Un récit coup-de-poing, bouleversant et nécessaire. Ce roman explore l’histoire de Stéphanie, victime d’une tentative de meurtre, et le combat judiciaire pour retrouver son agresseur. Dès les premières pages, la maîtrise narrative de l’auteure impressionne, mêlant puissance et sensibilité. L’utilisation audacieuse de la deuxième personne instaure une dimension intime et universelle, amplifiant chaque émotion. À travers des thèmes poignants comme les failles du système judiciaire et la violence insensée, le livre suscite colère, tristesse et indignation. Pourtant, il rayonne d’espoir, célébrant la résilience et la force de caractère. Plus qu’un cri du cœur, c’est une œuvre libératrice et marquante, rendant hommage à celles et ceux qui se reconstruisent avec courage.
Numéro 147
Dossier
Libraire d'un jour
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Les libraires craquent
Où les bateaux ne viennent qu’à la pleine lune
Dans un paysage à l’odeur de la mer et porté par le cycle des saisons, le premier roman de Gabrielle Johanne explore les thèmes de l’isolement, de la famille et de l’identité. Cinq sœurs, nées d’un même père, mais de mères différentes, sont élevées par leur grand-tante dans une petite maison sur L’Isle-aux-Grues. Centrée sur les vies insulaires de ces femmes et jeunes filles plus grandes que nature, mais si réelles dans leurs plus petits détails, l’histoire ne suit aucune autre intrigue que le déroulement de leurs destinées. La prose lyrique, délicate et captivante de l’autrice capture la beauté de l’enfance, la complexité des relations humaines et l’imposante présence de la nature avec une précision rappelant celle de la plume de Dominique Fortier. Ode aux petites vies qui sont les derniers phares de liberté contre la tempête du monde moderne, ce livre est une brise fraîche dans la littérature québécoise contemporaine.
Le bestiaire à pas perdus
Que peut-on apprendre de notre relation avec les animaux? C’est la question que j’ai envie de poser à la journaliste du Devoir maintenant retraitée : Odile Tremblay. Je crois qu’elle me répondrait quelque chose comme « tout prend racine dans le monde de l’enfance ». Ce ne sont pas des fables ni des leçons anthropomorphiques que Tremblay nous présente dans son premier livre, mais plutôt une collection de textes personnels ciselés avec orfèvrerie. L’éléphant, le moustique, le crocodile, tous les choix du règne animal qui sont ajoutés dans la collection de l’autrice sont associés à un lien personnel et émotif qui est plaisant à découvrir.
Bébé sucré
À première vue, Olive a tout pour réussir : une carrière florissante, une position convoitée dans le domaine de l’ingénierie et une vie parfaitement tracée. Malgré ces dispositions enviables, elle craque sous la pression de son emploi aliénant et quitte Montréal vers l’ouest, où elle devra affronter des dilemmes éthiques, mettre à l’épreuve ses valeurs et son corps, la forçant ainsi à se questionner sur ses désirs et les illusions qu’elle s’était forgée sur elle-même. Ariane Picard livre un roman qui se lit tout seul — certes léger, mais pas pour le moins inintelligent —, qui permet de saisir les paradoxes d’une société obsédée par la réussite, tout en offrant un espace de réflexion sur la liberté, la responsabilité et l’identité. Andréanne Perron
Les traits difficiles
Evelyne de la Chenelière est éblouissante dans Les traits difficiles, recueil de nouvelles qui dépeint, dans une précision et une grâce rarissimes, des âmes humaines tiraillées par des désirs contradictoires, des attentes déçues et des illusions qui les empêchent d’atteindre la vérité qui les libérerait. Chaque mot, soigneusement choisi, confère tout son éclat à une œuvre empreinte de poésie malgré le malaise existentiel qui en donne le ton. Une forme de beauté ressort de cette douleur, une sorte de catharsis qui parvient à nous faire réfléchir sur notre propre vie, aux impressions d’avoir pris des décisions qui ne nous appartiennent pas vraiment. Chapeau bien bas pour ce livre sublime, qui s’inscrit dans mes meilleures lectures de 2024!
Dolly
Laissez-vous transporter dans le monde coloré de la jeune propriétaire d’une boutique rétro, Dolorès, aussi surnommée Dolly. Celle-ci se remet difficilement d’une rupture amoureuse, ce qui l’empêche d’aller de l’avant. Afin de retrouver ses ambitions, elle cherche conseil chez ses parents à la campagne ainsi qu’auprès de ses collègues commerçants et de son ex-belle-mère. C’est alors dans un univers qui jongle entre l’amour, l’amitié et la famille que nous découvrons l’évolution de Dolly. Vous allez certainement apprécier ce roman autant pour ses personnages flamboyants que pour la plume de l’auteure. Le texte est aussi accompagné de références musicales, dont certaines sont des chansons de la fabuleuse Dolly Parton.
Presse-jus
Lorsque deux auteurs québécois talentueux collaborent dans un même roman, les attentes sont élevées. Presse-jus ne déçoit pas avec une histoire certes légère, mais remplie d’humour et surtout, d’humanité. Matthieu Simard et Valérie Chevalier se donnent la réplique pour notre plus grand bonheur à travers une correspondance inusitée. Hugo écrit au père Noël au nom de son fils. Pauline lui répond avec une touche personnalisée qui attire l’attention du papa quelque peu désabusé. Au fil d’un échange de lettres douces auxquelles on s’identifie sans peine, les deux personnages vont développer une relation de plus en plus intime.
Je mets mes rêves sur la table
Que dire sur les images? Comment les écrire? Si une image provient du fils, chaque fois est-elle réalité ou rêverie? Les lieux communs ont d’abord été des endroits bien tangibles, et ils se posent en chambre noire de tracas dans ce deuxième livre de Martina Chumova. Mélangeant la recherche de ce qui est bien vu avec la fuite de ce qui a mauvaise allure, l’autrice dresse ici un menu de ses charges, de ses fractures et de ses descendances; c’est la nappe au-dessus de laquelle s’échangent l’ordre et le désordre, cartes Pokémon utilisées en signet dans un livre et habitants de Pompéi retrouvés avec leurs clés. Un récit puissant, indélébile sur les angoisses et les représentations de la maternité, de la précarité, de l’héritage et de la dépression.
Fanny
Deux personnes discutent autour d’un souper aux fruits de mer. « As-tu lu Fanny, la nouvelle pièce de Rébecca Déraspe? Je trouve ça vraiment fécond, à quel point elle explore le clash des féminismes entre générations! », dit la première. « Ah oui? Oui, moi aussi je l’ai lu, et c’est vrai que c’est foisonnant là-dessus, surtout que c’est un réel dialogue sur des dynamiques actuelles, identité et contradictions incluses. Mais j’ai presque trouvé que le rire reconduisait encore plus tout le reste, je ne sais pas si toi aussi? », répond la deuxième. « Justement, je pense que c’est la plus grande force du texte : on rit précisément grâce à des personnages qui mettent à nu des mouvances autant qu’elles se mettent à nu, qu’elles partagent une transparence aussi touchante que troublante », lui rétorque la première, avant de replonger dans son assiette de l’océan.
Rituels de rien
Peu de livres portent si bien leur titre comme Rituels de rien d’Évi Savard. Ces poèmes sont des appels au « tu » qui permettent de résister à la crainte du monde. Certaines des actions pouvant être mises en place sont vastes comme « nommer l’espace béant / qui gruge le thorax » et d’autres se font presque dans la continuité d’une routine bienfaitrice : « rampez de pièce en pièce / allumez toutes les lumières / flattez les plantes d’intérieur / comme les cheveux d’une poupée ». Comme des petites mises en place, chaque texte d’Évi Savard assiste les efforts du vivant et du tendre (et on en a besoin).
Post-espoir
« j’aimerais que mon état soit tangible, matériel, observable, qu’il ne nécessite aucun geste, aucun mot pour être entendu, vu et compris. » Premier recueil de Lula Carballo, post-espoir récolte courageusement les débris engendrés par la violence, son poids au creux du ventre, l’intensité du silence qui l’entoure, le malaise qui pose ses yeux loin de toute justice, de toute réparation. Porté par le fracassement des mots et par les œuvres picturales et photographiques de la poétesse, post-espoir dépose au centre d’une possible tendresse la blessure qu’on ne réussit plus à camoufler. Et une question, peut-être : après l’espoir, que faut-il édifier pour survivre? Bouleversante, la poésie de Lula Carballo nous traverse et reste debout, forte au-delà des mots.
Scénarios catastrophes
Une pellicule qui se tord sur sa bobine ou un tube sans lumière ni en haut ni en bas. Je me réveille en sursaut. Ou peut-être n’ai-je pas dormi. Je me souviens d’avoir ruminé les Scénarios catastrophes d’Alexie Morin tard la veille. Si s’amuser c’est perdre, alors oui, les insomniaques s’amusent; ils font les cent pas au-dessus des vertiges qui se trouvent dans ce livre d’une vulnérabilité détricotée en plusieurs fils. Les cinq sens s’enfargent dans les obsessions, dans les peurs, dans les fleurs du tapis rouge à la première de tous ces films qui jouent dans la tête, et qui deviennent ici une littérature en colimaçon, creusant quatre à quatre dans l’imaginaire. Je me pense déjà criblé par cette lecture. Le soleil ne se lève pas, lui non plus.
Le porteur de nuit
Invisible, c’est ce qu’est Baxter, ce porteur de nuit à bord d’un train qui traverse le Canada. De surcroît noir et secrètement homosexuel, il n’a que peu de possibilités de s’émanciper de son rôle ingrat. Mais Baxter a un rêve, celui de devenir dentiste, et pour y arriver, il est prêt à se rendre indispensable auprès des passagers aussi exigeants qu’égocentriques. Alors que le train est immobilisé durant quelques jours, les personnalités de chacun s’exacerbent, et Baxter, déjà brisé de fatigue, oscille de plus en plus entre le rêve et la réalité, à la merci de ses désirs. Dans ce huis clos un brin angoissant, l’autrice raconte avec acuité les errances du pouvoir et de la domination, comme de la faculté de chacun de faire parler son humanité.
Madelaine avant l’aube
Ça aurait pu commencer par « Il était une fois », mais le récit est trop noir, trop impitoyable… Un hameau isolé, sous la férule d’un seigneur insatiable et de son fils qui violente et viole, un hameau où survivent deux jumelles d’une grande beauté et leur famille ainsi qu’une vieille dame. Et ces miséreux vont ouvrir leur cœur à une orpheline sale, sortie d’on ne sait où, à la recherche d’un abri. Madelaine, ils l’adoptent, sans soupçonner l’ombre de la révolte tapie dans ses yeux. Mais nous sentons qu’un malheur plane, qu’il va bientôt fondre sur ces pauvres gens et, quand survient un coup de théâtre totalement inattendu à mi-parcours du roman, nous le redoutons encore davantage, ce mauvais coup du sort… Un livre qui trouble et émeut!
Étreintes
Écrite par la poète canadienne Anne Michaels, et traduite avec goût par Dominique Fortier, cette plaquette est une véritable pépite. On y traverse le XXe siècle (les guerres, l’apparition de la photographie, la modernisation des maisonnées) par le regard de nombreux duos de personnages. Que ce soit des relations amoureuses ou familiales, chacune d’entre elles est relatée avec une puissance et une douceur incroyables. Le récit se présente sous forme de fragments, et ne contient donc que l’essentiel des vies racontées. Vous vous attacherez certainement aux différents protagonistes, avant d’être paisiblement arrachés de leur histoire pour vous tourner vers la prochaine. À lire, ainsi que son livre précédent : Le tombeau d’hiver (Alto).
Un Égyptien peut-il parler anglais?
Peu de romans esquissent un portrait de l’Égypte moderne et encore moins de la jeunesse laissée en plan après le printemps arabe. Ces seules raisons seraient suffisantes pour piquer votre curiosité et vous inciter à lire ce roman. Mais il y en a plus. Noor Naga réussit également à nous faire vivre ce sentiment d’étrangeté que vivent tous les immigrants de deuxième génération lorsqu’ils retournent au pays. Ni d’ici ni d’ailleurs. En parallèle, c’est également ce sentiment d’exclusion que ressent ce jeune photographe, venu d’un village rural documenter le printemps arabe. Il en ressort désillusionné et accro à la cocaïne, errant dans cette Égypte urbaine moderne sans vraiment en faire partie. C’est là qu’il rencontre cette jeune Américano-Égyptienne, venue à la rencontre de ses origines. Une histoire d’amour s’ensuit, racontée en alternance par l’un et par l’autre, ce qui met l’accent sur leur profonde différence et incompréhension.
Dieu n’est pas là aujourd’hui
Que de surprises dans ce premier recueil de nouvelles de Francine Cunningham traduit en français, dont le titre titille la curiosité : Dieu n’est pas là aujourd’hui. Dès les premières pages, qui nous font pénétrer dans le bureau du Père Éternel, s’enchaîne, inépuisable, une création vive de décors inattendus. Et à l’instar d’auteurs chevronnés comme Thomas King, l’écrivaine crie et métisse sait jouer avec différents registres, oscillant entre comédie, satire et audace, tissant des personnages et des histoires qui courtisent le réalisme magique sans jamais perdre de vue le potentiel qui repose, déjà, dans toutes les nuances possibles de la psyché humaine. Un bijou dont les facettes captent la lumière singulière de celles et ceux dont la vie est une quête.
Les enfants du large
Virginia Tangvald est née sur un voilier. Lorsqu’elle a 2 ans, sa mère quitte son père navigateur, Peter Tangvald, parce qu’elle est épuisée de cette vie d’errance. Trois ans plus tard, le bateau du père fait naufrage, l’emportant dans la mort ainsi que sa demi-sœur, Carmen. Son demi-frère Thomas survit, pour quelques années du moins. D’ailleurs, la mère de Carmen et celle de Thomas sont précédemment mortes en mer. L’autrice ressent le besoin d’exorciser cette histoire familiale tissée de décès mystérieux. Malgré de grandes recherches pour faire la lumière sur ces existences terminées sur les eaux, plusieurs questions restent sans réponse. Parsemé de lettres, ce récit se déploie un peu partout autour du globe. Une passionnante enquête menée par une femme qui a les deux pieds sur terre.
Solito
En avril 1999, Javier, 9 ans, d’origine salvadorienne, part seul clandestinement pour un périple de 3 000 kilomètres pour traverser, avec d’autres migrants, en car, en bateau et à pied la nuit, le Guatemala et le Mexique. Ses déplacements seront semés d’embûches, dans le désert, il souffrira de chaleur, de faim, de soif, de fatigue, de cactus qui blessent et qui s’accrochent aux vêtements. Il rencontrera des passeurs, pas toujours des plus sympathiques. Dans les situations difficiles, Javier garde malgré tout un esprit positif en pensant à « Cadejo », à ses grands-parents, à sa cousine et à ses copains d’école du Salvador. Le voyage ne se passera pas tout à fait comme prévu. Arrivera-t-il à rejoindre ses parents en Californie? Magnifique récit biographique qui donne une place aux migrants.
Monologue de la louve
Hécube est née princesse et son destin était naturellement d’être envoyée dans le lit d’un autre prince ou roi pour lui faire des héritiers. Priam, son promis, est déjà vieux et il est réputé bon et sage. Mais le roi de Troie n’est qu’un homme, pas plus brutal qu’un autre sans doute, mais certainement pas moins. Entre grossesses et intrigues à la cour, Hécube observe avec finesse la puissance de Troie, l’arrogance des hommes… et la marche inéluctable vers son atroce fin. Un des meilleurs romans mythologiques depuis ceux de Madeline Miller, plein de sourde colère et d’amère ironie.
Only Lovers Left Alive
Voici une réédition du roman de Dave Wallis, paru en 1964, qui suscita la polémique à l’époque et fut même interdit en Irlande après sa publication. L’histoire se déroule dans l’Angleterre des années 1960, où une étrange vague de dépression pousse les adultes à se suicider en masse. Les journalistes et les hauts dirigeants tentent de comprendre l’état mental qui afflige les adultes, poussant ceux-ci à vouloir en finir avec la vie. Pourquoi les jeunes semblent-ils épargnés? Ces jeunes prennent d’assaut la ville, qui se vide peu à peu, allant d’un appartement abandonné à un autre, se nourrissant des restes de cannage laissés par les disparus. Si les premiers mois leur semblaient excitants, l’incertitude de l’avenir qui les attend commence peu à peu à les effrayer. Une dystopie sombre et angoissante où l’espoir de la jeunesse se confronte à son propre destin.
La maison idéale
J’ai commencé ce roman avec une petite appréhension : encore un roman qui se veut un « roman gothique moderne », mais j’ai tout de suite été happée par l’atmosphère qui se dégage de ladite maison, perchée sur une falaise isolée d’Irlande. Nous y rencontrons les propriétaires qui, à quarante ans d’intervalle, vont vivre dans cet endroit reculé. La première, une jeune veuve, veut refaire sa vie loin de la grande ville, alors que les seconds voient plutôt cette demeure comme une chance d’enfin accéder à la propriété. Pourtant, malgré les années qui les séparent, ils vont vivre des événements funestes dans ce lieu pourtant idyllique. L’écriture de l’autrice est agréable et fluide, on s’attache aux personnages et on s’intéresse à leur destin, et que dire de cette ambiance typiquement britannique! Je vais assurément suivre cette autrice pour découvrir ses prochains romans.
Houris
Quel souffle romanesque! Et quel style admirable! Kamel Daoud déchire largement cette rentrée littéraire avec Houris, un livre important et profondément politisé sur la guerre civile en Algérie. Cette fameuse « décennie noire » de 1990-2000 que la République algérienne a tenté d’occulter avec sa Charte pour la paix et la réconciliation nationale. Il faut imaginer de nombreuses femmes, des journalistes et plusieurs intellectuels ostracisés et tués par divers groupuscules islamistes extrémistes. Aube, devenue muette par les hostilités, entretient un long monologue intérieur envers son enfant à naître. Inconcevable pour elle de donner naissance à une fille dans un pays où les droits des femmes sont méprisés. Daoud nous entraîne aux côtés de cette survivante au destin tragique dont l’existence s’avérera un véritable plaidoyer pour la vérité historique. Une belle rencontre avec un libraire ambulant, diminué par la censure, sera aussi très significative pour elle. Le tout se déroule durant l’Aïd al-Adha, une fête religieuse où les sacrifices sont omniprésents. L’écrivain algérien a couvert à l’époque une partie du conflit armé, il est un témoin essentiel de ce massacre qui a causé plus de 150 000 morts et des dizaines de milliers de réfugiés politiques.
Rouge
Quittant leur Arménie de naissance pour échapper à la guerre, un couple fuit vers l’Azerbaïdjan, le pays ennemi. Alors qu’ils décident de se séparer pour recommencer leur vie, Aram et Arous trouvent deux enfants de clans opposés dans un fossé; débute alors la quête pour offrir à ces victimes innocentes un meilleur avenir. Or, la guerre a une grande portée, et personne ne peut réellement la fuir. Sous forme de fragments, Hovik Afyan présente par les yeux de ses personnages la réalité dure et douloureuse d’un quotidien sous le poids d’un affrontement qui dure depuis plusieurs générations. Profondément humain, le récit place les rêves et les déceptions intimes des protagonistes au centre de l’histoire, opposant dans un tête-à-tête horrifiant l’espoir humain et la destruction des conflits. En appel à se lever contre l’indifférence face aux hostilités, ce roman est le témoignage d’un combat depuis si longtemps entamé qu’il commence à être oublié.
Dans mon sang
Dix ans après la mort de sa mère et une quarantaine d’années après celle de son père, Rebecca Makonnen, une femme généralement pudique, accepte de raconter publiquement son histoire familiale. Une histoire dont elle connaissait les grandes lignes depuis l’enfance et qu’elle a racontée à de nombreuses reprises, jusqu’à ce que la honte se pointe à l’adolescence. Au départ, elle voulait rendre hommage à ses parents et à leur histoire d’amour déployée sur trois continents, mais une information transmise par sa sœur aînée déclenche une quête d’identité et de vérité. Un récit autobiographique haletant qui fait réfléchir, autant sur la filiation biologique que sur les secrets. Je me suis arrêtée à plusieurs reprises pour savourer certaines phrases. Une écrivaine est née.
Courir : De Marathon à Athènes, les ailes aux pieds
Marcolongo poursuit ici son exploration hellénistique en nous entretenant de la place que tenait la course au sein de cet illustre empire. Entremêlant des portions puisant aux textes d’auteurs anciens avec des réflexions plus personnelles issues de sa propre habitude de la course, elle compose un livre accessible et passionnant qui plaira tant aux coureurs chevronnés qu’à ceux du dimanche. Dans ce journal de l’aspirante marathonienne se préparant à reparcourir le premier marathon, couru depuis la cité de Marathon jusqu’à Athènes pour annoncer une victoire militaire, vous réfléchirez tant à la culture qui entoure la pratique moderne de la course qu’à ce que le sport incarnait il y a plusieurs milliers d’années, avant que le corps et l’esprit ne soient si radicalement séparés jusqu’à ce que l’un puisse en venir à oublier l’autre. Le tout avec humour et autodérision.
Les aventures de M. Net et du Grand Talbot
« HéHo! Talbot! » Nombreux, heureux, nous attendions, avec impatience, le vendredi soir, devant l’écran, ce cri de ralliement à Musique Plus, promesse de burlesque et d’emballement. C’est avec autant de bonheur, maintenant, que nous parcourons le recueil de souvenirs, des histoires franchement engageantes et stimulantes, empreintes de son autodérision habituelle, de l’ultra sympathique aventurier des ondes. Adorant tester les gadgets, bricoler des patentes, le jeune Denis Talbot réalise son rêve d’enfance « d’être à la radio », à CKOI, et trouve, ensuite, chez le Much Music francophone, le véhicule pour assumer son goût de découvertes et d’exploits. Toujours en quête d’inédit, avant-gardiste, il ose créer, avec son M. Net, une émission s’adressant à un public qu’on dit attardé : les amateurs de jeux vidéo. L’ADN de Musique Plus se diluant, il est, à 55 ans, chassé de son boulot. Mais l’aventure ne fait que commencer pour le Grand Talbot qui, d’un studio, continue de rejoindre des milliers de passionnés comme lui.
En direct de l’univers : Des chansons racontées et un livre à répondre
Ce magnifique documentaire démontre bien à quel point la musique occupe une place prépondérante dans nos vies. Suffit parfois de quelques notes pour qu’une émotion refasse surface, qu’un souvenir nous revienne. Tirées de l’émission du même nom, des chansons bien connues s’animent d’un peu d’histoire, d’anecdotes et de photos marquantes. Possible aussi de remplir le fameux questionnaire par thèmes pour créer notre propre soirée musicale ou celle d’un ami. Un livre à laisser sur la table du salon pour savourer des instants de bonheur. L’ouvrir, c’est ne plus vouloir le refermer et, qui sait, se mettre à fredonner.
Mon cerveau a besoin de focus : Maintenir sa concentration malgré les obstacles
Ce livre est né du propre besoin de l’autrice et médecin psychiatre spécialisée dans les troubles de l’attention de développer des stratégies pour focaliser. L’expertise professionnelle et l’expérience personnelle post-maladie se conjuguent pour offrir une plongée dans le fonctionnement du cerveau et des neurosciences. Certains outils peuvent être appliqués rapidement, alors que d’autres nécessitent introspection et temps. Des acronymes, dont FOCUS (Force, Orientation, Centration, Universalité, Sens), résument les grands éléments présentés. Les illustrations de Lorraine Beaudoin ajoutent clarté et humour aux propos. Un livre passionnant que tout le monde (oui, tout le monde) a intérêt à consulter parce que nul n’est à l’abri d’une période où le cerveau aura besoin de focus.
Adoption : Les douze travaux de la banque mixte
Catherine Voyer-Léger a adopté une enfant grâce à la banque mixte, un organe chapeauté par la Direction de la protection de la jeunesse. Déterminée à faire d’un enfant la priorité de ses priorités, elle a navigué dans ce mystérieux système pendant huit ans. Entre mythes et réalités, l’autrice a le courage d’attester de sa propre expérience en montagnes russes. De plus, elle fait appel à trois spécialistes pour répondre à des questions afin d’outiller les personnes qui ont recours à ce programme. Aussi, puisqu’il n’existe pas d’expérience type, l’autrice a sollicité des témoignages. Les illustrations d’Agathe Bray-Bourret apportent de la douceur à ce livre riche en informations et en alertes bureaucratiques. Le tout fait œuvre utile.
Comment je meurs
Mémoires, essai philosophique ou souvenirs épars : ce petit ouvrage est une étincelle de vitalité! Condamné par un virulent cancer du poumon, celui qui a fumé avec délectation sa vie durant en composant de puissantes critiques d’art pour le New Yorker revient ici sur sa vie de bohème américaine. S’improvisant dandy, poète de la contre-culture ou fouineur de galeries d’art, Peter Schjeldahl est la définition même du « self-made man » qui a mangé toutes ses croûtes au petit-déjeuner de la gloire. Il revient sur ses années fastes, sur ses rencontres significatives et sur la manière de construire un bon texte, sans oublier d’avouer — comme un ultime repentir — les dérives et débauches auxquelles il s’est abandonné dans le passé. Être au seuil de la mort permet à certains de toucher une forme de lucidité propice à l’autocritique. N’empêche que ce curieux de nature aura vécu une longue et belle vie, entouré de ses livres, de son tourne-disque et de sa petite famille. Comment je meurs s’est vu décerner le prix Transfuge du meilleur livre d’art 2024 et je continue les hommages!
La librairie des chats noirs
Cette première enquête d’une nouvelle série de polars signés Pulixi est un vrai régal! Un meurtrier sadique force un individu à choisir qui doit mourir entre deux êtres qui lui sont chers. La police piétine… Un autre crime du même genre survient. On fait donc appel à Marzio, un libraire particulièrement grognon qui se spécialise dans le polar et qui a déjà aidé les enquêteurs par le passé. Il peut compter sur les membres de son club de lecture, tous férus de romans policiers. Pendant que la lumière pointe sur l’affaire, impossible de taire l’immense hommage que rend Pulixi à plein d’auteurs et d’œuvres qui inspirent ces détectives amateurs. Et que dire de Miss Marple et de Poirot, les deux chats qui règnent sur la librairie… Plaisir assuré!
Divines rivalités (t. 2) : Impitoyables serments
On retrouve nos protagonistes, séparés par le destin, dans cette suite tant attendue de Divines rivalités. Les conséquences de la guerre se font sentir alors qu’Iris tente de protéger ses proches et de combattre à sa manière à travers ce qu’elle sait faire de mieux : ses écrits. Rowan, quant à lui, se réveille dans l’antre de Dacre sans le moindre souvenir. On lui donne accès à sa machine à écrire pour la publication de propagande contre les troupes d’Enva. Cependant, c’est maintenant lui qui reçoit les mystérieuses lettres d’une jeune fille qui prétend le connaître… Une duologie fantastique incroyable à ne surtout pas manquer.
Baignades
Dans son nouveau roman, Andrée A. Michaud nous plonge, dès les premières lignes, dans un récit à l’atmosphère menaçante et inquiétante. Impossible de déposer le livre dès qu’il est entamé! Baignades débute ainsi : une famille est en vacances dans un camping au bord d’un lac. Un séjour qui s’annonçait tranquille et reposant est rapidement chamboulé. Un incident en provoque un autre et entraîne le lecteur dans une série d’événements angoissants et cauchemardesques. Qu’arrivera-t-il aux personnages de Max, Laurence et leur petite fille Charlie? Structuré en deux parties, le livre, d’une écriture maniée avec une grande finesse, nous transporte dans un suspense au rythme haletant et bien ficelé. C’est une lecture parfaite pour les longues soirées d’hiver!
Dans l’ombre d’April
Ce roman policier est raconté en deux temps : le présent, lorsque Hannah, le personnage principal, est enceinte, et dix ans auparavant, un peu avant que son amie April ne soit tuée à Oxford dans sa chambre. Comme nous passons, de chapitre en chapitre, du temps actuel au passé, nous en apprenons plus sur April et nous voyons comment sa mort a affecté Hannah. J’ai adoré rencontrer les nombreux personnages qui ont entouré les deux camarades ainsi que découvrir les événements qui ont mené à cette nuit fatidique. Ruth Ware est l’une de mes autrices préférées et j’ai, encore une fois, beaucoup aimé ma lecture. Si vous cherchez un suspense à lire, je vous le conseille fortement.
Dans ta tête à moi
Imaginez que vous vous réveilliez un matin avec tous les souvenirs de quelqu’un d’autre en plus des vôtres. Imaginez que le phénomène touche des milliers de gens. Après la disparition de six randonneurs en Abitibi, leur mémoire se retrouve copiée dans la tête de nombreuses personnes au Québec, en Ontario et aux États-Unis. Comment réagir, individuellement et collectivement, face à une anomalie de cette ampleur? À travers une série de portraits psychologiques très fouillés explorant différentes situations inattendues, mais toujours humaines et touchantes, l’auteur interroge de très belle manière le rapport à l’autre et la nécessité de l’empathie.
Le seul coupable
Dix-septième titre de Jacques Saussey, Le seul coupable met en scène pour une seconde fois Paul Kessler, ancien commandant de la criminelle de Lyon, rencontré dans L’aigle noir. Dix ans après une affaire de meurtre bouclée, l’assassin d’une jeune fille meurt égorgé en prison. La mère de l’accusé demande la réouverture de l’enquête, son fils n’est pas coupable. Se sentant redevable ou même coupable, Paul reprend l’investigation du début en souhaitant collaborer avec son ancienne équipe. L’auteur nous entraîne avec brio dans une double recherche parallèle où indices, rebondissements, fausses pistes et courts chapitres rythment la lecture tout en nous impliquant. Un thriller nerveux, palpitant, haletant qui fait appel à nos qualités d’enquêtrice et d’enquêteur.
Tous les silences
Finlande, 2019. Un vieillard de 97 ans est tabassé lors d’une promenade. Sauvé grâce à une infirmière, il est hospitalisé, mais un faux médecin réussit presque à l’asphyxier. Le mystère s’épaissit quand on découvre qu’un nœud coulant attendait la victime près du lieu de l’agression. Dans les jours qui suivent, un second vieillard est enlevé et pendu. La police nage en pleine obscurité… avant d’apprendre que les deux hommes, anciens soldats finlandais, ont joint l’armée nazie en 1941 et combattu en URSS. Ont-ils posé là-bas des gestes si infamants que quelqu’un veuille les éliminer des décennies plus tard? Dans un récit qui alterne entre 2019 et 1941, Tuominen livre un formidable polar qui aborde un épisode tabou de l’histoire finlandaise. Glaçant!
Le poids de la honte
Le poids de la honte, petit nouveau dans la collection « Unik », est à la hauteur de ses compagnons qui m’avaient déjà charmée! Avec ses mots justes et authentiques, Alex-Anne Flambert nous parle de grossophobie à travers sa propre expérience. Dans les yeux d’une jeune du secondaire mal dans sa peau et victime du regard et du jugement des autres, elle nous exprime ce que ça fait de ne pas respecter les standards de beauté dictés par la société et d’être victime de grossophobie internalisée. Avec ses effets graphiques qui servent toujours le propos avec brio, cette collection est maintenant un incontournable dans la poésie jeunesse et ce recueil ne fait pas exception! Dès 12 ans.
La folle tournée d’Albert le libraire
Albert est un hibou qui exerce le métier de libraire dans sa jolie librairie au creux d’un arbre. Lorsque certains de ses amis ne peuvent pas se déplacer, il s’occupe de leur apporter ce dont ils ont besoin, directement à leur domicile. Que ce soit pour les aider à dormir, ou pour leur donner confiance en eux, Albert a toujours le bon livre sous son aile. Un jour, au retour de sa tournée, une tempête éclate et le vent disperse tous ses bouquins dans la forêt. Heureusement, le libraire pourra compter sur ses fidèles copains pour venir à sa rescousse. Un album aux illustrations tendres qui est absolument parfait pour les amoureux des livres, avec, en prime, les petits livres offerts par Albert. Un véritable ravissement pour les yeux et le cœur! Dès 3 ans.
Est-ce qu’il dort?
Tallec, avec son talent formidable et ses personnages attachants, nous offre une histoire touchante et rassembleuse. Un petit écureuil et son ami le champignon se rendent dans le pré quotidiennement pour écouter le merle chanter, mais un jour il n’est pas là. Ils le retrouvent plus loin sur le sentier, « endormi » profondément. Que lui est-il arrivé? Ce magnifique album d’Olivier Tallec est une ode à l’amitié et aux rituels reliés à la mort, un thème peu exploité en littérature jeunesse. Dès 3 ans.
Et si on changeait le monde? Mission climatique
Chloé, Manuel et Louis s’éveillent à la réalité de l’urgence climatique. Leur cueillette d’informations les incite à s’impliquer davantage et concrètement pour conscientiser les gens qui les entourent, notamment à l’école. Leur mission sera semée d’embûches et ils devront faire preuve d’inventivité pour vaincre la résistance à laquelle ils se heurtent. Ils expérimenteront tour à tour le découragement et la remise en question, mais ils feront aussi preuve de lucidité et de solidarité, ce qui leur redonnera un peu d’espoir. Leur parcours les fera cheminer, et nous aussi par la même occasion! Entre bande dessinée, roman-photo et documentaire, ce récit, teinté d’humour et de belles rencontres, suscite de profondes réflexions et propose de réelles solutions. Un livre qui devrait être proposé à tous les jeunes, à partir du 2e cycle du primaire et tout au long du secondaire. Dès 9 ans.
Le carnaval de l’oubli
Un jour dans une brocante, Audrey trouve un porte-clés du Carnaval de l’acier. Un objet bien banal pour la plupart des gens, mais riche en souvenirs pour elle. Cette trouvaille lui fait revisiter son enfance. Dans la petite ville industrielle qu’elle habite, les gens se rassemblent chaque année pour organiser la grande fête hivernale avec sa mascotte, le Bonhomme travailleur. Mais bientôt, l’événement n’attire plus les foules et disparaît des traditions de la municipalité. Cet album empreint d’évocations nous plonge dans les réminiscences de l’autrice, mais aussi dans nos nostalgies personnelles. Un livre pour les petits et les grands. Dès 10 ans.
Pluche : La chatte de la sorcière
Un mélange déjanté entre la légende du roi Arthur et la princesse et la grenouille. Jérôme Camil nous raconte l’histoire de Pluche, une petite chatte qui a joué un rôle plus important dans les légendes arthuriennes que ce que l’on nous a appris. Sur fond de féminisme, cet album nous enseigne à ne pas nous fier aux apparences. Être laid ne veut pas dire être mauvais ou insignifiant. À l’opposé, être beau ne rend pas une personne charmante ou courageuse. Les chats, les sorcières, les chevaliers et les princes charmants, les stéréotypes ne tiennent plus dans ce conte plein d’humour. Et les grenouilles dans tout ça? Il se trouve qu’elles aussi en ont gros sur le cœur. Dès 3 ans.
L’étoile de Mo
Au cœur de la forêt, allongé dans son lit douillet, Mo essaye de trouver le sommeil. C’est alors qu’il aperçoit une étoile souriante par la fenêtre. A-t-il rêvé? D’où vient cette étoile? Pour la retrouver, le petit chat enfile son écharpe et part à sa recherche dans le bois endormi. Dans son périple, il va croiser toutes sortes d’animaux qui vont l’accueillir et l’aider dans son cheminement. À tous ceux et celles qui vouent un amour pour les chats égal au mien, L’étoile de Mo est une petite pépite douce et savoureuse, un conte qui dénonce les préjugés et fait la part belle à la solidarité et à l’amitié. Superbement illustré par l’autrice coréenne Choi Yeonju, L’étoile de Mo est l’album parfait à raconter le soir avant de se coucher, ou juste à collectionner pour les adultes qui ont un cœur d’enfant! Dès 8 ans.
L’otage du temps
Si le titre et la couverture sont déjà intrigants, attendez de lire les premiers chapitres! Quand Jacob ouvre les yeux, il est au volant d’une voiture qu’il ne reconnaît pas et qu’il ne sait pas manœuvrer… et pour cause : il n’a pas encore son permis de conduire! Il baigne dans la confusion, tente de recoller les morceaux d’une mémoire défaillante et de donner sens aux indices insolites qui lui sont distillés au compte-gouttes. Ce qui se dessine est de plus en plus étrange et troublant, autant pour le protagoniste que pour le lecteur. Un court récit percutant, aux phrases brèves et au vocabulaire simple; un roman qui s’adresse à tous les adolescents, mais idéal pour ceux qui manquent de motivation à l’égard de la lecture ou qui apprennent une nouvelle langue. Dès 12 ans.
La coureuse des grèves
Petit roman très intéressant sur une légende québécoise dans un format facilement accessible pour les adolescents! L’histoire est en soi assez simple : les jumeaux Élyane et Tommy vont chez leur grand-père et découvrent la légende de la coureuse des grèves, une dame blanche qui hante les rives du Saint-Laurent, réputée pour charmer les marins et les jeunes hommes. Tommy est rapidement troublé par des rêves de plus en plus réalistes et effrayants… Ne pouvant rien cacher à sa jumelle, il commence avec sa sœur à chercher la vérité sur cette dame blanche. Ce roman est intéressant puisqu’on y réalise que les légendes ne dépeignent pas toujours une réalité historique, et c’est bien pourquoi on les aime! La fin vous tirera un sourire, un rire ou vous laissera carrément frustré, mais elle ne vous laissera pas indifférent! Dès 13 ans.
Chants funèbres pour filles à l’agonie
Habitant dans un cimetière et orpheline de mère, Winifred a la mort qui lui colle à la peau, rien pour favoriser un cercle social normal. Lorsque le cimetière est menacé de fermeture, elle imagine un stratagème afin de le sauver. Cherie Dimaline a le chic pour forger des personnages attachants, imparfaits et sensibles. Ici, elle met en scène Phil, un fantôme dont le corps n’a jamais été retrouvé, qui bouscule le quotidien de Winifred. Ces deux-là vont se tourmenter, se forger un présent, s’inventer une vie et y croire. En résulte un récit bouleversant, empreint d’authenticité, qui met en lumière à la fois la vulnérabilité et le courage de ceux et celles qui sont à l’écoute du monde qui les entoure, pour le meilleur et pour le pire. Dès 14 ans.
Toi & moi
Une petite bande dessinée, constituée de gags en une planche, qui parcourt des tranches quotidiennes de la vie d’un couple de longue durée. Sa grande originalité, c’est son refus complet du cynisme : l’auteur et dessinateur désamorce et dédramatise les petits tracas du quotidien, et esquisse en quelques traits simples et ronds des éléments d’une routine qui contribue à la solidité et à la complicité d’un couple au lieu de l’aliéner. Le tout est charmant sans être mièvre, et qu’on lise l’ouvrage d’une traite ou par petits bouts, on ne peut qu’être séduit par cette fraîcheur bienvenue pour traiter d’un sujet souvent abordé de manière plus désabusée.
Ginseng Roots
Après le succès de Blanket et Habibi, on attendait le grand retour de Craig Thompson avec impatience! Avec son nouveau roman graphique Ginseng Roots, l’auteur évoque les étés de son enfance, dans les années 1990, où son frère, sa sœur et lui accompagnaient leurs parents comme travailleurs temporaires dans les champs de ginseng du Wisconsin. À travers ses souvenirs familiaux, il explore les questions de classes sociales, le travail des enfants et, surtout, l’histoire du ginseng en Amérique du Nord, l’évolution de son industrie à travers le temps et les effets de la mondialisation. Une nouvelle bande dessinée d’une richesse incroyable, tant sur le plan graphique que narratif, qui mêle habilement le reportage, l’humour et l’émotion.
Aux abois
Jolanda doit étudier pour un examen de math, mais rien n’y fait : elle se laisse distraire par tout, mais particulièrement par son très mignon chien qui ne cesse de fuir la maison. Même avec l’aide de sa meilleure amie et de sa professeure, rien ne semble la motiver à se mettre enfin au travail. Mais cet examen final représente surtout la fin de l’adolescence et toutes les incertitudes qui viennent avec l’âge adulte. Aux abois est une histoire simple qui compense son apparente banalité par une narration survoltée et un dessin dynamique sans cesse changeant. Michael Furler réussit avec cette première bande dessinée à créer un récit drôle et touchant qui est à la fois universel et radicalement original.
Akissi de Paris (t. 1)
Le tandem Abouet et Sapin se réunit pour poursuivre les aventures de la malcommode la plus célèbre de la Côte d’Ivoire! Nous retrouvons donc Akissi après onze tomes de bêtises drolatiques. Or, Akissi est désormais une préadolescente qui vient tout juste de déménager à Paris avec son grand frère Fofana et vivant avec son papi, véritable dandy truculent de saillies qui fouettent. Les sujets abordés sont donc forcément plus mûrs puisque ce sont ceux de tout préado déraciné et faisant face aux défis de l’intégration. Si la première série s’adressait aux 6 à 9 ans, Akissi de Paris parle aux jeunes de 9 à 12 ans. Le ton est toujours aussi irrévérencieux et décomplexé et c’est en bonne partie cette parole libérée qui fait le sel de ces aventures! Dès 9 ans.
Guerre à Gaza
Sortant de la réserve prostrée qui fut la sienne depuis le 7 octobre 2023, le maître de l’enquête bédéistique libère toute la verve de sa fureur en ce salutaire pamphlet. Avec une ironie mordante, il décortique l’imposture des États-Unis qui d’une main livre chaque nuit des bombes de 2 000 livres tout en prodiguant de l’autre des soins humanitaires aux civils massacrés. En inventant ce « génocide plus doux, plus gentil », l’Amérique franchit de nouveaux sommets d’hypocrisie tout en faisant taire toute opposition par la force. Un livre furieux qui n’hésite pas à réitérer que les enfants, les hôpitaux, les écoles, les journalistes et les humanitaires ne pourront jamais être pris pour cibles sans que l’opprobre frappe les responsables.
Fractale : Le grand voyage scientifique
Dans cette bande dessinée, le youtubeur Dr Nozman répond à de nombreuses questions, par quarante récits hauts en couleur, illustrés par trois talentueux artistes. Il nous amène au travers des époques pour retracer les origines de certains médicaments, comme la pénicilline et la pilule contraceptive; ou encore les origines d’expériences comme l’ergot de seigle qui a mené au LSD. Le rythme des planches est le même que dans ses vidéos sur YouTube (captivant et passionné), ce que personnellement j’apprécie beaucoup. Sa forme peut se montrer un peu sérieuse, mais les récits sont ponctués de touches d’humour, qui pourront peut-être vous tirer un sourire. C’est une bonne lecture pour se cultiver, sans se casser la tête.
Le petit monde de Kabocha
Kabocha est une petite chatte énergique, qui en fait voir de toutes les couleurs à son jeune maître. Vivant tous deux en rase campagne, ils sont entourés de nature japonaise; ce qui plaît beaucoup à Kabocha, car l’abondance de la faune et la flore ne lui fera jamais manquer d’aventures. C’est une lecture légère, c’est un quotidien paisible, parmi les champs et la forêt dense. Les dessins y sont aussi absolument magnifiques, par les traits à la fois simples et riches; la beauté des planches est ce qui m’a attirée en premier. Je me découvre une joie pour ce type de manga, du genre « tranche de vie », et je pense que si c’était plus connu, beaucoup d’autres pourraient y trouver leur compte.
Walicho
Lors d’une nuit sombre, en 1768, trois mystérieuses femmes débarquent en Argentine accompagnées d’un bouc. Durant trois siècles, ces femmes et leur curieux animal seront au centre d’une multitude d’événements étranges et inexpliqués… Dans Walicho, Sole Otero propose un passionnant recueil d’histoires de sorcières, parfois bienfaitrices et rassurantes, mais d’autres fois cruelles et effrayantes. Chaque histoire se déroule dans une époque différente et la forme varie sans cesse : conte fantastique, récit épistolaire ou encore journal intime. Le lecteur attentif saura tisser les liens qui unissent les personnages de chaque histoire. Le tout est porté par un dessin très expressif, tout en rondeur et par une brillante mise en couleur.
D’or et d’oreillers
Quelle bande dessinée magnifique! J’ai été jetée par terre par la qualité des dessins, le choix des couleurs et par l’histoire en elle-même. Je n’ai jamais lu le roman du même nom écrit par Flore Vesco duquel cette BD est inspirée, mais il est assurément dans ma pile à lire maintenant. L’histoire rappelle celles de Barbe Bleue et de La princesse au petit pois : un lord solitaire décide de trouver une épouse, mais l’épouse en question devra passer une nuit dans son château, sur une pile de matelas d’une hauteur insensée. Rien de plus scandaleux pour une jeune femme de bonne famille, mais cela n’empêche pas une mère d’y envoyer ses trois filles, et leur femme de chambre. Cette dernière est invitée à passer le test elle aussi et à la surprise de tous, elle réussit! L’ambiance sombre et sensuelle de la BD en charmera plus d’un et l’intrigue, bien que simple, est d’une redoutable efficacité!
Maya contre la malédiction du centre d’achat
Quand Dawn of the Dead devient une catharsis pour la fin d’une relation toxique. Lors de leur dernier jour de cégep, l’ex de Maya lui donne une lettre. Celle-ci, qui aurait souhaité ne plus jamais le croiser, ne sait pas trop quoi en penser. Alors qu’elle prend une pause de son travail dans une boutique du centre commercial, elle se décide à ouvrir l’enveloppe. Une noirceur intense la traverse alors. Puis, des créatures monstrueuses envahissent les lieux dans lesquels s’enferment la protagoniste, sa meilleure amie, ainsi que quelques autres employés hauts en couleur. Et si la lutte de Maya contre ses sentiments envers son ex n’était pas étrangère à cette lutte pour survivre à ce film d’horreur malgré tout humoristique et ô combien humain?
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