Corée du Sud
Bienvenue à la librairie Hyunam
Bo-reum Hwang (trad. Hyonhee Lee et Isabelle Ribadeau Dumas) (Picquier)
Ce n’est pas surprenant que ce roman ait été élu livre de l’année par les libraires de Corée puisqu’il se veut une ode à ce métier à l’aura magique. Yeong-ju, une femme bien sous tous rapports, rompt avec sa vie professionnelle honorable et son mari. Elle décide d’enfin suivre ses envies et ouvre sa propre librairie. Entre les rayonnages et les demandes des clients, on y côtoie des personnages attachants et on y flaire la bonne odeur du café. Le rythme lent de l’histoire et l’atmosphère paisible qui s’en dégage obligent à la pause et reposent de nos fatigues.
Égypte
Au soir d’Alexandrie
Alaa El Aswany (trad. Gilles Gauthier) (Actes Sud)
L’auteur El Aswany se fit connaître dans la francophonie en 2006, année de parution de son roman L’immeuble Yacoubian, qui remporta un franc succès aux quatre coins du monde. Depuis, il continue de construire une œuvre où le privé et le politique sont entremêlés, n’hésitant pas lui-même à prendre part aux actions favorables à la démocratie. Avec son nouveau livre, il nous transporte en 1950 à Alexandrie au cœur des discussions enflammées d’un groupe d’amis, baptisé le Caucus, qui enfile les verres au restaurant-bar Artinos. Passionnés par ce qui se trame à la tête du pays, ils et elles se désaccordent cependant sur certains sujets. Leurs réparties sont l’écho d’un peuple avide de liberté. En librairie le 10 octobre
Île de Jersey
Les francs-tireuses
Emmanuelle Hutin (Anne Carrière)
Les francs-tireuses, ce sont Claude Cahun et Suzanne Malherbe, un couple de femmes (bien que Cahun s’identifie plutôt dès les années 1930 au genre neutre) également unies par leurs actions artistiques engagées. En 1938, elles s’établissent à Jersey où elles déploient des interventions poétiques visant à contrecarrer l’occupation allemande. L’autrice Emmanuelle Hutin les ressuscite le temps d’un roman, empruntant leur courageuse créativité, l’élan qui les pousse à se définir hors des marges et la détermination qu’elles possèdent pour mener à bien leurs convictions.
Nicaragua
La femme habitée
Gioconda Belli (trad. Anne Proenza) (Le Cherche midi)
Militante et activiste, l’autrice Gioconda Belli a été déchue de sa nationalité nicaraguayenne en février 2023 parce qu’elle s’est opposée au régime en place, dominé par la répression. La femme habitée, son premier roman, publié en 1988 et qualifié d’« emblématique », est disponible pour la première fois cet automne en France et au Québec. On y rencontre Lavinia, revenue dans son Nicaragua natal après des études en Europe dans le domaine de l’architecture. Le pays est passé sous le joug de la dictature et la jeune femme, issue d’une famille bourgeoise, prendra le pari de la militance. Portée par la voix d’Itzá, indigène engagée à l’époque dans la lutte contre la colonisation espagnole, Lavinia combattra aux côtés des classes populaires. Un roman de résistance politique et poétique. En librairie le 11 octobre
Péninsule arabique
Aux ventres des femmes
Huriya (Rue de l’échiquier)
Quand les codes sociaux vous condamnent dès votre naissance, ne reste plus qu’à subir ou à vous rebeller. Shahrazade, née fille et pour ça méprisée par son père, refuse la vie qu’on lui réserve et soutient son droit à la liberté et à son désir des femmes. La grand-mère ne lui accordera pas non plus de répit, acariâtre jusqu’aux tréfonds et défendant avec vigueur les dogmes de la charia. La verve de la narratrice annonce dès l’ouverture le ton qu’empruntera le récit : contestataire, mutin, révolté. Bref, ce qu’il faut de volonté pour se soustraire aux mœurs tyranniques et gagner son émancipation.
Côte d’Ivoire
Je remercie la nuit
Véronique Tadjo (Mémoire d’encrier)
Yasmina et Flora partagent la même chambre à l’Université d’Abidjan, travaillant toutes deux sous la lampe lorsque le soir tombe, l’une à ses travaux de biologie, l’autre de littérature. Mais l’atmosphère de la capitale n’est pas au beau fixe : Alassane Ouattara est élu, mais Laurent Gbagbo, le président sortant, refuse de lui céder la place. Une crise éclate, obligeant les jeunes filles à quitter la ville. L’autrice revisite de l’intérieur, avec une écriture fine et vive, le conflit politique ivoirien de 2010 par l’intermédiaire d’une jeunesse gagnée par un désir de changement.
Cameroun
Le harem du roi
Djaïli Amadou Amal (Emmanuelle Collas)
Roman qui démontre comment la tentation de la domination peut s’emparer de celui détenant les privilèges. À Yaoundé, Seini occupe la carrière de médecin. Marié depuis vingt-cinq ans à Boussoura, qui enseigne la littérature, il forme avec elle un couple complice. Toutefois, il se verra bientôt propulsé au rôle de chef politique et spirituel et confronté à de nombreux dilemmes. Les valeurs auxquelles il a toujours personnellement adhéré, respect et monogamie, sont mises à mal par le poids des traditions. Avec nuances et talent, l’écrivaine, s’inspirant de faits authentiques, pose les problèmes de hiérarchie et de servitude encore actuels dans la région du Sahel.
Géorgie
La lumière vacillante
Nino Haratischwili (trad. Barbara Fontaine) (Gallimard)
Incursion dans les années 1980 en Géorgie, alors qu’elle est encore une république socialiste soviétique, à travers quatre amies intrépides à qui l’avenir semble appartenir. Pour nous faire voir l’ampleur de la grande histoire fécondant les révolutions et les nations, l’autrice, d’une plume pénétrante, nous fait passer par les chemins personnels de ce quatuor de jeunes filles affectées par les circonstances. Narré par Keto, l’une d’entre elles, le récit alterne les époques pour nous projeter trente ans plus tard à Bruxelles au Palais des Beaux-Arts où doivent se retrouver les trois anciennes camarades encore en vie à l’occasion d’une exposition des œuvres photographiques de celle disparue.




















