Écrire, c’est revenir. Comme venir une deuxième fois, revenir à la maison, au bercail, au seuil. Mais revenir, c’est repasser au même endroit, sur le même temps, c’est ressasser, retracer, et pourtant il faut avancer quand même, il nous l’avait dit dans le premier livre, et il le redit dans le deuxième, et voilà il faut avancer. Écrire, c’est se recomposer, qu’il nous dit Louis-Daniel Godin, écrire, c’est le chapitre qui vient après celui où on s’est décomposé, qu’il nous dit Louis-Daniel Godin. Et voilà qu’on lit un livre d’une ingéniosité exquise et terrifiante, un nouveau livre qui redemande si le compte est bon, qui redemande à la littérature de tenir les comptes, de tenir bon, entre l’air et l’eau, entre le vrai et le faux. Il fait ça, le livre, il brûle, il montre l’immense talent d’un auteur à la bouche ouverte, la bouche ouverte de ce qu’on perd pour ne pas cicatriser.
[publicité]
Dossier
Entrevues
Chroniques
Les libraires craquent
N’oublie pas les étoiles
À la suite d’un événement tragique, Nathan décide de repartir à zéro en déménageant à Québec. Florence quant à elle se sent perdue dans sa relation amoureuse avec Julien, qui est aussi son collègue de travail. Un soir dans un bar, Florence se livre à un bel inconnu sans se douter que celui-ci deviendra son nouveau patron. Sur un fond de politique, ce roman tout en douceur met en lumière la reconstruction de soi et le temps à prendre pour guérir ses blessures, le sentiment déchirant de devoir prendre des décisions malgré la peine que ça peut causer et l’importance de ne jamais s’oublier par amour.
Foule monstre
Ce livre inclassable m’a subjuguée par son inventivité et son efficacité narrative. Par une série de microrécits, l’auteur fait défiler devant nos yeux une panoplie de personnages saisissants de réalisme. On pourrait croire que ces changements incessants de protagonistes empêchent de suivre l’histoire, mais on se laisse rapidement prendre au jeu par cette effervescence. L’accumulation donne l’impression d’être au centre d’une « foule monstre » tout en étant connectée aux pensées de tous ceux qui la composent. Tantôt comique, tantôt tragique, tantôt touchant, l’auteur crée un portrait unique de notre société contemporaine avec les enjeux, les maux et la beauté qui la façonnent. Pour les curieux et les curieuses qui souhaitent explorer au-delà du fil narratif habituel du roman et vivre une expérience littéraire étonnante!
Pour un paquet de Player’s
Confortable, humaine, familiale, avec une nature omniprésente, cette petite ville de Stepford est comme un rêve. Grégoire et Muriel tombent sous le charme : c’est un endroit parfait pour y faire grandir leur famille. Et Claude, leur voisin, est une crème, un homme avec qui Grégoire se lie d’une amitié forte et intense. Jusqu’à ce jour où Claude pose à Grégoire une étrange question. Grégoire va sentir ce petit monde idéal tout frais basculer très lentement dans un danger absurde. Daniel Grenier nous offre ici un texte savoureux et engageant, écrit d’une plume leste et énergique. Le livre est économe en effets de manche, et on suit avec fascination la compréhension progressive de Grégoire, et le froid glaçant d’une menace informe.
Pour qu’il reste des vagues
Pour qu’il reste des vagues est un roman léger et intrigant qui permet de ressentir le vent et l’odeur du fleuve Saint-Laurent. Léonie arrive donc dans un superbe coin tout près de chez nous, Kamouraska. Cette jeune femme se questionne sur le sens de sa vie et elle espère que les vacances l’aideront à remettre de l’ordre dans son esprit. Rapidement, Léonie fait la découverte d’un journal et elle réalise qu’elle ne serait pas la seule dans sa famille à se sentir différente. Celle-ci essaie fort bien de se renseigner auprès de ses proches et des employés de la maison, mais personne ne semble vouloir répondre à ses interrogations. C’est donc accompagnée de son amie et d’un nouvel amour qu’elle plongera vers de grands secrets.
De métal et d’amour
Michèle Plomer est une fée. Même lorsqu’un grand malheur la frappe, elle répand la gentillesse et la bienveillance autour d’elle. En 2022, en compagnie de son chien Bruno, elle est victime d’un grave accident de voiture. Elle va subir plusieurs chirurgies et surtout, on va lui installer une veste de halo pendant des mois pour permettre à sa première cervicale, l’Atlas, de se ressouder à sa tête. Alors qu’elle pourrait se concentrer sur ses malheurs, elle raconte le parfum de son amie Louise, les sacres de François, les gestes réconfortants du personnel médical. De son lit, elle nous invite à Eastman, nous présente sa communauté et les rencontres intergénérationnelles qu’elle enregistrait avant que sa vie bascule. Même immobilisée, elle veille sur son monde autant qu’on veille sur elle. Tranquillement, c’est entouré d’amour que son corps se rétablit.
On le dira pas à nos enfants
J’avais déjà beaucoup aimé le triptyque s’amorçant avec En route vers nowhere de Sophie Laurin, mais ici sa plume et son style s’affinent vraiment et on la sent en contrôle de son récit. Dans cette histoire d’amour qui est aussi une autofiction, on sent toutes les émotions qui ont été mises dans le roman. Amélie s’adresse à Simon pour lui relater les moments forts de leur histoire, des débuts jusqu’à loin dans leur relation. C’est beau et touchant, on parle de parentalité et des sacrifices que ça peut impliquer dans un schéma narratif vraiment bien mené. Je l’ai lu en deux jours et j’ai versé quelques larmes : le signe que c’est bon!
La maison du rang Lynch
Ce roman m’a complètement envoûtée dès les premières pages et il m’était alors impossible de le déposer! Il y a tout pour que le roman soit une réussite : une ambiance gothique dans laquelle nous côtoyons le fantastique. Dès le début, nous sommes transportés dans un village fictif, Wickford Mills dans les Cantons-de-l’Est, et nous retrouvons au rang Lynch les membres de la famille McCabe (David, Vincent, Marylou et Tommy, pour ne nommer que ceux-là). Le récit, qui se déroule sur trois années (1983, 1994 et 1999) et sur une courte période de quelques jours, et qui entremêle ces périodes avec brio pour nous tenir en haleine, parle des vivants et des morts avec une grande efficacité narrative. Ce premier roman du Cycle de Wickford Mills met la table pour les autres livres qui suivront La maison du rang Lynch. Je vais assurément attendre les prochains tomes avec impatience!
Tombée de la nuit
Celle à qui l’on doit le magnifique Sans refuge nous offre une fois de plus une œuvre portée par une prose attentive, précise, vibrante, où chaque mot compte. Dans cette autofiction par fragments, Andraos trace le fil d’une relation qui vacille entre désir de lien et impossibilité d’y rester. À travers cette histoire d’amour fissurée, l’autrice ouvre un espace sensible où les silences en disent long et explore la façon dont les souvenirs et le vécu façonnent le présent. Ce roman capte ces zones floues où l’on tente d’exister pleinement, malgré les failles, dans une lucidité et une acceptation de soi inspirantes. L’émotion affleure sans jamais forcer; c’est un velours de retrouver cette romancière dont le talent ne fait que se confirmer.
Reprise
Dix ans après avoir dénoncé son ancien professeur, avec qui elle entretenait une relation alors qu’elle n’était qu’adolescente, la narratrice s’éprend de l’avocat qui avait plaidé contre lui. Ce point de départ dérangeant ouvre un récit aussi troublant que fascinant. Deux histoires s’y entremêlent avec une finesse glaçante, distillant un malaise tenace. L’écriture, brève et tranchante, maintient un suspense oppressant. Une œuvre coup-de-poing signée par une jeune maison d’édition déjà audacieuse et prometteuse.
La république de Kafka
Dès l’énigmatique scène d’ouverture, vous vous embarquerez dans un jeu de piste bien tordu dans le sillage d’un réalisateur de documentaires. Sur les traces de Kafka à Prague à l’invitation d’une étrange fondation aux ramifications nébuleuses, il n’arrive pas à dépasser le kitsch de sa proposition initiale. Mais n’oubliez pas que nous sommes à Prague et que l’esprit tutélaire de Kafka veille sur l’absurdité et l’indétermination de notre périple. Rapidement, la paranoïa (en partie justifiée?) s’empare de notre narrateur de moins en moins fiable. Franchement hallucinatoire, empruntant tant à Kundera qu’à Bolaño, St-Pierre écrit pour nous un labyrinthe qui nous trimballe entre les registres, se jouant de nous pour nous éclairer en nous perdant.
Les ressources naturelles
Clémence travaille pour Torrents, une entreprise dite verte qui ramène la nature en ville, pratique la restauration d’espèces et offre des solutions technologiques à la pollution. Mais un mystère apparaît : un vide au cœur du Saint-Laurent. La remise en question de Clémence commence alors entre doute sur les objectifs de Torrents et ses convictions de militante écologiste. Un récit d’anticipation mêlé de fantastique faisant écho aux changements climatiques à travers différents points de vue, humains et parfois animaux. Une lecture puissante qui nous pousse à l’action en nous confrontant à notre propre perception de la situation climatique et qui invite à réfléchir sur ce que chacun devrait faire pour préserver la nature de demain.
Je suis un songe de liberté
La première chose qu’on peut dire du recueil de Ketty Nivyabandi Je suis un songe de liberté, c’est qu’il s’agit d’un texte d’une grande humanité. De l’humanité dans ce qu’elle a à la fois de plus noble, dans sa résistance farouche au découragement, à la peur, à l’oubli, mais aussi dans ce qu’elle a de plus simple, comme le désir de liberté qui entre en conflit avec le besoin d’amour. La lecture coupe le souffle, nous fait nous esclaffer, et nous émeut aussi, d’un poème à l’autre. Le tout se lit comme une grande œuvre, d’une résistante, d’une militante, oui, mais encore plus, d’une grande humaine, au cœur toujours vulnérable, qui continue de faire son chemin, sans perdre son humanité.
Les fleuves du ciel
Un roman émouvant, trois époques, trois personnages marquants, entrecroisés, liés par la force de l’eau, sans compter tous ces fragments venus de temps très anciens, de la Ninive du roi Assurbanipal, qui influenceront à tour de rôle les protagonistes. 1840, Arthur naît sur les rives boueuses de la Tamise. Il échappe à un destin de misère en devenant apprenti dans une imprimerie, commence à lire tout ce qui se publie et devient fasciné par l’Épopée de Gilgamesh. 2014, Nahrin, petite Yézidie vivant près du Tibre, suit sa grand-mère en Irak, ignorant encore tout de Daech… 2018, Zaleekhah, hydrologue fascinée par la mémoire de l’eau, s’installe dans une péniche sur la Tamise. Voilà, les éléments sont là. On ne dira rien de plus. À lire absolument!
Qui tombe des étoiles
Attention, OVNI littéraire! Pourquoi nous, humains, nous tuons-nous (littéralement) à défier la gravité? C’est ce qu’explore ce drôle de livre, d’anecdotes historiques en réflexions poétiques. Julien d’Abrigeon retrace par fragments le destin tragique de personnes illustres ou inconnues, qui, par désespoir, imp(r)udence, accident, passion ou ambition, ont bravé sans retour les lois de l’attraction. Le style est virtuose, le propos et la narration, diablement originaux. En résulte une lecture addictive, impossible à laisser tomber passées les trente premières pages, le temps que s’installent les personnages. Un petit bijou d’intelligence, de justesse et d’impertinence qui a obtenu une place dans la première liste du prix Médicis 2025. Fameux.
Nos soirées
Adam Wing, jeune métis de 13 ans, vit avec sa mère couturière et n’a jamais connu son père. Grâce à une bourse de la richissime famille Hadlow, il peut fréquenter une école privée très sélecte où Giles, le fils Hadlow, est lui-même scolarisé. Mais les valeurs des deux garçons sont diamétralement opposées, ce qu’illustrent les chemins qu’ils prendront durant les cinq décennies que couvre le roman. Après avoir vaincu racisme et homophobie, Adam deviendra un grand acteur acclamé du public, alors que Giles se transformera en politicien ultraconservateur, partisan du Brexit. Hollinghurst réussit à montrer avec brio les clivages de la société britannique grâce aux destins de ces deux hommes et aux milieux dans lesquels ils évoluent. Un grand roman!
L’inventaire des rêves
À quatre voix, Adichie nous raconte les rêves et cauchemars de quatre femmes noires qui vivent entre les États-Unis et le Nigéria. Avec un sens inné du récit, un don pour la fresque qui embarque et marque, Adichie nous fait vivre la grande course à obstacles de l’amour, où tous les coups sont permis, où l’on se relève avec peine de chutes graves, où l’on flirte sans conséquence jusqu’à la ligne d’arrivée. En plus de trois portraits puissants, issus de la haute société nigériane et aux aspirations divergentes, Adichie s’inspire de l’affaire tristement célèbre de l’agression d’une femme d’origine africaine par DSK. Féministe, drôle, touchant, ce roman est touché par la grâce romanesque en ce sens qu’il nous offre encore quelques vies à vivre.
La nuit au cœur
La nuit au cœur est une lecture difficile, mais nécessaire, s’appuyant sur des histoires véridiques : celles de trois femmes qui ont vécu la violence masculine. De ces trois femmes, une seule a survécu et peut prendre la parole et écrire pour raconter l’histoire des autres, assassinées par leur compagnon : l’autrice elle-même. Les premières pages donnent le ton au roman, et Nathacha Appanah s’assure de revendiquer la parole de ses semblables, prisonnières du joug de la brutalité de certains hommes, laissant toute la place à leur histoire, à travers une voix forte et indispensable. L’autrice signe un roman bouleversant qui aborde de front les féminicides.
Carthage
Sur une plage isolée, Énée fils d’Anchise, épuisé de mer, écœuré de guerre, échoue avec une poignée de survivants près de la jeune cité de Carthage, où il semble qu’enfin un peu de repos sera possible. Sur les terrasses du palais, Elissa la reine-veuve, toute de superbe et d’intelligence, est lasse des hommes et de leur brutalité. Elle voit en Énée plus qu’un homme brisé : un autre chemin, une échappatoire. Dans les rues sales de la Rome impériale, Virgile le poète éreinte son esprit à tenter d’échapper à son propre destin : écrire un grand poème épique sur la naissance de Rome, commandé par Auguste lui-même, dont la faveur est coûteuse. Un beau roman mythologique à plusieurs voix, à la langue précise et précieuse.
La maison poussière
Une vieille maison au bord du boulevard Métropolitain tremble au rythme des milliers de poids lourds qui passent en grondant à quelques mètres d’elle. Abandonnée depuis des décennies, mais bien bâtie, élégamment proportionnée, elle prend lentement la poussière. Jusqu’à l’arrivée inopinée d’une femme, décidée à lui redonner son lustre. Elle porte de profondes blessures sous la peau, aussi éprouvantes que les souvenirs de la maison elle-même. Bel exemple de réalisme magique à la sauce québécoise, ce court roman est plein de douceur et de douleur. La manière dont les deux personnages de cette histoire se découvrent et s’apprivoisent est d’une tranquille nostalgie. Un livre à lire contre un poêle qui ronfle et sous un plaid.
Une histoire d’ours
L’autrice nous amène au fin fond de l’Alaska — la nature y est sauvage, des montagnes sont d’une beauté à couper le souffle —, où vit Birdie, serveuse dans un club tenu par sa tante. Elle habite dans une cabane située près du club avec sa fille Emaleen. Le travail de nuit n’est pas facile avec un enfant à s’occuper. Sa tante lui propose un travail de jour. C’est lors d’un service au déjeuner qu’elle rencontre Arthur, un homme discret, au visage abîmé, dont les habitants du coin se méfient. Birdie en tombe amoureuse et décide d’aller vivre avec lui et sa fille dans sa cabane isolée dans les montagnes. Un soir, Emaleen, s’amusant dans le cabanon, observe à travers un trou dans le mur donnant sur l’extérieur Arthur, qui a un comportement étrange. Elle en gardera le secret. À vous de le découvrir dans ce conte original et éblouissant.
La nuit ravagée
Au beau milieu des années 1990, un drame violent rompt la tranquillité de la petite ville de Saint-Auch : un lycéen est retrouvé mort dans sa chambre. Meurtre, suicide? Les circonstances entourant son décès sont nébuleuses, mais l’étrange fascination qu’exerçait sur l’adolescent la maison abandonnée de l’impasse des Ormes serait la cause de tout. Désireux de lever le voile sur ce mystère, cinq camarades de classe, guidés par leur curiosité et par leur affection mutuelle pour le cinéma d’horreur, se rendent à l’intérieur de la maison. Ils regretteront rapidement cette décision. Un roman captivant, que vous dévorerez au même rythme que celui d’un cœur affolé.
Le chant des oubliées
C’est dans les marges de l’Histoire, là où les femmes oubliées sont reléguées aux notes de bas de page, que Kristin Hannah puise son inspiration pour en faire enfin les protagonistes qu’elles ont toujours mérité d’être. Le chant des oubliées suit Frankie McGrath, jeune infirmière, qui quitte sa Californie natale pour affronter le chaos de la guerre du Vietnam. Face aux horreurs du conflit, elle se découvre un courage silencieux, des amitiés profondes et les cicatrices invisibles de ceux et celles qui survivent. Entre pertes déchirantes, amours fragiles et retour au sein d’un pays bouleversé, Hannah signe un roman poignant qui célèbre le sacrifice, la résilience et la mémoire des femmes dont les histoires méritent d’être honorées et jamais oubliées.
La Realidad
Neige Sinno arrête le souvenir de sa vieille bagnole devant les pouceux de la littérature que nous sommes et nous embarque pour un road trip de jeunesse au Mexique. Sur la route de la réinvention de soi, elle largue dans son pèlerinage les pièces qui grincent et les remplace par celles qui lui permettront d’atteindre ce futur aux contours encore imperceptibles. C’est un livre-voyage fou comme le sont toutes les aventures de jeunesse qui méritent d’être racontées. La Realidad est le livre d’une féministe qui n’a rien lâché, mais qui prend le temps de se poser pour réfléchir aux enthousiasmes et aux désillusions du bel âge. Ce nouveau récit-essai dont Sinno a le secret est tout aussi captivant, profond et virtuose que Triste tigre.
L’homme qui lisait des livres
Nous sommes à Gaza, c’est la guerre, presque tout est détruit dans la ville. Dans un quartier moins touché, plus commerçant, un reporter photographe français cherche à capturer des instants de vie quotidienne. Il voit un homme d’un certain âge, usé par la vie, assis devant une librairie remplie de milliers de livres, en train de lire. Au moment où le photographe décide de prendre sa photo, l’ombre projetée sur le livre signale sa présence. L’homme lève la tête et invite le photographe à faire connaissance, lui offre du thé, lui fait visiter sa librairie et lui exprime qu’une photo n’est pas rien : « Ne croyez-vous pas qu’un portrait gagne à ce qu’on connaisse ce qui est caché? » Au fil des rencontres, le libraire lui racontera sa vie tout en ponctuant son récit par les lectures qui l’ont marqué. Comme quoi la lecture est exutoire.
Kolkhoze
Entremêlant le deuil, l’amour d’un fils pour sa mère et l’enquête généalogique, le nouveau roman d’Emmanuel Carrère est rempli d’humanité et d’une profonde sensibilité. Le point de départ du livre : l’auteur retrouve, dans les affaires de son père, une recherche généalogique portant sur son épouse, Hélène Carrère d’Encausse, la mère de l’écrivain, aujourd’hui disparue. Dans Kolkhoze, Carrère se donne comme projet de reprendre les recherches de son père et d’y rétablir, sous la forme d’un roman, une énorme fresque familiale, retraçant les grands moments de l’histoire, notamment de la Russie et de la France, mais également les plus petits moments, plus intimes de cette famille, tout en rendant hommage à sa mère. Un roman qui m’a profondément touchée grâce à sa maîtrise du style et de la langue, et à l’amour familial complexe qui s’y dégage.
101 expériences sur les chemins de Compostelle
Chaque marcheur expérimente les chemins de Compostelle pour une raison qui lui est propre. Cette aventure se révèle une magnifique occasion de se confronter à la beauté de la nature, à des moments porteurs de sens et à un patrimoine riche. En partenariat avec l’Association du Québec à Compostelle, ce beau livre Ulysse est une source d’inspiration et une ode à ce pèlerinage! Découpé en cinq chapitres, il met l’accent sur les trésors matériels ou immatériels des chemins, sur les liens privilégiés avec la nature et les rituels qui rendent cet itinéraire unique. Partager ses repas, consigner son voyage, découvrir la splendeur de l’Aubrac ou de la mosquée-cathédrale de Cordoue : autant de moments racontés par des passionnés qui vous donneront un nouvel élan!
Tout illustrer pas à pas
Dans le monde tendre et coloré de Kelly Keko, dessiner paraît plus simple qu’on ne le croit. Avec plus de 600 tutos classés par thèmes (saisons, montagne, coquillages, pâtisseries…), vous apprendrez à croquer le monde, du chat dodu à la tarte aux bleuets. Il suffit de trois traits, d’un sourire, et c’est gagné! On adore les mix and match pleins d’absurdité pour dessiner, pourquoi pas, une théière poire… ou une glace à chiens! L’univers est doux, coloré, un brin onirique. Un livre pour se vider la tête, se détendre et redécouvrir le plaisir de gribouiller. Rangez la gomme et les « je ne sais pas dessiner », armez-vous du plus simple matériel et faites-vous confiance.
La guerre globale contre les peuples : Mécanique impériale de l’ordre sécuritaire
Il est glaçant de lire ce texte engagé dans le contexte actuel. Alors que notre voisin du Sud glisse vers le fascisme assumé, il est bon de rappeler ou de découvrir que les pratiques policières contemporaines sont directement issues de la théorie et de l’expérience des guerres coloniales européennes. La guerre contre la « subversion » atteint un sommet aujourd’hui, mais ses promoteurs s’activent depuis des décennies. Des années terribles s’en viennent, mais parce que nous avons été des aveugles, parfois complaisants. Mathieu Rigouste ne mâche pas ses mots, et il y a du feu sous sa plume, une colère à peine assourdie. Une lecture exigeante et accablante, dont l’utilité ne dépend que de nous.
La fascinante histoire de Percé (t. 1) : Le royaume de la pêche
Percé occupe une place particulière dans l’imaginaire collectif québécois : haut lieu touristique, son célèbre rocher est LE symbole de la Gaspésie à lui seul. Mais une histoire exhaustive de la ville faisait cruellement défaut; la dernière monographie digne de ce nom datait de plus de soixante-quinze ans, puisque Mgr C.-E. Roy avait publié Percé, sa nature, son histoire, en 1947. Jean-Marie Fallu vient donc combler un vide important et offre plus qu’un essai historique. Au cours des quinze années qu’il a consacrées à ses recherches, l’auteur est allé puiser dans les archives personnelles des familles et a recueilli nombre de témoignages de personnes aujourd’hui disparues pour constituer le premier tome de cette Fascinante histoire de Percé. On soulignera l’abondante et riche iconographie. Le livre en apprendra beaucoup aux natifs de cette région autant qu’aux allochtones.
Apprivoiser la politique
Catherine Fournier, mairesse et ex-députée, offre une excellente introduction au fonctionnement de notre système politique, en traitant à la fois des paliers fédéral, provincial et municipal. Les chapitres courts, accompagnés d’illustrations, de schémas et d’une mise en page attrayante rendent la lecture très dynamique. Des notions potentiellement complexes telles que le partage des compétences, la fiscalité municipale ou l’adoption d’un projet de loi sont décortiquées grâce à une écriture engageante et figurées par des exemples tirés de l’expérience personnelle de l’autrice. Une lecture qui rejoindra les jeunes adultes ainsi que tout débutant qui souhaite une initiation souple et fascinante à la politique. On termine ce livre avec l’envie de s’engager pour le bien commun, ce qui reflète un pari réussi!
Luna
Écrivain d’horreur et de surnaturel, Jonathan Reynolds s’amuse à mettre en scène sa propre adolescence dans son plus récent roman. Mais une connaissance perdue de vue lui signale une coquille qui a échappé à la correction : le mot « lune » remplacé par « luna ». Or, Jonathan s’aperçoit que cette même coquille se retrouve dans chacun de ses livres, accompagnée de la description d’une fille blonde qu’il aurait connue dans sa jeunesse. Pourtant, il ne se souvient ni de cette fille, ni d’avoir écrit ces passages… Une mise en abyme très réussie qui entremêle autofiction, fantastique et horreur, avec une réflexion sur la nostalgie, l’inconstance de la mémoire et le gauchissement d’une réalité qui bascule.
Là où on enterre les bêtes
Ils ont le nez fin, chez Fides, pour dénicher de nouveaux auteurs de polars. Cette fois, il s’appelle G. R. Roussel et nous plonge dans un bled perdu du Kansas. Son héroïne improbable, la détective Dillon Dixon, est passablement déprimée : relations pénibles avec ses collègues et vie sentimentale nulle même si elle a ses habitudes dans le seul bar de la ville. Quand un garçon rapporte que son chien a tué sa mère, son collègue Jankowski et elle héritent de l’affaire. Mais bientôt les cadavres se multiplient, tous privés de leur jambe droite… Drôle de coïncidence, un nouveau venu au bar s’intéresse beaucoup à Dillon… C’est glauque à souhait, ça regorge de répliques désopilantes et ça laisse entrevoir une deuxième enquête qu’on espère déjà.
À lire à ton réveil
Peu après la Seconde Guerre mondiale, James fuit Londres pour s’isoler dans la campagne française, laissant derrière lui son amant souffrant. De son ermitage, il écrit à Lawrence, lui racontant l’évolution des travaux qu’il entreprend dans la magnifique abbaye en ruine qu’il a investie. Au fil des lettres, il narre de mystérieux événements : l’abbaye semble sortir du sol durant la nuit, des pièces apparaissent, de nouveaux voisins aux étranges manières viennent le visiter, et le temps semble s’écouler à un rythme différent. Robert Jackson Bennett, nouveau maître du fantastique américain, emprunte ici au folklore païen, imprègne son récit d’une atmosphère mystique fascinante, et conte une histoire d’amour tragique et merveilleuse à la fois, aussi envoûtante qu’émouvante. Une novella qui permet de découvrir le talent d’un auteur au sommet de son art.
Le bouclier des oiselles (t. 1)
Odessa, éclipsée toute sa vie par sa sœur cadette Mae, se voit brusquement promise à un mariage politique qu’elle n’avait jamais envisagé. Son père, le roi, attend d’elle qu’elle infiltre les arcanes du pouvoir, mais Odessa ignore tout des manigances qui l’entourent. Le Gardien, fidèle et mystérieux, devient son seul repère dans ce monde périlleux, ombre silencieuse au milieu des complots et des créatures inquiétantes. Chaque pas dans ce royaume étranger mêle émerveillement et danger, et Odessa devra forger sa force, naviguer entre trahisons et alliances inattendues, tout en laissant battre son cœur au rythme d’un destin insoupçonné. Cette romantasy captivante entremêle intrigue, magie et passions naissantes, offrant un voyage palpitant et inoubliable.
Le chevalier et la phalène (t. 1)
Le chevalier et la phalène, ouvrage magnifiquement atmosphérique et d’une créativité envoûtante signé Rachel Gillig, ouvre les portes de la cathédrale de Traum, où vents, ombres et gargouilles semblent murmurer des secrets anciens. Sybil, devineresse aux visions sacrées, voit ses sœurs disparaître mystérieusement et doit s’allier à Rodrick, chevalier hérétique au charme sombre, pour affronter les forces invisibles qui menacent le sanctuaire et le royaume. Chaque pierre, chaque souffle, chaque présage vibre d’une magie à la fois fascinante et dangereuse. Rachel Gillig offre une prose hypnotique, tissant un conte gothique où mystère, féerie et romantisme s’entrelacent, suspendus entre lumière et ténèbres, désir et destin.
Je n’ai personne à qui dire que j’ai peur
Au bord du gouffre, Rachel se retire dans un camp isolé pour faire le point sur sa vie qui déraille. Arrivée depuis peu, elle tombe sur une femme et son petit garçon qui implorent son aide. Dans un village plus loin, deux hommes sont retrouvés assassinés dans d’étranges circonstances. Ces morts lèveront le voile sur une sordide affaire à laquelle Jade et son fils sont liés. Malgré les doutes qui l’assaillent, Rachel décide d’aider les deux inconnus sans se douter du drame qu’ils fuient. Ce roman qui jongle entre les codes de l’autofiction et du polar est d’une efficacité redoutable : un véritable page turner!
Tenir une auberge magique : Guide de survie pour sorcières
Si vous cherchez une histoire sur la famille, celle dans laquelle on naît et celle qu’on choisit, sur le courage d’aimer malgré la douleur, sur la chaleur qu’on retrouve quand on croyait l’avoir perdue, alors ce livre est pour vous : un conte réconfortant comme une tasse de thé dans la tempête. Dans Tenir une auberge magique, Sangu Mandanna signe un roman empreint de douceur et de résistance, où la magie devient un abri contre la perte et l’exil. Sera Swan, autrefois puissante sorcière, aide désormais sa tante à gérer une auberge enchantée, refuge d’êtres fantasques, de voyageurs égarés et d’âmes cabossées. Entre humour, tendresse et nostalgie, l’autrice célèbre la guérison, la solidarité et la beauté du renouveau.
Territoires enchantés, royaumes ensorcelés
Vous pensiez que la fantasy se résumait à des histoires d’Élus combattant le Mal dans un Moyen Âge fictif, racontées dans des sagas d’au moins huit tomes? Détrompez-vous! Dans cet ouvrage collectif 100% québécois, dix auteurs et autrices prennent la plume afin d’explorer diverses facettes de ce pan des littératures de l’imaginaire. Qu’elle soit à saveur humoristique, sombre ou encore mythologique, la fantasy n’a besoin ici que de quelques pages pour se déployer — même si certaines nouvelles donnent envie de prolonger la visite… Un recueil pour les néophytes qui voudraient tremper un orteil dans ce genre sans savoir exactement quoi chercher, ainsi que pour les adeptes qui retrouveront avec plaisir quelques plumes nationales.
Défense d’extinction
Ray Nayler poursuit sa réflexion sur les autres formes de conscience en s’intéressant à un nouveau concept de la génétique : la désextinction. Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas, il s’agit de recréer à partir de leur ADN des espèces aujourd’hui disparues. En deux temps éloignés l’un de l’autre, vous accompagnerez le combat d’une éthologue pour sauver les pachydermes de braconniers sans scrupules. D’abord au Kenya avec les derniers éléphants chassés pour leur précieux ivoire et ensuite dans un futur relativement proche en compagnie de mammouths ressuscités. Cette novella est aussi profonde philosophiquement que touchante par sa rage à peine contenue envers ceux qui déshonorent la condition humaine par leurs accès d’égoïsme ravageur.
Les dames de guerre (t. 2) : Opium Lady
Montrer la vérité dans toute sa vérité ne laisse jamais indifférent; l’ex-capitaine de police mué en romancier, Laurent Guillaume, nous l’atteste avec son portrait vrai d’Olive Yang, la réputée Opium Lady, flamboyant personnage, un peu ange, un peu démon, exerçant, au milieu des années 1950, dans l’une des zones les plus instables de la Guerre froide, la frontière entre la Birmanie et la Chine, une vie de trafiquante et de protectrice du peuple shan. Au milieu de la jungle, lors d’une « livraison », entourée de mercenaires américains, de soldats perdus français, de tribus de coupeurs de têtes, et de reliquats de l’armée nationaliste chinoise, Olive conte à une jeune reporter du Life Magazine, avec qui elle tisse des liens très intimes, comment elle a échappé, fille de seigneur refusant d’accepter sa condition de femme, à une vie de recluse, forgeant alors sa propre légende de combattante et de princesse de l’opium. Dans ce second volet de sa série historique, l’auteur, une nouvelle fois, ne nous épargne rien des ambiguïtés morales de cette lutte de l’époque du « monde libre » contre le totalitarisme.
Le secret des secrets
Dan Brown se serait-il fait commanditer son thriller par l’Office du tourisme de Prague? En tout cas, on a envie de s’envoler pour la cité de Kafka, mais sans le programme des plus rocambolesques que vivront le symbologue Robert Langdon et son amie intime Katherine Solomon. La scientifique s’apprête à publier un livre audacieux sur la localisation de la conscience humaine et la question qui nous taraude depuis la nuit des temps : qu’y a-t-il après la mort? Le contenu explosif n’aura pas l’heur de plaire à de mystérieux agents et à un… golem! Entre attentat à la bombe, courses-poursuites, meurtres et bien sûr quelques énigmes, le tout en vingt-quatre heures chrono, Dan Brown signe un roman rythmé, documenté, parfois capillotracté, mais impossible à lâcher.
La malédiction bleue
Emilie Ouellette, autrice à succès auprès des jeunes, nous offre un nouveau roman d’ambiance où la peur et le mystère se mélangent. Accompagnés de leurs intervenants, six adolescents devront vivre une semaine sur une île afin de faire face à leurs problèmes et d’essayer de se reconstruire. Lors de la première soirée autour du feu, la légende du vieux phare et de la malédiction qui a été jetée sur l’île est racontée. Le sommeil de tous sera perturbé par cette histoire, faisant place à l’imagination et aux questionnements. Puis arrivent les phénomènes étranges, l’apparition de la lumière bleue et une disparition… Et si la légende était vraie? Dès 12 ans.
Chroniques de Molochville (t. 3) : Carnaval
Une ville étrange, mystérieuse et même maudite… Bienvenue au carnaval de Molochville! On y retrouve un cabinet des curiosités, une voyante inquiétante, des créatures effrayantes et des anomalies en tout genre, rien de mieux pour frissonner un bon coup! Les adolescents de Molochville font face à de nouvelles tragédies plus épouvantables les unes que les autres. Les auteurs et autrices de ce troisième tome maîtrisent d’une main de maître l’épouvante. J’ai adoré les quatre histoires, toutes originales et horrifiques à leur manière! C’est un merveilleux recueil pour tous les jeunes (et moins jeunes!) fans d’horreur et de littérature de chez nous. Dès 14 ans.
Comment sympathiser avec un ours? Le meilleur guide pour partir à l’aventure!
Que faire quand un orage éclate? Faut-il vraiment craindre les requins? Comment survivre en milieu hostile (froid polaire, chaleur du désert, forêt tropicale, éruption volcanique…)? Autant de questions abordées dans ce guide d’aventure destiné à tous les explorateurs en herbe, petits ou grands. Chaque chapitre propose des astuces concrètes, des schémas richement détaillés, des explications scientifiques… le tout avec beaucoup d’humour. Les illustrations de Clémence Sauvage sont drôlissimes et en bonus, un questionnaire final pour vérifier ses connaissances et s’assurer que le lecteur est fin prêt à vivre moult péripéties. Un ouvrage à la fois divertissant et instructif. Dès 8 ans.
La sorcière de Noirefontaine
Rose est fascinée par les sorcières, elle lit tous les livres qu’elle peut trouver à ce sujet, est incollable sur les films de sorcières, alors le jour où elle fait la rencontre d’une certaine Liliane, son sixième sens se met en alerte! Liliane semble apparaître à tous les coins de rue, et des phénomènes étranges surviennent à chaque manifestation. Au point où Rose pense devenir folle : et si Liliane était une sorcière? Et pourquoi en a-t-elle après elle? On connaît Jean-Michel Fortier pour ses romans adultes (Tout me revient maintenant, La révolution d’Agnès), il signe ici un roman qui ravira tous les amateurs et toutes les amatrices de sorcellerie! Parsemé de références pop des années 1980-1990 (Hocus Pocus, Les Sorcières d’Eastwick), La sorcière de Noirefontaine fait honneur aux intrigues de sorcières de nos films préférés. Dès 9 ans.
Aggie et le fantôme
Aggie vivait paisiblement dans le calme de sa maison, au gré de ses habitudes et de sa solitude assumée. Le jour où un fantôme entêté élut domicile chez elle, rien ne se passa plus aussi simplement pour la jeune fille. Plus elle émettait des règles claires, moins le fantôme les respectait. Et s’il existait un moyen pour que les deux deviennent un peu amis… avec parcimonie? Matthew Forsythe, que l’on reconnaît par la sensibilité et la douceur de ses illustrations, explore dans son nouvel album le thème de l’amitié, mais de manière inusitée. Il célèbre non seulement l’importance des moments seuls, mais encourage l’enfant à définir ses limites et à trouver avec les autres des terrains d’entente afin que tous se sentent compris. Dès 4 ans.
Umami
Perchée sur sa banquise, Umami en a marre de manger toujours la même chose : au déjeuner, dîner et souper… c’est toujours du poisson froid! Et les jours de fête? C’est poisson froid! En quête d’aventure culinaire, la petite pingouine saute dans un bateau, en espérant faire le plein de plats inédits. Jackpot : en explorant le monde, elle découvre tout un tas d’aliments uniques et d’épices parfumées. Conquise, elle ramène ses trouvailles à la maison… mais les autres pingouins sauront-ils apprécier tous ces goûts étrangers? Un album qui se colore au gré des découvertes et qui ouvre l’appétit. Une belle manière de donner envie aux petits lecteurs de s’armer de courage pour ne plus craindre les nouvelles saveurs. Dès 4 ans.
Continent-Stratus : Un orage au cœur
Philou n’en est pas à sa première explosion de colère. Néanmoins, lorsqu’il entend le désespoir dans la voix et les mots de sa mère, il décide de fuir. Malgré le poids de sa frustration et de ses doutes, il se rend vite compte que ses pieds quittent le sol et le guide vers les nuages. Dans cet univers onirique nommé le Continent-Stratus, le jeune garçon apprendra au fil de ses quêtes à dompter ses émotions. Annie Bacon livre ici une fable fantastique où les personnages et les créatures accompagneront sans jugement Philou à travers son cheminement intérieur. Elle explore avec finesse les questionnements qui bouillonnent parfois dans la tête des enfants en plus de montrer qu’il est possible de les canaliser grâce à l’imaginaire. Dès 8 ans.
Le sandwich aux grenouilles
Rien ne se compare au goût délectable d’une grenouille servie entre deux tranches de pain. Tout le monde s’entend pour en vanter les qualités culinaires. C’est donc une catastrophe quand Jean-Pierre apprend que le boulanger a vendu son dernier sandwich. Ce sera le début d’une course-poursuite où chaque rencontre se traduira en indices permettant à l’ours affamé de mettre la main sur le précieux joyau. Encore une fois, Danielle Chaperon vise juste en imaginant une aventure rocambolesque ponctuée d’apartés humoristiques. Elle s’amuse avec les codes de l’enquête, offrant un album aux dialogues hautement dynamiques. Accompagné par les illustrations explosives d’Élodie Duhameau, le récit est aussi vivant que sa chute est imprévisible. Dès 5 ans.
Le fabuleux club de lecture du bus 65
Voici un nouvel album magnifique qui fait la part belle au potentiel d’imagination que renferment les livres. Une fillette se rend à l’école en bus et reprend sa lecture. Puis, une tortue lectrice apparaît sur un banc, sans que personne semble la voir. Les passagers humains descendent et d’autres animaux montent, ayant tous un livre en patte. Il s’avère que le bus 65 accueille un club de lecture, bercé par des arômes de thé aux noix et de biscuits à la cannelle. Roman, BD, poésie, théâtre… On y lit de tout! Si, dehors, le monde tourne dans son tumulte, dans le bus, le temps s’arrête et se remplit de fantaisie. Arrivée à l’école, la fillette referme son livre. Le bus est vide, mais elle a la tête pleine des mots tombés des pages. Dès 3 ans.
Rouki et les pommes de pin de Noël
Cette année, Roxane Turcotte nous entraîne encore une fois dans l’esprit des fêtes avec un livre doux, pour ceux qui croient ou pas au père Noël. Dans Rouki et les pommes de pin de Noël, nous accompagnons un petit écureuil qui prépare un cadeau très spécial pour son ami. Durant son aventure, il se retrouve confronté à plusieurs petits obstacles, mais il est persévérant et n’abandonne pas facilement. Une histoire qui met de l’avant le partage et la créativité. J’ai vraiment apprécié l’écriture de l’autrice ainsi que les images d’Isabelle Charbonneau. Les illustrations mélangent à la fois des couleurs chaudes rappelant l’automne ainsi que les couleurs emblématiques de la fête de Noël. Un beau conte à lire en famille. Dès 4 ans.
Mon chemin
L’autrice et illustratrice canadienne Jana Curll nous invite à suivre un adorable petit escargot à travers son parcours quotidien. La bestiole, souvent caractérisée par sa lenteur et sa vulnérabilité, fait preuve ici de persévérance et de courage. Jour après jour, elle traverse vaillamment de vastes étendues, des sentiers chaotiques ou dangereux, le sourire aux lèvres. Elle prend toutefois le temps de s’écouter quand il le faut, et n’hésite pas à demander de l’aide lorsque la difficulté surpasse ses capacités. Si le symbolisme peut sembler évident pour l’adulte, c’est précisément ce qui fait de cet ouvrage un excellent support pour ouvrir le dialogue avec l’enfant sur le choix de son propre chemin. Dès 3 ans.
Le dernier hiver
Marcus Malte réussit un petit tour de force en donnant la parole à un bonhomme de neige! Témoin immobile et éphémère, il a côtoyé les humains durant des générations, façonné par leurs mitaines, arborant même parfois leurs vieux vêtements usés. En renaissant de ses flocons à chaque époque, il a été aux premières lignes de la bêtise et est devenu le précieux narrateur d’un monde qui « fond » à sa perte. Au gré de ses nombreuses vies — des plaines enneigées du Manitoba au champ de bataille de Bérézina, de la ruée vers l’or américaine à la situation climatique d’aujourd’hui —, il évoque la démesure et la violence des Terriens. Eh oui, il faut bien se l’avouer, ce pauvre bonhomme de neige a de quoi fondre en larmes! Dès 12 ans.
Les différences invisibles
Je vais le dire d’emblée : j’aime beaucoup cette collection d’essais destinés aux ados d’Écosociété et j’adore le travail de Maude Nepveu-Villeneuve. En plus, je suis TDAH (diagnostiqué), alors j’avoue que tout était là pour que j’apprécie ma lecture et ç’a été le cas! Je me suis reconnu dans certains aspects que Nepveu-Villeneuve souligne chez les neurodivergents. C’est un ouvrage extrêmement bien vulgarisé, parfois comique, mais surtout bienveillant. À la fin de ma lecture, je me suis senti « vu » pour qui j’étais, ce qui était très agréable. Je le suggère aux personnes neurodivergentes (diagnostiquées ou non), mais également à leurs proches, enseignant·es, collègues de travail, patron·nes; bref, les bibliothèques personnelles et professionnelles devraient toutes en contenir un exemplaire. Dès 12 ans.
La glace part en morceaux
Lorsque notre partenaire de vie souffre de dépendance, quelle place nous reste-t-il? Quels sentiments nous habitent dans la solitude quand notre amour se voit contraint à la thérapie fermée? Comment se retrouver lorsque le corps répète les mêmes gestes suspicieux, à la recherche de signes de rechute, toujours en quête d’indices de la consommation de l’autre qui n’est pourtant pas là? Après Je prends feu trop souvent (Station T, 2022), Charlotte Gosselin nous offre ici une œuvre magistrale d’une immense sensibilité, asseyant ainsi sa maîtrise de la narration introspective et du dessin au crayon graphite. Un roman graphique doux-amer qui invite à réfléchir aux dommages collatéraux de la dépendance.
Krimi
Berlin, fin des années 1930 : un inspecteur de police croise le cinéaste Fritz Lang et l’invite à boire un verre. Il tient selon lui le sujet de son prochain film : le vampire de Düsseldorf, ce meurtrier en série qui terrorise et fascine l’Allemagne. Déçu du succès de ses derniers films, Lang l’écoute et va peu à peu suivre l’inspecteur dans les tréfonds de son enquête : détails confidentiels et scènes de crime inclus. Entre la fiction historique et le récit documentaire, Krimi imagine la genèse de M le Maudit dans le Berlin troublé de l’entre-deux-guerres. Le trait de Inker, qui s’adapte toujours à son sujet, enveloppe l’histoire dans un noir et blanc expressif et enfumé qui rappelle évidemment le cinéma expressionniste allemand.
Rouge signal
Dans un salon de manucure, quatre amies et collègues bavardent de tout et de rien sans savoir que de l’autre côté de la rue, Alexandre les observe de son bureau de commerçant. Déprimé et déçu par la vie, il a mis le doigt dans l’engrenage virtuel de groupes masculinistes et sombre de plus en plus. Le salon d’en face devient le symbole de son ressentiment grandissant envers les femmes sans que jamais ces dernières aient même conscience de son existence. Rouge signal raconte deux histoires parallèles dans une tension dramatique croissante jusqu’à l’inévitable collision des intrigues. Le tout est porté par une sublime mise en couleur et une mise en page complexe et morcelée. Un récit fort et actuel qui persiste en tête une fois le livre refermé.
La bête à sa mère
Une adaptation graphique éblouissante, où chaque détail respire la justesse. Le trio derrière le projet signe une œuvre sur mesure : le trait expressif de Laurent Pinabel épouse le texte avec une élégance rare, tandis que la scénarisation précise d’Eldiablo capte l’essence du récit sans en trahir la profondeur. L’âme du personnage demeure intacte, magnifiée par des visuels percutants. On referme l’album avec admiration, mais une frustration reste : il en faut plus. À Stanké, donc, l’appel est lancé : un tome 2, un tome 3, et Maple en BD, c’est une nécessité.
La physique pour les chats
Dans notre continuum seulement et sur aucune des autres cordes (où la probabilité d’un être aussi génial que Gauld est évaluée en moyenne à 0,000031416%), découvrez ces planches issues de sa collaboration régulière avec la revue The New Scientist. Que vous soyez chercheur ou chercheuse en voie de nobélisation ou ancien abonné ou ancienne abonnée des Débrouillards ayant envie de renouer avec votre flamme scientifique, ce livre est pour vous! Pour les autres, je vous mets au défi de lire une seule page au hasard et de ne pas trouver ça génial de concision et d’invention. En cas d’échec, veuillez noter que l’erreur ne pourra être attribuable qu’à votre propre système d’exploitation et en aucun cas à l’algorithme clairvoyant qui régit la matrice du multivers gauldien.
Transmission : Les héritages de la Baie-James
À la suite du balado Transmission de Radio-Canada OHdio, voici un roman graphique documentaire, illustré par Christian Quesnel. Annie Desrochers, animatrice de radio, avec l’aide de membres de sa famille, vole sur les traces de son grand-père Paul Desrochers. Cet homme fort politique a été désigné par Robert Bourassa pour développer le colossal projet d’hydroélectricité de la Baie-James. Environnement, Premières Nations, vie familiale, santé mentale et choix de société sont les sujets abordés avec lucidité et sans pudeur. L’auteure nous raconte l’histoire récente du Québec et de sa lignée avec un regard sur 360 degrés. Quesnel, encore une fois, avec brio, met tout son talent d’illustrateur au service du récit. À transmettre!
- Print (Opens in new window) Print
- Email a link to a friend (Opens in new window) Email
- Share on LinkedIn (Opens in new window) LinkedIn
- Share on Reddit (Opens in new window) Reddit
- Share on Pinterest (Opens in new window) Pinterest
- Share on Telegram (Opens in new window) Telegram
- Share on WhatsApp (Opens in new window) WhatsApp