Kristina Gauthier-Landry a un don, oui, celui de transformer les mots en autant de petits miracles. Elle arrive à dire la vie, l’amour et toutes les nuances entre les deux avec des phrases si belles qu’elles embrument les yeux. Et elle nous livre ici, dans une langue fougueuse et sublime, un récit étincelant d’amour, celui d’une femme impétueuse qui a appris à crier et à tracer son chemin grâce à cette autre femme, sa mère, plus discrète, plus effacée, qui lui a laissé toute la place et donné tout l’amour du monde pour qu’elle puisse exister, forte et libre. Cette même fille offre aujourd’hui à sa mère une voix et une histoire. Un récit d’une beauté renversante qui s’est logé en moi et que je porterai longtemps.
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Les libraires craquent
Angélique de Montbrun
C’est en rajoutant un peu de « Q » et en retournant quelques « N » qu’Angéline devient Angélique. Elle nous introduit dans son intimité (presque littéralement) à travers ses correspondances et son journal intime. La réécriture de ce classique québécois du quasi même nom nous téléporte dans un Québec du XIXe siècle drôlement avant-gardiste et dévergondé. Assez fidèle à la version originale, l’histoire est restylée de manière plus crue et provocante qui, malgré tout, cache un message féministe fort, ce qui crée un paradoxe plaisant pour le lecteur qui est immergé dans une époque où ces enjeux étaient embryonnaires. Par pitié, laissez-vous tenter par ce délicieux et juteux roman psychoérotique, vous en sortirez changé!
Le Roi-Soleil
Dre Maude Fournier, une des filles du Roi-Soleil, immense cinéaste décédé il y a une vingtaine d’années, a commis l’irréparable. Comment une femme aussi douce et réservée a-t-elle pu agir ainsi? Dr Gomez, expert psychiatre, est embauché pour se prononcer sur sa responsabilité criminelle. L’évaluation est l’occasion de comprendre les éléments qui ont mené au drame et de démontrer les limites d’une telle procédure. Parmi les sujets abordés, les rapports de pouvoir, le vedettariat, l’ego, les mensonges, les femmes autochtones assassinées ou disparues et la criminalité au féminin. Marie-Eve Cotton, elle-même psychiatre, présente dans son second roman un portrait nuancé et empathique d’une situation qui peut pourtant polariser et heurter les sensibilités, sans jamais excuser le crime commis.
Tout brûler
Dans la lignée de Surtout, ne pas faire de listes, la poète qui se fait romancière explore ici de nouvelles frontières stylistiques, mêlant harmonieusement vers et prose pour créer un texte hybride d’une rare intensité. En faisant preuve d’une détermination invincible, n’hésitant pas à aborder des thèmes délicats avec une franchise aussi douloureuse et vindicative que pertinente et nécessaire, dont le rendu se distingue par sa capacité à renverser brillamment les tabous, la plume acérée et résolue de Pesloüan trace les contours d’un univers où la vulnérabilité devient une force, et où l’audace littéraire s’impose comme un acte de résistance.
Le masque miroir
Une intelligence créative teinte l’encre du stylo de Jean-Simon DesRochers dans ce roman absolument captivant! Sous la forme de courts chapitres, tel un diaporama, l’auteur nous fait visiter la vie de Rémi Roche, un écrivain connu qui, à la suite de la découverte d’un autocollant qu’il reconnaît sur une bâtisse où il a déjà vécu, entame un pèlerinage qui se veut à la fois quête et chasse aux souvenirs. Les souvenirs que lui et Anya Moreno, un amour passionné de deux semaines en 1999, ont créés. Serait-ce un signe qu’elle est de retour après plus de vingt ans d’absence? Plus Rémi semble s’approcher de son but, plus la réalité devient trouble, et plus la ligne entre la paranoïa et la logique s’amincit. Même pour le lecteur, Rémi nous semble drôlement familier…
Dorothée et les couleuvres
Dorothée s’ennuie. Du haut de ses 11 ans, à la recherche d’inspiration dans sa ruelle sans histoire, elle s’imagine sorcière et cherche sa place dans l’univers. Entre les journées caniculaires et fiévreuses, la jeune fille trouve dans ses petites connexions à la nature, dans ses sauvetages d’insectes, la force discrète qui réside en elle. Un magnifique livre dans lequel tous les enfants de l’asphalte se reconnaîtront, loin de la campagne, mais pas moins connectés à la nature. Récit à la chronologie variable, ce bijou de prose poétique aux questions existentielles nous entraîne allègrement dans le petit monde presque magique de Dorothée.
Sur les routes : Un étrange voyage de Chicago à Alamogordo
C’est en s’inscrivant dans la lignée des grands écrivains du voyage américain que Catherine Mavrikakis, écrivaine, professeure et femme de gauche, nous amène sur les chemins sinueux d’une Amérique en questionnement. Elle-même Américano-Canadienne, elle nous transporte de pérégrination en pérégrination tout au long des routes nationales bordées de panneaux publicitaires antiavortement, d’arbres de Josué et d’american dinner. C’est au passage du temps et des paysages que l’écrivaine nous fait part de ses souvenirs et de ses réflexions sociétales : le Michigan étouffant de sa jeunesse, le mid-west désindustrialisé de JD Vance, la quasi-extinction des bisons d’Amérique, les retombées négatives des essais nucléaires du Nouveau-Mexique ou encore le lynchage homophobe du Wyoming. Ce n’est pas dans l’espoir de trouver un meilleur ailleurs qu’elle prend la route, car après Cormac McCarthy, nous en avons « enfin terminé avec l’imaginaire américain de la route et du progrès ».
Qui suis-je où vais-je
Jules Faulkner Leroux fait une entrée fracassante dans le monde littéraire avec son recueil publié aux éditions L’Interligne. Composé de treize nouvelles fascinantes, ce livre nous entraîne dans une exploration riche et nuancée des frontières entre fiction et réalité. Chaque histoire, indépendante et singulière, aborde des thèmes profonds : l’amitié, les relations humaines, les enjeux environnementaux, le passage du temps et l’influence des souvenirs sur nos existences. La plume de Leroux, à la fois sensible et incisive, insuffle une intensité unique à chaque nouvelle. Un talent littéraire en pleine ascension, à suivre absolument!
Femmes silencieuses
Dans ce premier roman, Cristina Vanciu nous plonge au cœur d’un récit révoltant qui, dans une écriture fragmentaire brutale et sans censure, révèle avec la force des mots toute la violence vécue par une jeune fille de 15 ans alors qu’elle entame une relation avec un garçon manipulateur et abuseur. Entrecroisant souvenirs d’enfance, listes et textos choquants, Femmes silencieuses critique également les rouages d’un système judiciaire brisé qui force les femmes au silence. Ce roman est une œuvre puissante et importante qui révèle, avec grande sensibilité, le récit d’une jeune femme qui refuse ce silence. C’est une lecture difficile qui se doit d’être lue et mise entre toutes les mains.
Entre l’île et la tortue
Sous la carapace pandémique, une jeune femme observe par sa fenêtre les misères criantes de l’itinérance montréalaise. Narratrice de son huis clos, elle s’évade comme elle le peut, dans les souvenirs nomades d’un récit de voyage jamais terminé auquel elle entreprend d’insuffler vie. Mais vingt ans séparent la narratrice d’aujourd’hui de celle d’alors et le présent teinte le passé alors que le corps s’acharne à trahir, jour après jour, les nécessités et les espoirs. Autofiction aboutie et profondément émouvante, Entre l’île et la tortue de la brillante Karine Rosso déjoue les lieux convenus du livre pandémique et trace les routes ambitieuses d’un livre qui dépose, au fil des pages, des mots comme des bracelets tressés à même la peau.
Dix jours
Roman honnête sur la délicate décision d’avoir recours à l’aide médicale à mourir, Dix jours de Marie Laberge offre le journal touchant d’une femme qui réfléchit à sa vie, avec ses succès et ses échecs. Cette dernière se retrouve entourée de gens qui l’aiment et qui souhaiteraient bien ébranler ses certitudes quant à sa volonté d’une mort programmée. Aux prises avec des pensées répétitives, ce qui doit être normal dans ce type de situation, cette personne en phase terminale nous amène avec elle dans la confrontation de la vérité crue de son existence et dans les adieux nécessaires, mais douloureux. Marie Laberge décrit merveilleusement bien la peur de la mort et de paraître diminué. Préférerions-nous aussi quitter la vie avec grâce?
Le straight park
Le straight park est une œuvre engagée qui atteste d’un mouvement qui a eu lieu dans un skatepark de Montréal pendant la pandémie : la communauté LGBTQ+ a, en effet, visité ce lieu tous les jeudis soir. Entrecroisant l’intime et le politique, elle témoigne à la fois des violences vécues par le narrateur, mais également du récit des skateurs et skateuses. Ce livre aborde avec une grande sensibilité l’histoire des membres de la communauté qui ont investi ce lieu grâce à des photographies qui entrecoupent le texte. Gabriel Cholette signe ici un deuxième livre brillant et puissant. À lire!
Les sentiers de neige
Ce ne sont que quelques pages de ce splendide, troublant, sensible quatrième livre de Kev Lambert qui auront suffi à m’envoûter. À la fois conte de Noël, roman d’apprentissage et tableau de jeu vidéo, Les sentiers de neige explore tant la naïveté idyllique que les méandres de l’enfance par l’entremise du personnage de Zoey, 8 ans, à l’aube des vacances des fêtes, assombries par la séparation récente de ses parents. Sa cousine Émie-Anne et ellui se lanceront, en plein réveillon, à la poursuite de Skyd, étrange créature masquée qui, sous ses allures ludiques, ne sera néanmoins en rien une quête ordinaire. Porté par une langue vive et une écriture brillante, cet ouvrage ne fait que confirmer, une fois de plus, le talent indéniable de Kev Lambert.
Quand le huard rit, je disparais
J’ai toujours aimé les histoires de maisons suspectes. Le premier roman de Pénélope Bourque, Capharnaüm, un roman jeunesse traitant subtilement de négligence parentale, ne m’avait pas déçue, avec une maison grondant de faim si sa jeune habitante ne la nourrit pas d’objets divers. J’en attendais donc beaucoup de ce deuxième roman, adressé cette fois aux adultes. Habitant une demeure dont la disposition et les dimensions changent sans cesse, Eva a l’habitude de prendre le moins de place possible. À tel point qu’elle en a oublié ce qui fait son identité. Un va-et-vient de personnes affirmant se soucier d’elle malgré ses doutes pousse Eva à lutter pour récupérer les bribes éparpillées de sa personnalité et retrouver un sens à sa vie.
L’intimité du chaos
Le soir de leurs 30 ans, Marie et Matthieu se rencontrent. Une complicité immédiate naît entre eux même s’ils semblent différents. Elle aime bourlinguer dans les recoins chaotiques de la planète avec son appareil photo pour rendre compte des inégalités et des désastres naturels, alors que lui, il préfère la sédentarité. Elle disparaît régulièrement sans préavis et il continue sa vie composée de musique et d’art visuel, sans lui mettre de pression, jusqu’à ce qu’elle revienne vers lui, son camp de base. Leur relation se développe entre autres grâce aux lettres qu’elle écrit pour lui raconter ce qu’elle vit. D’ailleurs, les mots sont très importants pour eux et ça se présente par des recherches dans le dictionnaire, des mots de passe temporaires inspirés de moments clés et surtout par des livres à propos de René Magritte. Marie et Matthieu sont intimement libres, ensemble, au présent.
Aller aux corps
Laurence Veilleux nous offre avec ce nouveau recueil une poésie beaucoup plus narrative, mais qui s’inscrit parfaitement dans l’univers cru et intime que son œuvre bâtit depuis ses débuts. L’autrice fouille la mémoire de ses morts, réincarne les rites funéraires qui ont marqué son enfance. Dans une langue où chaque mot creuse, Aller aux corps exhume les silences du passé familial et redonne la parole à celles dont les voix ont été étouffées. De tableau en tableau, l’ambiance sombre et mystérieuse nous enveloppe, les voix d’outre-tombe s’élèvent en nous et nous habitent. Et c’est grâce à la sensibilité et à la justesse de la plume de la poétesse que prend vie avec autant d’éclat ce qui aurait pu brûler dans l’oubli.
Aimer la terre
Devant l’empire technologique qui dicte désormais notre quotidien, Jean Désy se pose et se repose devant la beauté de la nature au travers d’une sélection de courts poèmes qui agissent comme un cri du cœur en faveur d’un renouement avec la terre. À mi-chemin entre le sublime burkien et celui d’Emmanuel Kant, le lecteur se voit confronté à l’expérience esthétique de son environnement, tout en étant conscient de sa puissance aussi nonchalante que destructrice; le rejet de la notion d’une humanité-déité extérieure à la nature étant nécessaire à la compréhension et à l’habitation de cet univers qui nous échappe encore. Il est essentiel de s’harmoniser, tant comme être que comme société, avec la richesse et la complexité du monde qui nous entoure pour être en mesure de vivre pleinement.
Parmi les femmes
Sept ans après la parution de son premier recueil de poésie Tu me places les yeux, Aimée Lévesque nous revient avec un livre hybride de 344 pages. Si, dans son premier recueil, elle se basait plutôt sur l’enfance et l’influence de sa grand-mère sur sa vision du monde, dans ce nouveau livre le sujet poétique s’efface pour laisser la parole à plusieurs femmes oubliées de l’histoire. « [S]i j’ai le devoir de quoi que ce soit, c’est bien celui de me taire et d’écouter. » Les langues du territoire de l’ancien Empire austro-hongrois s’assemblent dans ce voyage personnel de l’autrice pour devenir poésie, une langue qui les porte toutes. « [I]l n’en demeure pas moins que je ne suis pas historienne et que l’ambiguïté du poème me semblait le meilleur outil pour parler d’elles de la façon dont je sais le mieux parler. »
Une vie bien dormie
Conversations futiles avec des collègues. Échanges avec des amis qu’on perd lentement de vue. Faits divers qui semblent tout droit tirés de la page d’accueil de Wikipédia. Tous les éléments, pourtant d’apparence sans importance, peuvent devenir le sujet de poèmes. Rêvant parfois d’une autre vie, cet employé d’épicerie comme les autres fait poésie de sa vie modeste. Nés d’une imagination foisonnante, les poèmes portent aussi la marque d’une grande sensibilité et d’un humour pinçant. C’est une lecture qui fait rire et qui épate, par l’originalité de ses sujets et par l’universalité de réflexions qu’elle amène au lecteur. Dans ce nouveau recueil, Timothée-William Lapointe signe une ode colorée aux petites vies et aux poètes épiciers.
Jacaranda
En 2016, Gaël Faye a conquis un nombre incalculable de lecteurs avec Petit pays, qui traitait du génocide rwandais. Cette fois, dans la peau d’un adolescent français, il décortique l’après-génocide. Lors d’un voyage là-bas, quatre ans après le drame, Milan découvre un territoire dont sa mère, d’origine rwandaise, n’a jamais voulu parler. Il y retrouve un jeune que ses parents ont hébergé quelque temps à Versailles, fait la connaissance de membres de sa famille et crée des liens d’amitié. Au fil de plusieurs voyages, il sera témoin de la difficile cohabitation entre génocidaires et survivants, mais sera aussi happé par le désir de vivre de la jeunesse rwandaise et voudra s’établir là-bas. Un roman aussi émouvant que captivant. Un formidable coup de cœur!
Intermezzo
Dans Intermezzo, Sally Rooney explore la complexité des relations fraternelles à travers l’histoire de Peter et Ivan. Le roman s’ouvre après la mort de leur père alors que le deuil semble être la seule chose qui les unit. Rooney tisse graduellement les fils de leur existence, révélant les forces qui les attirent l’un vers l’autre tout en soulignant les tensions qui naissent de leurs différences. À mesure que le récit progresse, la sensation que leur collision est non seulement probable, mais nécessaire, s’intensifie. Ainsi, chaque page devient un prélude à cette confrontation tant attendue, un crescendo émotionnel qui nous invite à réfléchir sur la nature des relations humaines : parfois, il faut braver le choc pour espérer une renaissance.
L’adversaire
C’est la brutalité et la cruauté mordante du climat et des personnages qui frappent d’abord dans les premières pages de L’adversaire de Michael Crummey. Car dans les serres de Mockbeggar, sur la côte du Nord terre-neuvien, le XIXe siècle déploie ses désirs ravageurs de propriétés et de possession, tant des ressources que des êtres. Au centre de ce théâtre inhumain, mais palpitant, l’écrivain établit le noyau de son œuvre, la rivalité inépuisable entre un frère et une sœur qui ne ménageront aucun effort afin d’assurer sa domination sur l’autre. Dans un style impeccable, auquel le travail de traduction rend fort justice, l’auteur offre un roman à la maîtrise indéniable qui s’abreuve à même l’inépuisable puits de l’âme humaine.
Hotel Roma
La nostalgie n’est jamais bien loin dans les bouquins de Pierre Adrian. Il l’a d’abord joliment abordée dans son précédent livre Que reviennent ceux qui sont loin, en revisitant un lieu précis de son enfance. Avec Hotel Roma, il continue son travail de terrain et part en Italie sur les traces de Cesare Pavese. C’est dans cet hôtel de Turin que l’écrivain a commis « le geste » et s’est enlevé la vie en 1950. Habité par les déceptions amoureuses et hanté par le fascisme italien, Pavese n’a jamais été capable d’embrasser le projet de vivre et de vaincre un trouble dépressif majeur. Adrian enquête, s’imprègne et s’empare du sujet en le faisant résonner avec ses propres questionnements. Son livre est un bel hommage, un portrait sensible et passionné d’un homme taciturne et sauvage à l’excès. Il y a quelque chose de relatif à la mélancolie chez Adrian, jamais véritablement à l’aise chez ses contemporains, il rêvasse plutôt d’un autre temps en noir et blanc. Sa solitude existentielle trouve écho auprès des éminents personnages du passé. À seulement 33 ans, il est assurément la « vieille âme » de la collection « Blanche »!
Les merveilles
Viola Ardone nous entraîne au cœur d’un asile psychiatrique italien des années 1980. Elba, née à l’asile, grandit parmi des femmes enfermées pour cause d’extravagance, d’infidélité ou même d’homosexualité. L’adolescente tient un journal dans lequel elle consigne ses observations et crée de nouvelles maladies. « Le jeunot », nouveau médecin qui veut abolir les hôpitaux psychiatriques, arrive et deviendra son allié. Par le regard naïf et humoristique d’Elba sur sa réalité, l’autrice allège l’atmosphère lourde causée par les méthodes utilisées : électrochocs, camisole, abrutissement chimique. Roman d’un amour fusionnel mère-fille, d’une quête de liberté et du témoignage d’une époque pas si lointaine, Les merveilles ne laisse personne indifférent.
La librairie disparue
Dans ce livre, on se retrouve en 1920 et à notre époque à la fois. À Dublin, Henry est à la recherche d’une librairie disparue et d’un certain sens à son existence. On suit également Opaline tout au long de sa vie. Finalement, nous accompagnons Martha qui fuit une relation de couple difficile et qui découvre une touche de magie dans son nouvel emploi. Comment ces trois personnages sont-ils reliés? Où se trouve la fameuse librairie? Emily Brontë a-t-elle vraiment un roman non publié? Un roman tellement complet et captivant! On y retrouve une touche d’histoire, de féminisme, d’amour et un suspense qui nous donne envie de tourner les pages bien rapidement!
Confidences tunisiennes
On connaît Marie Nimier pour avoir fait du secret d’autrui un matériau d’écriture (Les confidences, 2019). Celle qui a recueilli, les yeux bandés, les confidences d’inconnus dans un appartement de Nantes récidive maintenant en Tunisie. Elle continue son travail d’écoute et, en fine psychologue littéraire, elle récolte tout ce qui compose l’essentiel de l’existence humaine. Il y a dans les secrets et les non-dits une vérité immatérielle qui dit beaucoup d’un peuple. Jamais bien loin des tabous et des fantasmes, les précieux témoignages anonymisés sont le reflet d’un pays où « rien n’a changé depuis la chute de Ben Ali ». Pour certains, la modernité se résume à fumer des cigarettes en picolant à l’apéro, alors que d’autres espèrent plutôt une réelle refonte des mœurs de la société. Il y a aussi de la fantaisie dans les Confidences tunisiennes, de la révolte éclairante et des personnages d’une poésie brute. Ces portraits intimes touchent à l’universel et je me rappellerai longtemps ces rencontres, comme si j’avais intégré à ma mémoire leurs puissants souvenirs.
Jour de ressac
Lorsqu’un appel d’un policier du Havre l’oblige à arpenter sa plage rocailleuse afin d’identifier un corps, la narratrice de Jour de ressac se voit contrainte de renouer avec des lieux et des souvenirs qu’elle avait pourtant choisi de laisser derrière. Mais le passé, matrice du présent, s’insinue comme l’air salin du large et ramène inlassablement autour de l’héroïne son lot d’images, de voix, d’évocations qui racontent, enfin, le récit de ces histoires qui n’ont cessé de l’habiter. Fascinante, précise, l’écriture de Maylis de Kerangal captive dans ce roman à l’atmosphère obsédante par son sens irrésistible du mystère, mais surtout, par sa capacité remarquable à nous entraîner là où on ne l’attendait pas, pour notre plus grand bonheur.
Les guerriers de l’hiver
De ce nouveau roman d’Olivier Norek, on ressort sous le choc, en se demandant pourquoi on n’a jamais entendu parler de cette Guerre d’hiver, en novembre 1939, quand l’URSS de Staline a voulu s’emparer de la petite Finlande voisine. Oui, Norek délaisse le polar cette fois pour raconter, à hauteur de personnages réels, cette invasion impitoyable et sanguinaire qui a engendré un véritable héros national finlandais, Simo Häyhä, un sniper hors pair, surnommé la Mort blanche par les envahisseurs. Se basant sur des faits historiques, l’auteur livre un roman où s’enchaînent les épisodes de violence et de bravoure pendant un hiver finlandais particulièrement rude. Un récit difficile à oublier où le parallèle avec l’actualité en Ukraine saute aux yeux!
Bien-être
Nathan Hill repousse ici les limites du roman social en élaborant un portrait ultra-lucide de l’inexorable entropie qui façonne subrepticement les individus et les collectivités. Hill parvient à traduire le passage du temps sur les idées et les corps avec autant de talent qu’un maître comme Ian McEwan. Débutant comme une grande et belle histoire d’amour, avec tout ce que cela suppose d’émerveillement et de poésie, les habiles allers-retours temporels du récit ne vont pas tarder à modifier notre perception du coup de foudre initial, alternant de façon virtuose les perspectives. Dense et pourtant impossible à lâcher, Bien-être se traverse à grand rythme tout en ne s’empêchant pas de traiter en substance de sujets scientifiques et philosophiques.
Célèbre
Avec Célèbre, Maud Ventura réussit de nouveau à nous envoûter avec un personnage principal antipathique. Depuis son enfance, Cléo considère que la célébrité lui est due. Elle abolit donc tous les obstacles sur son chemin, peu importe les victimes collatérales, et comment elle doit y parvenir. Sans surprise pour Cléo, elle devient une vedette mondiale de la chanson et ne laisse personne ternir son étoile au firmament. Narcissique, la jeune femme ne ressent pas d’émotions d’attachement ni de gratitude. Jusqu’où ira-t-elle dans son égoïsme et son insensibilité? Et comment réagiront les gens qui l’entourent? Maud Ventura nous tient en haleine et attise notre curiosité morbide pour ce personnage extrême. Ce plaisir à aimer détester un individu déplaisant!
Pour Britney
Effectuant des parallèles entre Britney Spears et Nelly Arcan et le traitement médiatique qu’elles ont subi, Louise Chennevière s’insurge contre la misogynie et les diktats imposés aux femmes dans une langue sans compromis, assumée et directe, marquée par une urgence de dire. En effet, les points et les virgules se font plus rares, créant un rythme dynamique qui pousse le lecteur à s’inviter dans la révolte de l’autrice et à y plonger tête première. Pour Britney est une lecture que nous pouvons assurément qualifier de « coup-de-poing », puisque sa force réside dans le fait de pouvoir à la fois parler de l’expérience de deux personnalités connues, mais également d’effectuer des liens avec le vécu de toutes les femmes.
Le club des enfants perdus
Deux voix se répondent, au fil de ce puissant roman. Un père, Armand, qui aime sa fille de tout son être et Miranda, sa fille, qui ne dit pas tout à son père. Le premier croit tout savoir à propos de la deuxième, alors que celle-ci lui échappe totalement, au point qu’il ignore que Miranda est en train de se perdre. En proie à des manifestations surnaturelles, confrontée à l’histoire de sa famille maternelle, Miranda est irrémédiablement résolue au silence. Intrépide jeune femme vivant dans l’ombre de ses parents comédiens de grande réputation, elle apprend à se fabriquer une identité dans leur ombre, tout en essayant de demeurer elle-même. Sous la plume de Rebecca Lighieri, nous sommes entraînés dans un récit d’une vraisemblance hallucinante et d’une lucidité hypnotique.
Madeleine et moi
Dans ce récit fascinant, suivez l’artiste multidisciplinaire dans sa découverte de l’œuvre du peintre québécois Ozias Leduc. Principalement connu pour son art religieux, qu’on retrouve encore aujourd’hui dans quelques-unes de nos églises, Leduc a peint une Madeleine repentante qui va complètement bouleverser Marc Séguin. Ce dernier tentera de recréer dans ses propres toiles l’émotion pure et mystique de ce tableau désarmant. Cette quête est aussi parsemée de nombreux éléments méconnus de notre histoire artistique qui piqueront assurément votre curiosité, et vous donneront envie de visiter les églises québécoises avec un tout autre regard. Ouvrez l’œil puisque le sacré, la sensualité et la beauté sont intimement liés!
Montréal hanté : La mémoire macabre d’une cité victorienne
Dans Montréal hanté, Pierre-Luc Baril nous propose une incursion dans le lugubre et le mystérieux de la métropole au XIXe siècle, en faisant « face à un passé tantôt triste, parfois macabre, très souvent fascinant ». On est loin ici de la longue suite d’anecdotiques histoires de fantômes, et c’est la grande qualité de ce recueil. On y aborde les premières œuvres littéraires fantastiques du Canada français, les différentes épidémies ayant frappé la ville à l’époque, et même l’exécution des Patriotes. Le tout accompagné d’une recherche historique bien documentée. Bref, on réussit à sortir de la formule connue, ce qui devrait faire le bonheur des amateurs du genre.
101 perles méconnues d’Europe
Des lieux d’arts et d’histoire aux endroits où il fait bon vivre, en passant par des trésors médiévaux et antiques, sans oublier des paradis secrets et des joyaux insolites et étonnants : ce livre est un véritable rêve pour le voyageur qui souhaite réellement explorer les lieux inconnus du touriste moyen. Chaque perle est accompagnée d’un conseil pratique pour faciliter et agrémenter son voyage. Il ne manque plus qu’à plier bagage et à partir à la découverte d’une Europe méconnue.
Churchill et Roosevelt à Québec : Grande et petite histoires des conférences de 1943 et de 1944
En août 1943 et en septembre 1944, pendant la Seconde Guerre mondiale, Québec est un lieu où se rencontrent le président américain, Franklin Delano Roosevelt, et le premier ministre de Grande-Bretagne, Winston Spencer Churchill, ainsi que leurs équipes respectives. La plupart des clients du Château Frontenac doivent évacuer les lieux pour laisser place à ces réunions. La censure qui opérait à l’époque n’a plus lieu, engendrant ainsi la déclassification de documents ultra-secrets et la publication des mémoires de certains participants, ce qui permet à cet ouvrage d’être remarquablement documenté. Les courts chapitres et les photos rythment les informations transmises et permettent d’intéresser un large public aux événements qui se sont déroulés dans le salon rose de l’hôtel le plus photographié au monde.
Helen McNicoll (édition bilingue)
J’adore les musées, sans eux, nous ne connaîtrions pas ce qui se crée dans les différents domaines de l’art, comme cette rétrospective de l’œuvre de Helen McNicoll (1879-1915), peintre impressionniste issue de la bourgeoisie montréalaise, sourde dès l’âge de 2 ans, ayant suivi des cours avec William Brymner à l’Art Association of Montreal en 1899, à l’époque où ce choix de carrière n’était pas courant chez les femmes. Son père, président du Chemin de fer Canadien Pacifique, a permis à McNicoll de voyager à travers le monde et d’étudier à Londres. Ce catalogue composé de quatre textes d’un collectif de spécialistes de l’art et de reproduction des toiles représente bien la technique de McNicoll reflétant de la douceur, du mouvement, de la lumière. À lire et à voir au Musée national des beaux-arts du Québec jusqu’au 5 janvier 2025.
Fabuleuse Floride
On s’imagine parfois la Floride comme une plage de sable infinie, idéale pour échapper au froid hivernal du Québec. Pourtant, l’État ensoleillé a bien plus à offrir que ça! Fabuleuse Floride vous amène à la découverte de sa riche histoire, de ses nombreux musées, de ses incontournables parcs thématiques Disney, Universal et les autres, sans oublier le Kennedy Space Center au Cape Canaveral où vous pourrez peut-être assister au lancement d’une vraie fusée… Que l’on parte pour la première ou pour la huitième fois, que l’on préfère le sport, l’architecture, la nature ou bien la plage, tout de même incontournable, Fabuleuse Floride entraîne le voyageur de découverte en découverte!
Fabuleux Panamá
Si vous commencez juste à planifier votre voyage dans ce pays, Fabuleux Panamá est fait pour vous! Vous y trouverez toutes les attractions principales à voir au Panamá ainsi qu’une sélection de coups de cœur présentée par région. Une thématique en particulier, telle que la faune, la flore, les randonnées ou les plus belles plages, vous fait envie? Un sommaire regroupant les meilleures expériences autour de ces sujets et d’autres encore vous attend. Un portrait qui présente l’histoire du Panamá, sa politique, sa géographie et son climat vous aidera également à vous laisser séduire par une escapade dans cette contrée. L’hiver arrive au Canada et avec lui l’envie de voyager au soleil!
Ta langue!
Les éditions Le Robert Québec ont eu la chouette idée de confier à David Goudreault la direction de cet ouvrage qui fait la part belle à notre langue qui a bien besoin de se faire chanter ses louanges. Malmenée parce que sans doute mal aimée, la langue québécoise possède pourtant sa propre identité, sa musique bien à elle. On dit qu’elle s’étiole à cause d’autrui alors que nous la sacrifions nous-mêmes en ne prenant pas le temps de l’amadouer, son orthographe comme son histoire. Les textes d’Edith Butler, Maya Cousineau Mollen, Michel Tremblay, Marie-France Bazzo, Stéphan Bureau, Rachida Azdouz et Frédéric Lacroix, notamment, nous racontent cette langue de multiples façons, toutes pertinentes et lucides, afin de cultiver notre fierté.
T’es belle pour ton âge : Réflexions sur le poids, l’alimentation et le droit de vieillir en paix
Quelle lecture rafraîchissante! Comme je suis dans la même tranche d’âge que l’autrice, elle m’a réconciliée avec la peur de vieillir, l’impératif de paraître le plus jeune possible et l’obsession du poids. Karine Gravel met en perspective les diktats sociaux et les normes de beauté imposées surtout pour les femmes. Un passage m’a particulièrement marquée. Un homme lui a dit : « T’es belle pour ton âge. » Karine lui a répondu : « Je dois avoir l’air de quoi pour mon âge? » Une réplique des plus savoureuses… Le livre se découpe en courts chapitres qui parcourent l’alimentation, le poids et les régimes, l’âgisme, la ménopause et les changements corporels qui y sont rattachés. Jamais moralisateur, le discours est décomplexé, libérateur et parsemé d’humour. Un ouvrage parfait pour se permettre de vieillir en paix!
Le cycle de Syffe (t. 4) : La maison des veilleurs
L’attente décuple le plaisir de prolonger les aventures légendaires de Syffe, l’un des héros les plus intéressants de la fantasy francophone contemporaine. Plus ça va, plus le cycle se fait ample, délaissant le brouillard de l’enfance pour s’affirmer dans toute la terrifiante potentialité du libre arbitre, boussole ô combien souvent défaillante en cette forêt d’intérêts s’opposant dans un relativisme à s’en froisser le catéchisme. C’est peut-être là la plus grande réussite des mondes proposés par Dewdney, toujours multifacettes, les renversements de perspective filant le vertige à force d’explorer les versants infinis de l’apeirogon. Vendons la mèche et disons que Dewdney s’est encore surpassé et que ce tome pourrait bien être le meilleur!
Les enquêtes de Mackenzie (t. 2) : La nuit de ta disparition
C’est dans ce deuxième tome de la série Les enquêtes de Mackenzie que nous retrouvons la célèbre podcasteuse de true crime. Cette fois-ci, alors qu’elle apprend de bouleversantes déclarations sur le suicide de sa mère, Mackenzie décide de se rendre chez sa tante à Sainte-Marie-de-Beauce afin d’éclairer la situation. Là-bas, Mackenzie est, sans le vouloir, rapidement associée à une affaire. En effet, à la suite d’une soirée passée dans les bois, Florence Fortin, la copine d’une star de hockey professionnel, disparaît mystérieusement. Plongez sans hésitation dans le paranormal et les péripéties plus fascinantes les unes que les autres. Une lecture qui réveille l’enquêteur en nous et qui nous garde sur le qui-vive jusqu’à la toute fin.
Les enfants loups
Dans le hameau de Jakobsleiter, en haut d’une colline, vit une communauté isolée d’anabaptistes qui y ont jadis élu domicile pour échapper aux persécutions. Les liens avec le village le plus proche sont réduits au minimum. Outre des achats au magasin de l’endroit, seuls deux adolescents y vont à l’école, sujets aux brimades des autres élèves. La jeune Rebekka, 16 ans, en a assez de cette vie et rêve de s’enfuir en ville… Aussi, le jour où elle disparaît, peu de gens soupçonnent un crime, sauf peut-être Smilla, jeune stagiaire au journal régional, dont la meilleure amie a aussi disparu dans cette région dix ans plus tôt. Quand une autre jeune femme devient introuvable à son tour, la police n’a plus le choix… Une intrigue vraiment captivante!
Les possédées
Un livre envoûtant qui vous suivra longtemps après votre lecture! Gothique à souhait, Les possédées suit l’histoire de Rose, hantée par un esprit compagnon qui la suit partout où elle va. Alors qu’elle est forcée de conduire des séances de spiritisme où la réalité et le spectacle se mélangent, l’univers de la jeune fille bascule quand elle rencontre Agnès, une veuve qui cherche de la compagnie. Quand Rose est amenée dans une demeure isolée, le récit se transforme en huis clos où le lecteur se retrouve dans un monde où la sensualité et la folie s’entremêlent et où les frontières entre le surnaturel et le rationnel sont incroyablement floues. Clairement inspiré par les maîtres de l’horreur et du suspense, ce premier roman de l’autrice néerlandaise est remarquable!
Bad Cree
Marquée par la mort de sa kukum, Mackenzie a préféré fuir sa famille. Elle n’y est même pas revenue au décès de sa sœur. Lorsque des corneilles commencent à la suivre partout et qu’elle se met à faire d’étranges rêves où la frontière avec la réalité est mince, elle revient chez elle, dans ce clan blessé par son comportement, mais prêt à l’aider afin de comprendre les messages qu’elle reçoit. À mi-chemin entre le réalisme magique et le roman d’anticipation, Bad Cree est une histoire captivante, qui s’attarde aux liens familiaux ainsi qu’à la transmission des savoirs et des sagesses. Finaliste dans sa version originale pour plusieurs prix littéraires, cette œuvre est à découvrir pour la plume enlevante et le fameux talent de conteuse de son autrice.
Le crime du garçon exquis
Le voici où il rêvait d’être, Matthew Callwood : dans les tranchées de la Première Guerre, en Belgique, à combattre les Allemands. Mais alors qu’il pense en avoir fini avec sa brève carrière de policier, un général le convoque : un jeune soldat canadien est accusé d’avoir tué un militaire français. L’officier veut une enquête rapide afin d’amasser des preuves de culpabilité. Pas question de l’innocenter! Le but : pouvoir exécuter au plus vite l’accusé, lui qui venait de quitter un bordel fréquenté par des homosexuels… Mais Callwood comprend vite qu’il y a bien plus qu’une affaire de mœurs dans cette sordide affaire, ce qui le mènera bien plus loin que prévu… Ronald Lavallée signe un formidable nouveau polar, avec une finale à couper le souffle!
Norferville
Dans le nord du Québec, une jeune Française est retrouvée sans vie, massacrée et abandonnée sur un chemin isolé, presque nue en plein hiver glacial. Arrivent de Baie-Comeau la lieutenante Léonie et ses secrets ainsi que Teddy, un criminologue de Lyon, père de la victime. Sur place le sergent Liotta ne souhaite que fermer le dossier, mais plus l’enquête avance et plus le mystère s’élargit. Sur ce vaste territoire partagé entre les Blancs et les Innus, personne ne vous entend crier. Le froid mordant peut vite vous anéantir. Ce suspense rempli de détails historiques nous tient en haleine dès l’embarquement en train, de Sept-Îles vers… Schefferville?
Tout le monde dans ce train est suspect
Bien des raisons nous motivent à embarquer dans cet Orient Express reboosté à l’australienne, ne serait-ce que pour sa fine ironie, les surprises qui s’y dissimulent et ses astucieux détournements des règles du roman policier. Sept écrivains, des participants à un festival littéraire, chacun spécialiste dans un domaine du récit à enquête, montent dans un train. Cinq d’entre eux en sortiront vivants. Ernest Cunningham, se sentant un imposteur parmi ces talentueux gens de lettres, s’aperçoit alors qu’il est là pour jouer au détective, établir des listes de suspects. Mais comment résoudre des meurtres alors que tous ces auteurs connaissent les recettes du crime parfait? Il y a de tout, dans ce désopilant récit, pour enthousiasmer les fervents de thrillers : du médico-légal, du psychologique, du juridique, et même de la romance, des scènes d’action et un dénouement spectaculaire. Benjamin Stevenson injecte une dose bienvenue de bouffonnerie corrosive au roman à énigmes.
Les fauteurs d’ordre
La récente et insidieuse montée de l’extrême droite aura au moins eu ceci de bon en faisant sortir Jaworski de ses gonds, jetant la réserve aux orties pour faire face à la haine et à ses affidés comme il se doit, bien campé sur ses pattes et les yeux dans les yeux. Mieux qu’un pamphlet véhément, l’état délétère des lieux a inspiré à Jaworski ce conte satyrique, joyau chatoyant sombrement sur les lumières factices qui ne manquent pas d’illuminer l’enthousiasme des crédules. Plongez dans cette inquisition menée sans vergogne par un fonctionnaire de l’abjection se livrant aux plaisirs de la purge, du bon vieux bouc émissaire et des joies hurlantes du chevalet avant que les aléas du sort ne lui fassent goûter sa propre médecine.
Il ne se passe jamais rien ici
Huis clos policier dans un petit village au bord du lac d’Annecy. Fanny, aimée de tous, est retrouvée morte sous les falaises du Roc. Antoine, ex de la victime, fragile psychologiquement et vivotant de mille et un petits boulots, est vite pointé du doigt. S’ensuit une enquête où tous, membres de la famille d’Antoine et amis, sont interrogés et suspectés de la mort de la femme. Les langues se délient, les rumeurs envahissent le village; voici un roman choral « noir » où chacun y va avec ses vérités, ses rancœurs, ses non-dits. Un livre qui parle d’amour, de trahison, de l’usure du temps et des secrets de familles tus. Du Olivier Adam où l’humain est au centre des préoccupations. Il ne se passe pas toujours rien dans ces petits villages pittoresques.
La mort de tante Dimity (t. 1)
Ce premier livre d’une série introduit le personnage de Lori Shepherd, qui apprend le décès de sa tante. Ce cosy mystery est à la fois intrigant et réconfortant à lire. J’ai adoré connaître les aventures de cette Dimity et découvrir son passé. Le thème paranormal ajoute un charme à l’affaire et rend la trame du récit encore plus fascinante. Les personnages sont attachants et j’ai aimé suivre Lori et Bill alors qu’ils travaillent à faire une compilation des histoires de Dimity. Je le conseille si vous cherchez une lecture légère. J’ai hâte de me plonger dans le deuxième tome!
Une histoire du Légendes & Lattes (t. 2) : Sagas & sable d’os
Vingt ans avant les événements du premier tome, Légendes & Lattes, la jeune Viv se laisse emporter par son sang chaud et est blessée au combat. Obligée d’arrêter l’aventure pour se remettre de sa blessure, Viv passe ses journées dans une librairie, où elle développe une surprenante amitié avec le propriétaire excentrique. Mais alors que quelqu’un menace ses nouveaux amis, Viv doit faire ce qu’il faut pour les protéger. Ce deuxième livre est une lecture aussi amusante que réconfortante, à l’image du premier tome de la série. Par ses personnages attachants et les péripéties qui se déroulent entre les pages de son roman, Travis Baldree détient une formule bien maîtrisée qui empêche le lecteur de déposer le livre avant la fin de la dernière page.
Overcity
Quand les habitants de Montréal commencent à disparaître, on découvre l’existence d’une ville fantastique : Overcity, reflet de Montréal dans l’inconscient collectif. Là-bas, chacun correspond à l’image qu’il projette. Mais un important homme d’affaires cherche à modeler la ville à son avantage. À travers le destin d’un pompier conjoint d’une star, d’un assistant ambitieux et d’une fille que tout le monde ignore, l’auteur livre une formidable réflexion sur l’impression que l’on veut renvoyer aux autres, au risque de s’y perdre, et sur la manipulation de l’opinion publique par des intérêts privés. Un bon cru de fantasy urbaine, porté par une histoire captivante et des personnages nuancés.
L’irréparable
Eugène Rolland, professeur blanc, sexagénaire, homosexuel, amer et dépassé par son époque vit mal son apparente mise au rancart par la nouvelle directrice de département au profit d’une jeune et mystérieuse collègue militante, sur laquelle il enquêtera, flairant une injustice flagrante à son endroit. Succomber aux sirènes faciles des courants antiwokes et conspirationnistes ou renouer avec l’écoute et la bienveillance pour s’ouvrir aux nouvelles réalités et amours, telle sera la question cruciale au cœur de ce roman stimulant à la rédaction savante et élégante, non dénuée d’humour parfois grinçant.
Le plus petit sauveur du monde (t. 2) : Florent passe à l’action
Cette suite inattendue d’une de mes lectures jeunesse favorites inclut toute la vulnérabilité, le désespoir et la douceur que le premier volume a su brillamment transmettre de manière sensible. On y retrouve Florent, un adolescent passionné qui devient un leader militant écologique au sein de son entourage. Il est attendrissant de le voir chercher et trouver différentes méthodes pour créer un monde plus vert dans lequel sa jeune sœur pourra s’épanouir. Cependant, il devra faire face aux obstacles qu’entraîne le changement. C’est avec un texte sincère et des illustrations apaisantes que cet album nous sensibilise à la problématique environnementale en proposant des gestes spécifiques que nous pouvons tous appliquer au quotidien. Dès 7 ans.
Bonjour, mon cœur
Depuis que son cœur s’est emballé pendant le concert de fin d’année, Bernadette redoute d’être atteinte d’une maladie cardiaque. Elle se rend pour l’été à Kamouraska en compagnie de ses parents et de ses craintes où elle s’affranchira doucement des limites de l’enfance. Loin de sa meilleure amie, accompagnée de nouvelles amitiés, elle se découvre un désir d’autonomie et de liberté qu’elle explore en s’assurant qu’il ne vient pas accélérer exagérément son pouls. Dans son premier roman jeunesse, Fanny Britt décrit avec finesse et poésie la complexité du passage à l’adolescence. Elle traite avec délicatesse de l’anxiété tout en effleurant d’autres problématiques humaines et sociales sans tomber dans le piège de l’évidence et de la morale. Dès 14 ans.
Le fantôme qui voulait exister
Le Grand Nulle Part abrite tout ce qui n’existe pas encore dans le monde réel. Seulement, dès qu’une chose est inventée, elle disparaît du royaume de l’inexistence dans un simple « pouf » pour ne plus jamais y revenir. Après avoir accumulé nombre de pertes, le fantôme craque. Il veut lui aussi exister afin de retrouver ce qu’il a tant aimé. Il devra par conséquent relever trois défis que lui imposera la reine Monique XVI avant de voir son souhait se réaliser. Le regretté François Blais offre un album qui amalgame intelligemment imaginaire, humour et sensibilité que parvient brillamment à illustrer Iris Boudreau. Il nous rappelle de profiter de la vie qui nous est confiée et de tout ce qui la compose avec avidité. Dès 5 ans.
Le jour de la réglisse à la barbe à papa/Le jour de la réglisse à l’air féroce
C’est aujourd’hui que sera mise en vente la réglisse à la barbe à papa. Tous les enfants du quartier doivent se dépêcher, car la sucrerie se fait rare. Si Juliette compte bien être la première à arriver à la Confiserie Rose Bonbon, elle devra se mesurer à de rudes adversaires parmi lesquels se compte le plus terrible de tous, Mateo. Elle empruntera des détours où des obstacles aussi farfelus qu’imprévisibles ralentiront sa course. Et si, finalement, un vent empêchait les enfants de goûter à la fameuse réglisse et venait transformer le récit? En s’amusant à faire virevolter l’histoire, Pierrette Dubé offre au lectorat un album tête-bêche où peuvent se lire deux récits au rythme effréné qui conjuguent parfaitement aventure et absurdité. Dès 6 ans.
Un été de papier
Arthur passe l’été en solo puisque ses amis, avec qui il s’est chicané, sont au camp. Curieux, il décide de parcourir les environs avec son vélo comme moyen de transport, des bonbons en vrac pour carburant et un carnet pour cartographier le territoire et noter ses observations. Lors d’une de ses promenades, il se demande s’il a bien vu : serait-ce un écureuil en papier? Pendant ce même été, des enfants du village voisin disparaissent, ce qui inquiète plusieurs personnes, dont sa mère et lui. L’explorateur qu’il est doit redoubler de prudence, même s’il est intrigué par ce qu’il semble avoir aperçu. Heureusement, il peut compter sur les jumelles qu’il emprunte à sa mère et sur Julie, une nouvelle amie, pour éclaircir le mystérieux monde d’origami et de magie qui se cache dans la forêt. Dès 9 ans.
L’affaire Buddy Bussières
L’affaire Buddy Bussières, c’est un nom de code utilisé par les jeunes qui fréquentent le club d’impro de l’école. Mais à quoi font-ils référence exactement? Tout débute avec la disparition d’Oscar, le squelette du cours de sciences. Alors qu’il s’est volatilisé du jour au lendemain, son absence cause l’émoi dans les corridors. Déterminée à trouver le coupable, la directrice adjointe de l’école prend l’enquête en main en interrogeant plusieurs témoins, qu’ils soient élèves ou membres du personnel. Chaque fois que la détective en herbe progresse, les enfants doivent mettre au point de nouvelles versions des faits. Parfait pour initier les jeunes au genre policier, ce court roman est un véritable bonbon. Attention de ne pas feuilleter les dernières pages si vous ne voulez pas de divulgâcheurs! Dès 9 ans.
Je suis un dragon!
Être un dragon n’est pas de tout repos… Surtout lorsque les grenouilles avec lesquelles on barbote dans une (grosse! très grosse!) mare par un beau jour ensoleillé s’acharnent, contre tout bon sens, à nous considérer comme l’une des leurs. C’est le drame identitaire que vit notre héros à écailles dans l’hilarant et génial album Je suis un dragon!. Utilisant judicieusement l’arme irrésistible qu’est l’humour, Sabina Hahn aborde avec beaucoup de doigté et d’intelligence les thèmes de la vérité et du décervelage, des questions profondément actuelles. D’ailleurs, il n’est jamais trop tôt pour affronter ces questions, tels les dragons enflammés que nous sommes! Dès 3 ans.
Le bunker de la peur
On est heureux de voir Auzou Québec se lancer dans l’épouvante jeunesse, puisqu’il s’agit d’un genre qui contribue au plaisir de lecture de nombreux jeunes, autant à l’école qu’en bibliothèque. Dans Le bunker de la peur, Carolyn Chouinard part d’un lieu réel parfait pour son intrigue: l’ancienne base militaire canadienne désaffectée du Mont-Radar. On y suit ici un groupe d’adolescents cherchant à empêcher un étrange promoteur de raser l’entièreté du domaine et sa forêt pour en faire une station de ski. Mais plus ils cherchent, et plus d’étranges phénomènes se produisent autour d’eux… Ça se lit d’un trait! On a maintenant hâte de voir quels autres titres cette nouvelle collection nous réserve. Dès 10 ans.
Milo le chevalier
Milo est un chevalier, comme son père l’était, tout comme le père de celui-ci l’a été avant lui. C’est une tradition qui se doit d’être perpétuée sans trop se poser de questions : leur rôle est de protéger la colonie d’éventuels dragons. Milo aimerait tant enlever son armure et se reposer un brin, tout comme les fous du roi! Un jour, il pleut tellement que l’armure de Milo rouille : cet événement viendra remettre en doute sa conception des responsabilités et du devoir. Un superbe album abordant des questions universelles telles que la quête de soi, le souci de plaire et l’identité. Les magnifiques illustrations, réalisées aux crayons de bois, ne sont pas sans rappeler les enluminures du Moyen Âge, ajoutant beaucoup d’originalité à l’histoire. Dès 4 ans.
Les jumeaux Crochemort (t. 2): Possession
Il n’y a pas de place pour les vivants au manoir Crochemort. Dans ce deuxième tome encore plus glauque que le premier, le manoir montre sa vraie nature aux lecteurs. Envahi par des visions toujours plus effrayantes, Oriel cache un secret concernant l’entité qui se cache dans la tête de sa jumelle, qu’il soupçonne être responsable d’un crime sanglant. Par ailleurs, il cherche à comprendre la nouvelle attitude protectrice de leur grand-père envers Silence. Est-ce que ça aurait à voir avec ce qui hante cette dernière? Mais tout n’est pas noir pour les jumeaux. De nouveaux sympathisants se joignent à eux face à l’animosité des habitants de Whisper Town envers Silence. Dès 12 ans.
Chroniques de Molochville (t. 2)
Quelques mois après les événements qui ont secoué la municipalité de Molochville à l’Halloween, le mal semble toujours planer sur les lieux. Malgré l’apparente stabilité, les jeunes sont toujours confrontés avec agacement au couvre-feu mis en place par les autorités. Ils aimeraient retrouver une vie normale, mais à quel prix? On retrouve avec bonheur le collectif d’auteurs qui nous avait ravis dans le premier opus des Chroniques de Molochville. Les nouvelles abordent différents types d’horreur avec beaucoup de savoir-faire. Qu’il s’agisse d’un camion de crème glacée hanté, d’un jeune psychotique (ou pas?) ou d’une mère abusive, chaque histoire tient le lecteur en haleine jusqu’au bout. À lire, même si l’Halloween est passée! Dès 14 ans.
Alma (t. 3): La liberté
Il s’agit certainement du cycle le plus grave de Timothée de Fombelle, celui s’adressant aussi à un public plus mature que celui conquis par Tobie Lolness et Vango. Dans ce tome, les trames se multiplient et se complexifient, exigeant plus d’attention de ses lecteurs et lectrices. Aboutissant en pleine Révolution française, nos protagonistes contemplent la prise de la Bastille, s’impliquent dans la lutte abolitionniste, recherchent les proches perdus, traquent les scélérats pour obtenir vengeance et partent en quête d’émancipation. Le conteur et son illustrateur François Place sont ici encore en symbiose totale, refermant avec style, finesse et délicatesse ce périlleux exercice qui restera dans les annales de la littérature pour jeunes adultes! Dès 11 ans.
L’année où je suis sortie de mon aquarium
J’ai commencé ce livre en pensant qu’il s’agissait d’une petite lecture légère et j’ai été agréablement surprise. Oui le ton est léger, jeune et moderne, mais les sujets abordés sont profonds et c’est ce qui en fait selon moi un excellent roman pour ados! On rencontre Raphaëlle, 17 ans, qui décide de devenir fille au pair à Londres pour améliorer son anglais. C’est du moins ce qu’elle se dit, mais elle cherche aussi à s’éloigner de sa famille et de son frère dont l’état de santé prend toute la place. Elle devra s’occuper de deux enfants aux caractères totalement opposés en plus d’entretenir la maison de ses employeurs, un couple de carriéristes plutôt sévères. L’ambiance anglaise des années 1990 et les références musicales sont des petits plus agréables, mais ce sont les mésaventures de Raphaëlle qui font la force de ce récit. Dès 14 ans.
Momm
En observant la couverture acidulée de Momm et en découvrant le dessin au crayon de l’autrice, rond et fantaisiste, on est loin d’imaginer le sérieux du sujet de la nouvelle bande dessinée de Catherin, aux éditions Pow Pow. Catherin met en images l’histoire de sa mère, atteinte d’une maladie grave alors qu’elle était encore très jeune. À ses côtés, Catherin devient son roc et s’occupe d’elle tous les jours. Si la maladie est un drame en soi, cette épreuve aura au moins eu l’effet de les rapprocher grandement. Momm, amoindrie par la maladie, est ce petit bout de femme juchée sur une coccinelle pour se déplacer, puisque son corps ne lui répond plus. Sa fille, Touffe, est pour sa part cette grande échalote touffue aux airs de Marsupilami. L’univers déjanté et l’humour de l’autrice permettent de dédramatiser le propos, et de mettre en avant les petites joies et beautés que nous offre parfois la vie. Momm est un roman graphique empreint d’une tendresse inouïe, qui vous arrache du rire et des larmes jusqu’à la fin.
Suivra le néant
Au bord du fleuve, Lucie et sa fille viennent d’emménager dans l’ancienne auberge familiale. La maison, laissée à l’abandon, a grand besoin de soin. Lucie s’attelle aux rénovations en espérant rouvrir l’auberge avant l’automne, mais d’étranges événements vont la ralentir dans son entreprise. Un soir, un phénomène inexplicable se produit : le soleil s’arrête dans sa course. S’ajoute à cela la découverte d’un homme échoué sur la plage. Qui est-il? D’où vient-il? Autant de questions auxquelles nous serons invités à répondre. Cette bande dessinée bichromatique, tout de bleu et de jaune vêtue, propose un huis clos énigmatique où contemplation mélancolique de la nature et atmosphère inquiétante se succèdent avec élégance. Un plaisir de lecture!
Cinq Avril (t. 3) : La reine blanche
Un nouveau chapitre qui fait preuve d’une grande maîtrise, catapulté de la Normandie côtière aux Alpes enneigées, à la rencontre des humanistes chassés par François 1er et ses partisans en raison de leur penchant réformateur, jugé hérétique. Cinq Avril, jeune élève de Da Vinci et présumé héritier légitime du trône de France, alors que la Bretagne est menacée par l’ombre de l’annexion, doit s’en remettre aux mains d’une poignée de sympathisants (dont Rabelais) qui affronteront vents et marées pour assurer sa survie, dans la foulée du cataclysme idéologique déclenché par Henri VIII et son divorce du Vatican. Une réécriture filmique de l’Histoire, sous la forme d’un récit de cape et d’épée où l’Europe se partage les alliés, fidèles et sournois.
Les cœurs de ferraille (t. 3) : Sans penser à demain
Troisième volet sensationnel d’une uchronie campée dans les États-Unis sécessionnistes, qui frappe et pousse à une profonde réflexion asimovienne pour soulever des questions qui, à l’ère de l’IA et des grands bouleversements sociaux, semblent toujours d’actualité. Est-ce que les êtres mécaniques sont aussi humains que les êtres organiques? Peuvent-ils exister sur le même pied d’égalité ou, au mieux, simplement cohabiter? Et si les êtres mécaniques sont capables de sentiments, l’amour et la tendresse en font-ils partie? Les romances entre robots et humains seraient-elles donc acceptables? Notons par ailleurs un style de dessin vivant dont le grain rappelle l’art publicitaire et les comics classiques, mais avec un trait proche de la BD jeunesse.
Globe-trotteuses : Le tour du monde de Nellie Bly et Elizabeth Bisland
Si on connaît Nellie Bly, cette journaliste qui n’avait pas froid aux yeux, on en sait un peu moins sur Elizabeth Bisland, qui pratiquait pourtant le même métier avec autant de fougue. Dans Globe-trotteuses, Julian Voloj redonne vie à ces deux femmes qui entament, l’une à la suite de l’autre, un tour du monde en moins de quatre-vingts jours. Si elles sont concurrentes, elles éprouvent les mêmes difficultés à atteindre leur objectif. Chacune affronte son lot de commentaires douteux, chacune bouscule les dogmes établis, mais toutes deux font preuve d’un courage et d’une ténacité en béton. Sublimée par le coup de pinceau volage et éclaté de Julie Rocheleau, cette BD est un vrai régal pour l’œil et un hommage à la mémoire de celles qui nous ont précédées.
She Wasn’t a Guy (t. 1)
L’histoire se déroule dans un Japon moderne, où Aya et Mitsuki sont camarades de classe. À première vue, elles n’ont rien en commun, autant physiquement que par leur personnalité. Mais très vite on apprend qu’elles partagent un amour pour la musique rock. Mitsuki travaille chez un disquaire et elle s’y épanouit pleinement, arborant un look beaucoup plus assumé que celui dont elle se pare pour aller en classe. C’est ce qui va tromper Aya lorsqu’elle ira chez ce même disquaire, elle prendra Mitsuki pour un beau garçon et développera un béguin pour lui. C’est une lecture que j’ai vraiment appréciée, grâce à la douceur des dessins et à l’intrigue délicate. Le malentendu est cocasse; cela ne les empêche pas de devenir amies et de voir où leur idylle les mène.
Jane face aux sirènes
Jane a une semaine pour se marier sinon elle va perdre sa maison. Lorsque le garçon qu’elle aime est enlevé par une sirène aux intentions obscures, elle n’a d’autre choix que de plonger à son secours. Ennemis et alliés vont se révéler tandis que Jane, qui a été rabaissée toute sa vie à cause de son physique banal, va trouver un courage et une confiance en elle qu’elle ignorait posséder. Elle va également découvrir qu’il existe des êtres capables de voir au-delà des apparences, elle comprise. Vera Brosgol tourne un conte de fées au cauchemar dans cette bande dessinée qui change habilement une jeune héroïne ordinaire en une femme déterminée à obtenir son indépendance. Dès 14 ans.
No Longer Allowed in Another World (t. 1)
L’univers éditorial du manga n’en est pas à sa première publication étrangissime, mais celle-là mérite tout de même un coup de lumière, pour entre autres chasser les idées sombres de Sensei, notre protagoniste. En effet, notre personnage principal, directement inspiré d’Osamu Daizai et de ses romans semi-biographiques, est dépressif et décide de prendre les grands moyens. Double suicide avec sa copine. Fin. Cependant, le destin ne voyant pas les choses du même œil, un camion sorti de nulle part provoque l’échec de leur tentative et les transfère vers un autre monde : Sauberberg. Ce scénario est un classique du sous-genre manga qu’on nomme le isekai, soit littéralement « autre monde ». Directement inspiré de l’époque médiévale européenne, de l’univers fantastique de Tolkien et des jeux vidéo de type RPG, l’isekai est un genre populaire qui sursature les publications de manga. L’alliance entre la grande littérature d’Osamu Daizai et le très kitsch isekai provoque des éclats de rire, surtout parce que Sensei refuse les codes du genre.
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