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Dossier

Les libraires craquent

Céline après Renée
Ève Landry Éditions De La Maison En Feu

Céline, 80 ans, vient de perdre sa femme. Après les nuits d’insomnie, les soins palliatifs et la douleur de voir celle qu’elle aimait diminuée chaque jour un peu plus, le retour à son appartement de la résidence pour aînés que les deux femmes partageaient ne se fait pas sans heurts. Les souvenirs et le silence pèsent lourd et Céline doit réapprendre à vivre sans Renée. Elle trouvera le courage de le faire grâce à un improbable nouvel ami. Le duo hétéroclite saura se soutenir et tous deux traverseront leurs tempêtes respectives avec douceur et un peu de crème glacée. Un roman attendrissant, qui met en scène des personnages loin des clichés habituels, qui sauront vous charmer et vous émouvoir en plus de vous faire sourire grâce à des dialogues savoureux.

Chapitre 15
Sylvie Nicolas Éditions Druide

John est propriétaire d’une librairie de livres d’occasion dans le quartier Saint-Sauveur de Québec. Élène, une amie perdue de vue, réapparaît sans prévenir un soir d’hiver. Doucement, leurs destins vont s’enchevêtrer, avec le petit coup de pouce d’une cliente peu ordinaire et d’un livre qui l’est encore moins. Vous ne voudrez plus quitter ce roman à l’atmosphère unique, où les choses et les gens prennent leur temps. Celui de panser ses plaies, de créer des liens, d’honorer des disparu.es, d’enquêter à petits pas. Le temps de s’aimer, se comprendre. Se respecter. Composé d’une galerie de personnages aussi touchants que justes et qui gardent jalousement leur part de mystère, Chapitre 15 se savoure délicatement, comme une friandise fragile.

Amour, suppléance et autres catastrophes (t. 3) : Problèmes secondaires
Andrée-Anne G. Dufour Lér - Les Éditeurs Réunis

Encore une fois, quel plaisir j’ai eu à lire les aventures de Marie-Louise! Ce troisième tome, dans lequel on aborde maternité, conciliation famille-travail et vie de couple chamboulée par l’arrivée de bébé, a été mon préféré. La façon dont ces sujets sont abordés par Andrée-Anne est authentique et la touche d’humour habituelle rend la lecture tellement agréable. Je pense qu’il est difficile de ne pas s’associer au personnage, à un moment ou un autre. On passe un bon moment à lire ce roman. Une fois qu’on y plonge, il est dur d’en sortir! Il faut toutefois se préparer à vivre un petit deuil vis-à-vis les personnages tant attachants, car la série se termine ici. Toutefois, il laisse présager de prochaines histoires, d’un autre univers, qu’on aura hâte de découvrir!

La descente aux affaires
Fred Pellerin Sarrazine Éditions

Fred Pellerin, conteur en chef, est aussi l’un de nos plus grands poètes, jouant avec la langue en virtuose autodidacte, génie des lettres patenté à la Brassens, rafistolant les mots comme Godin et Miron pour broder une verve digne de Ferron et de Fréchette. Derrière ses histoires en apparence extravagantes, il aborde toujours avec profondeur un aspect essentiel de l’expérience humaine. Dans La descente aux affaires, il traite de la question de l’argent et plus particulièrement de celle de l’avarice. Son Toussaint est certes plus attachant que le Séraphin de Grignon, il n’en grignote pas moins chaque jour son capital temporel à compter ses écus, à calculer les bénéfices de la tromperie et à épargner les heures qui ne procurent de joie que si elles sont partagées.

Frappabord
Mireille Gagné La Peuplade

La guerre est un sujet universel. Depuis des siècles, nous en avons fait une industrie, une machine à tuer bien huilée qui déverse sa salive aux quatre coins du globe. Au milieu de ces rouages, tel un petit insecte, se trouve le nouveau bijou de Mireille Gagné. Dans celui-ci, on y trouve Thomas, un scientifique qui travaille sur des armes biologiques à Grosse-Île pendant la Seconde Guerre, et Théodore, un Montréalais qui vit une intense canicule en 2024 (et une invasion de mouches!). Les efforts de l’un font les malheurs de l’autre. L’œuvre émet une critique claire sur l’industrie de l’armement et son impact sur l’écologie. Digne d’un vrai frappabord, le livre est incapable de nous lâcher. Même après, il continue à nous taquiner l’esprit.

La nébuleuse de la Tarentule
Mélissa Verreault Éditions Xyz

Dans ce roman, Mélissa Verreault tisse une toile autour de Mélisa Verreault (une petite lettre qui change tout!), une protagoniste qui lui ressemble sur certains points, où la vérité, les mensonges qui réconfortent, le passé, le présent, les rêves et les bizarreries se confondent. Si la nébuleuse de la Tarentule est visible de l’hémisphère sud, Mélisa l’a-t-elle vraiment observée avec son père? Cette tarentule trouvée dans une boîte, est-elle réelle? Il y a aussi l’interprétation de la Tarentelle à l’école secondaire. Ce livre est truffé de preuves visant à démontrer que ce qui est dit est vrai, alors que l’autrice est une maudite menteuse, comme elle le dit si bien dans sa biographie. Nul besoin d’aimer les araignées pour apprécier ce grand retour de l’autrice.

Solène en trois actes
Alain Beaulieu Éditions Druide

Un homme, jamais nommé, navigue entre trois périodes de sa vie. D’ailleurs, le roman s’ouvre sur son troisième acte. Une série de petits chapitres permet au narrateur de révéler petit à petit les personnages, dont la fameuse Solène qui est présente dans les trois actes. Cette femme rencontrée par hasard dans un bar de Joliette aura une importance capitale dans la vie du narrateur. Les surprises du destin et les désirs profonds côtoient les grands événements, comme la mort de Dédé Fortin et le Sommet des Amériques. De plus, le narrateur gravite dans le milieu littéraire, pour notre plus grand plaisir. La structure peut sembler mélangeante, mais tout est maîtrisé. Une fois de plus, Alain Beaulieu impressionne par sa capacité à se renouveler.

On couche encore ensemble
Francis Juteau Hamac

Couple dans la vie comme à l’écrit, Francis Juteau et Alice Lacroix nous reviennent avec une suite aussi sensuelle que le premier volet, et ce, à notre grand plaisir. La formule, très efficace, demeure la même que dans le précédent : Juteau écrit de la prose et Lacroix de la poésie, en alternance. On suit donc les aventures érotiques du couple, dans ses hauts et ses bas, alors qu’ils entament une relation à long terme et que la pandémie les oblige à une certaine routine. Le livre transpire d’humour, de fougue, de passion, mais surtout de tendresse et d’amour. Plus encore que de célébrer le sexe imparfait et décomplexé, les auteurs s’éloignent des clichés entourant la sexualité au sein d’un couple. Ils mettent de l’avant l’intimité, le respect et l’exploration des fantasmes sans jugements. Je le répète : au grand plaisir des lectrices et des lecteurs!

Lait cru
Steve Poutré Alto

Rien de mieux qu’un Alto pour entrer dans des univers intrigants; c’est encore mieux quand il s’agit d’un premier roman et que l’on peut lire une nouvelle voix. Lait cru nous chuchote par bribes deux vies : celle de la ferme et celle de l’hôpital. On saute de l’une à l’autre avec le même élan que celui de la pensée. Les lieux familiers du Québec deviennent propices aux cauchemars, aux manies, aux rires et surtout aux murmures. Entre les traites et les ballots de foin percent les regards de quelques spectres et ceux, aussi, de la famille en fusion avec son labeur. La plume de l’auteur, elle, bruisse comme le blé dans un vent d’automne. Lait cru se jette en nous : c’est un nuage blanc dans du thé.

Je vous demande de fermer les yeux et d’imaginer un endroit calme
Michelle Lapierre-Dallaire Éditions La Mèche

Le très attendu deuxième livre de l’autrice de Y avait-il des limites si oui je les ai franchies mais c’était par amour ok confirme l’indéniable talent de celle dont la franchise des élans autofictionnels n’a rien perdu de son tranchant ni de sa pertinence en regard des enjeux aussi intimes que sociétaux que sa plume soulève, triture, caresse et confronte. En conférant à la figure de sa mère la rougeur du fil d’Ariane où chercher la trame et les détours labyrinthiques de sa relation à autrui et au monde de même que la pénétrante réverbération du plus ardent des soleils dardant de ses rayons la plus éternelle des neiges, Michelle Lapierre-Dallaire frappe au cœur des cibles mouvantes et voilées qui sont le propre de ce qui la fonde.

Michelin
Michel-Maxime Legault Éditions Du Quartz

À la fois tendre et cinglant, ce monologue introspectif sonde les intrications de l’identité, de la santé mentale, de la classe sociale, de la filiation et de la masculinité. L’évocation d’une enfance dans une ferme en Montérégie offre une perspective à la fois amusante et perspicace sur une famille aussi chaotique que magnanime. Michelin, alter ego fantasmé du narrateur, fait figure de double hypothétique, version inexplorée de lui-même dont il lui faudra se libérer pour embrasser pleinement une identité que la quarantaine semble avoir fragilisée, voire remise en question. Délicieusement désinvolte, alliant un humour teinté d’autodérision et juste ce qu’il faut de tendresse mélancolique, Michel-Maxime Legault explore avec éloquence les complexités du chemin qui mène vers soi. Excellent.

Noir deux tons
Michel Lemieux Éditions Québec Amérique

Deux ans après Territoire de trappe, gagnant du prix Roman du Salon du livre du Saguenay—Lac-Saint-Jean en 2022, Sébastien Gagnon et Michel Lemieux nous reviennent avec un nouveau livre écrit à quatre mains. Mettant en scène Jacques et René, des couvreurs de toitures entre deux âges dont les pérégrinations dans un quartier chic d’une petite ville du Lac-Saint-Jean finiront par causer quelques remous dans la petite vie tranquille de ceux qui y habitent, ce petit roman se lit comme un charme, mêlant habilement humour potache, critique sociale, érotisme assumé, moments de grâce, pudeur masculine et scènes d’action qu’on croirait tirées d’un film des frères Cohen. Un très agréable moment de lecture.

Le destin c’est les autres
Claudine Bourbonnais Éditions Québec Amérique

Plongez dans les débuts d’une jeune étudiante au moment où elle entame des études sur le Moyen-Orient à l’Université de Durham en Grande-Bretagne. Un jour, ses amis et elle sont témoins de l’arrestation d’un de leur collègue, Marwan, ne se doutant pas des raisons qui justifient cet événement soudain. Ce n’est que plusieurs années plus tard que la protagoniste découvrira enfin la vérité sur cet individu. Ce fut pour moi une lecture des plus captivantes, dont la toile de fond présente à la fois un suspense politique et le récit personnel de l’autrice, Claudine Bourbonnais. J’ai d’autant plus apprécié la façon dont celle-ci expose les différentes perspectives qui englobent le conflit israélo-palestinien et nous y sensibilise.

Les couteaux dans ma gorge ne sont pas des fruits de mer
Annie Landreville Poetes De Brousse

Dans Les couteaux dans ma gorge ne sont pas des fruits de mer d’Annie Landreville, on pourrait reconnaître, par son impétuosité ou la crainte qu’elle crée chez les « lignée[s] de femmes sèches », la même source que celle alimentant le torrent d’Anne Hébert. « Tu bois même l’eau noire/de la dernière tranchée// quand tu t’en iras//le paysage ne sera plus le même//à la fin de ta colère/toutes glaces rentrées au bercail/des heures douces/entre le flux et le reflux ». On retrouvera dans ce recueil de neuf suites la vigilance de l’autrice envers l’humain dans la nature, mais avec encore plus d’acuité que dans ses quatre précédents recueils.

La mort seul à seul
Péter Nadas Noir Sur Blanc

Que se passe-t-il lorsque la mort s’agrippe au corps et laisse peser sur lui sa longue et lancinante plainte? Avec une précision chirurgicale, Péter Nadas analyse l’effroyable traversée d’un homme victime d’un infarctus du myocarde. À travers les différents niveaux de conscience et avec une acuité métaphysique captivante, l’écrivain hongrois convie le lecteur à parcourir ce passage à demi hors du monde. Sujet sombre, n’est-ce pas? Mais l’absurdité demeure pourtant présente lors du trépas! C’est là que réside tout le génie de Nadas, en écrivant l’insignifiante rumination qu’entretient l’humain face à sa propre fin. Avec ce véritable tour de force littéraire, on referme le livre avec l’exaltation renouvelée de respirer encore!

Les sorcières de Vardø
Anya Bergman Steinkis

La chasse aux sorcières de 1662-1663 en Norvège, un pan bouleversant et touchant de l’histoire, est ici racontée à deux voix alternées. D’un côté, Anna, ancienne maîtresse non officielle du roi, « écrit » à ce dernier ce qu’elle vit sur l’île de Vardø où il l’a envoyée, car elle devenait embarrassante. De l’autre, Ingeborg, fille de Zigri, est suivie par un narrateur omniscient dans ses tentatives désespérées de sauver sa mère, dans une société où les femmes n’ont aucun pouvoir de se faire entendre. Zigri est accusée de sorcellerie par la femme du marchand de Varanger, car elle a une liaison avec ce dernier. Les hommes au pouvoir, obsédés par le démon, s’octroient le droit de vie ou de mort sur ces présumées sorcières. Dans cette histoire, où réside vraiment le mal?

Veiller sur elle
Jean-Baptiste Andrea L'iconoclaste

Michelangelo Vitaliani, dit Mimo, 82 ans, agonise dans une abbaye italienne. Là, depuis quarante ans, est caché son chef-d’œuvre, la sculpture la plus parfaite qu’il ait faite, soustraite à la vue de tous sur ordre du Vatican. Son existence exceptionnelle lui revient en tête, lui, le nain sculpteur que rien ne prédisposait à un tel destin dans l’Italie fasciste de la première moitié du XXe siècle. Mais, par-delà ses succès, c’est surtout sa rencontre, à l’âge de 13 ans, avec Viola Orsini, la fille de la famille la plus riche de la région, qui a été la pierre angulaire de sa vie. Entre ces deux êtres que tout séparait s’est bâtie une relation unique et indéfectible. Un grand roman aux personnages fascinants, un prix Goncourt 2023 fort mérité.

Sauvage
Julia Kerninon Editions De L'iconoclaste

Ottavia grandit à Rome, dans le restaurant de son père. Le monde de la cuisine ne l’intéresse pas vraiment, jusqu’à sa rencontre avec Cassio. La passion du chef apprenti l’inspire et l’attire dans un univers où il n’y a pas de place pour la demi-mesure. Encore plus lorsqu’on est une femme et qu’on cherche à se défaire du nom du père et de l’amant. Mais quand on a bûché toute sa vie pour acquérir la renommée que l’on mérite, quelle place reste-t-il pour l’amour et la famille? Kerninon revient donc à sa thématique de prédilection : la place de la femme hors du cocon familial. Une femme qui priorise sa carrière et refuse l’anonymat du foyer peut-elle être heureuse? Au tournant de sa vie, Ottavia se demande si elle a fait les bons choix. Un roman qui ouvre l’appétit et se lit comme on boit un grand cru.

Le fruit le plus rare ou la vie d’Edmond Albius
Gaëlle Bélem Gallimard

Quelle trajectoire tragique que celle d’Edmond Albius, découvreur spolié de la méthode de pollinisation manuelle de la vanille! De l’histoire avérée, l’habile Bélem en fait admirablement littérature, se déployant entre les maigres échos du passé. Né esclave, Edmond est recueilli par un riche propriétaire terrien en deuil et qui se pique de botanique. Surnommé le Linné noir, il surclasse ses blancs contemporains en craquant le code vanille sur lequel tous s’échinent depuis des années, en vain. L’histoire des sciences est cependant désespérément constante dans l’accaparement rapace par des hommes blancs des découvertes effectuées par des femmes ou des individus racisés. Gaëlle Bélem se place à l’avant-garde d’une audacieuse francophonie!

Stella et l’Amérique
Joseph Incardona Finitude

La rumeur se propage comme une traînée de poudre : la jeune Stella fait des miracles, littéralement! Des hommes qu’elle a guéris peuvent en témoigner. La nouvelle pourrait réjouir le Vatican (pensez-y, une sainte de 19 ans, Américaine en plus), mais c’est une prostituée et c’est quand elle « couche » qu’arrive le miracle! Une seule solution : embaucher des tueurs pour l’éliminer. On en fera ainsi une martyre, on pourra même lui inventer un passé plus acceptable… Voilà le contexte de ce rocambolesque road trip mené tambour battant à travers les États-Unis, avec ses caricatures de gros méchants, ses gentils pas si gentils et sa sainte pas si nitouche! Bref, un roman jubilatoire où l’écriture pleine d’humour déjanté fait merveille. À lire sans modération!

La mesure
Nikki Erlick Fleuve Éditions

Un jour, chaque humain de plus de 22 ans reçoit une petite boîte en bois ayant comme inscription : « À l’intérieur se trouve la mesure de votre vie. » Vous l’ouvrez ou pas? Vous vivez à 100 milles à l’heure ou vous mettez fin à votre vie? Vous le dites à vos proches? Dans cette dystopie, l’autrice soulève de nombreuses questions éthiques, juridiques, morales ou même économiques à travers le destin de trois femmes et cinq hommes. L’apparition des boîtes chamboule l’ordre mondial; les humains se divisent en deux camps, ceux avec une cordelette courte et ceux en ayant une longue. L’écriture rythmée et fluide de ce thriller aux personnages attachants ne laisse personne indifférent. Que nous réserve demain? Nul ne le sait, alors, vivons pleinement chaque instant.

Le café où vivent les souvenirs
Toshikazu Kawaguchi Albin Michel

Troisième volet de Toshikazu Kawaguchi, Le café où vivent les souvenirs se déroule au Dona Dona de Hakodate plutôt qu’au Funiculi Funicula de Tokyo, découvert dans les deux précédents titres de l’auteur. Les règles sont les mêmes pour retourner dans le passé : on ne peut changer le présent et il faut revenir avant que le café ne refroidisse. Cependant, une petite nouveauté change la donne pour certains voyageurs temporels, ce qui surprendra les lecteurs habitués au café de Tokyo. Il faudra toutefois lire ce délicieux roman pour tout découvrir. Une écriture fluide, une atmosphère mystérieuse et réelle à la fois et des personnages attachants définissent ce bouquin charmant et touchant.

La géométrie des possibles
Edouard Jousselin Rivages

Cette « géométrie des possibles », c’est une fresque incroyable qui nous est peinte par l’auteur, avec un souci du détail et une précision comme seul un grand artiste peut le faire. Avec savoir-faire, Édouard Jousselin met en scène des personnages diversifiés qui n’ont, à première vue, aucun point en commun. Leurs destins se croisent et nous attendons avec nervosité la fatalité de chacune de ces trajectoires. Du terrorisme à Hollywood, de la criminologie au dark Web, les thèmes qui y sont abordés rendent bien compte de la complexité de notre contemporanéité. La narration, maîtrisée et captivante, nous donne presque l’impression d’être au cinéma. Je vous avertis : il est impossible de se lever de son siège. Nous sommes cramponnés à son roman, du début jusqu’à la fin.

Hors jeu : Chronique culturelle et féministe sur l’industrie du sport professionnel
Florence-Agathe Dubé-Moreau Éditions Du Remue-Ménage

En 2014, Florence-Agathe Dubé-Moreau apprenait une nouvelle qui allait changer sa vie : son conjoint, Laurent Duvernay-Tardif, venait d’être recruté par les Chiefs de Kansas City. Lancée dans cet univers pensé et géré par et pour les hommes, la jeune historienne de l’art s’est mise à observer et à analyser les dynamiques en cours dans les coulisses de ce sport. Les femmes sont partout dans la NFL, malgré une culture extrêmement sexiste et dévalorisante. Elle pose donc un regard critique et tendre sur le travail invisible des femmes de joueurs, les athlètes à part entière que sont les meneuses de claque, et finalement les entraîneuses, directrices et arbitres qui font office de pionnières encore en 2024. Fascinant, ce livre est plus qu’un essai féministe sur l’industrie du sport professionnel, c’est aussi un plaidoyer pour un milieu représentatif de la complexité du monde.

Python
Nathalie Azoulai Pol

Dans ce nouveau livre de Nathalie Azoulai, il est fascinant de suivre l’autrice dans sa tentative de mieux comprendre le numérique et son langage. Sa curiosité et sa détermination ne fléchissent devant aucune épreuve, sa volonté de comprendre ce monde qui est en transformation l’amène à s’interroger sur la place que prend la littérature dans cette société qui se réorganise. Elle rencontre des jeunes, des geeks, et s’initie aux rudiments de la programmation. Elle déconstruit ses propres préjugés. Elle pointe les différences fondamentales entre ce langage et le sien, celui de la littérature, comparant ainsi l’efficacité et la binarité du numérique avec les descriptions et les errances des Lettres. Le regard de l’écrivaine est tendre, original et rafraîchissant. C’est un livre qui porte une réflexion essentielle à la fois sur le monde de demain et sur le choc des générations.

Rage assassine : Mettre fin au racisme
Bell Hooks Editions Divergences

Les éditions Divergences continuent de publier l’œuvre de l’autrice et militante afroféministe bell hooks avec Rage assassine : Mettre fin au racisme. Dans cet essai écrit voilà près de trente ans, bien avant l’ère #MoiAussi et les mouvements Black Lives Matter, elle développe une réflexion claire, passionnante et articulée autour du racisme. S’appuyant sur sa propre expérience de femme noire et sur le travail d’autres théoriciens et théoriciennes, elle prône une lutte qui passe inévitablement par le féminisme, racisme et sexisme étant des causes inextricablement liées. On apprécie le langage inclusif de cette traduction française; traduction bienvenue à une époque où les sujets ici abordés sont encore, malheureusement, bien trop d’actualité.

Pourquoi je n’écris pas : Réflexions sur la culture de la pauvreté
Benoit Jodoin Éditions Triptyque

Benoit Jodoin est né dans un milieu où il avait un accès limité à la culture. La priorité étant de travailler fort, trop souvent à petit salaire, pour payer les factures. Prétendre avoir quelque chose à dire ou à écrire est mal vu. La sensibilité nécessaire à l’écriture peut même être ridiculisée. Dans ce contexte, comment a-t-il réussi à accéder aux études supérieures et aux connaissances? Grâce à une grande curiosité et à des objets culturels méprisés par les hautes sphères, tels les vidéoclips et les livres de développement personnel. Les réflexions de l’auteur se concluent par trois pages d’ouvrages cités. Il devrait écrire davantage, tout comme les nombreuses personnes qui ne le font pas, alors que leur prise de parole est importante.

Une année de détox vestimentaire : Réflexions sur le prêt-à-jeter
Valérie Simard Éditions La Presse

Voilà un essai intelligent et accessible sur le monde de la mode signé Valérie Simard. Elle nous présente le résultat de son année sans achats de vêtements et brosse le portrait d’une industrie qui peine à devenir plus écologique et plus éthique. Les statistiques présentées dans ce livre sont choquantes et même si je n’ai jamais vraiment réfléchi aux conséquences de mes choix vestimentaires, cet essai, sans pour autant prendre un ton moralisateur, m’a ouvert les yeux sur la manière de choisir mes habits. Changer la vision que nous avons de nos vêtements ne se fait pas en claquant des doigts, mais ce livre instaurera assurément un changement de mentalité chez ses lecteurs et les poussera à faire des choix plus éclairés.

Prendre la mort comme elle vient
François Gravel Éditions Druide

Voilà un livre bien sympathique pour un sujet qui l’est un peu moins. À 72 ans, François Gravel est bien conscient que la mort est inévitable et, plutôt que de se morfondre, il décide de s’y intéresser à sa façon. Au fil des pages, il cite de dernières phrases célèbres, raconte des anecdotes, souvent morbides, réfléchit au symbolisme de la mort dans la culture populaire, rend hommage aux disparus des dernières années. Que ce soit de la fenêtre de son appartement à Montréal d’où il peut espionner saint Pierre, ou en admirant les couchers de soleil de L’Isle-aux-Grues, il nourrit son livre de réflexions à la fois touchantes et rigolotes. Un livre qu’on lit en souriant avec une petite larme au coin de l’œil.

Têtes de linotte? Innovation et intelligence chez les oiseaux
Louis Lefebvre Éditions Du Boréal

On peut croire que seuls les ornithologues s’intéresseront au nouveau livre de Louis Lefebvre. Cependant, il serait dommage de vous en priver si vous appréciez la faune et souhaitez mieux la comprendre. D’ailleurs, l’auteur lui-même sait à peine reconnaître les oiseaux alors qu’il est pourtant l’une des sommités sur leur intelligence! Avec son équipe, il a déniché les témoignages de comportements inusités d’oiseaux, rapportés dans différentes revues scientifiques. L’intelligence étant subjective, on parle plutôt ici d’innovation et d’adaptation, prouvant que les têtes de linotte ne sont pas toujours celles que l’on croit. Un texte certes scientifique, mais à la portée de tous, amusant et instructif, agréablement rythmé et surtout pas ennuyant.

Penser contre soi-même
Nathan Devers Albin Michel

À 26 ans, le jeune Nathan Devers a déjà un parcours intellectuel riche, éloquent et digne d’intérêt. Il nous conduit à travers une réflexion sur son expérience de religieux, puis de philosophe. En effet, son enfance est marquée par un judaïsme zélé, austère, rigoureux. Encouragé par un membre de sa communauté, il entretient le désir de devenir rabbin. Toutefois, à la fin de l’adolescence, il s’éloigne de la religion pour épouser la voie de la philosophie, discipline qu’il reconnaît comme le seul chemin valable sur lequel s’engager. Composition franche, honnête et intelligente, cette autobiographie met en perspective deux approches du monde qui ne sont pas nécessairement opposées. À vous de le découvrir.

Arbres et arbustes indigènes pour les jardins du Québec
Bertrand Dumont Éditions Broquet

J’ai la chance d’habiter depuis quelques années en pleine forêt boréale. J’ai découvert avec plaisir et curiosité comment j’aurais pu aménager mon terrain de citadine avec ce que la nature nous offre gracieusement. Cet ouvrage convient parfaitement à ceux qui, comme moi, cultivent le goût du rustique, du beau, du savoureux. Parce qu’il faut se le dire, la nature sait faire : l’érable rouge attire les cardinaux rouges, le myrique baumier les pics, mésanges, sittelles et bien d’autres amis ailés. De plus, les feuilles de cet arbuste s’invitent à notre table, fraîches, crues ou séchées. Rien de trop élaboré, juste ce qu’il faut pour apprivoiser, planter et profiter de la richesse de notre biodiversité québécoise.

Mon carnet d’autothérapie
Sophie Néel Ed. Médicis

Je n’aime pas faire des listes. Sauf celles de Sophie Néel. Voici 222 listes aux sujets variés, allant d’une liste des fantasmes qu’on veut réaliser à la liste des choses qu’on regrette d’avoir faites ou dites. Des listes parfois superficielles et d’autres introspectives. Pour chaque liste, elle invite à faire une réflexion orientée sur la découverte de soi, les rêves, ceux irréalistes ou non, comment se mettre en action pour changer une situation ou un comportement ou garder ce qui nous rend heureux et heureuse. L’autrice amène le lecteur à demeurer actif dans sa démarche. Les listes sont évolutives et peuvent être modifiées à tout moment, parce que les besoins et valeurs changent, surtout quand un travail sur soi est enclenché. Je ne dirai pas « à lire », mais plutôt « à écrire »!

Cruels garçons perdus (t. 1) : The Never King
Nikki St. Crowe Roncière

Grand fan du conte de Peter Pan, j’ai immédiatement été attiré par cette suite pour adultes. Mariant roman noir et fantaisie, cette histoire propose un Pays imaginaire qui n’a rien à voir avec le monde de rêve que nous connaissons. Ce premier tome met sur table des personnages dépravés et des mystères qui ne demandent qu’à être éclaircis. Je suis impatient d’en apprendre davantage tant sur leur passé que sur les aventures qui leur restent à vivre. Un univers riche et prometteur nous attend dans cette série qui me fera plaisir de découvrir.

Résidence Saha
Nam-Joo Cho R. Laffont

« Il faut toujours réfléchir à où se trouve le vrai. » Jingyeong, qui habite la Résidence Saha, tente de découvrir la vérité sur le gouvernement qui les contrôle dans l’espoir de retrouver son frère Dongyeong, faussement accusé du meurtre d’une femme issue de la classe la plus élevée, une Habitante. Cette dystopie à saveur de 1984 raconte la vie de divers personnages organisés en classes sociales desquelles il est quasi impossible de s’élever. Les Sahas, qui habitent la Résidence du même nom, n’ont pas de statut et vivent dans la plus grande pauvreté. Quand des résidents tels qu’Umi et Dongyeong disparaissent, la petite communauté exige des réponses. Mais celles données sont-elles véridiques?

La reine du noir
Julia Bartz Sonatine Éditions

Gothique et moderne ne sont pas des termes que l’on associe ensemble au premier abord, mais c’est pourtant ce qui résume le mieux ce roman. L’intrigue nous plonge dans la demeure d’une autrice légendaire qui offre à cinq jeunes femmes la chance d’écrire le roman qui lancera leur carrière. Cependant, le manoir de Blackbriar cache plusieurs secrets et pousse notre héroïne à remettre en question les intentions de leur hôtesse. Ce premier roman de Julia Bartz nous entraîne dans un huis clos déjanté où les personnages féminins sont poussés à utiliser leur créativité dans des conditions extrêmes, laissant le lecteur à la fois choqué et exaspéré. Un roman où se mélangent jalousie, désir et paranoïa, dans un milieu littéraire impitoyable.

Babel
Rebecca F. Kuang De Saxus

Babel, quatrième roman de Rebecca F. Kuang, a été couronné de multiples prix (Locus 2022, Nebula, 2023). L’auteure développe un monde dans lequel l’argent (le métal) est doté de propriétés magiques. Nous sommes au milieu du XIXe siècle et l’Empire britannique domine sans conteste le monde, notamment grâce à ses énormes réserves d’argent et à Babel, à Oxford, le plus prestigieux centre de production d’argent affiné… et de recherche linguistique, car les deux sont liés. Le livre est une réflexion aussi fine que fascinante sur la violence impériale au XIXe, sur la place des peuples dominés, sur les transfuges de classes entre ces deux mondes. Un texte ambitieux et brillant!

Ouragans tropicaux
Leonardo Padura Métailié

Cuba est en effervescence, en cette fin d’hiver 2016, avec cette visite d’Obama et ce passage, pour un concert, des Rolling Stones. Un vent de changement souffle-t-il enfin sur l’île? Mario Condé, cet ancien flic devenu bouquiniste ayant l’habitude des promesses non tenues, du paradis toujours remis au lendemain, en doute. C’est avec réticence, également, alors qu’il travaille sur un livre, l’histoire vraie d’un héros magnifique, d’un proxénète élevé au rang de mythe à La Havane, qu’il va répondre à l’appel d’une police débordée par les événements, et reprendre du service afin d’enquêter sur le meurtre d’un haut fonctionnaire de la culture, un censeur à la retraire qui a brisé bien des vies d’artistes, de quoi se sentir plus proche des assassins que de la victime. Sa mission finit toutefois par l’enflammer, d’autant plus que des liens se tissent avec le récit qu’il rédige. Padura, génie du roman noir tropical, semeur d’un amour inconditionnel pour ce pays de « l’immobilisme programmé », nous charme à nouveau par cette trame humaine et puissante.

Comme si nous étions des fantômes
Philip Gray Sonatine Éditions

Mars 1919. Des militaires britanniques, aidés de travailleurs chinois, creusent le sol du nord de la France afin de récupérer les dépouilles de soldats morts au combat et d’en identifier le plus possible. Débarque alors, au milieu de cette horreur, la jeune Amy Vanneck, bien décidée à retrouver les restes de son fiancé porté disparu en août 1918. Même si les officiers sont peu coopératifs, elle finit par apprendre que, le jour même de la disparition de son fiancé, treize hommes ont été massacrés dans le tunnel où il a été vu pour la dernière fois, et ce, dans une zone sous contrôle anglais. Qu’a-t-il bien pu se passer? Un thriller historique fort bien documenté, un récit haletant rempli de rebondissements, jusqu’au dernier paragraphe!

Cimqa
Auriane Velten Mnémos

Deux mondes, ou deux époques. Dans l’un, la petite Sarah se découvre le pouvoir de faire apparaître brièvement des créatures fantastiques depuis une « cinquième dimension ». Dans l’autre, la vieille Sara (sans h) enchaîne les contrats pour l’industrie du spectacle créée autour de cette cinquième dimension. Deux points de vue, celui d’une enfant qui découvre avec émerveillement le pouvoir de son imagination, et celui d’une adulte fatiguée qui voit l’essence de son art lui échapper. Deux personnages à l’évolution touchante, dont l’histoire célèbre la beauté de l’art et de l’imagination humaine, et critique vivement la mainmise capitaliste qui vient en faire un divertissement lisse et aseptisé. Original et émouvant.

Ce qu’il faut de haine
Jacques Saussey Fleuve Éditions

Lors de son jogging matinal, Alice, étudiante à Paris, découvre un corps putréfié au bord de la rivière de son village natal. À partir de cet instant, elle est obsédée par ce cadavre. Que fait-il dans ce lieu si calme du Morvan? L’enquête est confiée à une lieutenante de Paris et un commandant d’un village voisin qui doivent affronter les non-dits et les ragots de ce coin de pays. À noter que la victime n’était pas des plus appréciées. L’auteur n’y va pas de main morte avec une description crue et détaillée du corps de la victime. Âme sensible s’abstenir! De courts chapitres, une écriture nette, précise, un récit déroutant accompagné de nombreux rebondissements captent le lecteur. Un thriller noir, percutant, où la vengeance côtoie la folie. Magistral!

Barbares
Rich Larson Le Bélial

Le maître de la forme courte en SF a encore frappé! L’équilibre parfait entre densité conceptuelle et intrigue captivante est atteint dans ce casse intersidéral qui s’apprête à merder dans les grandes largeurs. Quand on est un duo de bandits à la petite semaine, sans malice mais avec une greffe de corps à payer, on est prêt à tout. C’est pourquoi on accepte les contrats pourris qui consistent à guider en zone hostile des jumeaux aristocrates adeptes de tourisme morbide. Les idées géniales fusent, les néologismes traduisent du premier coup l’ampleur d’un concept à venir et l’auteur a toujours trois coups d’avance sur nous dans l’art de l’inattendu. À lire d’un seul trait pour apprécier à sa juste valeur la folle allure de cette plaquette.

La plus grande
Davide Morosinotto Ecole Des Loisirs

Avez-vous déjà entendu parler de Ching Shih? Cette terrifiante pirate du XIXe siècle n’a pourtant rien à envier aux Barbe noire et autres Barberousse que nous connaissons tous. À la tête de l’une des plus grandes flottes jamais vues sur les mers de Chine, elle tient tête à l’empereur pendant des années. C’est de son histoire que s’est inspiré Davide Morosinotto pour écrire La plus grande. Ce roman montre comment la jeune Shi Yu, élevée comme servante dans l’auberge de l’horrible Bai Bai, devient Lame volante, la plus grande de tous les pirates. Maltraitée toute son enfance, elle reprend le contrôle de sa vie pour ne plus jamais se sentir faible et impuissante. Une traversée hors du commun qui fait honneur aux exploits de Ching Shih. Dès 12 ans.

À cran de montagne
Sébastien Gagnon Bayard Canada Livres

Sébastien Gagnon revient après le succès de Je ne suis pas une outarde avec un récit sensible où la nature est encore une fois au premier plan. Oiseaux et champignons sauvages, festin d’écureuil sur feu de bois… son amour de la nature transperce dans toutes les pages. Billy, Sarah, Nico et Alice partent en expédition sur la montagne. À tour de rôle, Billy et Sarah racontent leur perception de la randonnée. Des préjugés vont se démanteler au fil des événements. Dans ce genre d’expédition, la vraie nature des gens se montre et cela peut être surprenant. Sébastien Gagnon transpose l’immense respect qu’il voue à la faune et la flore et aux valeurs humaines avec une rare authenticité. Dès 14 ans.

Le gros sébaste
Keven Girard Éditions Z'ailées

L’action se déroule en plein cœur de la saison de pêche blanche dans la ville de La Baie au Saguenay. Sasha et Martin se font une joie d’aller pêcher aussi souvent que possible. Tout se déroule normalement jusqu’à ce que l’emblème du magasin Le royaume du pêcheur, un sébaste géant sur la devanture, disparaisse. Une enquête commence. Qui a pu voler ce symbole mythique? Les deux protagonistes veulent savoir. Ils ne sont pas faits en peau de pet et commencent leur investigation en violant les règles de sécurité de leurs parents. Leur punition mène à la découverte d’un complot inattendu. La vérité dévoilée au grand public sèmera l’indignation des habitants. Le gros sébaste sera-t-il retrouvé? Si oui, comment? Je laisse planer le mystère. Dès 10 ans.

Les jumeaux Crochemort (t. 1) : La malédiction
Cassandra O'donnell Édito

Silence et Oriel Crochemort déménagent dans le manoir de leurs grands-parents qu’ils ne connaissent pas. Leur arrivée sème un certain émoi dans la ville, surtout celle de Silence, qui semble haïe de tout le monde, surtout de ses grands-parents. Des phénomènes étranges ont lieu dans cette ville isolée du monde, parmi lesquels une créature qui sort dans le brouillard et tue violemment des habitants au hasard. Personne ne veut informer les jumeaux des mystères qui sévissent. L’ambiance énigmatique est réussie. Vivement le prochain tome, car le dernier mot de ce livre m’a laissée dans une frustration de ne pas lire la suite immédiatement! Dès 11 ans.

Nos fleurs
Anaïs Barbeau-Lavalette Éditions Marchand De Feuilles

Dans sa nouvelle collaboration avec Mathilde Cinq-Mars, Anaïs Barbeau-Lavalette reprend une prémisse déjà abordée dans Femme forêt : « Pour aimer la nature, il faut savoir nommer ce qui la compose. » Elle entreprend donc ici de nous présenter les fleurs et les plantes sauvages communes du Québec, du genre de celles qui poussent tout autour de nous sans trop qu’on les voie : du sureau au mélilot, du plantain au thé des bois. On a envie de lire chaque page à voix haute, tellement la poésie de Barbeau-Lavalette est magnifique. Le tout accompagné des illustrations de Cinq-Mars, qui capturent parfaitement l’esprit de chaque texte. Une petite perle.

Suzanne et la rivière
Charlotte Bellière Alice

Suzanne, c’est une petite souris courageuse et attachante que l’on suit à travers son périple sur la rivière. Alors qu’elle n’a jamais navigué, elle s’élance dans cette aventure dans sa barque de fortune. Au fil du temps, elle fait des rencontres qui la poussent à léguer certains de ses maigres avoirs, à accepter l’aide des autres et à leur faire confiance. Ce magnifique album philosophique aux illustrations signées Ian De Haes et au texte de Charlotte Bellière est plein de douceur et montre la résilience après des épreuves difficiles, mais aussi le fait qu’il y aura toujours quelqu’un pour nous aider à traverser les tempêtes ou à nous changer les idées. Dès 6 ans.

Les aventures de Myrtille Jones (t. 2) : Les douze portails
Rob Biddulph Bayard Jeunesse

J’ai vraiment été ravi de voir le deuxième tome de cette série trop peu connue arriver en librairie! Son histoire est aussi bonne que celle du premier. On y retrouve encore des éléments du Seigneur des anneaux — dont une énorme bataille avec trébuchets, tour de siège et un crocodile-bélier! Cette fois-ci, les personnages principaux sont aidés par une ribambelle de superhéros puissants et loufoques. J’ai beaucoup aimé le lien plus développé avec les œuvres d’art réelles et les musées. Voir un méchant détruire des tableaux de Picasso, de Warhol et de Vinci a un impact indéniable! Qui plus est, un glossaire des œuvres et musées à la fin du livre lui ajoute un intéressant aspect instructif. À ne pas manquer! Dès 9 ans.

Ning et les esprits de la nuit
Adriena Fong Ecole Des Loisirs

Ning est un garçon timide qui a de la difficulté à se faire des amis. Il habite un petit village où les habitants sont terrifiés par les esprits de la nuit, des créatures qui veulent supposément du mal aux êtres humains. Cependant, Ning découvrira que les apparences sont parfois bien trompeuses et formera des amitiés surprenantes en cours de route. Cet album, en plus d’être magnifiquement illustré, renferme une histoire douce et originale, qui fera du bien à bien des petits cœurs. Un récit pour tous les âges sur l’estime de soi et l’amitié. Dès 3 ans.

Capharnaüm
Pénélope Bourque Éditions Fides

À 11 ans, Anne est isolée et n’a pas d’amis. Pourquoi? Parce sa maison est exigeante et la contraint à la nourrir d’objets qu’elle ramasse tout au long de la journée. Elle s’est donc bâti une carapace afin de se protéger du jugement des autres. Lorsque Marguerite aménage dans la maison d’à côté, Anne est vite confrontée aux limites de son quotidien comme au regard de sa voisine, qui veut être amie avec elle. C’est à une histoire aussi originale qu’étrange que Pénélope Bourque convie les jeunes, conjuguant mystère et fantaisie à l’amitié et l’entraide, le tout enrobé d’une saveur de fable. Palpitante et inattendue, l’aventure illustre également les travers de la solitude et le courage nécessaire pour se sortir d’une situation étouffante. Dès 10 ans.

Une chose formidable
Rébecca Dautremer Sarbacane

Accompagné d’un CD et d’un accès pour l’écoute en continu, ce livre peut se découvrir de multiples façons. Suivrez-vous les nouvelles aventures de Jacominus en écoutant la douce voix de l’autrice vous faisant la lecture accompagnée d’un génial band de jazz ou préférerez-vous l’intimité partagée avec votre enfant en ranimant vous-même les tendres souvenirs de deux vieux amis? D’une poésie délicieuse, cet album nous entraîne à la recherche d’une chose infime et pourtant capitale qu’il nous faudra extirper des caprices tortueux de la mémoire. Une ode à l’amitié qu’il fait bon célébrer en regardant le temps qui passe. Si on s’écoutait, on encadrerait la moindre des pages de ce livre pour tenter de percer à jour le secret de la sublimation. Dès 3 ans.

La pièce manquante
Jean Harambat Dargaud

Fidèle à son répertoire, Harambat poursuit son incursion historique en nous offrant ici un récit campé en plein cœur du théâtre londonien des années 1700, où l’on suit une comédienne impétueuse et mordante qui cherche à s’éloigner des rôles convenus et typés pour dénicher plutôt celui dont on se souviendra longtemps, un rôle nouveau. Et s’il était possible de débusquer un manuscrit perdu du grand Shakespeare, à savoir une interprétation libre de la fable de Cardenio, écrite par Cervantès? Embarquement pour une épopée rocambolesque qui mélange intrigue, aventure, histoire et humour, et qui rend hommage à la littérature, le tout coiffé d’un dessin qui n’est pas sans rappeler la délicieuse adaptation en BD de Don Quichotte par Rob Davis.

Mourir pour la cause
Chris Oliveros Éditions Pow Pow

Encore une excellente BD provenant de chez Pow Pow! Plusieurs années avant la crise d’Octobre, le FLQ était une poignée de militants socialistes qui se battaient pour les droits des travailleurs francophones au Québec. Mourir pour la cause fait le portrait de trois personnages importants du FLQ des années 1960. Georges Schoeters, François Schirm et Pierre Vallières seront mis sous la loupe historique et raconteront eux-mêmes leur histoire et démystifieront les raisons quant à leurs agissements. En parlant à divers hommes du paysage québécois et à travers diverses entrevues et articles, l’auteur rapporte les faits directement de la source. Un bijou pour les amoureux de l’Histoire québécoise, de bandes dessinées historiques et d’histoires de complots. Au plus vite le deuxième tome!

Vikings dans la brume (t. 2) : Valhalla Akbar
Wilfrid Lupano Dargaud

Avec les frères Lupano à la barre, on peut s’attendre à du bonbon! Ils nous livrent ici une série de gags absolument marrants qui jette une lumière nouvelle sur l’histoire nordique, modelée par des valeurs contemporaines qui se heurtent joyeusement à celles de l’époque. Car, malgré les raids, les beuveries, les baffes, les rites de passage et les légendes, il y a aussi une touche de paternité et d’ouverture sur le monde entre un chef de clan intempestif et son fils paisible. Au menu : leçons de chasse puériles, thérapie de groupe, confrontation de foi lors de la prise d’un village chrétien, dur apprentissage du commerce international et diplomatie à deux sous! Oh, et un dessin craquant, tout en rondeur, qui rappelle certains irréductibles…

Rebis
Irene Marchesini Le Lombard

Martino est un enfant né albinos, au cœur d’un village en plein Moyen Âge. Superstitieux, les gens lui font la vie dure. Lui, rêveur et sensible, se réfugie dans la forêt tout près. C’est là qu’il rencontrera Viviana, elle aussi stigmatisée par la population. Avec elle, il grandira avec bienveillance et pourra s’émanciper au sein des femmes qui forment maintenant son clan. L’autrice et l’illustratrice mettent en lumière la force de la communauté et de la sororité, l’une grâce à son texte, délicat et authentique, l’autre avec des couleurs vives et son trait dynamique. Elles proposent une BD où se confrontent l’obscurantisme et la peur de l’autre à la liberté et la solidarité, nous invitant à constater combien les enjeux d’antan sont toujours actuels.

Blanche-Neige, rouge sang : Chronique vampirique
Neil Gaiman Black River

Une réinterprétation moderne du conte de Blanche-Neige, sous forme de roman graphique, qui renverse les rôles habituels, avec une gentille reine et une méchante belle-fille. La première cherche à protéger son royaume contre la seconde, une abominable créature assoiffée de sang. Un renversement qui ajoute d’intéressantes pistes de réflexion au conte original, sans pour autant le vider de sa charge symbolique. L’ensemble est superbement illustré par des planches à couper le souffle, qui rappellent presque des vitraux. L’abondance de détails et de couleurs est harmonieusement compensée par un trait bien net et défini et des couleurs en aplat, pour un résultat riche, mais non saturé. Attention : pour public averti.

Les fleurs aussi ont une saison
Camille Anseaume Delcourt

J’ai été interpellée par cette bande dessinée dès qu’elle s’est retrouvée entre mes mains. Le titre, la douceur de l’illustration et les émotions qu’elle nous promet lorsqu’on prend connaissance de ce qu’elle contient. Je n’ai pas été déçue. L’histoire nous permet de voir à quel point la vie peut nous réserver des surprises et nous faire vivre les plus grandes épreuves de notre vie entremêlées des plus grandes joies. J’ai trouvé les illustrations magnifiques et tellement en phase avec la douceur qui se dégage de l’histoire. C’est un bel éloge à la vie et à la famille. Les fleurs ont effectivement chacune leur saison, mais à mon avis, on peut se faire plaisir à découvrir cette bande dessinée à tout moment.

Bomb X (t. 1)
Vincent Brugeas Glénat

Le trio Brugeas-Toulhoat-Cossu, qui m’avait déjà enthousiasmé avec ses récits historiques Cosaques et Têtes de chien, s’est associé avec l’un des coscénaristes du récent hommage à Goldorak pour livrer le premier tome d’une très prometteuse nouvelle série de science-fiction. Nous voilà donc catapultés sur une planète hors de notre système solaire, où échouent de manière a priori aléatoire plusieurs milliers d’humains tous nés entre 1400 et 2400, happés par des orages temporels qui charrient des fragments de la Terre, bâtiments et animaux inclus. Mené à un train d’enfer, ce premier tome ne se borne pas à présenter les personnages, mais livre des pistes multiples quant aux raisons de leur présence sur cette terre nouvelle et intrigante. Gageons que le deuxième tome nous permettra de creuser davantage les tenants et aboutissants de cette prometteuse saga dont le dessin nous en met déjà plein la vue!

Les imbuvables ou comment j’ai arrêté de boire
Julia Wertz Agrume

On a découvert l’art de Julia Wertz voilà presque quinze ans, alors qu’elle publiait Whiskey & New York, son premier roman graphique. Elle y racontait son arrivée à New York en tant que jeune adulte, et la découverte de la métropole avec force d’humour et de bouteilles de whisky! Dans Les imbuvables ou comment j’ai arrêté de boire, elle revient finalement sur cette période de sa vie et les années qui suivirent, jalonnées d’un long combat contre l’alcool et l’addiction. On retrouve ici l’humour cru de Julia Wertz, qui vient illuminer le récit sans fard, profondément touchant, de son chemin vers la sobriété. Les imbuvables est le quatrième roman autobiographique de l’autrice.

Les fantômes affamés
Remy Lai Rue De Sèvres

Cette BD jeunesse m’a d’abord attiré par ses illustrations un peu sombres, puis m’a conquis avec son univers inspiré de la mythologie chinoise. Ce monde où les vivants et les morts se côtoient au quotidien est d’une richesse incroyable, autant par sa structure que par ses personnages. J’ai beaucoup apprécié July, William et l’amitié qui les unit. J’ai cependant été bien plus marqué par Heibai Wuchang, qui fait régner l’ordre dans le monde des morts. Ce personnage (parfois représenté par un seul individu, parfois par deux) est le plus effrayant du livre, mais mon préféré! Dernier point (et non le moindre) : l’intrigue est bien construite, juste assez complexe et se dévoile peu à peu. Plus de 300 pages de plaisir à ne pas manquer! Dès 10 ans.

Melody (t. 1) : Cette autre en moi
Lylian Lylian Dargaud

Les illustrations lumineuses de cette BD nous entraînent dès les premières pages dans l’histoire particulière d’une petite pianiste surdouée. C’est tout juste si on n’entend pas la musique qu’elle joue! Mais cette histoire tourne au drame quand un grave accident de la route plonge Melody dans le coma. À ce moment, son esprit voyage dans l’entre-monde où elle fera un pacte avec une dame mystérieuse qui lui permettra de revenir auprès de ses parents en échange de missions secrètes. Nous voilà happés par un premier mystère à élucider, dans lequel un curieux personnage s’ajoutera et nous fera aussitôt espérer une suite à lire très bientôt!

Petzi voyage sous terre
Thierry Capezzone Editions Caurette

Les débuts de la bande dessinée Petzi remontent aux années 1950. Cette série a marqué l’enfance de beaucoup de jeunes partout dans le monde, y compris moi. J’ai donc été ravi d’apprendre que les éditions Caurette avaient repris le flambeau de la publication de Petzi en 2020! En plus, cette nouvelle édition offre de nouveaux titres inspirés des albums originaux. Petzi voyage sous terre est le troisième inédit et contient tous les ingrédients qui font apprécier les aventures de l’ours à la salopette à pois : personnages attachants (à commencer par l’Amiral, qui a cessé la pipe!), humour naïf, immenses piles de crêpes et bricolages express, tout est là. Une série qui vieillit bien! À découvrir ou à redécouvrir! Dès 6 ans.

Blacksad (t. 7) : Alors, tout tombe – Seconde partie
Juan Diaz Canales Dargaud

2024 commence très fort sur la planète BD avec la suite tant attendue de ce diptyque du plus célèbre félin détective du 9e art. John Blacksad fera tout ce qui est en son pouvoir pour innocenter et rétablir la réputation des victimes de l’architecte Solomon, dont le gigantisme de son pont n’a d’égal que la noirceur de son jusqu’au-boutisme meurtrier. Parallèlement à l’enquête, c’est toute une critique sociétale qui transparaît à travers les cases de ce chef-d’œuvre zoomorphe. Je ne saurais que trop vous conseiller de relire la première partie afin de replacer tous les protagonistes du scénario riche et complexe élaboré par Juan Diaz Canales, aux accents de tragédie antique et de masques qui tombent jusqu’au final étourdissant. Guarnido atteint de nouveaux sommets graphiques avec des scènes tantôt époustouflantes, tantôt bouleversantes, un découpage parfait, une maîtrise de la couleur incroyable et un style éblouissant qui lorgne parfois même vers l’impressionnisme. Les bonnes choses prennent du temps, dit le dicton, les coups de maître tels que celui-ci aussi. Indispensable et ma-gis-tral.