoin d’une pause en pleine nature, ce beau livre tombe à pic! Avec les 101 randonnées d’un jour au Québec et en Ontario, voyagez local et voyagez léger. Des balades à faire en famille à l’ascension de sommets, découvrez différents niveaux de difficulté pour satisfaire petits et grands marcheurs. Que vous soyez amateurs de beaux points de vue, de faune et de flore ou de ponts suspendus, plusieurs terrains de jeux vous attendent, en été comme en hiver. Douze sentiers à parcourir crampons aux pieds vous sont en effet proposés. Du Quetico Provincial Park en Ontario aux Îles-de-la-Madeleine, vivez des expériences inoubliables près de chez vous.
Le monde à vélo : Voyages extraordinaires en bikepacking
Nul besoin d’être cycliste de l’extrême comme l’auteur pour être subjugué par ce qu’il décrit et montre de ses périples en Amérique du Sud, en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, aux États-Unis et en Europe centrale. Voyant le vélo comme un trait d’union entre les cultures, il nous emporte dans des paysages époustouflants révélant les traces des grandes migrations humaines. Ses textes insufflent autant d’émotions que d’élans. Ses conseils sur les destinations aident à « se préparer à l’imprévisible, au déraillage et à l’énergie vagabonde ». En prime : son expertise du « voyager léger », requise pour le bikepacking. Enchantement à l’état pur.
Le petit guide Lonely Planet de la mort : Un tour du monde des rites funéraires pour mieux comprendre les vivants
Pour voir la mort en rose, quelle bonne idée que de se plonger dans les visions et gestes des différentes populations et religions du monde. Ce recueil vivement coloré et illustré dans un langage gai et bienveillant aide à apaiser et à relativiser nos craintes lorsqu’on envisage le grand passage ou un voyage, que ce soit le nôtre ou celui de nos proches. Plusieurs manières d’anticiper, de célébrer, de rire, de danser, de pleurer, de se souvenir, des plus anciennes aux plus modernes. Un baume pour l’âme.
Tokyo
Hybride à trois faces : récit/fiction/guide, presque un cabinet de curiosités, pour titiller en humour l’intérêt des voyageurs envers les us et coutumes de Tokyo. L’autrice, qui y a passé sa jeunesse, y va du détail aux observations sociales en passant par de profondes réflexions. Exemples : « Faire une sieste en public montre le dévouement pour l’entreprise », « Godzilla était une allégorie des États-Unis et de leur impact sur le Japon », « Tant que tu arrives à lire l’air, tout ira bien ». Et quelques lieux insolites à visiter, comme le Musée du caca et le Café des loutres affectueuses. La trame : l’organisation minutieuse qui menace à chaque instant de s’enfoncer dans le chaos.
Côte-Nord : Une visite guidée sur la 138
Guillaume Hubermont a habité la Côte-Nord pendant quinze ans, et de son amour pour la région est né ce magnifique livre. Construit à la manière d’un carnet de voyage, Côte-Nord nous transporte dans chaque ville et village de Tadoussac jusqu’à Kegaska. Une véritable incursion dans les lieux, les traditions, l’histoire et les gens qui ont le plus marqué l’auteur. Ce n’est pas un guide touristique traditionnel, mais plutôt un voyage culturel tout au long de la route 138. Une belle proposition de livres, de films, d’albums et d’ouvrages qui ont été écrits par des Nord-Côtiers s’y retrouvent parsemés. Les photos et illustrations réalisées par Guillaume donnent au livre son caractère très chaleureux et invitent à la découverte.
Devenir fasciste : Ma thérapie de conversion
Si vous ou quelqu’un de votre entourage vous sentez de plus en plus tentés par le laissez-faire ou impuissants face à la montée du fascisme (appelons un chat un chat) dans nos sociétés occidentales, ce livre est à lire de toute urgence. Si vous avez l’impression que le gauchiste en vous dort au gaz, ce livre est pour vous. Ce court essai retrace la réflexion non pas d’un transfuge de classe, mais d’un transfuge de valeurs, de la gauche vers le fascisme. Le prétexte? Si on ne peut pas le vaincre, rejoignons ses représentants. Dans ce livre ponctué de quelques pointes d’humour, l’auteur retrace efficacement comment nos institutions démocratiques sont attaquées de toute part et y glisse également un plaidoyer pour la langue comme arme sociologique qui doit être respectée et non pas dénaturée et privée de sens. Un must à lire, de préférence avec Résister de Saqué, De la tyrannie de Snyder et Reconnaître le fascisme d’Umberto Eco.
Beyrouth Forever
Beyrouth, septembre 2023. Bientôt retraité, l’inspecteur Marwan Khalil arrive sur les lieux d’une mort suspecte, un meurtre qu’on a voulu maquiller en suicide. La victime est une historienne qui travaillait à la rédaction d’un manuel scolaire destiné à raconter aux jeunes du Liban l’histoire de leur pays depuis l’indépendance, une tâche quasi impossible dans le chaos qui gangrène ce pays, où chaque clan refuse d’admettre ses torts. Mais voici que Khalil reçoit l’ordre de bâcler l’enquête. Contre toute attente, lui qui s’est souvent arrangé avec la vérité décide que cette fois, il ira jusqu’au bout, d’autant que le fichier contenant ledit manuel a disparu. Un polar sombre et haletant, résultat évident des dix-huit ans que l’auteur a passés là-bas.
Silvia et les ombres
Un sombre conte remuant l’âme, basé sur une histoire vraie, qui nous hante à jamais : au début des années 1970, dans un petit village du nord de l’Italie, Giovanna, une jeune adolescente, un peu rebelle, un peu humiliée, se jette de la fenêtre de son logement. Silvia, une enseignante exemplaire, se sentant coupable de la tragédie, disparaît dans les bois. Alors que les villageois s’inquiètent, Martino, un jeune garçon de Turin asthmatique envoyé à la campagne pour sa santé, découvre sa cache, mais décide, respectant le désir de Silvia, alliée maintenant avec la forêt, de ne pas retourner parmi les vivants, de garder le secret. Comment va se conclure cette énigmatique fuite? D’une fine écriture, au ton pastoral, Maddalena Vaglio Tanet nous rend complices du combat intérieur de ces personnages traumatisés, immensément humains, qui, peu à peu, fouillant leur passé, parviennent à se délaisser de leur fardeau émotif.
Le dieu des bois
Laissez-vous emporter par la plume intelligente de Liz Moore. Dans ce cosy mystery, on suit l’histoire de la famille Van Laar, propriétaire d’un camp de vacances. À quatorze ans d’intervalle, les deux enfants du couple disparaissent. Serait-ce une simple coïncidence ou un acte intentionnel? Le roman, raconté par différents points de vue féminins, nous fait découvrir des opinions divergentes à propos de cette mystérieuse famille. Aussi, de nombreux sauts dans le passé permettent de mieux cerner le drame qui est survenu des années auparavant. En implantant différents thèmes comme la misogynie, l’abus, la dépendance et les liens parents-enfants, Liz Moore nous livre un polar complexe et envoûtant, rempli de surprises et d’histoires de femmes fortes.
La voix des morts (t. 1) : Le murmure de la mort
J’ai adoré ma lecture de ce roman fantastique, qui suit les aventures de Darby, une détective qui peut voir les fantômes. On entre rapidement dans l’action avec un meurtre lié au personnage principal, et, question de nous tenir en haleine, ce n’est qu’à la toute fin que ce dernier sera résolu. Pendant son enquête, Darby en découvre sur elle-même, ainsi que sur le monde surnaturel qui l’entoure. Les secrets de famille qu’elle déterrera tout au long du roman en rendent la lecture palpitante. Si vous voulez vous plonger dans un livre rempli de magie et de personnages intrigants, je vous conseille fortement Le murmure de la mort. J’ai hâte de découvrir la suite!
La corde blanche
Montréal, 2006, en pleine crise des accommodements raisonnables… Après un meurtre sordide dans un stationnement du Plateau-Mont-Royal, Omar Masraoui, un caïd du monde interlope, est emprisonné grâce à des traces d’ADN trouvées sur place. Mais le dossier de ce type, pourtant fort apprécié dans la communauté musulmane, a été classé top secret et ses deux meilleurs amis, détectives, sont incapables d’y avoir accès. Convaincus de l’innocence de Masraoui, ils vont tout mettre en œuvre pour l’innocenter, quitte à mener une enquête parallèle, à l’insu de la hiérarchie du SPVM. Le complot qu’ils vont découvrir est franchement sidérant… Un premier polar fort captivant, avec une finale qui ouvre la porte à une suite qu’on attend déjà.
Du ventre des montagnes
Suivant son intuition et les histoires que lui racontait sa Mummo Edda, Nan Sappo entreprend l’ascension du mont Eien avec en son ventre le crâne de sa sœur afin de la ramener à la vie. Son périple l’amène à traverser des contrées peuplées d’êtres terrifiants et ambigus, qui la confrontent et la poussent à assouvir son vorace appétit. Hantée par sa quête d’absolu, Nan affronte les embûches sans faillir, hurlant sa vérité, au mépris de sa propre existence. Fanie Demeule se faufile entre les différentes couches de réalité, interpellant les mythes, secouant les acquis, hypnotisant nos sens. Sa plume, délicate et intense, est empreinte de cette fatalité propre au conte. Un conte tragique et envoûtant, où l’horreur perce la trame du récit.
Comment sauver des chevaux sauvages
En 1960, le gouvernement du Canada dirigé par John Diefenbaker voulut abattre les chevaux sauvages de l’île de Sable. Les pauvres animaux ne survivaient plus aux durs hivers. Ils mouraient soit de maladie, soit de faim. Étonnamment, ils furent sauvés par des enfants! Ceux-ci, de Vancouver à Havre-Saint-Pierre, inondèrent le gouvernement de courrier de protestation. Leurs lettres regorgent de suggestions et de promesses farfelues allant de votes, de bisous et même de tartes à la chicoutai! Après Semer des soleils, l’auteure nous revient avec un petit bijou littéraire parsemé de magnifiques dessins et racontant un fait réel. Dès 8 ans.
Grandes oreilles
Chère Léontine, dont les grandes oreilles douces réchauffent chaque nuit les pieds de sa grande amie Max. Mais lorsque cette dernière, tout excitée, quitte la maison un soir pour aller dormir chez son copain Félix, la gentille Léontine se sent complètement perdue sans leur précieux rituel. Car personne d’autre que Max n’apprécie la chaleur de ses oreilles! Avec ce nouvel album jeunesse, Julie Delporte nous offre de tendres pages qui soulignent tout ce qu’il y a de précieux dans une amitié généreuse. Et quel plaisir de retrouver ce travail d’illustration unique, riche en couleurs et en textures, qui illumine à merveille toutes les nuances d’émotions donnant vie et joie à ce formidable album! Et à la craquante Léontine. Dès 4 ans.
Hunger Games : Lever de soleil sur la moisson
Dans Lever de soleil sur la moisson, Suzanne Collins revient vingt-quatre ans avant Hunger Games, pour suivre un jeune Haymitch Abernathy jeté dans l’arène d’une édition deux fois plus sanglante. Le récit révèle les failles d’un garçon brisé, partagé entre la rage de vivre et la conscience amère des rouages qui l’enferment. Collins tisse les racines du trauma, tout en éclairant les rouages d’un pouvoir cynique. Plus qu’un simple prequel, c’est une pièce essentielle, écrite parce qu’il restait quelque chose à dénoncer. L’autrice l’avait promis : elle ne reviendrait à Panem que si l’urgence d’écrire était là. Ce livre en est la preuve, agissant comme un miroir tendu à notre époque alors que l’oppression change de visage, mais jamais de logique. Dès 12 ans.
A pour Alice (t. 1) : Les premières confidences
Une romance pour ados qui est complètement addictive! Dans son cours de français, Alice entretient une correspondance avec un élève d’une autre classe pour un projet. Rapidement, elle trouve cet élève de plus en plus intéressant… Mais qui est-il? Un personnage qui rappelle Gaby Roberge (pour les fans d’À vos marques… party!) avec plein de répartie et juste assez de sarcasme, et qui a tout pour qu’on s’y attache! En plus du mystère autour de son correspondant, cette romance nous fait tourner les pages aussi vite qu’on repousse notre heure de coucher! Psst! La suite est déjà parue et on espère que l’autrice a d’autres histoires dans son sac! Dès 12 ans.
Impossibles créatures
Impossibles créatures ouvre les portes d’un monde dissimulé, vibrant de magie ancienne, où griffons, licornes, dragons et autres créatures vivent grâce au glimourie. Quand cette force s’épuise, menaçant l’équilibre de l’Archipel, une orpheline farouche et un garçon ordinaire entament une quête aux confins du merveilleux. L’écriture, tour à tour lumineuse et acérée, fait de la magie bien plus qu’un décor : elle devient souffle, mémoire, et force en mouvement. Porté par une imagination foisonnante, ce roman est une ode à l’émerveillement, un conte profond où l’enfance côtoie le vertige de la perte et où l’espoir naît, justement, de ce qui menace de disparaître. Dès 10 ans.
Pirates carbone
L’auteur nous embarque dans une dystopie habilement conçue. On y suit un jeune adulte qui a mal géré ses crédits carbone, une nouvelle monnaie censée sensibiliser les Québécois au CO2 nécessaire pour la fabrication de n’importe quel objet. Notre personnage en manque cruellement et fera la rencontre d’une pirate nouveau genre qui pourra lui en procurer, mais à un prix. Le rythme et le style efficaces de l’auteur nous invitent dans une histoire bourrée d’action, mais sans superflu. On tourne les pages rapidement, comme frappé par l’adrénaline. On s’attache rapidement au personnage principal malgré ses choix questionnables parce qu’on se reconnaît dans cet adulescent nerveux et avide de sensations fortes. Une lecture rythmée et enlevante. Dès 13 ans.
Le jardin de monsieur Kuroki
Fidèle à son habitude, Monsieur Ed réussit toujours à dénicher des œuvres uniques et colorées! Cet album ne fait pas exception avec sa grande sensibilité. Le couple Kuroki a toujours rêvé de voyager, mais alors que les deux approchent de leur retraite, madame Kuroki perd la vue. Elle tombe alors dans une grande dépression et son mari décide de lui planter un grand jardin afin de réveiller ses autres sens. Une histoire et des illustrations d’une grande beauté dans cet album qui vous fera verser une larme par son humanité. Des traits d’aquarelle pastel qui ne font que rehausser ce texte tiré d’une histoire vraie. Dès 5 ans.
16 km
Ce premier roman d’Annie Morin présente dans ses douces maladresses l’amour naissant entre Victoria et Adam, deux adolescents intelligents et empathiques qui se rapprochent en venant en aide à un camarade de classe. Victoria est passionnée de langues anciennes, tandis qu’Adam est un redoutable cycliste. Si l’une souffre d’une timidité excessive, l’autre laisse la compétition l’envahir. Même s’ils appartiennent à des univers opposés, ce qu’exacerbe la narration à deux voix, ils développent une chimie qui ne peut que faire sourire le lecteur. Notons aussi que 16 km évoque habilement plusieurs thématiques centrales à l’adolescence, comme les relations parents-enfants, l’amitié, mais aussi la maladie. Dès 12 ans.
La tribu de Kaï (t. 1) : La danse de l’amitié
Lia, enfant de la préhistoire, nous raconte comment son quotidien ennuyant où RIEN ne se passe, malgré le fait que son monde soit peuplé de plantes carnivores géantes, de tyrannosaurio-brutalis-qu’il-vaut-mieux-ne-pas-réveiller et d’autres bestioles étranges, est soudainement chamboulé par une suite d’événements inattendus. Cette narratrice attachante relate, avec un humour irrésistible, les multiples péripéties vécues avec sa bande d’amis, les dangers auxquels ils font face et tous ces phénomènes inconnus qui se manifestent soudainement. Vont-ils trouver le moyen de survivre? Un récit drôle, intelligent, coloré, au rythme effréné, rempli d’émotions et où l’amitié est à l’honneur. Dès 6 ans.
Les Cités de Poussière
Dans Les Cités de Poussière, Nell Pfeiffer imagine un monde ravagé par le soleil, où quatre cités survivent grâce à la poussière, une substance rare et précieuse extraite des artefacts du passé. Chargée de veiller sur ces reliques, Délia Serpentine voit ses certitudes vaciller lorsqu’un grimoire oublié la mène dans une quête où savoir et pouvoir s’affrontent. Portée par une esthétique mêlant fantasy et dystopie, l’autrice déploie une prose envoûtante, au service d’une intrigue où se mêlent luttes féministes, quête identitaire et effondrement écologique. À la croisée du passé et de l’avenir, ce roman capte l’éphémère et en fait une empreinte indélébile, preuve que l’imaginaire peut être un lieu de lutte. Dès 12 ans.
La chose (t. 1) : Pied de poule mouillée
Pauline aime sa vie en basse-ville entre l’école, son ami Noa et son père. Mais quand ce dernier est hospitalisé, elle doit vivre chez sa grand-mère stricte en haute-ville, dans un univers où elle se sent complètement perdue. Loin de ses repères, elle doit trouver les outils nécessaires pour raviver sa propre lumière et affronter ses peurs. La lecture de ce premier tome est plaisante par son rythme dynamique, ses chapitres courts et ses dialogues fluides. L’autrice aborde avec sensibilité des thèmes comme la santé mentale, la monoparentalité et l’amitié. Plusieurs questions restent en suspens, donnant envie de lire la suite. Ceux et celles qui adorent l’humour rafraîchissant du Journal de Dylane (Marilou Addison) seront servis. Dès 9 ans.
Les bleus de l’âme
La collection « Unik » propose depuis quelques années des œuvres poétiques aussi percutantes que nécessaires. Elle offre une voix novatrice à des enjeux que vivent malheureusement trop de jeunes. En dynamisant graphiquement les mots, elle rythme ces voix pour en faire ressentir toute la puissance. Le récit de Sophie Kurler s’y intègre ainsi parfaitement de manière à la fois douce et douloureuse. Abordant la relation toxique et l’agression sexuelle, l’autrice parvient avec intelligence à transcender littérairement la violente culpabilité qu’elle s’inflige en rejetant consciemment l’utilisation du « tu » qui l’empêche d’avancer pour le « je » empathique et empli d’espoir qui lui permettra de panser les bleus de son âme. Dès 12 ans.
Petits meurtres entre amis : Mensonges
Son plan était presque infaillible. Changer son nom. Mettre des verres de contact. Cacher son tatouage. S’éloigner de son port d’attache paternel. Retrouver un semblant de vie normale dans une école secondaire normale entourée de jeunes… normaux. Presque infaillible, si cette adolescente au lourd passé n’avait pas été tributaire de l’imaginaire de Sophie Gagnon-Roberge. Dans sa nouvelle intrigue, l’autrice nous laisse peu de temps pour souffler. Elle nous happe dès les premières pages et fait monter une tension ne s’atténuant qu’en toute fin. Entre le forum qui souhaite venger les victimes de criminels d’âge mineur aux meurtres qui pointent vers elle, Anaïs trouvera tout sauf la réparation qu’elle était venue chercher. À qui faire confiance? Dès 12 ans.
Chevalier Chouette et Petite Oiselle
C’est dans le style réconfortant de Christopher Denise que nous retrouvons le chevalier Chouette! Une suite charmante avec une entrée remarquée d’une curieuse Petite Oiselle qui vient chambouler la vie routinière de Chouette, le capitaine de la garde de nuit du château. Malgré sa petite taille, Oiselle est déterminée à devenir une chevalière chouette courageuse comme son idole! Se déroule alors une histoire étourdissante entre une oiselle à l’énergie débordante et un chevalier bien trop fatigué pour la prendre sous son aile. Ils devront apprendre à faire usage de leurs forces individuelles pour s’entraider en temps de crise. Une histoire remplie de personnages attachants qui mettent de l’avant le courage et la persévérance. Dès 3 ans.
Quand je garde le silence
Un petit ours aime bien les mots que les adultes lui ont enseignés. Il les voit comme un endroit où ranger ses choses et un moyen de devenir plus fort. Bien vite pourtant, il perçoit que les mots sont sans doute insuffisants. Et s’ils cachaient parfois le plus important? Et s’ils ne contenaient pas assez pour entendre les rêves des autres, la musique et voir la lumière qui émane des choses? Cet album, de peu de mots et magnifiquement illustré, souligne la beauté et la puissance du silence pour exprimer l’essentiel trop souvent indicible. Écoute-moi quand je garde le silence, nous dit le petit ours. Dès 3 ans.
Les aventures de Myrtille Jones (t. 3) : La dernière bataille
J’avais vraiment hâte de lire le dernier tome des Aventures de Myrtille Jones et je n’ai pas été déçu! Cette fois encore, les personnages colorés, les belles illustrations, la mise en page aérée et les liens avec le monde des arts réel m’ont enchanté. C’est toutefois l’histoire qui m’a le plus surpris. Elle ne va pas du tout où on s’y attendait — et c’est tant mieux! Bons et méchants étonnants, revirements de situation et scène ultime à la King Kong ont su retenir mon attention jusqu’à la fin. En prime, le dernier chapitre laisse une ouverture à d’autres livres dans un monde semblable, voire encore plus intéressant. Une série à terminer — ou à découvrir — au plus vite! Dès 9 ans.
Chaque roche sur ton passage
Chaque roche sur ton passage est un doux album célébrant le minerai qui constitue le monde autour de nous. Il invite à ralentir et à apprécier les petites comme les gigantesques roches qui peuplent notre terre. Qu’on les cueille pour les collectionner, qu’on les utilise pour grimper ou qu’on s’en serve pour jouer, les roches sont de fidèles compagnons nous rappelant que notre unicité est ce qu’il y a de plus précieux. Dès 6 ans.
Complètement Terre : Les merveilles de notre monde en images
Voici la Terre toute crue, dans son essence comme dans ses éclats. Cet atlas est tellement attractif, voire addictif, qu’on veut le parcourir d’un seul trait grâce à ses textes courts, ses termes scientifiques vulgarisés et ses images renversantes. Il donne envie de faire le tour du monde autrement, sans s’attarder aux lieux créés par les humains. Quoi de plus fascinant que la Terre dans l’espace, les volcans et séismes, les paysages en évolution, les roches et minéraux, l’atmosphère, la biosphère, les sols et les eaux! Attention : jeunes et moins jeunes s’arracheront ce livre dans la maison. Dès 10 ans.
Nous
Christelle Dabos signe ici une dystopie où chaque être humain obéit à un instinct distinctif qui agit pour le bien collectif. Dans cet univers hiérarchique quasi inébranlable, des disparitions suspectes alertent deux marginaux qui s’uniront pour enquêter. Goliath, qui cherche à s’élever socialement en sauvant le plus de vies possible ainsi que Claire, qui tente de cacher un secret lourd de conséquences, dévoileront bien involontairement les failles de ce Nous. Intelligente et ironique, la proposition de l’autrice suscite autant les réflexions quant à notre mode de vie de plus en plus individualiste et nombriliste qu’elle s’amuse à rejouer avec les codes d’un genre littéraire déjà très exploité en littérature jeunesse. Dès 13 ans.
La nuit du cadavre
Daphné et Camille aiment s’éclipser la nuit pour arpenter les rues désertes de leur petite ville. Mais leur aventure vire au cauchemar lorsqu’elles découvrent un cadavre au bord du fleuve. Peu de temps après, Daphné commence à voir des esprits, et les deux amies se retrouvent mêlées malgré elles à un combat contre les forces obscures. Heureusement, Mathilde, une spécialiste du paranormal, leur vient en aide pour résoudre ce mystère. Ce premier roman jeunesse de Myriam Vincent est captivant : une histoire frissonnante, un suspense efficace et une écriture magnifiquement enrichie des illustrations de Marie-Joëlle Fournier. Une lecture à recommander aux amateurs et amatrices de sensations fortes! Dès 13 ans.
Smash (t. 1) : Solo de drum et prosciutto-melon
Coralie mène une double vie : vedette à l’écran, mais perdue dans son quotidien d’adolescente, elle peine à concilier ses relations amicales et amoureuses en parallèle de sa carrière. Son copain, Greg, déjà insécurisé dans leur couple à la suite de leur première relation sexuelle maladroite, se sent encore plus déstabilisé lorsqu’il apprend qu’elle devra embrasser Miguel, le plus beau et le plus populaire des acteurs de leur génération. Alexandra Larochelle frappe fort avec ce premier tome, qui se dévore d’une traite. L’histoire, portée par des personnages humains et authentiques, est captivante. La dynamique m’a rappelé la série Jérémie (Vrak TV), avec une fraîcheur nouvelle. Impossible de ne pas vouloir lire la suite. Dès 13 ans.
Prends un numéro!
Nul ne peut expliquer l’apparition des panneaux de signalisation dans la forêt. Personne ne sait qui les a installés. Pourtant, chacun respecte la procédure, prend un numéro et attend son tour. De la révolte à l’ennui, du désespoir à la complicité, la file d’attente animalière patientera longtemps, en vain. En fait, peut-être pas si inutilement au final puisqu’elle permet à l’autrice de poser un regard sur les principes de règlements et de conformité. En peu de mots, mais magnifiquement illustré par Audrey Malo, l’album philosophique de Tania Baladi nous invite à nous questionner quant à nos degrés d’obéissance, à l’utilité de l’attente et à la nécessité de la contestation. Une véritable mine d’or pour entamer les discussions. Dès 5 ans.
L’étrange histoire du chevalier Gaspard
Roxane Brouillard a une imagination débordante. Une mine brute d’histoires farfelues et plus rigolotes les unes que les autres foisonnent dans son esprit. Elle a la chance d’avoir gardé son imagination d’enfant sans les filtres de la réalité qui nous sont imposés en vieillissant. Les illustrations d’Ariane Cloutier se marient parfaitement au texte et façonnent des personnages des plus cocasses. Quel plaisir, après Le dessin trop mignon, de faire la rencontre de ce chevalier Gaspard, pas si héros que ça, de son fidèle chat à un œil, dans ce conte où on déconstruit les modèles traditionnels et où une histoire peut en révéler une autre. Ah oui! Il y a aussi un hot-dog… Dès 7 ans.
Les filles des marins perdus (t. 3)
Le couple de bédéistes derrière la BD magistrale Le port des marins perdus cartographie les horizons connexes de l’œuvre mère depuis déjà trois tomes, dont voici le plus abouti et le plus fidèle aux racines. En mission à Alger pour établir un lien politique avec le dey, un capitaine de la marine anglaise décide de parcourir la ville avec la fille qui partage son cœur et ses saignements… bien qu’elle devait à la base croiser son chemin pour en finir avec lui. Elle, espionne bretonne. Lui, qui lui a tout pardonné. Quand une escarmouche de fond de ruelle les sépare, de vieilles blessures refont surface, gorgées de haine, de regret et de deuils. Pour les panser, et pour se retrouver, ne reste que l’ivresse de l’amour fou, plus fort que tout.
Le nirvana est ici
Tâm et Dennis sont des enfants d’émigrés vietnamiens et habitent un quartier de Berlin. Un jour, ils croisent Hoa Binh, une immigrée clandestine qui tente d’échapper à ses passeurs, trafiquants humains, et vont décider de l’aider. Dans ce récit contemporain palpitant, Mikael Ross crée une galerie de personnages incroyablement vrais et sympathiques. Les dialogues efficaces et une narration fluide et dynamique (empruntant beaucoup aux codes du manga) font de l’ensemble une franche réussite. Traitant de sujets graves et sérieux, Le nirvana est ici est néanmoins un album drôle, lumineux et d’une grande profondeur.
Tsunami
Tsunami évoque l’isolement et l’intimidation avec humour et justesse à travers des illustrations naïves et charmantes. Cette simplicité dans l’art est la métaphore parfaite pour aborder une réalité qui se répète sans cesse, au point où elle passe trop souvent inaperçue. Dans ses dialogues, Ned Wenlock apporte beaucoup de profondeur à ses protagonistes qui ne peuvent s’empêcher d’exprimer leur mal-être avec violence et maladresse. Alors que les mauvaises décisions s’enchaînent et que les émotions débordent, le drame est-il inévitable?
Shin Zero (t. 1)
On attendait beaucoup cette collaboration entre deux des plus importants auteurs de BD de science-fiction des dernières années et on n’est pas déçu! Dans Shin Zero, la société a survécu aux attaques de monstres géants grâce aux Sentai, des justiciers en costume coloré. Mais depuis la disparition des monstres, les Sentai sont devenus de petits mercenaires privés, engagés par n’importe qui pour des missions pas très glorieuses. C’est dans ce contexte qu’on suit cinq jeunes Sentai qui tentent tant bien que mal de se faire une place dans ce monde désabusé. Ce premier tome installe les bases de cet univers captivant et original, porté par le dessin fourmillant de détails de Singelin. On veut la suite!
Pigments
Le collectif de Rupestres se lance ici dans la confection in situ d’une fresque collective dans une grotte généreusement mise à disposition par une champignonnière. Pendant plusieurs jours, sept des plus grands auteurices de la BD moderne vont crapahuter sous la caillasse, éclairés seulement par le faisceau découpé de leur frontale et peignant uniquement avec des pigments naturels. Tour à tour, chacun et chacune y va de ses réflexions, de ses anecdotes et de ses élucubrations sur l’art, la préhistoire, les œuvres collectives et, pourquoi pas, le sens de la vie! En plus de ces géniales petites BD dans des styles complètement différents et complémentaires, le livre expose de nombreuses photos de l’œuvre laissée à la postérité par le collectif!
Congé pat : Testé et approuvé
En lisant cette bande dessinée, qui est inspirée du premier roman de Tristan Champion, La barbe et le biberon, j’ai été agréablement surprise par le personnage. L’œuvre raconte comment il — un Français — a marié une Norvégienne et comment ils vivent leur vie de famille en France, puis en Norvège. Ce qui est mis particulièrement de l’avant, ce sont les avantages du congé parental, qui est souvent divisé entre la mère et le père en Norvège et qui peut être d’une durée de 49 semaines (11 mois). J’ai beaucoup aimé le côté éducatif de la BD, qui expose tous les points positifs de cette pratique et de cette façon de penser. Avec les années, Tristan a appris à défendre ce système et il a créé un blogue pour en parler davantage : barbapapa.blog.
La langue par la bande (t. 2) : 28 autres expressions québécoises en bandes dessinées
Ce deuxième tome de la série présente 28 autres expressions québécoises par autant de talentueux bédéistes provenant de divers horizons professionnels et géographiques. Ces expressions colorées émanent parfois des parlers régionaux de France, d’autres sont à l’origine des calques de l’anglais et plusieurs sont issues de notre belle province. Chaque double page présente sur la gauche une planche qui ne mentionne pas l’expression sélectionnée, puis, sur la droite, les explications basées sur les entrées du Dictionnaire historique du français québécois. Certaines planches sont drôles, voire décalées, alors que d’autres sont sérieuses. Par hasard, des éléments les unissent parfois. Un second album bien d’adon, qui permet une fois de plus de développer sa culture générale!
Les faux lieux
Une simple rencontre peut tout changer. Pour le meilleur ou pour le pire. Ici, c’est le pire qui l’emporte. Dans une école où tout n’est qu’illusion, des étudiants filmés en tout temps se battent pour des « likes ». Confrontés à une société en crise où le culte de l’image peut détruire une vie en quelques instants, Alex et Jeff sont à couteaux tirés. Jouant habilement avec la notion de perspective, Les faux lieux nous raconte leurs points de vue divergents. Car tout dépend de qui raconte l’histoire. Sans compter qu’ils ne sont pas les seuls joueurs dans cette lutte pour gagner une place au-delà de la médiocrité sociale.
Fangirl (t. 1)
Inspiré du roman du même nom de Rainbow Rowell, ce manga met en images cette œuvre de 2013. On y suit Cat, une jeune femme de 18 ans qui rentre à l’université en lettres. Sa petite particularité est qu’elle écrit des fanfictions, c’est-à-dire des récits proposés par des fans sur Internet qui font suite à une fiction préexistante (roman, manga, film, série télévisée, jeu vidéo) ou qui en constituent une variation. Cat est obsédée par une série de livres, Simon Snow, et a cumulé des centaines de lecteurs sur la plateforme où elle partage ses histoires. Elle doit jongler entre son école, ses fans virtuels, sa famille, et son premier amour. Ce que j’ai aimé de cette œuvre, c’est qu’elle met de l’avant une autrice de fanfiction, ce qui n’est pas habituel.
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