Le calendrier officiel commence en janvier, mais pour ceux d’entre nous qui fréquentent les bancs d’école, septembre représente davantage le début de l’année, ce moment où le champ des possibles s’ouvre de nouveau à nous. Comme si on pouvait se réinventer en changeant de classe et d’amis.

Toutefois, il arrive qu’on soit tirés de force de notre confort, et de nouveaux repères doivent alors être envisagés dans l’urgence. C’est ce qui arrive aux héros de Valérie Fontaine dans Au bord de l’errance, petite plaquette qui aborde de front la problématique de la crise du logement qui sévit actuellement.

« Si on soustrait un appartement dans l’équation de notre vie et que celui-ci n’est pas remplacé, il reste juste rien comme résultat. »

Alors que la littérature adolescente met généralement en scène des protagonistes de cet âge, la prolifique autrice jeunesse, mère de trois jeunes de 17, 14 et 12 ans, a décidé de confier la parole en alternance à William et à sa mère. Une façon de montrer les deux côtés de la médaille et de développer l’empathie de son lectorat en lui permettant de se décentrer.

L’onde de choc survient lorsque le propriétaire leur annonce qu’il reprend le loyer. Avec leurs deux salaires d’employés de dépanneur — William travaille à temps partiel pendant l’année scolaire — pour subvenir à leurs besoins et à ceux d’une jeune sœur et d’un chien en plus, la mère et le fils s’aperçoivent vite que la recherche sera compliquée. Des problèmes d’adultes, oui, mais qui ont un impact sur toute la famille et qui viennent bouleverser le quotidien de cet adolescent qui voudrait juste, comme ses amis, pouvoir accéder à un peu de légèreté.

« Je me rends compte à quel point c’est un défi, avec nos ados, de vivre nos vies en parallèle et entrecroisées », explique l’autrice, ce dont elle témoigne bien ici grâce à la double narration. Celle-ci nous donne l’occasion de voir comment William vit le tout de l’intérieur, au même titre que nous prenons connaissance de la réalité de sa mère, qui veut bien faire et sauver sa famille, mais ne sait pas toujours comment, surtout dans un monde où les solutions ne sont pas facilement accessibles. Hyper ancré dans l’actualité, le livre nourrit l’espoir, mais atteste également du fait qu’il faut se débattre longtemps et faire preuve d’une bonne part d’imagination pour dénicher des astuces.

Créatives, les héroïnes du roman Le dernier mot doivent l’être quand leur enseignant et mentor leur annonce que la direction a décidé de fermer le journal étudiant au moment où il prendra sa retraite. Hors de question pour Héloïse — « prête à [s’]enchaîner à la porte du bureau de Mme Couillard s’il le faut » — de ne plus publier le journal qui a été sa raison de vivre et la source de plusieurs amitiés. Sa quête pour inventer un moyen efficace de se sortir de cette impasse commence donc en compagnie de sa meilleure amie et du graphiste du journal, un garçon qui fait par ailleurs battre son cœur. Du moins jusqu’au moment où Héloïse découvre un message anonyme dans un livre de la bibliothèque, point de départ d’une correspondance qui pourrait bien lui permettre d’explorer de nouvelles facettes de sa personnalité.

Première incursion chez le lectorat adolescent de la part de Maude Nepveu-Villeneuve, autrice sensible qui s’adresse tantôt aux adultes, tantôt aux petits, Le dernier mot parle d’amitié et de lutte pour ce qui nous est cher, de même que d’attirance et de littérature. Certes, si plusieurs auteurs aiment dire que leurs personnages sont de grands lecteurs, Nepveu-Villeneuve, professeure de français au collégial, va plus loin en faisant vraiment parler son héroïne et sa correspondante secrète de leurs romans préférés à travers les missives échangées. Au fil des pages, les lecteurs peuvent alors découvrir des recommandations littéraires telles que Les quatre filles du docteur March, L’avalée des avalés ou encore Antigone, des œuvres féministes fortes qui aiguisent le regard de sa protagoniste et l’ouvrent à d’autres horizons.

De nouveaux territoires à explorer s’offrent en ce début d’année, alors que la rentrée voit naître Kairos, une nouvelle maison d’édition québécoise qui, si elle n’a pas les adolescents comme public cible initial, pourrait bien rejoindre tous les fans des œuvres de Colleen Hoover, par exemple, ou encore offrir une option de lecture plus positive que la dark romance.

Alors que les livres de ce style controversé envahissent de plus en plus les tablettes des librairies, causant du stress à la fois aux libraires et aux parents, les deux cofondatrices de Kairos, Jessyca David et Geneviève Simard, se donnent en effet comme défi de proposer des romances qui visent un public de tout âge, permettant ainsi aux adolescents de lire des relations amoureuses plus saines.

C’est dans ce cadre que Jessyca David, autrice comme sa collègue, signe Quand t’es tombé. Ce roman suit le parcours d’une jeune femme, Ellie, dont le fiancé meurt dramatiquement lors d’un voyage d’escalade. Ayant perdu toutes ses marques, l’héroïne se lance le défi d’accomplir la bucket list de son ancien amoureux, ce qui implique d’apprendre à grimper et de voyager. Ce qu’elle n’avait pas prévu, c’est que Jackson, le meilleur ami de son Antho, se trouverait aussi souvent sur sa route. Et que sa présence éveillerait des émotions et des désirs qu’elle ne pensait plus possibles.

Pouvant s’apparenter aux récits de type enemy to lovers et construisant lentement le magnétisme entre les deux personnages à coup de descriptions où on sent la tension charnelle poindre de plus en plus fort, Quand t’es tombé propose quelques scènes de sexualité décrites dans le détail tout en se concentrant sur l’évolution psychologique de sa narratrice. De quoi plaire à celles et ceux qui lisent Icebreaker et autres romans du genre, mais surtout de quoi offrir un récit positif qui met en valeur la découverte de soi et le respect.

Parce que choisir ce qu’on lit, c’est en même temps se définir, peu importe notre âge ou notre parcours. À la manière d’une rentrée scolaire, la rentrée littéraire nous présente mille chemins. Lequel emprunterez-vous?

Photo : © Philippe Piraux

Publicité