C’est ainsi que toute une communauté a pu voir naître La petite fille en papier émeri bien avant sa publication grâce aux généreux partages de Cara Carmina sur les différentes plateformes. La créatrice, qui est illustratrice pour cet album, aime montrer ses projets en cours de réalisation sur ses pages afin de connecter concrètement avec les gens qui liront ensuite l’œuvre terminée. Pour La petite fille en papier émeri, qu’elle a choisi de représenter grâce à un ensemble de dioramas en papier, ce partage a été d’autant plus important qu’il a soutenu sa motivation devant l’ampleur de la tâche. Cette façon de partager est par ailleurs une grande source de plaisir pour Cara Carmina. « J’adore suivre le processus des autres illustrateurs en ligne lorsqu’ils créent un livre, alors j’imagine que cela suscite la même excitation et anticipation pour mes lecteurs. C’est un petit aperçu de mon travail qui ajoute quelque chose de spécial! »
Il est vrai que d’avoir suivi le processus de création de Lili à travers de multiples photos a fait en sorte qu’il y a quelque chose de particulier, de précieux, à lire l’histoire de cette héroïne atypique qui habite un bloc-notes quadrillé de la rue des Petites-Maisons-en-Papier avec ses parents, les Origami-Pointderiz. Le souci, c’est que la peau rugueuse de Lili l’empêche de manipuler les feuilles et tissus fragiles à l’instar des autres. Triste de ne pas pouvoir créer de la magie, Lili s’isole… jusqu’à ce qu’elle découvre que son pouvoir à elle est singulier, mais tout aussi merveilleux.
Alors que le texte de Pierrette Dubé parle de la différence au sein d’une famille et de l’importance de trouver sa voix tout en mettant à l’honneur une foule de matériaux et de techniques artistiques variées, les dioramas de Cara donnent magnifiquement vie à l’ensemble. Je l’aurais aimée tout de suite, Lili, grâce à la qualité du texte et à l’inventivité des illustrations, mais c’est encore mieux de lire cet album après avoir vu naître son univers.
Jocelyn Boisvert, lui, se fait plus discret sur les réseaux. L’auteur, pourtant intarissable dans les salons du livre, partage plutôt les produits finis que les processus en cours, même si ça bouillonne en permanence derrière ses yeux rieurs. Comme Enzo, celui qui a illustré avec détails et humour son dernier récit, il n’a rien laissé filtrer non plus, le premier tome de la série La bibliothèque enchantée n’a fait son apparition dans nos fils qu’à sa sortie, ce qui n’est peut-être pas plus mal pour cette fiction atypique. En effet, il aurait pu être étrange de parler de cette histoire en amont puisque c’est le genre d’aventure qui semble abracadabrante et ne pas se tenir tant qu’on n’a pas vraiment l’objet entre les mains. Et pourtant…
Il y a un véritable plaisir à parcourir cet album entre bande dessinée et roman graphique dans lequel Alice se fait aspirer, littéralement, à la page 7 de sa lecture en cours. Devenue personnage à son tour, elle trouve une ribambelle d’autres lecteurs coincés tout comme elle dans ce décor. Le seul moyen de s’extirper du livre est d’atteindre la fin, ce qui ne s’avérera pas de tout repos puisque l’on peut compter sur la présence d’un obstacle pour le moins encombrant venant corser l’affaire.
Jouant avec l’absurde ainsi qu’avec les possibilités du médium, un peu à la manière de la bande dessinée Imbattable, où le héros profite de l’agencement des cases pour se sortir des situations les plus inextricables, Le livre aspirateur amène son héroïne à jouer avec les caractéristiques de son livre et à utiliser des éléments du décor afin d’avancer dans sa quête, aidée par ses compagnons d’infortune qui, s’ils sont plus effacés en matière de moteur d’action, possèdent chacun une personnalité propre qu’on distingue dans les répliques. Inventives, les illustrations ajoutent par ailleurs une dose d’humour à l’ensemble et, s’il a été discret avant sa sortie, Le livre aspirateur apparaît maintenant sur de nombreuses photos sur les réseaux tant ses lecteurs sont emballés.
La maison d’édition Les Malins a aussi tendance à garder secret ses projets jusqu’à quelques semaines avant leur sortie. Mais le sujet d’un de leur dernier roman se retrouve partout sur nos écrans, qu’il soit question de réseaux sociaux ou de médias traditionnels : pour son premier roman, le photojournaliste Martin Tremblay nous entraîne en Ukraine avec son héros, Matias. L’adolescent est en réaction après la mort de son père, photojournaliste, et ne gère pas très bien ses émotions. Médecin intervenant partout dans le monde, sa mère profite de son renvoi de l’école secondaire pour l’amener avec elle en Ukraine et le forcer à voir le monde sous une autre facette.
Et le choc sera grand, tant pour le garçon que pour les lecteurs. L’auteur nous invite à Odessa, dans une zone plus reculée de la ligne de front, ainsi qu’à Kherson, tout près des combats, où Matias fera la rencontre d’Heidi, une jeune Ukrainienne, et de la peur, la vraie, celle qui prend aux tripes.
Abordant la réalité de la guerre actuelle, l’importance de faire circuler l’information ainsi que la réalité sur le terrain, où les espions ne sont pas toujours ceux qu’on pense, Martin Tremblay a créé en parallèle un compte Instagram au nom de son héros pour y publier des vidéos à propos de son processus de création ainsi que des photos de l’Ukraine, comme si son personnage prenait vie.
Parce que les réseaux possèdent un grand pouvoir si on sait bien les utiliser. Et quand les livres y tiennent la vedette, leur force, ensemble, n’en est que décuplée.
Photo : © Philippe Piraux












