Après avoir offert Almanach des exils en 2009, les autrices poursuivent leur pratique d’écriture à quatre mains sur un autre sujet, soit les nombreuses figures du désir vues par des femmes hétérosexuelles dans la cinquantaine. Alors que l’une repense la forme du couple traditionnel et courtise des hommes qui ont environ la moitié de son âge, l’autre se situe dans l’espace négatif du désir et voit son envie de plaire à l’autre transformée en une soif de création. Aussi, cet essai-dialogue réfléchit à l’écriture de l’érotisme, qui peut comporter certains défis. Provocateur et impudique par moments, il forme une chambre d’écriture où des paroles peu entendues et lues peuvent s’exprimer librement. Un livre résolument féministe et admirablement bien écrit.
Numéro 148
Dossier
Libraire d'un jour
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Les libraires craquent
Fragments d’Olivier
Quelle belle surprise pour moi que ce nouvel opus de Marianne Brisebois! Après avoir entendu toutes mes collègues vanter ses romans, j’ai finalement plongé moi aussi. Même si les thèmes de l’amour et de l’amitié ne sont pas nouveaux dans son univers littéraire, j’ai été charmée par cette histoire bien construite, avec des personnages complexes et imparfaits. La dynamique entre Camille et Olivier est extrêmement divertissante et l’autrice arrive à nous faire réfléchir sur la dépendance, sous toutes ses formes. La narration laisse planer un mystère et ne porte jamais de jugements sur les comportements des personnages. Ne boudez pas votre plaisir et tombez vous aussi sous le charme de ce texte intrigant et riche en émotions fortes!
Veuve Chose
Le seul défaut de ce roman, c’est qu’il est trop court! Dans cette dystopie, chaque adolescent de 17 ans doit choisir entre faire son service militaire ou devenir bourreau d’un jour. Lorsque Jean-Marc plonge ses yeux dans ceux de Veuve Chose, la célèbre empoisonneuse, il ne peut pourtant se résoudre à pendre la condamnée. S’ensuit alors un périple haut en couleur pour échapper aux regards réprobateurs. Entre mine désaffectée, usine de confiserie et paquebot idyllique, l’avenir du jeune homme et celui de la criminelle semblent désormais liés envers et contre tout. Des personnages nuancés et flamboyants, une ambiance à la fois noire et rocambolesque dans un univers où, malgré le totalitarisme en place, survit une touche d’espoir et de compassion.
L’homme au camion
Certaines certitudes de Louise Dupré s’écroulent lorsque son frère Jean-Paul, généalogiste amateur, découvre des informations troublantes sur leur grand-père paternel. S’ensuit une enquête, qui, bien qu’elle n’offre pas toutes les réponses, permet de jeter un regard neuf sur leur père et sur ce qu’il a traversé. L’autrice doit également composer avec la culpabilité de ne pas avoir posé de questions pendant qu’il était encore possible de le faire. Des décennies plus tard, elle mesure la distance entre eux, due aux drames que le père a vécus, mais aussi liée aux études en lettres effectuées par l’autrice. L’écriture, qui les a autrefois séparés, les rapproche grâce à ce récit. Comme lectrice, je me sens privilégiée d’avoir accès à autant de vulnérabilité et de beauté.
Une histoire silencieuse
« C’est peut-être là, dans la maison qu’a connue mon père, dans cette maison qui renferme une histoire désormais silencieuse, que je commence à écrire. » L’écriture agit, dans ce roman, comme un important travail de mémoire qui tente d’élucider les secrets autour de la vie d’une femme disparue, Thérèse, la grand-mère d’Alexandra Boilard-Lefebvre. À travers des descriptions de photos, des retranscriptions de conversations avec des proches et des recherches aux archives, Une histoire silencieuse est un premier roman puissant qui retrace non seulement la vie d’une femme, mais également celle de plusieurs femmes ménagères. En effet, en ponctuant le récit d’extraits de The Feminine Mystique de Betty Friedan, l’autrice donne une voix à Thérèse et à ces femmes ménagères oubliées, disparues. Un roman profondément touchant!
Un roman au four
C’est une autofiction sous forme de flux de conscience, d’un rythme enlevant, avec une ponctuation minimale. L’autrice traite de la difficulté d’écrire induite par sa charge mentale et l’ennui de sa vie de banlieue. Son rôle de mère est prenant, notamment dans le soutien qu’elle apporte à sa fille victime d’intimidation à l’école. Pour faire contrepoids au quotidien, Marie-Sissi Labrèche affirme l’importance que garde la littérature dans sa vie et convoque ainsi d’autres écrivaines qu’elle a lues. Comme elle aime le rappeler, ça va vite dans sa tête et le style du roman permet au lecteur de bien le saisir. Les idées sont foisonnantes, mais ont toutes leur importance et leur pertinence. À savourer.
Les déterrées
Katia Belkhodja nous raconte l’arbre généalogique de Rym, où on y rencontre ses sœurs, sa mère, ses tantes, ses aïeules. Elle exhume par l’écriture les histoires et les souvenirs de famille en Algérie et raconte les nouveaux récits créés à Montréal. Elle nous apprend qu’une théière ne se lave pas, les couches successives de thé déposées au fond comme des récits personnels, familiaux, étant indispensables pour apprécier le thé servi aujourd’hui. Pour déterrer les récits des oublié·es de l’Histoire, Katia Belkhodja nous parle de la colonisation française en Algérie avec franchise, au travers des parcours des femmes et des hommes de la famille Belhaj. Le livre est construit en alternance entre un passé qui vit encore et un présent en construction, où Rym et ses sœurs transmettent aujourd’hui leurs propres histoires à leurs enfants.
Contours
Du jour au lendemain, tous les astres dans le ciel laissent place au vide. Tous les astres, sauf le soleil et la lune, comme si l’univers nous faisait languir notre inexistence. C’est ce qui confronte les personnages du roman, ce dernier qui trempe dans la science-fiction et la philosophie. Comment répondre à ces peurs, à ces questionnements existentiels face au vide? Chacun trouvera un moyen de se taire l’esprit pour de courts instants. L’autrice nous montre, dans ce premier roman, son talent avec une plume mature et habile qui incarne à merveille les personnages aux âges et aux caractères différents. L’histoire est tout aussi bien ficelée. Ce livre, par son unicité et sa douceur, nous marque, mot après mot.
Recueillir
Recueillir, comme Louise Warren forme un recueil de poésie, d’essais, de rêves. Recueillir, comme elle récolte les citations pendant l’acte de lire pour les déposer au cœur des textes et dans des endroits moins fréquentés. Pour elle, loin d’être une copie, la citation élargit le propos et permet de démontrer de la gratitude. Dès ses premiers journaux, la citation et le collage sont expérimentés. Ces pratiques permettent de se lier aux autres et à soi. Aussi, une grande réflexion sur le fragment traverse les pages. En seconde partie, une méditation permet de se recueillir. Le tout forme un guide pour saisir l’esthétique de cette grande artiste qui publie depuis plus de quarante ans. Un livre à conserver précieusement pour stimuler le processus créatif et pour la citer.
Le plancher des vaches
« j’ai dit que mon désir c’était / qu’on se souvienne de moi / ça j’en étais certaine / qu’il était là / le lieu de mon désir. » Dans Le plancher des vaches, Rachel Lamoureux dévoile une poésie d’une grande sensibilité qui ne laissera pas son lecteur indifférent. À travers une série d’entrées de journal dans laquelle elle décrit ses séances de psychanalyse et ses propres réflexions, désirs et interprétations, l’autrice livre une poésie avec grande délicatesse et sincérité qui se lit comme une exploration de soi-même, de ses blessures et de ses désirs. Un recueil qui donne envie de s’y replonger une fois les derniers mots lus. À lire et à relire pour saisir toute la puissance des mots qui aurait pu nous échapper à la première lecture!
Fucked up story
Le formalisme mallarméen n’est pas mort, il n’est que lubrifié vêtu de cuir et plein d’autodérision. Je suis heureux de retrouver l’humour caustique de Nicholas Giguère qui ne dessert pas les mâchoires même après sept recueils; pire, il raffermit sa prise sur ses images cyniques de la culture populaire. Dans ce capharnaüm typographique et de références savoureuses, on passe un très bon moment d’irrévérence. Finalement, aucun lancer de dé n’abolira le hasard, surtout quand ils sont insérés dans le trou de pet d’un politicien trop bronzé (sur l’air de Michel Foucault qui parle de sexe au collège de France).
Pensée nuit tranquille
Par ce titre évocateur tiré d’un célèbre poème chinois du XIIIe siècle, l’ouvrage Pensée nuit tranquille de la poétesse sino-montréalaise Gillian Sze nous fait pénétrer d’emblée dans un univers narratif qui alterne avec doigté poésie et essai. Plaquette valant son pesant d’or, brillamment traduite par Luba Markovskaia, cette œuvre d’une remarquable délicatesse explore les souvenirs familiaux, la maternité, l’art et le sens multiple des mots. Révélant un esprit vibrant de curiosité et de générosité ainsi qu’une plume merveilleuse qui matérialise la rencontre de tous ces thèmes dans une conversation douce, vive et absolument enrichissante, ce livre est une perle chatoyante dans notre paysage littéraire.
Un avenir radieux
La famille Pelletier est rudement mise à l’épreuve dans ce dernier volet, aux péripéties des plus étonnantes, des salles de billard aux écoles de bonnes sœurs de la fin des années 1950, des Trente Glorieuses. Splendide apothéose littéraire que cet Avenir radieux : alors que la toujours aussi horripilante et imprévisible Geneviève continue à persécuter le trop docile Bouboule, qu’Hélène invente une nouvelle façon de faire de la radio, que la jeune Colette cherche à se mettre à l’abri d’un dégoûtant personnage, quelque part, dans une ruelle sombre de Prague, un autre membre du clan Pelletier, impliqué dans le grand jeu de la Guerre froide, risque sa vie. Tout en nous permettant de renouer, dans l’allégresse, avec l’esprit feuilletonnesque, Pierre Lemaitre nous livre, une nouvelle fois, une leçon d’histoire des plus singulières, et qui n’a rien d’assommant. Et, information exaltante, il nous promet une trilogie finale.
Étude pour l’obéissance
Dans une prose réfléchie et recherchée, Étude pour l’obéissance de Sarah Bernstein, traduit par la talentueuse Catherine Leroux, manie les longues phrases avec talent et nous plonge au cœur du récit d’une jeune femme qui s’installe chez son frère, récemment divorcé, et qui se livre avec obéissance aux tâches ménagères. Dans ce pays nordique, la narratrice se retrouve au cœur d’événements inexplicables où les soupçons se tournent rapidement vers elle. Étude pour l’obéissance explore avec puissance la violence et l’ostracisation. Un roman qui se doit d’être relu pour en saisir toutes les subtilités, toute la beauté lyrique et tous les sens cachés. Une autrice à suivre et à découvrir!
Histoire d’une domestication
Après Les vilaines, premier roman de l’autrice salué internationalement, Camila Sosa Villada nous offre avec Histoire d’une domestication un pied de nez aux promesses illusoires de l’institution familiale. On y suit une actrice célèbre qui, après s’être mariée à un homme gai et avoir adopté un enfant avec lui, tente de renégocier avec elle-même cette assimilation en se rebellant contre l’hypocrisie bourgeoise de sa situation. Parce qu’entre promesse et menace, il n’y a qu’un pas, surtout lorsqu’on est travesti. Un roman brillant, cinglant, à mettre entre toutes les mains des personnes cherchant à se questionner sur la notion de respectabilité.
Frapper l’épopée
Aussi puissamment contemporain que Comme un empire dans un empire, avec le souffle grandiose de L’art de perdre et la densité philosophique de Toute une moitié du monde, Frapper l’épopée synthétise les qualités de Zeniter. En perte de repères et tracassée par le morcellement de son identité, une jeune prof de français va s’inquiéter de la disparition de deux élèves de sa classe, des jumeaux kanaks. Au fil de ses recherches, elle va rencontrer une sympathique bande de militants pratiquant le « terrorisme empathique », manière innovante de rappeler la colonisation et les rapports de force en les sapant par des actions métaphoriques. Vous y revisiterez l’histoire récente du Caillou afin d’en mieux comprendre les secousses d’aujourd’hui.
Théodoros
Théodoros de Cartarescu est grandiose comme une épopée, pathétique comme un roman picaresque, cryptique comme les textes apocryphes dont il n’a de cesse de s’inspirer, mélancolique et cynique comme un aphorisme de son compatriote Cioran. En ce jeu de piste et de miroir où tout est tromperie, appropriation, divagation et écho déformé, rien ne semble certain outre l’arbitraire du sort. C’est là certainement l’un des fils conducteurs de cette fresque déconstruite exposant trois temps d’une vie de brigandage qui sont autant de prières au Dieu Pouvoir. Comme toujours chez Cartarescu, le tout est ponctué de tragi-comique, d’éléments fantastiques qui incarnent au mieux des concepts philosophiques ainsi que de références érudites.
Les chats de Shinjuku
Si vous ne connaissez pas la littérature japonaise et que vous ne savez pas par où commencer, Durian Sukegawa est assurément un auteur qu’il faut avoir en tête. Même si seulement quatre de ses romans sont traduits en français, ils sont tous d’une grande qualité, comme Les chats de Shinjuku, son petit dernier. On y rencontre Yama, un jeune homme coincé dans un emploi qui ne le stimule pas et qui ne sait pas quoi faire de sa vie. Il pousse la porte d’un bar où les habitués jouent à un jeu bien spécial : ils parient sur le chat qui se présentera à la fenêtre! Intrigué par le jeu, et par la jolie serveuse Yume, Yama finit par tisser une belle relation avec elle et avec les chats, jusqu’au dénouement totalement inattendu! Rempli de cette douceur typiquement japonaise, ce roman vous ouvrira les portes de la littérature nipponne en grand!
La nouvelle saison
Dans la beauté spectaculaire du nord de la Norvège, Hans Junior exploite la ferme familiale avec son père, Hans Senior. Après le décès de ce dernier, le jeune homme poursuit sa vie sobre et solitaire auprès de ses bêtes, perpétuant un mode de vie ancestral et qui semble immuable. L’arrivée de Sylvi, l’inspectrice vétérinaire, va bousculer sa routine et renverser son cœur. Mais les conditions climatiques de plus en plus erratiques menacent leur bonheur et ces terres qu’ils chérissent. L’auteur, lui-même issu d’une communauté rurale, dessine avec une plume empathique, mais dépourvue de pathos, le destin de ses héros sensibles et taiseux, humbles et émouvants. Au terme de ce roman tout en tension lentement distillée, dans lequel un monde s’éteint sur la pointe des pieds, la chute apparaît d’autant plus amère qu’elle paraît inéluctable.
Aimez Gil
D’abord, il y avait Gil et Mathieu, des ami·es, mais l’arrivée de Mathias change tout. Dans ce roman au rythme haletant, Shane Haddad cultive l’incertitude avec brio en sondant la limite — si tant est qu’il y en a une — entre amitié et amour. Les trois protagonistes, mi-vingtenaires, plaquent tout pour parcourir la France le temps d’un été à bord d’une voiture qui pourrait lâcher à tout moment. Entre malaises existentiels et fuites éthyliques, Aimez Gil se vit avant tout comme une plongée en spirale dans la psyché du personnage éponyme, qui assiste plus qu’elle ne participe à l’éclosion de la relation entre les deux M, avec les remises en question que cela amène. Ce deuxième roman de Shane Haddad confirme la plume singulière de l’autrice.
Le roman des artistes (t. 1) : Romantismes
Des « classiques », on en lit, on en écoute, on en admire, mais on oublie souvent que, derrière ces œuvres, il y a eu chaque fois une époque avec ses agitations, ses révoltes et ses progrès qui ont alimenté le désir de création de femmes et d’hommes… Dans ce premier tome (quatre à venir), Dan Franck raconte la période romantique en France (1815-1848). Ses personnages, ce sont des géants (Hugo, Sand, Delacroix, Balzac, Chopin, Dumas, Liszt…) terriblement humains : on se côtoie, on s’admire, on se déteste, on s’écharpe et… on « couche » beaucoup! Chemin faisant, on rejette les règles anciennes, on invente la littérature et l’art modernes et on prend les armes au besoin. C’est captivant, ça se lit comme un roman et on a déjà hâte au deuxième tome!
Lignes de fuite : L’exil des collaborateurs français après 1945
« Partons! Décampons! » Ils étaient des milliers de Français et de Françaises, en 1944, à faire le choix de fuir face à la Libération et une imminente épuration. S’appuyant sur des archives inédites, Marc Bergère propose une première histoire totale de cette galopade des perdants prenant de multiples formes. On cherche asile à l’extérieur, en Argentine, en Espagne, en Irlande, ou, comme ce Bernonville ou ce Simenon, au Canada (inspirant ce précédent Vichy au Canada : L’exil québécois de collaborateurs français du même auteur). On fuit, pour la grande majorité, à l’intérieur, semi-vivant parmi les vivants, citoyen clandestin cherchant à se faire oublier, trouvant parfois refuge et intériorisant l’exil, à l’exemple de l’académicien Michel Mohrt, dans l’écriture. Aucune de ces fuites, à l’imposant potentiel romanesque, ne se ressemble vraiment, mais toutes choquent par un point commun : l’absence de remords ou de repentir de ces misérables. Troublant.
Résister
Une bouffée d’espoir dans la morosité ambiante. Ce petit essai de la journaliste Salomé Saqué se lit, se relit et se partage dans l’urgence face à la montée en flèche de l’extrême droite un peu partout sur le globe. « Parce que les heures les plus sombres de notre histoire devraient nous avoir appris qu’on ne peut pas faire l’économie des valeurs de tolérance et de respect qui constituent le socle de notre démocratie. » L’ouvrage, scindé en courts chapitres, propose d’abord un tour d’horizon des menaces fascistes en France pour ensuite se concentrer sur la bataille culturelle menée par l’extrême droite, puis sur les pistes de solution à notre disposition pour y résister. Les parallèles entre la France et le Québec se font d’eux-mêmes.
Le double : Voyage dans le monde miroir
Dans cet essai percutant et infiniment actuel, Naomi Klein nous livre une réflexion sur les milieux de l’extrême droite conspirationniste, sur les dérives d’Internet ainsi que sur la figure du double à partir d’une expérience personnelle aussi troublante que dérangeante : la confusion permanente établie entre elle-même et Naomi Wolf. C’est par le biais des réseaux sociaux et des algorithmes que la sociologue et politologue se voit constamment associée à cette figure publique des États-Unis à la sauce Trump, ex-féministe devenue une conspirationniste emblématique. Cette véritable plongée dans le « monde miroir » qui ne cesse de subvertir la réalité et la vérité nous conduit à vouloir défendre, plus que jamais, la démocratie et ses outils.
Tu disparais mon amour
Le troisième opus de la collection « Les salicaires » étonne par sa forme et par son fond. Guy, l’amoureux de l’autrice, a été frappé mortellement par une voiture alors qu’il s’éloignait d’elle à vélo. La jeune femme, alors âgée de 18 ans, culpabilise d’avoir contenu son désir de crier haut et fort son amour, et par un effet de domino, d’avoir évité l’accident en retardant de quelques secondes le trajet à vélo. Incapable de surmonter ce deuil, la jeune femme disparaît, elle aussi. Leur amour grandit grâce aux rêves. Ce récit en fragments se transpose dans plusieurs temporalités, mélangeant rêves et vie réelle, défiant toute linéarité. Des éléments sont dévoilés au fil des pages, ajoutant une légère touche de suspense. Un livre envoûtant et sensuel, comme ce grand amour.
Méfiez-vous des femmes insomniaques
À la suite des décès de son beau-père et de son père à une semaine d’intervalle juste avant Noël 2020, c’est l’onde de choc, Annabel Abbs perd le sommeil. La consommation de somnifère n’est pas sa tasse de thé. Au fil de ses recherches, lectures et expériences, elle découvre qu’elle a deux personnalités, une diurne (Annabel-de-jour) et l’autre nocturne (Annabel-de-nuit). Elle dévoile des pans de vie de femmes, dont la philosophe du XVe siècle Laura Cereta, l’artiste Louise Bourgeois, l’écrivaine Virginia Woolf, et bien d’autres qui font de l’insomnie et qui profitent de la nuit pour créer, se ressourcer, s’émerveiller, se vider du trop-plein d’émotions après des événements traumatisants. Annabel-de-nuit, elle, expérimentera différents moyens pour vivre pleinement ses insomnies. À vous de les découvrir!
Ailleurs, chez moi
L’écrivain Douglas Kennedy, connu pour ses œuvres de fiction, nous offre un livre des plus passionnants, et complètement d’actualité, avec Ailleurs, chez moi, essai biographique, social et politique qui arpente non seulement les rues mouvementées de son New York adoré, mais aussi son passé familial un peu bancal. Passionné de jazz, de littérature et de cinéma, l’auteur nous fait part des constats inhérents à une vie de globe-trotter qui n’a jamais cessé de lui ramener son américanité en plein visage… Et trop souvent pour le pire. Une constante qui a poussé Kennedy à interroger les moments clés de l’histoire états-unienne et à fouiller les contradictions de ce territoire dont l’influence sur le monde fait trembler plus que jamais.
Tu viens d’où? Réflexions sur le métissage et les frontières
Accessible, touchant, informatif, nuancé : ce sont ces adjectifs qui viennent spontanément à l’esprit à la lecture du livre de Maïka Sondarjee. Avec sa large part accordée au récit personnel rehaussé d’anecdotes dont l’humour se teinte de tendresse, ce récit/essai porte une analyse nécessaire sur ce que signifie être métis aujourd’hui… faute d’un mot définissant mieux cette réalité qui suscite encore, entre racisme et idéalisation, nombre d’idées reçues. De son écriture vive, débordante d’intelligence, Maïka Sondarjee contextualise avec limpidité et dit sans détour ce qui a besoin d’être dit. Un ouvrage qui ouvre le regard, en décompartimente les angles et défait les nœuds d’incompréhension et d’ignorance qui paralysent encore nos sociétés.
Arbres : Explorer le monde des racines aux cimes
Sous la judicieuse direction de Tony Kirkham (ancien directeur des célèbres Kew Gardens), scientifiques, historiens et historiennes et artistes s’unissent pour rendre un hommage à nos compagnons de toujours : les arbres. Convoquant la quintessence des savoirs du vivant et la finesse d’analyse de l’histoire de l’art, ce livre splendide rassemble plus de 350 pages d’œuvres assemblées en tandem par affinités électives. Les textes qui accompagnent chaque œuvre sont d’une grande pertinence et donnent envie de courir au musée ou à la forêt la plus proche. On le savoure chaque jour brièvement, nous laissant sustenter par la beauté de ses ramages, nourris esthétiquement et ragaillardis dans notre volonté de défendre à tout prix ces amis à l’ombre salutaire.
Imperator : Une histoire des empereurs de Rome
Encore une fois, Mary Beard s’adresse à tous et toutes pour faire connaître le monde qui la passionne depuis toujours. Si ici on s’intéresse au sommet du monde romain, ces empereurs tout de pourpre et de folies, on verra que, comme à son habitude, Mary Beard ne s’en laisse pas conter par les ors de l’empire, pourfend les légendes noires ou dorées, et redonne à ces hommes et à leur entourage des dimensions très humaines. Sous sa plume, le monde du Palais est vivant, souvent touchant ou même pathétique, parfois vertigineux, toujours passionnant.
Boréaliser
Boréaliser est une œuvre difficile à classer. Dans ce livre issu du projet interdisciplinaire « Réécrire la forêt boréale », les autrices et auteurs se donnent ici pour mission de s’inspirer des recherches scientifiques faites en écologie forestière pour écrire de la fiction. En plus d’être un bel objet (imprimé sur un papier vieux rose, avec un texte vert forêt), Boréaliser nous plonge dans une suite de textes variés, allant du récit nostalgique, à la poésie, au théâtre. Certains nous restent plus en tête : comme celui du traducteur de slovaque pris au dépourvu lors d’une conférence universitaire, ou celui sur la littérature castorienne (coup de cœur!). Un deuxième volet du projet serait d’ailleurs en préparation, ce qui sera à surveiller.
Le Québec à pied : 50 itinéraires de rêve
Lorsqu’on parle de voyage doux pour l’environnement, on s’imagine souvent sillonner des territoires en train, à vélo ou, pourquoi pas, en voilier, mais on imagine moins souvent un parcours entièrement marché! Le Québec à pied : 50 itinéraires de rêve vous entraîne pourtant aux quatre coins du Québec seulement munis de vos jambes — et de bonnes bottines de marche. On y découvre des chemins de pèlerinage, mais aussi des marches contemplatives ou urbaines, comme celle réalisée par Rodolphe Lasnes autour de l’île de Montréal, et finalement de longues randonnées dans l’arrière-pays, sur le Sentier national en Mauricie ou le long des rivières du Bas-Saint-Laurent. Un type de périple que l’on aime voir se démocratiser et qu’on ne peut qu’encourager!
Le familier
XVIe siècle. Madrid. Leigh Bardugo nous transporte dans une fantasy dans laquelle se mélangent surnaturel, éléments historiques et intrigues politiques. Tout pour captiver le lecteur dès les premières pages! Dotée de dons particuliers, Luzia Cotado, une jeune servante, essaie de rester la plus discrète possible jusqu’au jour où elle attire l’attention des nobles de la société espagnole. Les tours de magie qui servaient à accomplir ses tâches ménagères ne sont plus un secret. C’est alors que le lecteur est rapidement transporté dans un roman à l’atmosphère inquiétante avec la menace de l’Inquisition qui plane. Une fantasy en un seul tome dans laquelle les thèmes de l’identité et du pouvoir sont au cœur du récit. Leigh Bardugo est une autrice à découvrir, si ce n’est pas déjà fait!
Le bracelet de jade
Chine, XVIIe siècle, à la fin de la dynastie Ming : la jeune Chen, fille d’un fonctionnaire lettré retiré du monde, entre en possession d’un étrange bracelet de jade, sculpté dans le temps et dans l’espace. À la croisée du récit historique, de la science-fiction et des « littératures de jardins » propres à la Chine, l’autrice offre une magnifique réflexion sur la nature humaine, la beauté et le sentiment d’incertitude en des temps politiques troublés. En une centaine de pages, le tout est porté par une écriture délicate et ciselée. Un petit bijou littéraire.
Les champs de la lune
Un hymne à la nature et à la vie pastorale… sur la Lune! L’humanité a colonisé son satellite, sans jamais réussir à s’y acclimater vraiment. À la surface, sous un dôme protecteur qui menace jour après jour de se fissurer, une fermière prend sous son aile une petite fille extrêmement douée pour le jardinage. Mais celle-ci disparaît brusquement, laissant sa protectrice en proie aux doutes et aux remises en question… Un portrait touchant, dont la quête de sens fait contrepoint à celle d’une espèce humaine déracinée qui n’apprend pas de ses erreurs.
Rouge
En Californie pour les funérailles de sa mère, Mirabelle fait la rencontre d’une étrange femme en rouge bien attristée que la matriarche soit partie « comme le font les roses ». L’inconnue l’invite pour un traitement spécial à la Maison de Méduse; un spa que sa mère fréquentait. Mirabelle découvrira à son tour jusqu’où il faut être prêt à aller pour effacer les blessures du passé. Dans une fable autour du deuil, de la maternité et de l’identité, Mona Awad aborde le cycle de transmission des traumas intergénérationnels. Rouge est un roman tordu où les démons savent quelle forme prendre pour nous mener à la tentation. Le roman plaira à celles et ceux qui ont aimé Sorcières de Mona Chollet. Mention spéciale au travail impeccable de la traductrice Marie Frankland.
L’agent
À la recherche d’un bon polar humoristique? Le plus récent de Pascale Dietrich est un petit bijou! Anthony, jeune homme bien sous tous rapports, habite un quartier chic de Paris. Son job : agent… de tueurs à gages. Ses revenus : 10% de toutes les affaires qu’il chapeaute. Une réputation d’efficacité hors pair! Mais voici qu’une « sous-contractante » élimine non seulement sa cible (un sous-ministre), mais aussi un caïd mafieux. Panique! Pour échapper aux représailles, Anthony doit disparaître quelque temps. Quoi de mieux qu’une caravane dans un camping isolé qu’il devra partager avec une vieille dame qui, après un AVC, veut se sauver d’un neveu désireux de la placer en résidence… On a les ingrédients d’une comédie noire tout à fait jubilatoire!
Dot de sang
Pour apprécier ce roman, il faut aimer les vampires. On y retrouve tous les éléments classiques : un vampire puissant, une jeune femme soumise qui devient son épouse, de l’amour, du sexe, des trahisons, des secrets… On nous vend ce roman comme une réécriture de Dracula du point de vue de sa première femme, Constanta, mais en fait, il s’agit surtout d’un prétexte pour plonger dans la psyché d’une femme qui traverse les âges en suivant les caprices d’un mari à la fois violent et secret qui gouverne entièrement sa vie. La force de ce roman réside surtout dans l’évolution psychologique de Constanta : de femme soumise, elle deviendra une femme éprise de liberté et d’amour. Elle réussira à trouver tout ce qu’elle espérait, et même plus, mais à quel prix? Lent et contemplatif, ce roman sombre et sensuel ravira les fans du genre.
Une locataire si discrète
J’ai dévoré ce suspense qui raconte l’histoire de Rachel, qui a été kidnappée et gardée séquestrée pendant cinq ans dans un cabanon. Lorsque la femme d’Aidan Thomas, le kidnappeur, meurt, il doit déménager et emmener Rachel vivre chez lui. Cette dernière essaye donc de trouver un moyen de se sauver. L’écriture est fluide, ce qui rend la lecture agréable, et les différents points de vue nous aident à connaître non seulement la victime, mais aussi le kidnappeur. Nous découvrons également l’histoire à travers les yeux de Cecilia, la fille d’Aidan. C’est le premier roman de Clémence Michallon, et j’ai très hâte de découvrir son prochain! Si vous cherchez un suspense à lire, je vous conseille fortement Une locataire si discrète.
Blanche se fait la malle
Impeccablement traduit par Laure du Breuil, Blanche se fait la malle de l’écrivaine et militante afro-américaine Barbara Neely offre un plaisir de lecture parfaitement jouissif. Tentant de fuir une condamnation de trente jours de prison pour utilisation de chèques en blanc, Blanche se retrouve dans une situation telle qu’elle n’aurait jamais pu l’imaginer. Car si son parcours d’employée de maison soumise aux caprices d’employeurs exigeants n’a, à première vue, rien d’enlevant, Blanche doit le mordant de son aventure au talent de sa créatrice qui sait, avec la même finesse, nous faire rire et grincer des dents. Un roman policier qui sort de tous les sentiers battus et nous fait tanguer entre intrigue trépidante et critique sociale décapante.
L’affaire des Montants
On retrouve toujours avec bonheur le détective André Surprenant et le plaisir s’accroît encore quand un crime ramène l’enquêteur fétiche de l’auteur aux Îles-de-la-Madeleine. Cette fois, à quelques jours de Noël, une productrice d’agneaux de pré salé a été sauvagement tuée alors qu’elle promenait son chien. Un vieil ami de Surprenant l’appelle et le prie de venir sur place aider la jeune enquêtrice de la SQ à élucider l’affaire. Les suspects ne manquent pas : un amant que la victime s’apprêtait à « remettre sur le bateau », un ex plutôt rancunier, un « faux frère » jaloux, une amie d’enfance exploitée… Sans compter que les affaires de l’entreprise n’allaient pas très bien… Une enquête menée de main de maître dans un décor qui fait rêver!
Ascension
On suit dans Ascension le parcours de Leigh, biologiste marine de Rotterdam qui fuit, dès son jeune âge, un contexte familial difficile en « s’échappant » dans la mer. Elle y est fascinée par les formes de vie les plus archaïques. À sa surprise, ses recherches sur ces organismes font en sorte qu’elle est recrutée par une agence liée à l’exploration spatiale, dans laquelle elle est appelée à jouer un rôle crucial. Au-delà des questions sur un futur hypothétique, on réfléchit dans Ascension sur la nature même de la vie à travers des personnages imparfaits, mais ô combien humains. Ce récit dense et rythmé devient donc à la fois un drame familial incarné et nous sert aussi une grande réflexion sur la nature du temps et de la vie, rien de moins!
Mémoires de la forêt (t. 4) : La saison des adieux
Vingt ans se sont écoulés depuis le troisième tome de la série. Le village de Bellécorce porte la mémoire des animaux qui ont fait sa grandeur, tant ceux qui restent que ceux qui sont partis. Dans le chêne-librairie familial, un renard aux lunettes mal ajustées et aux poumons fragiles, qui a bien grandi depuis ses dernières aventures, élève seul ses deux petits. L’un, zozotant jusqu’aux oreilles, l’autre, blond comme sa mère. Elle, elle a peint sa présence sur tous les murs du vieil arbre. Maintenant, celui-ci craque et casse, et les souvenirs de générations entières menacent de s’effondrer avec le bois. Un tome ultime qui boucle avec brio cette série douillette, gourmande, chatoyante, sucrée et poignante, qui s’inscrira parmi les classiques. Dès 8 ans.
Heartless Hunter
Gideon est chasseur de sorcières. Le Crimson Moth, Rune pour les intimes, est la sorcière qui lui échappe depuis des années. Gideon et Rune ne peuvent être plus opposés quant à leur passé, mais aussi quant à leur nature. Or, quand le devoir les appelle, ils sont prêts à tout pour ne pas faillir à leur mission respective. S’ensuit dans le roman un double jeu du chat et de la souris, chacun essayant de ramasser de précieuses informations sur l’autre en se faisant la cour. Racontée en alternant les deux points de vue narratifs, l’intrigue déploie la psychologie, les motivations et la complicité des deux protagonistes, dont les façades peinent à tenir en place. C’est l’histoire d’un chasseur et de sa proie… ou serait-ce l’inverse? Dès 14 ans.
Si tu épuises tous tes mots
Une petite fille observe son papa, distrait, qui pianote sur son téléphone… Prise d’une inquiétude, elle va lui poser deux questions, à la fois simples et désarmantes : « Et si tu épuises tous tes mots? Il t’en restera pour moi? » Un temps décontenancé, papa va vite en trouver, des mots… Le crayon de l’autrice, avec sa palette de couleurs chaudes et ses personnages aux expressions mutines, crée un univers tout à fait singulier. Surtout, ce livre est une véritable déclaration d’amour réciproque père-fille, celui qui fait se décupler l’imagination de l’un pour apaiser les angoisses de l’autre. Cet amour unique, qui construit, accompagne et abolit les doutes… Personne dans ce livre ne dit « je t’aime », et pourtant c’est tout ce qu’on entend. Dès 6 ans.
Il tombe des lapins
Avec ce titre farfelu et ses illustrations d’une grande qualité, ce conte a vraiment tout pour lui! Bien que l’histoire soit simple (un petit garçon va jouer dehors alors qu’il pleut des lapins sur la ville), les illustrations nous amènent à revivre la magie d’une première neige. Tout en douceur avec ses teintes naturelles, ce conte qui donne envie de se blottir au chaud sous une couverture et de profiter d’un bon moment ensemble plaira aux adultes comme aux plus petits. Bien que l’on comprenne en fin d’ouvrage que l’histoire se déroule à Noël, cela n’en fait pas un conte de Noël pour autant, ce qui selon moi est l’une des forces de ce livre puisqu’il peut ainsi se lire toute l’année. Gros point bonus pour le « cherche et trouve » du lapin au chapeau caché à chaque page et qui est aussi un joli clin d’œil au peintre René Magritte. Dès 3 ans.
La reine des enfers
J’ai adoré cette réécriture d’Hadès et Perséphone; on y reconnaît bien les grandes lignes du mythe, mais on y ajoute une touche moderne en donnant à Perséphone un rôle bien plus actif et volontaire. Même chose pour le traitement réservé à Hadès, qui est présenté comme un homme plus proche de ses émotions, beaucoup plus sensible et doux que dans le mythe original. L’histoire d’amour entre les personnages est aussi plus douce, plus lente, et elle baigne dans le respect et la compréhension de l’autre. Bien que la sexualité soit présente dans le livre, elle est cependant très saine et romantique, sans être trop détaillée ni trop rapide comme on peut le voir dans les romances pour adultes. Je recommande ce livre à tous ceux qui ont envie d’une plongée dans le monde grec, mais avec un traitement très mature de sujets actuels et importants. Dès 14 ans.
Les Terrestres : Une étude cosmique du genre humain
C’est le titre qui m’a incitée à prendre cet album et à en lire la quatrième de couverture. Je peux vous dire que je n’ai pas été déçue par l’esprit qui s’est amusé à écrire ce documentaire fictif sur l’espèce humaine, vue par les extraterrestres. Vous avez bien lu : cette œuvre est un guide de la vie humaine, de nos caractéristiques, de nos coutumes, de nos ethnies — tout cela d’un point de vue extérieur et étudié par des êtres cosmiques qui auraient réuni ces informations en un volume. Cela est bien sûr accompagné de dessins pour que le public extraterrestre comprenne bien notre espèce, en plus d’une touche d’humour. J’ai beaucoup apprécié la lecture de cette étude, c’est d’une originalité rarement vue; et je remercie ma curiosité! Dès 6 ans.
Fleur de Bastion et le renard masqué (t. 1) : Les loups de Hurlebois
Comme c’est souvent le cas, c’est la page couverture qui m’a attirée. Puis il m’a suffi de lire l’accroche derrière pour décider que je devais absolument lire ce livre. « Quand Les Trois Mousquetaires rencontrent De cape et de crocs… » : ça aurait pu être écrit pour moi. J’ai tout de suite embarqué dans l’intrigue qui tient en haleine du début à la fin. Car il s’en murmure des choses à Rive-de-Valse. Après avoir échappé à une tentative d’assassinat, la duchesse de Tauperché recrute Pépin Souriceau pour mener une enquête d’autant plus importante qu’une guerre avec le clan des Hurlebois est imminente. Aussi, que cache donc cette histoire de peaux de renard retrouvées aux alentours? Les rumeurs d’un meurtrier énigmatique seraient-elles vraies? Dès 11 ans.
Guillemette
Enfin, un nouveau roman jeunesse historique québécois palpitant. Catherine Ferland, historienne et communicatrice hors pair, nous raconte l’histoire de Guillemette Hébert, une des premières enfants françaises à venir s’établir en Nouvelle-France. On suit notre jeune protagoniste lors de sa traversée et elle nous livre ses premières impressions sur la nouvelle colonie de Québec tout en enquêtant sur un mystérieux livre d’un religieux récollet qui a également effectué la traversée à bord du Saint-Étienne. On croisera également Samuel de Champlain, des Innus, et vous pourrez même essayer une recette de l’époque. Dès 8 ans.
Le château des étoiles (t. 7) : Planète des brumes
Cette série… Brillante, sublime, majestueuse. Un joyau de la littérature uchronique, qui réinvente l’histoire politique et scientifique avec un vent de fraîcheur et une intelligence vive. Pour ce nouveau tome, destination Vénus, où un deuxième château des étoiles — ce planétaire intersidéral — subsisterait, du côté sauvage, brumeux, carnassier, acide et inexploré de la planète, loin des colonies françaises et britanniques. Les chevaliers de l’éther s’apprêtent à plonger dans l’antre des ptérosaures… et au cœur même de la civilisation intergalactique. Mais à quel prix? Alex Alice nous propose (enfin!) un nouveau tome d’une série écrite et dessinée d’une main de maître et dont chaque chapitre est à la hauteur du précédent. Et la barre est haute.
Immatériel
Un homme meurt seul dans son appartement. L’équipe responsable de vider et de nettoyer les lieux découvre que cet homme vivait en ermite et que toute son existence servait à protéger sa totale solitude. Adel, un des nettoyeurs, est fasciné par cette vie fantomatique et se met à enquêter de plus en plus creux dans la vie de l’inconnu. Récit étrange et mystérieux, Immatériel est une réflexion sur les lieux et sur comment on les habite. Le dessin de Dubois est raffiné et multiplie les compositions audacieuses et déroutantes. Les accents de bleu, de rouge et de vert, seules couleurs du livre, donnent un côté surréaliste et irréel à l’histoire. Une franche réussite qui malgré son côté expérimental reste très accessible.
Clémence en colère
Clémence, pour essayer de trouver une issue à la colère qui l’épuise, se dépose dans un groupe de soutien de femmes victimes d’agressions à caractère sexuel. Elle y découvre une clé essentielle à son cheminement; celle de cesser de s’excuser. Parallèlement à son processus de guérison, elle rencontre une femme avec qui elle développe une douce relation de confiance. S’ensuit un enchaînement de douloureux, mais tendres dévoilements lui accordant l’accès à la facette motrice de sa colère. Mirion Malle signe ici un roman graphique pointu et nécessairement émouvant d’une quête de la réappropriation de son corps, de son récit et de ses désirs avec un coup de crayon débordant de respect et d’admiration pour les femmes qu’elle dessine.
Le jardin d’Emily : Une histoire sur la jeunesse d’Emily Dickinson
Que savons-nous d’Emily Dickinson? Très peu et pourtant, elle a écrit plus de 1 800 poèmes! Enfant studieuse, elle a vécu avec sa famille dans un manoir au Massachusetts. Accompagnée de son chien Carlo, elle s’émerveillait de la nature autour d’elle et s’en inspirait. Elle a écrit secrètement des poèmes jusqu’à sa mort, dont quelques-uns se retrouvent dans ce roman graphique. Dans les dernières pages, des détails historiques de la vie adulte d’Emily complètent le récit et expliquent pourquoi nous l’avons si peu connue. Pour notre plaisir s’ajoutent quelques informations sur Carlo, qui a vécu 17 ans. Quel beau livre instructif et soigné! Dès 9 ans.
L’héritage fossile
Dans un lointain futur, quatre astronautes entreprennent un trajet vers une planète habitable. Le hic : le temps estimé pour y parvenir est de 20 000 ans. L’équipage est donc plongé en biostase pendant le trajet et se réveille quelques heures tous les vingt-cinq ans pour s’assurer du bon déroulement de la mission. Cette épopée spatiale est aussi racontée à la jeune Nova par son père alors qu’ils parcourent ensemble une mystérieuse planète désertique. Dans ce sombre récit de science-fiction riche en rebondissements, Valette captive le lecteur par des atmosphères intrigantes et des dilemmes éthiques profonds. Un étonnant dessin mêlant modélisation 3D et trait plus traditionnel rajoute une couche d’originalité à cet excellent ouvrage.
Moi, ce que j’aime, c’est les monstres (t. 2)
Faisant jaillir le génie de ses stylos Bic multicolores et tentaculaires, Ferris nous plonge à nouveau dans le quotidien déboussolé de Karen Reyes, une petite fille qui préfère se définir comme un monstre (mais un bon monstre!). Son gangster-dessinateur de frère s’efforce de la garder sur le droit chemin alors qu’elle est de plus en plus atteinte par les événements qui survenaient à la fin du premier tome. L’hommage aux pulps ainsi qu’à des pans plus canoniques de l’art est tout bonnement génial, se muant en traité sur la façon dont l’art, justement, nous permet de traverser les plus grands drames, non pas sans souffrir, mais en trouvant dans l’écho des œuvres passées une souffrance analogue qui valide la nôtre et parfois lui donne sens.
La pythie vous parle : Sept conseils de vie
Véritable pied de nez aux gourous du développement personnel, « coachs de vie » et influenceurs qui, telle une pythie moderne, prétendent détenir la clé du bonheur, vendant des méthodes toutes faites, censées s’appliquer à tous. Liv Strömquist signe ici un antimanuel de bien-être débordant d’humour tant par son ton acerbe que ses illustrations absurdes, et invite le lecteur à n’écouter les conseils de personne, à perdre le contrôle, et à ne se fixer aucun but. L’idée? Rendre à l’expérience humaine son authenticité (et vous faire rire au passage). Afin d’appuyer son propos, l’autrice mobilise et vulgarise avec brio diverses théories de la sociologie et de la philosophie, ainsi que moult anecdotes historiques. À mettre entre toutes les mains!
Minuit passé
J’ai reconnu la plume de l’autrice juste à la couverture et je n’ai pas été déçue par sa énième magnifique bande dessinée! Gaëlle Geniller a un don pour rendre ses décors et ses personnages tellement touchants; on a envie d’en savoir plus à chaque page tournée. Son coup de crayon est — à mon humble avis — unique, ainsi que sa manière de raconter ses histoires. Dans cette œuvre, on y suit Guerlain et son fils Nisse qui emménagent dans le manoir d’enfance du jeune trentenaire, où d’étranges événements se sont produits, mais que Guerlain a oubliés en vieillissant. Entre les dizaines de portraits familiaux, le luxuriant jardin extérieur et ses insomnies habituelles, l’ambiance d’antan du manoir reprend vie, de même que les fameuses apparitions.
Coboye
Coboye est un plongeon dans l’enfance. Un peu comme si chacun d’entre nous redécouvrait les aventures de sa jeunesse, l’insouciance et les rires. Dans ce livre magnifiquement illustré, chaque planche est un véritable tableau faisant l’éloge des joies simples et des moments de folie de cette petite fille qui mène sa vie comme un cow-boy, ou plutôt comme elle s’imagine qu’un cow-boy doit agir : récolter des troupeaux de grenouilles et de têtards, les marchander contre des « chouinegomes » et souvent jouer des mauvais tours. Pleine de tendresse, d’humour et de poésie, cette BD est un véritable coup de cœur, un voyage instantané vers le passé et la douceur de l’enfance, que nous avons tendance à oublier à tort. Dès 9 ans.
L’incroyable histoire de la géographie : 10 000 ans d’exploration du monde
Pour passionner les réfractaires aux cours de géographie. Cette BD dynamique et irrésistible mériterait d’être sur les pupitres, dans les bibliothèques et sur les tables à café. On est conquis par les dessins et dialogues tant sérieux qu’irrévérencieux. La découverte des continents, pays et missions des politiques et explorateurs expose les essais-erreurs, embûches, préjugés d’époque et réussites historiques. Les bulles savoureuses ont tôt fait de nous apprivoiser. Par exemple, l’explorateur Dumont d’Urville donne les consignes à son équipage : « […] nouvelle tentative de conquête de l’Antarctique, à partir de la Tasmanie. » Son adjoint réfléchit : « Penser à rédiger mon testament. » Un matelot : « La Tasmanie? Diable! »
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