La suite de Tant que ce sera l’été n’a rien pour décevoir les gens qui, comme moi, attendaient avec impatience la continuation de l’histoire de Gabriel et d’Emma. Les événements tragiques qui éclatent dans l’univers qu’ils avaient décidé de quitter les amènent à se replonger dans leur passé et dans de profondes réflexions, lesquelles font toute la force de ce livre. L’écriture de Marianne Brisebois est à la fois sans ménagement et d’une grande douceur. L’authenticité des personnages dans les difficultés qu’ils rencontrent, l’amour plus grand que nature qui les habite, leurs inévitables remises en question ainsi que les rencontres déterminantes qui marquent leur route nous font espérer le meilleur et nous tiennent en haleine du début à la fin.
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Les libraires craquent
Mais l’automne est arrivé
Le vent léger
La caresse d’un vent léger : c’est l’effet que m’a fait la lecture du nouveau roman de Jean-François Beauchemin. À travers les courts chapitres qui ne font pas plus d’une page à une page et demie, on sent une brise apaisante. Lorsque l’auteur décrit les personnages qui sont ses cinq frères, sa sœur, sa mère mourante et son père aimant, on est porté comme par la brise. La longue maladie de la mère aurait pu dévaster cette famille comme le fait un ouragan, toutefois ça reste un vent léger porté par une écriture tout en images. Dans ce livre parsemé d’éphémérides culturelles, c’est comme si le zéphyr était passé par le Québec des années 1960. Jean-François Beauchemin manie le divin du quotidien avec brio. Laissez-vous emporter par ce récit personnel et touchant!
Robbie reste
Harold, hanté par les souvenirs, fouille frénétiquement l’historique du téléphone de Robbie, cherchant désespérément des traces de son ancien meilleur ami disparu tragiquement dans un accident de moto. Lui-même aux prises avec une vie ne correspondant plus vraiment aux idéaux qui jadis furent les siens, il s’égare tristement dans les vapeurs de l’alcool et de la drogue. Ce deuil inopiné finit par devenir une obsession, un tourment qui le consume et dans lequel il trouve un écho à sa propre douleur, accompagné pour ce faire d’un cortège d’artistes tourmentés, de Cohen à Charlebois en passant par Saint-Denys-Garneau et autres désespérés. Ce douloureux chemin de croix pour survivre aux déchirures est le fil rouge de l’histoire, un récit captivant sur l’amitié, la perte et la quête de sens au cœur de l’obscurité.
Muette
Dans ce premier livre, Pascale Beauregard nous transporte dans un récit émouvant à travers le quotidien d’une jeune fille, Catherine, dont les parents sont sourds et muets. Étant née pour sa part avec la parole et l’ouïe, elle doit porter seule le rôle d’interprète entre le monde et sa famille. Nous avons alors accès à l’univers coloré du langage des signes et des nombreux défis occasionnés par le handicap. Dans cette œuvre basée sur des éléments de sa propre vie, l’autrice nous sensibilise à sa réalité en nous plongeant dans l’enfance mouvementée de la protagoniste et dans le parcours de ses parents. J’ai été très touchée par l’histoire et ce fut, pour moi, une lecture à la fois comique, instructive et bouleversante grâce à la plume poétique de l’écrivaine.
De grandes personnes
Benoît rêvait d’être le mari de Sophie Sourire, championne olympique de natation. Sophie rêvait d’avoir deux enfants. Benoît n’en voulait aucun. Quelques années plus tard, Tom est venu au monde avec toutes ses différences. Sophie n’en a pas réclamé un deuxième. Qu’arrive-t-il à une championne olympique lorsque son corps refuse de suivre sa tête? Le portrait d’une famille anormale qui doit affronter un drame d’une grande ampleur. Le rôle de chacun va changer à la suite de cet événement. Le maillon familial sera-t-il assez solide? Une écriture intelligente qui complimente le récit et qui fait réfléchir. Comment savoir où vont aboutir nos projets d’avenir?
Peau-de-Sang
Ce roman se déroule dans un Québec rural d’un siècle passé, rappelant un conte du terroir empreint de réalisme magique. Du récit émanent à la fois sensualité et rudesse, un ballet qui nous fait virevolter de la couche de Peau-de-Sang, la plumeuse du village, jusqu’aux séjours en forêt pour la taille des érables, de la plumerie jusque dans les cœurs et mains abîmés. Bien que cette histoire se déroule dans le passé, on y trouve des sujets encore bien d’actualité : l’apprentissage de la sexualité, l’expression du désir, mais aussi la condition de la femme, surtout celle qui transgresse les mœurs établies. Celle de qui l’on prend, mais sur laquelle on souhaite jeter la honte et le mépris. Ce roman célèbre la féminité et la liberté, la transmission du savoir, il éclaire les choses qui changent, mais surtout qui restent pareilles. Il vous rendra reconnaissant de votre vie au XXIe siècle, mais il vous donnera aussi envie d’enfiler une jupe et un corset, et de vous mettre à l’ouvrage en écoutant le chant des oies.
L’éveil des érables
Séparés depuis un an et demi, Émilie et Jake sont brisés, incomplets, et surtout incapables de mettre leur relation derrière eux. Jusqu’à ce qu’ils se croisent à la sortie d’un bar, un soir difficile. Une proposition un peu farfelue leur permet de passer un moment ensemble, malgré les réticences que cela provoque autour d’eux. Au fil des soupers dans leur chalet en location dans le Maine et des discussions dans le noir, ils choisiront de panser leurs blessures, ensemble. Dans ce sixième roman, Marie-Christine Chartier offre une histoire qui comble assurément les attentes de ses lecteurs, ceux qui croient aux histoires d’amour compliquées, mais qui en valent la peine, et ceux qui ont besoin d’un peu de lumière.
Les lits empruntés
Que de lits Lily a-t-elle empruntés lors de sa peine d’amour! Comme troisième titre, la Maskoutaine d’origine Lily Pinsonneault livre de façon très intime la douleur de sa rupture avec un garçon qu’elle aimait, et qui l’aimait aussi, mais qui ne partageait pas la même vision de leur avenir. Un chagrin d’amour ne se guérit pas totalement avec l’appui, le réconfort et les bons mots de son entourage. Pendant presque deux ans, elle erre entre Montréal et le Bas-du-Fleuve, se crée un réseau d’ami.es apaisant et fait des rencontres éphémères. Avec le temps, la douleur intense s’effiloche doucement. L’utilisation du langage oral, d’anglicismes et de tournures de phrases syntaxiquement houleuses rapproche le lecteur de Lily. Un touchant témoignage de cette génération.
Autoportrait d’une autre
Du Québec jusqu’à Paris et Mexico, Denise Brosseau a fréquenté les plus grands cercles culturels et inspiré de nombreux artistes. Femme d’Alejandro Jodorowsky puis de Fernando García Ponce, grande amie d’Alan Glass et correspondante de Gaston Miron, qui était Denise derrière le nom des hommes ayant croisé son chemin? C’est ce que tente de découvrir la nièce de cette femme au destin tragique. Elle en dresse un portrait fragmentaire, à l’image du récit de cette tante, tissé d’absences. Mais ces vides laissent à l’autrice l’espace nécessaire pour ouvrir un dialogue sur l’art, la dépression, la mémoire. Élise Turcotte signe ici un roman d’une grande intelligence qui montre qu’à travers l’histoire de l’autre, c’est toujours soi que l’on cherche.
D’enfers et d’enfants
Ce roman se veut une plongée en apnée en plein cœur des confins de l’âme humaine. Là où détresse, noirceur et enfance se côtoient dans cinq tableaux troublants mettant de l’avant des personnages qui combattent leurs dilemmes moraux. La question qui plane tout au long de la lecture est : pourquoi enfers et enfants partagent-ils si souvent une proximité malsaine? On se retrouve donc aux côtés d’un couple s’entredéchirant sur l’identité de genre de leur enfant, d’un homme racontant ses crimes les plus tordus sur la tombe de sa mère, d’un enfant maltraité devenant le petit chien qu’il a toujours voulu. Le talent de Larry Tremblay de mélanger la poésie des mots aux recoins les plus sombres de l’esprit est mis de l’avant dans ce livre qui deviendra un incontournable en librairie.
Ismène
De l’Antigone du dramaturge français Jean Anouilh à celle de la cinéaste québécoise Sophie Deraspe, on ne compte plus les réécritures de la célèbre pièce de Sophocle. Si ces dernières se sont surtout intéressées à sa flamboyante héroïne et à la résistance sans compromis qu’elle oppose à son oncle Créon, la dernière pièce de Carole Fréchette donne la parole à un personnage relégué trop souvent au second plan : sa sœur Ismène. Car celle qui est présentée comme lâche et peureuse pourrait au contraire nous montrer la voie à suivre dans nos sociétés marquées par la montée des extrêmes. Cet habile monologue présente une Ismène mue par un amour aussi fort qu’Antigone, mais aiguillée par la déesse de la paix Eirené. Celle-ci mettra tout son cœur à tempérer les ardeurs de l’une et de l’autre pour mettre fin à ce qui conduit sa famille à sa perte depuis des millénaires : l’excès. En espérant que la pièce soit bientôt montée au Québec!
Cariacou : Manuel de chasse à l’usage des poètes
Il y a beaucoup de formes différentes dans le livre d’Olivier Lussier. Si la partie « guide » est particulièrement visible dans la section « Manuel pour chasser le cerf de Virginie », une pléthore d’autres textes particulièrement bien titrés se présente à nous. Poèmes, confidences et réminiscences offrent tour à tour des moments d’une grande vulnérabilité. Je ne sais pas si Cariacou saura convaincre un ou une néophyte de la chasse d’obtenir son permis de code F (ou A pour arc/arbalète) pour ensuite aller se geler dans le bois, mais ce sont de belles perles de timidité dévoilées. Personnellement, je sais quel livre je vais mettre dans le canot, quand j’irai installer mes salines. Après tout, plusieurs grands auteurs américains ont commencé leur carrière en publiant dans des revues de chasse et pêche. Olivier Lussier a seulement décidé de passer directement au gros gibier : le livre.
Fille méchante
Ce livre nous change de la poésie à laquelle nous sommes habitués. Il aborde autant le travail du sexe, la consommation, les relations difficiles et fragiles que la solitude. Juliette Langevin apporte les sujets avec autodérision et nous plonge dans l’émotion avec chaque texte écrit. J’ai adoré ce recueil qui apporte vraiment un vent nouveau et d’évolution. Fille méchante sort du moule conventionnel et parle de sujets encore tabous dans notre société. Cette œuvre est magnifique, bien représentée, audacieuse, vulnérable, et j’aime l’aspect dérangeant qu’elle peut représenter pour certains. Ce livre démontre que la poésie n’a pas besoin d’être toujours douce, belle, polie et gracieuse; il est surprenant, magnifiquement bien apporté, trash mais beau à la fois.
Puberté
La poésie d’Annie Lafleur a ceci de particulier qu’elle est à la fois très frontale, très rythmée, voire musicale, mais néanmoins réfléchie et, à défaut d’être apaisante, violemment sereine, quoique toujours au seuil du point d’ébullition. Ce nouveau recueil ne fait pas exception à la règle, abordant l’ingratitude, la naïveté et les désillusions propres à cet âge que tout un chacun traverse de façon plus ou moins heureuse. Une poésie aussi franche que libérée, voire libératrice, donc; on aurait tort de s’en priver.
Nos cœurs disparus
États-Unis, dans un futur proche. Bird, 12 ans, ignore encore pourquoi sa mère, d’origine chinoise, les a laissés, son père et lui, trois ans plus tôt. Il sait que tout propos antiaméricain est interdit, ce qui a forcé les bibliothèques à jeter tout livre séditieux, y compris les poèmes de sa mère. Il connaît des enfants enlevés à leur famille jugée peu patriotique et il réalise que la population d’origine asiatique est victime de discrimination… Mais son plus grand souci, c’est sa mère! Aussi, lorsque lui parvient un dessin qui vient nécessairement d’elle, il va tenter de la retrouver pour comprendre… La force de cette dystopie, c’est qu’elle est si proche de la réalité actuelle que tout semble dangereusement probable. Captivant et tellement touchant!
Ces choses qu’on laisse
Vous tomberez sous le charme de cette lecture qui crée une dépendance et qui nous fait passer par l’amour, l’érotisme et le suspense. Ce dernier tome de la trilogie répondra à toutes vos questions concernant l’histoire mystérieuse de Sloane et de Lucian, que nous avons connus en surface dans les deux premiers livres. Dans celui-ci, on fait un retour dans le passé afin de comprendre d’où vient la relation d’attraction-haine qu’ils entretiennent. La découverte de certains secrets rendra leur indifférence difficile. Un incident tragique fera prendre conscience à Lucian que la haine a assez duré; il ouvrira son cœur à Sloane pour enfin être heureux. Se laissera-t-elle enfin attendrir? Une trilogie incontournable pour les amateurs de romance.
Celle qui parle aux corbeaux
Kerri Salter est tout juste de retour dans son village natal à cause d’un vol qui a mal tourné en ville. Fière, indépendante, elle ne craint ni son frère aigri par l’alcool ni encore moins les Blancs qui tentent de l’intimider. Le bush australien n’a rien d’une sinécure; ici, la vie est rude, crue. Lorsque ses terres ancestrales sont menacées par les projets du maire, la famille Salter, certes dysfonctionnelle, se serre les coudes et revendique ses droits haut et fort. Avec sa plume caustique et un brin grinçante, l’autrice, elle-même bundjalung, nous convie dans un récit rafraîchissant et coloré, teinté d’humour comme de gravité, qui nous rappelle que les premiers peuples subissent partout, toujours et encore, les aléas du colonialisme.
Demain, et demain, et demain
Comme je suis peu férue de jeux vidéo, ce nouveau livre de Gabrielle Zevin aurait bien pu ne pas trouver son public avec moi. Cependant, l’autrice, qui sait si bien bâtir des personnages complexes et pleins de nuances, est parvenue à capter mon attention. Ici, deux jeunes adultes qui se sont connus enfants se retrouvent et créent un jeu vidéo qui, à l’époque où il est mis en vente, révolutionne le genre. Un autre jeune homme, devenu leur ami, les finance et les soutient. À eux trois, ils créeront une entreprise florissante. Mais quand les trajectoires de chacun se délitent au fil des non-dits, l’amitié vacille. Est-ce que la richesse et la célébrité acquises si tôt auront raison d’eux? Un texte étonnant, qui plonge le lecteur dans un univers rarement exploité.
La cité de la victoire
Ce premier roman publié par Rushdie depuis l’attentat dont il a été victime est un texte peu ordinaire. Dans une plongée vertigineuse dans l’Inde médiévale, et en s’inspirant de l’histoire du royaume de Vijayanagara, Rushdie imagine un empire aussi puissant qu’oublié, né des rêves et de la magie d’une prophétesse presque immortelle. D’un désert rocailleux va surgir une cité merveilleuse, la Cité de la victoire, et ses armées vont jaillir dans toutes les directions. Conte épique et ambitieux, récit des grandeurs et des passions humaines, le texte est ébouriffant, ironique, cruel parfois. Un grand roman semi-historique!
Stella Maris
Roman grandiose complémentaire au magnifique Le passager, aussi de Cormac McCarthy. Il met en valeur Alicia, une prodigieuse mathématicienne désirant terminer ses jours, parce qu’elle ne voit plus où se poser, dans cet hôpital psychiatrique portant le nom du titre du livre : Stella Maris. Composé de ses entretiens avec le docteur Cohen, le médecin responsable de l’évaluer, le texte révèle de formidables théories sur les mathématiques, la physique quantique, la musique et la philosophie en général. Où se situe le génie, la folie, quelles en sont les limites? Tout au long de la lecture, nous sommes carrément happés par la puissance évocatrice des réflexions des personnages. Ce livre est le dernier de l’auteur qui s’est éteint le 13 juin 2023 à l’âge vénérable de 89 ans.
Le baron Wenckheim est de retour
Il y a de nombreuses raisons qui font que le maître hongrois est régulièrement pressenti pour le Nobel de littérature et elles vous seront toutes exposées dans ce grandiose roman. Dans la lignée de La mélancolie de la résistance, ce nouveau livre dépeint l’absurdité de l’existence. En déroulant ses phrases amples et rondes comme des vagues, Krasznahorkai met en scène un spécialiste déchu des mousses qui fait chaque jour ses exercices d’immunisation à la pensée, une bande de motards qui camouflent leur néonazisme sous le paravent commode du « nationalisme » et un baron désargenté en quête d’un amour de jeunesse pour redonner un peu de sens rétrospectif à sa vie. On rit beaucoup dans ce livre, mais ce n’est pas parce que c’est drôle.
Le dernier revival d’Opal & Nev
Découvrez l’histoire de ce duo de rock qui vécut une gloire aussi improbable qu’éphémère dans les années 1970 : le musicien blanc Nev Charles et la chanteuse noire Opal Jewel. Sous la plume de Sunny, première rédactrice en cheffe noire d’un magazine musical américain, l’autrice nous livre les interviews des musiciens et de leur entourage, revenant particulièrement sur l’événement qui a lancé leur carrière : leur premier concert où le batteur Jimmy Curtis a trouvé la mort, victime d’un acte raciste. Bardé de références punk rock et infusé de féminisme, Le dernier revival d’Opal & Nev est une incursion dans l’industrie musicale américaine d’hier et d’aujourd’hui, et qui expose habilement ses aspects les plus glamours comme ceux les plus sombres.
Lonely Betty
C’est d’abord la couverture, telle une œuvre sur carte à gratter, qui nous attire. En feuilletant le livre, les illustrations en noir et blanc de Thomas Ott nous placent immédiatement dans une atmosphère particulière, qui servira à merveille le récit. On s’apprête à célébrer le 100e anniversaire de Betty, une enseignante retraitée, qui a cessé de parler il y a cinquante-quatre ans lors de la disparition de trois de ses élèves. Soudainement, elle retrouve la parole et réclame l’ancien flic et ami du village. Incardona nous entraîne dans un court texte savoureux, rempli de stéréotypes du genre, plein d’humour noir et qui, ô surprise!, rendra hommage à un grand auteur américain bien connu!
Billie à la folie
Ma plus belle découverte en lisant ce roman a été de rencontrer la plume merveilleuse de l’autrice. Elle possède une maîtrise des mots qui fait que tout coule bien et qui donne envie de relire des passages, juste pour mieux les savourer. Dans ce livre, on découvre l’histoire de Billie. On la voit traverser les âges avec une lucidité et une détermination dont seuls les gens qui n’ont pas la vie facile sont munis. On ne peut passer sous silence Maxime. Maxime, qui vient et qui part puisque Billie ne peut se résoudre à le laisser entrer complètement dans sa vie à cause de leurs différences ni à le laisser partir d’ailleurs. Maxime qui reste là comme promis. Une belle histoire, parfois déchirante, souvent douce, mais surtout pleine d’espoir et d’amour.
Celles qu’on tue
J’ai d’abord connu Patricia Melo avec ses polars. Puis, avec son précédent livre (Gog Magog, Actes Sud), elle sortait un peu de ce qu’elle avait l’habitude de faire en nous livrant une comédie noire avec laquelle elle critique le système judiciaire brésilien. Ici, elle va encore plus loin en nous donnant un roman coup-de-poing dont on ne sort pas indemne. L’État de l’Acre est la région brésilienne où il y a le plus de féminicides : d’un père, d’un frère ou d’un mari. Les circonstances du meurtre changent de visage, ça ne s’arrête pas et c’est révoltant. Le constat de l’autrice comme de son personnage est qu’il est pressant d’en parler. On ressent l’urgence dans son écriture, et c’est ce qui en fait un si grand roman : il est à la fois nécessaire et inoubliable.
L’enragé
Sorj Chalandon, un pilier de la littérature française, sait nous transporter. Basé sur une histoire vraie, L’enragé est un roman intense nous faisant vivre des montagnes russes d’émotions. Dans la peau du personnage principal, Jules Bonneau, nous apprenons à haïr les gardiens d’un pénitencier de jeunes et à percevoir la souffrance et l’injustice que vivent les internés. Avec une plume très expressive et crue, Chalandon nous en fait voir de toutes les couleurs. Une lecture que j’ai adorée et que, j’espère, vous saurez apprécier autant.
Humus
Ce livre est une bombe de la rentrée littéraire 2023! On y suit deux amis qui se rencontrent à l’université dans un cours sur les vers de terre, puis, au fil des années qui viennent ensuite. On y côtoie deux visions de l’agronomie contemporaine : l’industriel qui se promène entre les soirées bourgeoises et Silicon Valley et l’agriculteur bio, idéaliste et lecteur de Thoreau. Le ton est donné dès le départ : on s’esclaffe devant l’humour déjanté et intelligent de Gaspard Kœnig. Il tire de tous les côtés et nous donne à la fois une critique du système en place et un hommage aux vers de terre. Curieusement, on se surprend à les aimer et à se reconnaître en eux. C’est un plaisir de lecture assuré, qui nous amène à revoir ce qui est, peut-être finalement, à la base de la vie elle-même : l’engrais, évidemment!
Tainna
Bunny, Annie, Kunak, Sila, Ittura et Rita, à travers eux, on vit les extases, les manigances, les découvertes, les pertes, mais, surtout, une résistance émouvante qui ne saurait vous laisser indifférent. Tous les personnages de ce recueil de nouvelles sont dépeints de manière à nous montrer leur humanité profonde. Le personnage d’Annie Muktuk fait un retour fulgurant après son apparition dans un recueil éponyme. Norma Dunning fait preuve d’une grande créativité dans chacune de ses histoires et mérite que l’on s’y attarde. Les différents narrateurs et différentes narratrices nous empêchent de déposer le livre tant les situations nous captivent. Le passé, le présent et le futur dansent ensemble pour exposer la beauté et la complexité des réalités inuit.
Triste tigre
Pour Neige, il s’agissait de son beau-père. Un homme aimé de tous et toutes dans le village des Alpes où elle a grandi, et à qui l’on a vite pardonné ses gestes, parce qu’il était « généreux » et « sauvait de vies ». Neige, elle, n’était plus la bienvenue au village. Elle avait jeté l’opprobre en dénonçant l’homme qui l’avait agressée sexuellement des années durant alors qu’elle n’était qu’une enfant. Désormais mère elle-même, elle décide de prendre la plume et de s’exprimer sur le viol et l’inceste. Elle se pose la question : peut-on (doit-on?) faire de la littérature avec ce sujet? Triste tigre est un récit autobiographique dépouillé des artifices de la littérature, dont l’écriture sobre et franche frappe bien plus qu’un texte de fiction.
La chair est triste hélas
Premier titre de la collection « Fauteuse de trouble » dirigée par Vanessa Springora, ce livre est une claque à la bienséance hétéronormée et explose les tabous sexuels persistants. La scénariste et journaliste féministe Ovidie raconte dans ce dernier opus sa grève du sexe et la simulation qui l’accompagne. Elle veut en découdre avec les clichés hétérosexuels et dénonce une sexualité phallocentrée qui cantonne trop souvent la valeur de la femme à son potentiel de séduction. Dans cette sorte de pamphlet contre toutes les formes de sexisme intégrées dans nos sociétés, l’autrice sert de mégaphone pour resserrer les rangs. La chair est triste hélas n’est pas un pastiche de Mallarmé, mais on aurait très bien pu continuer son titre avec le vers du poète : « Fuir! là-bas fuir! » oui! vers le pays de l’égalité des désirs.
Bandes originales & cinéma de genre : De Psychose à Blade Runner
Si vous êtes toujours un peu gênés par le fait que votre palmarès Spotify de l’année soit dominé par des trames sonores de films (j’en suis), les éditions Le mot et le reste éditent le livre idéal pour décomplexer vos préférences musicales avec Bandes originales & cinéma de genre. Dans cet ouvrage agrémenté d’un court essai sur l’histoire de la musique au cinéma, plus particulièrement la façon avec laquelle le cinéma de genre a décloisonné les relations entre la musique et l’image, l’auteur Ludovic Villard décortique pour notre plus grand plaisir 100 trames sonores cultes, de Psychose à Blade Runner. En omettant quelques évidences telles que Star Wars, l’auteur se permet une sélection un peu plus champ gauche qui ravira n’importe quel cinéphile digne de ce nom.
Althusser assassin : La banalité du mâle
Née en 2020, la collection « micro r-m » regroupe de courts textes destinés à enrichir la réflexion politique et philosophique autour d’enjeux féministes. Dans ce nouvel ajout à la collection, Dupuis-Déri se penche sur une affaire vieille de quarante ans, mais qui trouve tristement écho dans l’actualité : le féminicide. Plus précisément, on retourne au 16 novembre 1980, date à laquelle le philosophe marxiste Louis Althusser étrangle son épouse, Hélène Legotien, qui avait décidé de le quitter. Dans une langue franche et un esprit d’analyse aiguisé, l’auteur décortique cet événement et le discours répandu ensuite dans l’espace public. Avec précision et sensibilité, il s’attaque de front à la violence masculine et à l’impunité dont jouit un assassin ayant un fort capital social. Rares sont les fois où un si court texte aura eu une si grande résonance.
Ce que la vie doit au rire
Avec son humour bien à lui, Boucar Diouf nous diagnostique une « propension à la morosité », nous prescrit le rire pour une bonne santé mentale et physique puis nous en sert le traitement. La première partie est donc consacrée à la vulgarisation scientifique des bienfaits du rire sur l’humain ainsi que du sourire chez d’autres espèces animales. L’homme ne serait pas le seul rigolo à ce qu’il paraît! La dernière partie, quant à elle, regorge d’anecdotes, de jeux de mots et de blagues à la Boucar. Si l’éclat de rire n’est pas toujours au rendez-vous, le sourire, lui, persiste du début à la fin et nous remplit de bien-être. Il suffit de se laisser aller à se « dilater le diaphragme ».
Les anarchistes espagnols : Les années héroïques (1868-1936)
La révolution industrielle a profondément bouleversé les sociétés occidentales. Dans cet essai, paru en anglais en 1976, Murray Bookchin explique comment les classes ouvrières et paysannes espagnoles, principalement les anarchistes catalans, s’organisèrent pour faire face aux classes dirigeantes. Contrairement à ce que laissent à penser nos conceptions de l’anarchie, Bookchin montre avec brio que les anarchistes espagnols étaient organisés, qu’ils avaient des réalisations et des propositions alternatives concrètes ayant comme objectif le remplacement total du gouvernement. Pour eux, il était tout à fait possible et nécessaire pour les citoyens d’acquérir un contrôle entier, direct et collectif sur leur vie quotidienne. Un ouvrage passionnant qui évoque une société en pleine ébullition au seuil d’une tragique guerre civile.
Pourvu qu’il soit dur : Chroniques sur ma masculinité
Vous en voulez, de la masculinité? Celle qu’on vous servira dans ce livre n’est pas celle à laquelle vous vous attendez, car Pourvu qu’il soit dur vous offre une masculinité non conventionnelle et dont on n’ose pas parler : celle qui est douce. Dans ce livre, le pénis est comparé à une arme, car dans plusieurs contextes il peut bel et bien blesser s’il est mal utilisé. Tout comme la masculinité! L’ouvrage démontre qu’il ne faut pas se limiter à ce que la masculinité se manifeste sous la forme de « Je suis un homme, je dois être fort », mais qu’il faut s’ouvrir à la possibilité de la vulnérabilité et de la délicatesse chez l’homme. Délivrez-vous des stéréotypes de la masculinité toxique, une page à la fois.
Au Québec, c’est comme ça qu’on vit
L’analphabétisme politique d’une bonne partie de la population québécoise se double souvent d’une propension à l’oubli, voire au déni de sa propre évolution historique qui ne nous empêche pourtant pas de cultiver une certaine nostalgie de la Révolution tranquille. Il semblerait que, collectivement et malgré tout ce qui tendrait à démontrer qu’il n’en est rien, nous continuons de croire que le progressisme de cette époque fondatrice a durablement teinté l’essence même de la société québécoise et peinons à réaliser que la belle province a bien changé depuis, et pas nécessairement pour le mieux. Situant le point de départ des dérapages idéologiques du Québec moderne dans les soubresauts du deuxième échec référendaire, Francine Pelletier ressasse et retrace de façon aussi pertinente que détaillée l’inquiétant changement de paradigme s’étant subrepticement opéré, aussi bien à l’Assemblée nationale et dans les médias que dans les chaumières. Un essai qui dresse avec justesse et sans complaisance le portrait pas toujours rose du Québec contemporain.
150 voyages romantiques autour du monde
Que vous soyez d’un naturel fleur bleue ou bien féru.e d’aventures, ce nouveau titre des éditions Ulysse inspirera vos prochaines idylles amoureuses! Surprenez votre bien-aimé.e avec une escapade historique au cœur des jardins secrets de Versailles ou bien gravissez ensemble le Machu Picchu. Les séjours se classent parmi six thèmes : du voyage au fil de l’eau à l’escapade galante, il y en a pour tous les goûts. Pour chacun d’entre eux, on découvre les lieux, mais aussi des idées de logements et le moment idéal pour partir. La diversité des voyages est pour moi le coup de cœur de cet ouvrage, sans oublier le détail romantique ultime : une idée par destination de l’instant magique qui saura faire chavirer le cœur de votre partenaire.
Voyage au bout de la mine : Le scandale de la Fonderie Horne
On pensait connaître les grandes lignes concernant la Fonderie Horne : pollution de l’environnement, taux d’arsenic élevés et magouilles politiques. Cependant, Pierre Céré, dans son enquête sur la réalité de Rouyn-Noranda, nous emmène à comprendre l’envergure tentaculaire du principal responsable : Glencore. L’auteur expose l’étendue des dégâts causés par l’avarice ravageuse des compagnies minières. Le portrait complet et inquiétant de la situation nous pousse à nous interroger sur la Suisse, les magouilles politiques et même les fonds de lac : l’ampleur de la situation est choquante. L’essai semble toutefois un appel à la population, il faut continuer à parler contre ces nombreuses injustices qui nuisent depuis longtemps à notre avenir.
Guide de survie pour monoparental
Si on ne devait s’acheter qu’un seul livre de recettes en ce moment, je pense que ce serait celui-là. Il peut convenir autant à une personne monoparentale, qu’à une famille nombreuse ou à un jeune qui part en appart… bref, à quiconque doit se nourrir. Les recettes sont simples, sans être plates, et permettent d’organiser une semaine de manière à varier les repas et d’en avoir pour tous les goûts. D’ailleurs, les goûts, parlons-en. La majorité des recettes ont été approuvées par une petite bande d’enfants plutôt difficiles. Ce n’est pas rien, ça, dans une vie de famille! Un des éléments vraiment le fun du livre est l’index du début qui permet d’identifier des recettes en fonction de ce qu’il reste au frigo.
Les engagements ordinaires : Lutter de mères en filles
Ah que j’aime les essais de Mélikah! Elle écrit juste comme il faut pour m’instruire, mais aussi pour me raconter une histoire. J’avais été ravi par Baldwin, Styron et moi que j’avais lu d’un seul trait. De plus, dans ces deux ouvrages, il est fait mention de mon petit coin de pays, le Saguenay, et spécifiquement de La Baie, où j’ai grandi. Les engagements ordinaires raconte comment trois générations de femmes, sa grand-mère, sa mère et elle-même, se sont retrouvées dans une position où elles ont été poussées à s’engager afin d’aider leur communauté, chacune à sa manière. Ce livre est, oui, un hommage à ces femmes qui ont façonné la Mélikah d’aujourd’hui, mais aussi une réflexion sur l’engagement, son utilité et les difficultés qui s’y rattachent. Un grand petit livre…
Les saumons de la Mitis
J’avais moi aussi bien aimé J’aime Hydro de Christine Beaulieu, mais je dois avouer que ce que j’avais le plus hâte de découvrir avec Les saumons de la Mitis, c’était l’œuvre de Caroline Lavergne que j’avais découverte avec Le film de Sarah. Une fois de plus, j’ai retrouvé le confort de ses illustrations et j’ai savouré le magnifique texte sur les saumons de la rivière Mitis. La façon dont le tout est construit ne peut que nous rendre empathiques avec la réalité de ce poisson qui habite notre beau pays. L’heureux mélange entre les images avec les saumons et celui avec le public qui participe à la pièce de théâtre (dont est tiré ce livre) ne fait qu’augmenter la puissance de la narration et de la sensibilisation recherchée. Essayez-le, vous ne verrez plus jamais ce roi des rivières de la même façon!
Le scénariste
À 70 ans, Hubert Quentin en a assez de la vie. La mort de sa femme l’a presque anéanti et il vient de se faire arnaquer par un fraudeur à cravate disparu depuis. Presque ruiné, il a mis en vente son domaine. Lui qui a fait fortune avec ses scénarios de séries policières, il a bien sûr imaginé des moyens de se venger, mais de là à passer à l’acte… Un matin arrive une acheteuse potentielle. Hubert est subjugué, elle lui rappelle tellement son épouse décédée! C’était l’étincelle qu’il lui fallait pour que germe une idée de scénario dont elle et lui seraient les personnages principaux. Mais voilà qu’un enquêteur de la SQ accuse Hubert d’avoir tué l’escroc, ce qui risque de changer les péripéties prévues au canevas… Rebondissements à prévoir!
Quand la tigresse descendit de la montagne
Nghi Vo semble prendre un malin plaisir à mélanger la matière des contes traditionnels asiatiques avec une fantasy fluidifiant les genres. Accompagnant en cela Becky Chambers, aussi à l’aise qu’elle dans la forme très courte, elle nous offre chaque fois de petits joyaux étincelant d’intelligence et d’espièglerie. Dans ce deuxième volet des Archives des Collines-Chantantes, on suit les efforts de l’adelphe Chih qui, prisonnière de « trois tristes tigres[ses] », tâche de raconter une histoire de la bonne façon, en ménageant les sensibilités potentiellement mortelles de son public aux crocs acérés. Clin d’œil certes aux Mille et une nuits, mais aussi jeu méta sur la façon dont les histoires fluctuent au gré des caprices des vainqueurs.
La société très secrète des sorcières extraordinaires
Mika Moon a passé sa vie à suivre (plus ou moins) les règles des sorcières : faire profil bas (elle fait juste semblant d’être une sorcière dans ses vidéos) et éviter tout contact avec d’autres sorcières (sauf bien sûr lors de la réunion trimestrielle). Sa vie prend un tournant inattendu lorsqu’on l’engage pour être la tutrice de trois jeunes sorcières. Malgré le fait que cela brise toutes les règles, Mika se lance dans cette aventure et trouve à la Maison de nulle part plus que ce qu’elle s’y attendait. Ce roman feel-good allie famille, magie et romance avec ses personnages tout aussi attachants qu’imparfaits. Grâce à sa plume décontractée et pleine d’humour, l’auteure crée un monde chaleureux où il fait bon de prendre son temps.
La machine à aimer
Imaginez un monde où l’intelligence artificielle est devenue si avancée que les humains, effrayés, décident de supprimer tout robot jugé « trop » intelligent. Nobod, qui réchappe de justesse à ce cybergénocide, tente de survivre dans un monde qui souhaite sa disparition définitive. Mais comment faire quand vous êtes programmé pour aimer ceux qui cherchent votre mort et pour leur pardonner leurs actes les plus odieux à votre encontre? Ce roman, qui mélange brillamment utopie et dystopie, est élaboré tout en finesse. À travers une intrigue à la construction atypique, on traite de thèmes presque éculés (la technologie, l’amour), mais d’une manière aussi originale que captivante. Une lecture troublante où la réflexion se marie à l’émotion.
Perspective(s)
Qu’il est passionnant et original, ce roman épistolaire, tant par son contenu que par sa forme (176 lettres rédigées par une vingtaine de protagonistes, dont la reine de France)! On est à Florence en 1557. Le peintre Pontormo vient d’être tué alors qu’il peignait des fresques dans une église. Dans son atelier, on trouve par la suite la reproduction d’un tableau de Michel-Ange, montrant Vénus dans une pose lascive et dont le visage est celui de Maria, fille aînée de Cosimo de Médicis, duc de Toscane. Pour éviter le scandale, il faut à tout prix que cette toile disparaisse… Intrigues de cour, complots politiques, mariage arrangé à préserver, conflit avec le nouveau pape et, bien sûr, enquête sur la mort du peintre. Que voilà un programme captivant!
Le pacte de minuit
Dans cette société inspirée de la Régence anglaise, la magie existe et peut se pratiquer au grand jour… du moins, pour les hommes. Les femmes, elles, ont l’interdiction d’y toucher tant qu’elles sont en âge d’être enceintes, par crainte des conséquences désastreuses sur leurs éventuels enfants à naître. C’est dans ce contexte que la jeune Beatrice Clayborn tente d’échapper à un potentiel mariage arrangé, afin de pouvoir pratiquer sa magie librement. Tout se complique, évidemment, lorsqu’elle rencontre l’amour. Un roman young adult aussi charmant qu’efficace et au féminisme revendiqué. La question centrale demeure : est-ce possible de vivre une histoire d’amour saine dans une société au fonctionnement injuste pour les femmes?
De sang et d’acier : Une nouvelle enquête du commissaire Oppenheimer
Fervents de polars historiques au ton crépusculaire, soyez assurés que cette sixième enquête de l’inspecteur Oppenheimer comblera vos attentes. Le policier berlinois, en cet été 1948, est confronté à de multiples soucis : il doit, entre autres, mettre un terme aux méfaits d’un tueur s’amusant, parmi d’autres surprises déroutantes, à disperser au milieu des décombres des corps mutilés. Autre tracas, et pas le moindre, en ce début de guerre froide, l’administration soviétique entame le blocus occidental de la ville, coupant son ravitaillement. Et, avec ce rideau de fer s’abattant avec fracas, toute coopération avec la police de l’autre camp devient interdite. Le consciencieux Oppenheimer va-t-il désobéir? Le romancier allemand Harald Gilbers, attentif, comme toujours, à nous faire partager les préoccupations quotidiennes de ses personnages, nous offre un portrait sensible et nuancé d’une époque où, au milieu des ruines, des brins d’humanité parviennent à fleurir.
Le cinéma de l’horreur
Thomas apprend que son grand-père était projectionniste dans une petite salle de cinéma aménagée dans le sous-sol de l’église Saint-Joseph. Dès lors, sa curiosité le pousse à vouloir en découvrir davantage. En plus d’avoir un faible pour les films d’horreur de l’époque, Thomas découvre que son aïeul semblait nourrir un intérêt inexpliqué pour les sciences occultes et les phénomènes inexpliqués… En pleine nuit, accompagné de ses amis, le jeune garçon décide d’aller explorer les lieux où se tenaient les fameuses projections. Sans le savoir, il allait provoquer le début d’une histoire d’horreur plus vraie que nature! Avec le talent d’écrivain qu’on lui connaît, Denis Côté convie les jeunes lecteurs à un rendez-vous littéraire qui donne le frisson. L’ambiance glauque de certains lieux de même que les détails intrigants savamment parsemés suscitent l’adhésion au récit dès les premières pages. Dès 9 ans.
Les chroniques de l’érable et du cerisier (t. 3) : L’ombre du shogun
Hiinahime n’est pas morte. Mais que lui est-il arrivé pendant tout ce temps où Ichirô la pleurait et combattait le shogun? La jeune fille, qui avait toujours vécu recluse, quitte finalement sa demeure. Après avoir simulé sa mort, sa gouvernante l’expédie vers Kyoto. Hiinahime est condamnée à se sentir en danger à cause de ses origines. Elle tentera par tous les moyens de savoir qui elle est et de retrouver Ichirô. Lire ce livre du point de vue de la jeune fille était très différent des deux premiers tomes. Il n’en était cependant pas moins excellent. Découvrir ce qu’elle ressent, entourée autant de haine, m’a fait éprouver beaucoup de compassion à son égard. C’est un roman jeunesse, mais qui est assez bien détaillé pour des adultes. Dès 12 ans.
Mémoires de la forêt (t. 2) : Les carnets de Cornélius Renard
Quel bonheur de retrouver le charmant village forestier de Bellécorce et sa bande d’animaux sympathiques (dont le protagoniste, Archibald le renard libraire)! Avec sa série, qui rappelle Le vent dans les saules, Pierre Lapin et Le jardin secret, l’auteur nous plonge dans un univers chatoyant, doux et poétique, rempli de parfums sucrés et de lumière dorée. Malgré l’humour, l’intrigue, l’aventure et les clins d’œil qu’appréciera le lectorat adulte, Mémoires de la forêt requiert une certaine maturité. On y aborde l’amitié, l’amour, la rancune, l’abandon, la maladie, la mémoire, le deuil… Mais tout est raconté avec tant de tendresse, pour aider à grandir et à mieux comprendre. Un livre profondément touchant, ponctué d’illustrations feutrées. Dès 9 ans.
À l’eau, les pirates!
Peut-on être un pirate même si on a peur de l’eau? Voilà ce que demande un petit garçon à un groupe de redoutables pirates. Le capitaine, blessé dans son orgueil, s’empresse de répondre que c’est sa crainte de la mer qui fait de lui un si bon marin. Lorsque le petit insiste et le questionne à savoir s’il sait nager, ce dernier est bien gêné de répondre par la négative, tout comme le reste de l’équipage. C’est ainsi que tout ce beau monde se retrouve à la piscine municipale pour des leçons de natation. Comme quoi la bravoure réside dans le fait d’avouer ses plus grandes craintes et d’essayer de les vaincre. Un album rigolo qui dédramatise les peurs en plus de faire un clin d’œil à la masculinité toxique de façon adaptée pour les enfants. Dès 4 ans.
Je n’aurai plus jamais peur des migrations
Le petit dernier de la collection poésie jeunesse de la courte échelle est absolument magnifique! Sarah Bertrand-Savard, avec sa plume-collage bien à elle, explore le thème du déracinement à l’adolescence. À travers ses mots choisis judicieusement, elle nous fait réfléchir aux nouvelles amitiés qui se tissent, à celles qui s’étiolent et ne survivent pas à la distance, mais aussi à l’évolution personnelle que le déménagement peut amener. Avec beaucoup de sensibilité, l’autrice expose les jeunes aux chemins que nous pouvons prendre au fil des migrations de la vie et à la beauté des rencontres que nous faisons, qu’elles soient là pour rester ou non. Comme quoi le changement peut permettre d’évoluer comme un papillon qui migre vers plus beau. Dès 11 ans.
Draculotta
J’ai beaucoup ri en parcourant cet album. Les personnages sont amusants, à commencer par Draculotta (une jeune vampire gâtée pourrie) et Hérissonne (son amie créée à partir d’un dessin fait à la va-vite), sans oublier le père de Draculotta (qui préfère rester anonyme, mais qui ressemble étrangement à Ozzy Osbourne). Aussi, j’ai adoré le côté espiègle de l’histoire — oui, ça peut parfois être drôle d’arroser un pauvre loup! Les illustrations ajoutent une belle valeur à tout cela : elles ne représentent pas seulement le texte, elles l’augmentent. Un livre qui permet de réaliser que les amis ne sont pas toujours parfaits, ni à notre service. Et surtout qu’ils doivent jouer ensemble, pas les uns contre les autres. Dès 6 ans.
Le crâne
J’ai découvert Jon Klassen grâce aux magnifiques couvertures des deux tomes de Pax (de Sara Pennypacker). J’ai été ravi de constater qu’il avait notamment publié un gros album (ou un petit roman, je ne saurais dire!). Bien entendu, chacune des illustrations m’a charmé. Elles sont à la fois superbes et juste assez effrayantes. Leurs teintes de sépia et de gris bleu conviennent parfaitement à l’ambiance du texte. Librement inspirée d’un conte tyrolien, l’histoire est à la fois sombre, surprenante et amusante. La relation tendre et courtoise qui s’installe entre la jeune Ottila et le crâne est également digne de mention. À lire absolument si vous aimez les histoires de manoirs isolés, de squelettes et de jeunes filles courageuses! Dès 4 ans.
Le temps d’une promenade
Une belle lecture automnale qui nous rappelle joliment et en rimes l’importance de prendre son temps, et les conséquences du contraire. Les images sont sublimes, le choix des couleurs et des textures habille merveilleusement bien le texte si joyeux, bienveillant et vivant. Certaines prises de vue sont vraiment originales, tout comme les rimes choisies par l’autrice avec soin, sans qu’elles sonnent « arrangées » ou « forcées ». Un excellent vocabulaire sans tomber dans l’inaccessible, une ambiance lumineusement positive et agréable. Une lecture feel-good et un excellent prétexte pour s’arrêter un moment et savourer la vie! Dès 4 ans.
Les hommes ne pleurent pas
Après Étiquettes, l’auteur nous revient avec un autre trésor qui brise les stéréotypes et glorifie l’amour de soi. Dans ce nouvel opus, un jeune garçon s’interroge sur ce que signifie « devenir un homme ». Suivant la pression des modèles qui l’entourent, il fera des choix douteux avec lesquels il ne sera pas du tout à l’aise, puis se libérera de ces airs dictés par la publicité, le cinéma, les autres hommes de sa famille et brillera de nouveau dans sa propre personnalité, dans ses propres valeurs. Les illustrations sont encore une fois superbes, habiles et elles transpercent les pages pour nous jeter l’essentiel aux yeux, soit l’importance de rester soi-même et d’ignorer les pressions extérieures. Dès 3 ans.
Les petits livres des enfants Brontë
Comme une invitation à la créativité, cette charmante histoire raconte avant tout une vie de famille dans toute sa simplicité. Le fait que ce soit celle des sœurs Brontë ajoute au plaisir puisque plonger dans leur quotidien est aussi instructif qu’inspirant. En effet, les illustrations comme le texte — admirablement traduit par Fanny Britt, d’ailleurs — semblent faire de nous des spectateurs intimes de ces enfants devenues des autrices il y a près de 200 ans. On y aperçoit Charlotte, Emily, Anne et leur frère Branwell, affairés à se fabriquer de minuscules livres, dont quelques exemplaires subsistent encore de nos jours. Un album apaisant pour faire découvrir à nos gamins l’univers littéraire des sœurs Brontë et, on l’espère, d’autres manières de jouer. Dès 4 ans.
La fille de la déesse de la lune
Xingiyn ne serait pas censée exister si ce n’était de sa mère, la déesse de la lune, qui a volé un élixir d’immortalité. Elle est donc un secret absolu. Le jour où ses pouvoirs lui font défaut, la jeune fille devra alors fuir la seule maison qu’elle ait connue pour se réfugier auprès de ses ennemis, dans le Royaume céleste. Elle se promet toutefois de trouver un moyen de libérer sa mère de sa prison. Il y a longtemps que je n’avais pas trouvé un roman aussi riche en détail et en événements. J’ai adoré suivre Xingyin dans ses apprentissages. C’est une fille forte, loyale, courageuse et avec grand sens de l’honneur. Je suis passée par toutes les émotions au cours de ma lecture : de l’amour à la haine. Une histoire fantastique à découvrir! Dès 14 ans.
Charabia se gèle les pattes
Le revoici, le revoilà. Le fameux Charabia est de retour et cette fois-ci, il nous fait un énorme dégât! Malgré sa belle garde-robe, Charabia est nu comme un vers. Donc, contrairement à son ami Roméo, il doit trouver une source de chaleur! Quelle horreur! Que faire pour survivre à cet affreux froid? Mais c’est évident! On met le bordel en essayant plein de choses différentes! Cette nouvelle aventure de notre chat sans poils de mauvais poil fait allusion à la propreté chez soi! Il faut toujours demander avant de mettre ses idées à l’œuvre! Comme quoi, ce n’est pas toujours à toi de faire des choix! Dès 3 ans.
Ma meilleure amie
C’est dans une délicieuse bande dessinée sans cases que Jean-Nicolas Vallée nous raconte son histoire avec Anaïs, sa meilleure amie. Aux allures de journal intime, l’œuvre présente une déchirante amitié entre un homme et une femme, qui puise dans la complexité de l’amour et des façons différentes de l’exprimer à l’autre. Le combat entre l’espoir et le désespoir, autant dans les textes que dans les illustrations, est assurément le point fort de l’œuvre. L’auteur joue habilement avec nos sentiments et on s’attache très rapidement aux deux protagonistes. Jean-Nicolas Vallée a su faire revivre ses souvenirs avec brio, dans un style poignant et réaliste. Ce bijou littéraire a tout pour plaire aux lecteurs.
La voix des bêtes, la faim des hommes
Alors que le Moyen Âge vit ses dernières décennies, des morts particulièrement violentes sèment l’émoi dans la campagne du sud-ouest de la France. La population croyant qu’un monstre en est la cause, une meneuse de loups du nom de Brunehilde sera désignée pour débusquer la bête. Mais cette femme indépendante, aux dons de guérisseuse et au caractère bien trempé, qui a grandi au plus près des créatures lupines ne serait-elle pas la coupable idéale? Thomas Gilbert expose toute la bestialité humaine, puisant dans l’obscurantisme, la xénophobie, la misogynie, la misère rurale, les croyances religieuses et païennes, voire les bouleversements techniques mettant à mal la nature pour rythmer ce polar médiéval haletant. On appréciera aussi le dessin expressionniste, les couleurs délavées et les visions de prime abord célestes qui contrebalancent parfaitement l’âpreté du récit. Sans conteste, l’une des meilleures BD de cette année!
Le tiroir des bas tout seuls
Orbie a conquis mon cœur de libraire dès 2018 avec On a un problème avec Lilou la loutre. Depuis, j’attends avec ferveur chacun de ses titres, tel un enfant le jour de Noël. Et je dois avouer que c’est l’album de mes rêves qu’elle vient de livrer, avec comme point de départ ce questionnement mystico-philosophique universel : mais comment la laveuse s’y prend-elle pour faire disparaître nos bas [insérez votre grognement ou votre soupir d’exaspération ici]? Les jeunes Louis et Madeleine vont tenter de percer le mystère en échafaudant diverses hypothèses, poursuivant l’enquête auprès de leurs camarades de classe jusqu’à leurs professeurs, ce qui donnera lieu à une suite proprement désopilante de suppositions merveilleusement servies par le trait rond et les teintes douces de l’illustratrice gaspésienne. Bref, comme dirait le pape : Orbie estourbit! Dès 6 ans.
Le temps des ombres (t. 2) : L’été de feu
Un mal mystérieux, un royaume en perdition, des forêts luxuriantes, un savoir ancien, des voûtes souterraines… Voilà une quête épique qui ravira les fans de Lightfall, Ultralazer, Le monde de Milo et autres séries dans la foulée de Zelda. Lorsque les ombres envahissent leur village et que les habitants deviennent littéralement des ombres d’eux-mêmes, une herboriste fonceuse et un apothicaire maladroit doivent apprendre à passer par-dessus leurs différends et leurs différences pour unir leurs forces et sauver leur monde. L’antidote est possible, mais encore faut-il rassembler les ingrédients, trouver la recette stable, retracer la source du problème… Un deuxième tome tout en mouvement, regorgeant de planches chatoyantes.
Ça va aller
Alice, 17 ans, change de lycée et y fait des rencontres stimulantes. Tout semble aller pour le mieux, pourtant quelque chose cloche… Puis, la COVID-19 arrive et amplifie son mal-être. Bien vite, elle se retrouve chez le médecin qui lui diagnostique rien de moins qu’une dépression. Commence alors un cheminement ardu à travers les hauts et les bas de la vie pour comprendre cette maladie et la gérer. Grâce à son style aéré tout en noir et blanc, Alice raconte son expérience avec une honnêteté crue. Son histoire, à la fois personnelle et universelle, démantèle les idées reçues sur la dépression et donne de précieux conseils et des définitions pratiques. Un récit touchant et informatif, à la fin duquel on se dit que, malgré tout, ça va aller. Dès 12 ans.
Hypo
Lorsque deux Québécois se retrouvent au Groenland dans le confort de leur langue maternelle et se refusent à dévoiler leur identité, la table est mise pour les confidences les plus profondes et les plus inavouables. Très intrigué, j’ai vite été happé par le rythme de Hypo, ce puissant dialogue entre nos deux protagonistes, où tout ce qui les entoure est parfois à peine esquissé. J’ai lu d’un trait ce livre dont les pièces s’emboîtent peu à peu pour nous révéler lentement pourquoi nos deux personnages voyagent seuls sous de sombres nuages. C’est à la fois dur, touchant, drôle et palpitant. Un texte efficace de Nicola-Frank Vachon, brillamment illustré par Paul Bordeleau, qui ne vous laissera pas indemne.
Joana dans tous ses états
J’ai lu les premières pages de cette bande dessinée en raison de ses jolies illustrations et de ses couleurs attrayantes. J’ai vite réalisé que, malgré les apparences, il ne s’agissait pas d’une banale histoire de sorcières modernes. Bien au contraire, l’autrice utilise les tribulations de Joana (au travail, en amour ou avec ses amies) pour nous instruire sur les émotions et les relations interpersonnelles. J’ai particulièrement aimé Alex (la psy « dompteuse de dragons ») et l’allégorie entre le coffret à dragons que Joana traîne partout et ses émotions, qui la suivent en tout temps aussi. Une BD qui nous rappelle que la vie n’est pas toujours parfaite et qu’on a le droit de ne pas être heureux en permanence. Dès 12 ans.
Léviathan (t. 3)
Il ne reste plus beaucoup de survivants dans le Léviathan et très peu d’oxygène. En voulant survivre, les élèves coincés dans ce vaisseau spatial accidenté ont plutôt semé la désolation. Au début du tome 3, il ne reste que Kazuma qui écrit le journal lu par les pirates de l’espace, San qui ne pourrait blesser qui que ce soit, Yo et Roku les plus forts et Futaba, cette jeune fille mystérieuse qui joue de plus en plus dans la tête de Kazuma. Les pirates ont découvert qu’il y avait des caméras partout et c’est dorénavant par l’image que la suite de l’histoire sera racontée, avec des différences entre le texte et l’image et surtout le duel final jusqu’au caisson de cryogénisation. Cet ultime tome par-delà sa fin qu’on imaginait prévisible s’avère finalement être le plus surprenant des trois. Shiro Kuroi a réussi à transformer plusieurs éléments du huis clos pour créer une histoire encore plus malsaine que celle imaginée au départ.
Les pires moments de l’histoire
Précédée par l’aura du balado du même nom, cette bande dessinée tord à nouveau le cou à la façon classique de présenter l’histoire et ses moments les moins reluisants, qui sont souvent les plus intéressants. Reprenant le style incisif, l’humour irrévérencieux et l’érudition truffée de références à la culture populaire ayant fait le succès du projet initial de Charles Beauchesne, cette version enluminée du talent graphique de Xavier Cadieux devrait assurément ravir les inconditionnels et susciter un intérêt potentiellement maladif pour ces abracadabrantes miscellanées dont l’histoire avec un grand H regorge, pour le plus grand bonheur des archivistes de l’étrange et de tous ceux pour qui la déambulation saccadée des époques s’apparente à un buffet mandarin aussi hétéroclite que surprenant.
Supercanon!
Dans le fond de ma bibliothèque dort un livre sur un personnage mystérieux, L’affaire Gerald Bull : Les canons de l’apocalypse de Normand Lester. Je n’aurais jamais cru que, des années plus tard, je retrouverais cette histoire sous forme de bande dessinée, réalisée par Philippe Girard. On y retrouve un personnage rêveur, adepte de Jules Verne, qui se révélera être un étudiant exceptionnel et surdoué qui tiendra mordicus à mettre sur pied le rêve de Verne : envoyer un satellite dans l’espace avec l’aide d’un supercanon. Si le gouvernement canadien le soutient pendant un temps, c’est au terme de cette aide que Bull trouvera d’autres façons d’obtenir du financement. Je vous invite à découvrir ce mystérieux scientifique qui aurait pu être une fierté nationale.
The Tunnel to Summer (t. 1)
Tout au fond de son cœur, Kaoru ne souhaite qu’une chose : retrouver sa petite sœur bien-aimée. Ce qui n’est malheureusement pas possible… Enfin, c’est ce qu’il croit… jusqu’à ce qu’il se rende dans le fameux passage d’Urashima : un tunnel surnaturel qui est hors de l’espace-temps. Il est dit que ce tunnel exauce tous les vœux les plus chers en échange du temps. Ce manga nous offre donc une histoire délicate qui traite de la mort sous un aspect fantastique. Le deuil peut être vécu différemment pour tous, mais chacun finit par se retrouver au seuil de la mort. Qui sera prêt à céder son temps pour un seul vœu?
Femme vie liberté
Parce qu’elle ne portait pas convenablement son voile, Mahsa Amini a été arrêtée par la police des mœurs iranienne. Trois jours plus tard, le 16 septembre 2022, elle succombait à ses blessures. Révolté par son décès, le peuple iranien est descendu dans la rue pour manifester. Les femmes ont enlevé leur voile et elles ont chanté, deux actions interdites pour elles dans leur pays. Marjane Satrapi a réuni autour d’elle des spécialistes de l’Iran et des bédéistes. Ensemble, ils ont créé ce livre qui souligne le premier anniversaire de cet événement horrible. La BD explique le régime iranien, la révolte et tente de prédire l’avenir de ce pays en profonde mutation. Sa lecture met en lumière la force du mouvement Femme vie liberté, première manifestation féministe où les hommes sont alliés des femmes. Les Iraniens sont toujours dans la rue, ils ne décolèrent pas. D’autres personnes ont été arrêtées et torturées, et ce volume, essentiel, leur rend également hommage. Un livre à lire pour comprendre et soutenir les Iraniennes dans leur combat.
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