« Pourquoi le ciel est bleu? », « Pourquoi on ne peut pas manger juste des bonbons? », « Pourquoi tu es malade? ». Les enfants adorent abreuver les adultes qui les entourent de questions. Certaines sont très sérieuses, d’autres semblent absolument loufoques, mais toutes sont le miroir de leur curiosité insatiable. D’ailleurs, plutôt que de nous fatiguer, ces interrogations devraient nous inspirer à cultiver notre propre appétit de savoir.

Bien que publiant beaucoup d’essais, les éditions MultiMondes font également une belle place aux documentaires jeunesse dans leur catalogue, que ce soit sous forme d’encyclopédies plus larges ou d’ouvrages plus spécifiques. Tout juste paru, L’hôtel des microbes pourrait bien répondre à plusieurs questions des enfants (et des grands) qui s’intéressent au corps humain et à ses mystères. Ludifiée par la narration de notre « guide touristique » lors de notre découverte de l’intérieur du corps humain de notre hôtesse, une enfant de 9 ans, cette lecture peut surprendre. En effet, il se peut qu’on panique un peu, à l’image de l’enfant, à l’idée des 45 000 milliards (!!!) de microorganismes contenus dans son corps, et donc dans le nôtre. Mais la plupart sont nécessaires à notre survie, comme on le découvre à travers les 40 pages de cet ouvrage.

Quelles sont les bactéries qui vivent à chaque étage de notre corps? Que se passe-t-il avec la nourriture qu’on ingère? Comment fonctionnent les cellules immunitaires? Comment les antibiotiques peuvent-ils aider à attaquer les virus? Comment les scientifiques font-ils des avancées en médecine grâce à leur étude des bactéries? Avec des illustrations fantaisistes et pétillantes, ce documentaire est amusant à traverser et nous guide habilement de la première page… au caca final!

La manie des enfants de poser des questions peut aussi être avantageuse en ce sens où elle permet de jeter un nouvel éclairage sur certaines de nos habitudes ou encore notre propension à respecter certains codes si bien ancrés qu’on ne se questionne plus à leur propos. Parce que « c’est la procédure ». Mais si, parfois, suivre les règles n’avait pas de sens?

Paru aux éditions Fonfon, l’album Prends un numéro! explore ce concept avec finesse et humour. Comme tous les matins, Lièvre s’enfonce dans la forêt pour sa promenade quotidienne. Cependant, cette fois, quelque chose est différent : des panneaux bordent son sentier habituel. Qu’est-ce que cela peut être? Puis, le héros à longues oreilles croise Écureuil et Taupe, qui lui précisent qu’il doit prendre un numéro, comme l’indique une pancarte mauve accompagnée d’une drôle de machine. Mais pourquoi? Aucun des personnages n’a de réponse. Pourtant, c’est écrit sur un panneau, ça semble officiel, alors il doit y avoir une raison. Non? Mais qui a installé cette procédure? Et combien de temps faudra-t-il attendre? C’est ce que découvriront (peut-être) les plus patients des animaux, de plus en plus nombreux à faire le pied de grue…

La signature visuelle d’Audrey Malo est facile à reconnaître avec ses lignes qui s’éclatent dans des formes libres, très naturelles, où les couleurs vives attirent le regard. Ici, les illustrations contiennent peu de détails, mais Prends un numéro! est le type d’album qui gagne à être lu et relu en portant une attention particulière chaque fois à chacun des personnages. Une observation minutieuse permet ainsi d’apprécier le travail de tricot d’Écureuil et la fascination de Lièvre pour les insectes ou encore de remarquer la disparition d’un personnage en cours de route… tout en continuant de se poser des questions sur la réaction de chacun. Est-ce qu’il faut toujours suivre les règles, même si elles semblent arbitraires?

Bien qu’absolument imaginaire, le roman Impossibles créatures propose aussi des réflexions qui peuvent répondre à certaines de nos interrogations, plus vastes, sur le fonctionnement de notre monde ainsi que sur la place qu’on y tient. Autrice de talent, Katherine Rundell raconte l’histoire de Christopher, un jeune garçon bien ordinaire qui bascule dans un monde caché en cherchant à sauver une créature de la noyade.

Enchanteur, voici comment on pourrait décrire l’Archipel, monde dans lequel les animaux que nous croyons appartenir aux légendes vivent pour vrai. Où les manteaux qui permettent de voler et les couteaux qui peuvent tout couper existent, où les êtres cohabitent et s’entraident. Seulement, voilà, au moment où Christopher y débarque et fait la connaissance de Mal, jeune aventurière intrépide, quelque chose ne tourne pas rond dans l’Archipel. La magie semble s’estomper et la jeune fille est poursuivie par un homme dont la mission est vraisemblablement de la tuer. Pourquoi? demanderont les plus jeunes lecteurs. Et quel est le lien entre ces deux réalités? La réponse sera peu à peu dévoilée au cours d’une aventure extraordinaire et riche en rebondissements où chacun des personnages qui rejoignent le noyau d’origine participe à la construction de l’ensemble, certains se révélant à des moments clés. Impossibles créatures est ainsi une quête fascinante dont les fondements reposent sur une vision lucide de l’autrice sur le genre humain. Ainsi, à travers les actions de ses personnages et cette quête vers l’arbre source de la glimourie, elle pose des petits cailloux, réflexions sur ce que nous sommes et ce qui nous motive, qui font en sorte qu’on ressort de l’histoire avec le sentiment de s’être un peu mieux compris même si on était complètement ailleurs.

« Nous les humains, nous sommes un peuple qui oublie vite », écrit Katherine Rundell. Et si cette phrase ne répond pas à une question précise, elle peut tout de même servir de phare : comprendre là d’où nous venons peut nous aider à choisir la route à prendre, peu importe les règles.

Photo : © Philippe Piraux

Publicité