Les libraires craquent
Cadavre recherché, mort ou très mort
Cadavre recherché, mort ou très mort. Il n’en fallait pas plus que le titre pour piquer mon intérêt envers ce livre! Comme plusieurs d’entre nous, Jaja ne sait pas vraiment ce qu’elle souhaite faire dans la vie et se tourne donc vers la conseillère d’orientation de son école. Cette dernière lui propose un métier bien particulier, celui de thanatologue. Le seul problème? Jaja n’a jamais vu une dépouille en vrai, alors comment peut-elle savoir si être embaumeuse est le bon choix pour elle? Elle part ainsi à la recherche d’un vrai mort, une quête qui la mène dans des situations absurdes. Émilie Rivard nous offre un roman drôle, rocambolesque et un personnage principal original et cru, comme on les aime! Un livre qui se lit d’une traite. Dès 12 ans.
La maison cachette
Touchante, émouvante et essentielle : voilà comment je décrirais cette bande dessinée. On y suit Tania, une fillette de 8 ans qui, au beau milieu de la nuit, doit quitter son domicile avec son petit frère pour rejoindre sa mère à la « maison cachette », c’est-à-dire une maison d’hébergement. La violence conjugale y est abordée avec délicatesse, ce qui facilite l’ouverture au dialogue. Les tournures de phrases sont puissantes et les illustrations, tout aussi chargées de sens que les mots. J’ai beaucoup aimé que le récit soit raconté par la jeune fille : on y ressent la naïveté de l’enfance dans un contexte si difficile. Je le recommande fortement! Dès 8 ans.
La nuit aux loups (t. 1)
La très talentueuse Van nous arrive du milieu du cinéma d’animation et cela se repère dans son style au premier coup d’œil. Pour sa première BD, elle a travaillé d’arrache-pied pendant huit ans. Elle a rempli des carnets d’esquisses et lu en abondance sur le quotidien de Québec il y a plus de deux siècles. Rejoignez la belle bande de Jean-Thomas, Joséphine, Léon et P’tite Marie dans cette mystérieuse enquête entourant l’apparition d’un loup-garou. Malgré les rumeurs qui courent, le danger ne vient peut-être pas réellement d’où l’on veut nous le faire croire. Convoquant la magie des Contes pour tous, cette bande dessinée fait la part belle à notre folklore tout en magnifiant le Québec de jadis et ses paysages enneigés. Dès 9 ans.
Ces lignes qui tracent mon corps
Préparez-vous à lire cette bande dessinée en apnée tellement la force du témoignage vous laissera cois. Ces lignes qui tracent mon corps est le récit horrible d’une femme iranienne qui s’apparente malheureusement à tant d’autres. C’est dans un Iran bridé par la République islamique — mise en place après la révolution de 1979 — que grandit Kamari. Au pays, la majorité légale et sexuelle arrive à 9 ans et le paternel a tous les droits sur sa progéniture, y compris celui de la tuer si elle venait à déshonorer sa famille. Maintenant exilée en France, l’Iranienne peut enfin se poser pour affronter cette part sombre qui la suit comme une ombre à ses pieds. Si elle fut dépossédée de son corps jusqu’à présent, la bédéiste ose se le réapproprier aujourd’hui. Dans un atelier de modèles vivants, ce n’est plus un regard machiste et accusateur qui se pose sur elle, mais bien un regard d’artiste qui s’évertue à rendre grâce à ce corps qui apprend tranquillement à s’épanouir. Avec ce livre, Kamari tente de purger son passé par le dessin. Elle trace aussi, avec une liberté jusque-là inconnue, un avenir rempli de douces possibilités.
Dans la tête de Sherlock Holmes : Le cauchemar du Loch Leathan (t. 1)
Dès que je l’ai ouverte, j’ai su que ce ne serait pas une BD comme les autres. Elle est comme un vin, faite pour être savourée et non pour être lue à la va-vite. Un fil rouge ainsi que des cases aux formes uniques nous permettent de rentrer dans la tête du détective et de voir le fil de ses pensées tout au long de l’enquête, quelque chose de totalement inédit dans l’univers de Sherlock Holmes. En octobre 1894, une lettre des plus étranges emmènera le détective et son acolyte le Dr Watson sur une île reculée en Écosse. Dès leur arrivée, les rumeurs d’une malédiction et les superstitions des locaux mettront à l’épreuve l’esprit logique de notre enquêteur. Seulement, le Loch Leathan a encore plein de surprises en réserve pour nos deux Britanniques…
Silent Jenny
Cinq ans après le classique instantané Carbone et Silicium, Silent Jenny vient de nouveau bousculer le domaine des possibles en BD SF. Imaginez un futur postapocalyptique où les rares humains qui osent encore s’appartenir vivent dans des villes mouvantes bricolées avec les débris du capitalisme qui s’accroche à la propriété malgré l’effondrement. Quelques idéalistes de la dernière chance appelés les microïdes explorent les contrées infinies de l’infinitésimal en utilisant une technologie leur permettant d’atteindre une taille microscopique. En trouvant du matériel génétique de pollinisateur, peut-être sauront-ils régénérer un monde au bord de la nécrose. Tant graphiquement que narrativement, Silent Jenny est un chef-d’œuvre d’invention!
Nepka
Au Japon, sur l’île d’Hokkaido, se trouve le peuple autochtone Aïnou, qui vit en harmonie avec la nature. On suit Nepka, une jeune fille énergique qui devient la protectrice d’une oursonne qui, selon la tradition, sera accueillie et honorée par le clan et puis sacrifiée pour que son esprit bienfaisant les honore en retour. Comme elle fait un choix déchirant, elle est bannie et ainsi seule avec son arc face à cette forêt ancestrale pour y traquer l’ourse qu’elle considérait comme sa propre sœur. C’est une quête poétique de soi empreinte d’un grand respect pour cette culture. Un texte simple, mais puissant, accompagné par un visuel dégageant une profonde humanité. Les traits légers et les couleurs apaisantes démontrent une beauté sauvage alliant la force et la sérénité.
Mon arbre, mon enfant
Au témoignage d’amour d’un arbre à son petit humain favori succède celui d’un petit garçon à son arbre. Ou bien l’inverse : car cet album se lit dans les deux sens. Mon arbre, mon enfant est le récit d’une tendre affection entre un enfant (fragile, curieux et joueur) et un arbre (fort, protecteur, et stable). Chacun son tour, ils livrent leurs sentiments et leurs espoirs : et tous deux redoutent que l’autre ne fasse plus partie de leur univers. On peut deviner qu’il y est question du lien d’attachement, à la fois puissant et susceptible d’être altéré par le temps. Mais la beauté de cet album, c’est que l’on peut aussi tout simplement se laisser porter par la jolie prose d’Émilie Chazerand, et se remémorer la candeur de nos amitiés d’enfance. Dès 7 ans.
Les documenteurs : Les insectes
Considérés comme fascinants ou rebutants, les mouches, lucioles, scarabées et autres bestioles ne laissent presque personne indifférent. On les connaît pourtant souvent bien mal. Avec ce documenteur, Josée Bournival propose aux enfants de découvrir les particularités tantôt étonnantes tantôt drôles des petites bêtes qui nous entourent. Chaque double page propose de courts paragraphes sur les habitudes de vie d’un insecte. L’enfant est actif dans cette lecture : à lui de débusquer le mensonge dans chaque portrait! En bonus, l’autrice livre avec les réponses de délicieuses faussetés qui ne manquent pas de faire rire. Alliant le jeu à l’humour, cet album documentaire est une excellente introduction à l’entomologie pour les enfants. Dès 6 ans.
L’archipel des animaux bannis
C’est fidèle à lui-même que l’auteur français Yves Grevet nous revient aujourd’hui avec ce roman aux allures dystopiques. Ne serait-ce pas effectivement une catastrophe si les gouvernements bannissaient tous les animaux jusqu’au moindre petit insecte? Dans un avenir pas si lointain, c’est ce qui arrive. Tous les animaux sont considérés comme dangereux puisqu’accusés d’avoir transmis d’innombrables maladies mortelles aux humains. Mais Jarod, lui, n’arrive pas à oublier son chien. C’est avec son amie Nora qu’il ira à la recherche de son fidèle compagnon dans l’enclos de sauvagerie, où Syrius aurait été aperçu lors d’une excursion illégale et dangereuse, et où il rencontrera de précieux alliés et des ennemis sans aucun doute plus redoutables que toutes les bêtes bannies. Une ode à l’amitié et à la solidarité, additionnée à l’amour et à l’espoir. Dès 12 ans.















