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Numéro 143

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Dossier

Entrevues

Les libraires craquent

L’été des papillons
Geneviève Lagacé Éditions Québec Amérique

Dans L’été des papillons, Geneviève Lagacé nous invite à plonger dans la vie d’Ofélia, 19 ans, qui décide de renoncer aux relations amoureuses… jusqu’au jour où elle rencontre Médérick, qui bousculera sa décision de ne plus se plonger tête première dans les eaux troubles de l’amour. Bien plus qu’une romance, L’été des papillons met de l’avant l’importance de l’amitié et de la famille malgré les embûches et les déceptions du passage à la vie adulte. Captivant de la première à la dernière phrase, ce roman est impossible à déposer et dépeint plusieurs moments auxquels il est facile de s’identifier. Geneviève Lagacé propose un excellent premier livre qui nous fait découvrir la vie de jeune adulte avec ses hauts et ses bas.

Ma laideur n’influence personne
Ariane Michaud L'instant Même

Le corps : on le triture, on le scrute sous tous les angles, on le compare… Certaines parties de l’enveloppe charnelle peuvent amener leur lot de frustrations, de déceptions, surtout au moment de la puberté. Se replongeant dans ses souvenirs d’adolescente, Ariane Michaud propose un florilège d’anecdotes empreintes d’humour autour de ses mal-aimés corporels. L’autrice se dévoile sans filtre dans Ma laideur n’influence personne, avec une généreuse dose d’autodérision et une rafraîchissante liberté. En résulte un joyeux réquisitoire contre les diktats de la beauté, qui se trouvent aujourd’hui exacerbés par l’omniprésence des réseaux sociaux. À lire d’une traite pour évacuer ses complexes et célébrer son unicité!

La terre maternelle
Anne-Marie Turcotte Éditions Xyz

Mariant l’autofiction, le roman historique et la légende québécoise, le roman d’Anne-Marie Turcotte offre une lecture remplie de belles surprises. Nous y suivons Anne, de ses derniers moments au secondaire jusqu’à la fin de ses études universitaires. Celle-ci, très attachée à sa terre maternelle, revisite avec son père les lieux chers à son cœur et chacun de ces rendez-vous est un prétexte pour nous faire découvrir le patrimoine et les secrets de sa région adorée. L’oralité de la parlure québécoise est très présente dans certains passages, mais le texte se transforme lorsqu’Anne nous ramène au temps présent, alors que la langue devient presque poésie.

Nommer le vivant
Mélilot De Repentigny Leméac Éditeur

Mélilot nous présente son tout premier livre et c’est un coup de cœur instantané! Iel aborde la santé mentale sous un angle de douleur, de douceur, de mélancolie des beaux jours, mais aussi d’un espoir de jours meilleurs. Myrique, le personnage principal du roman, nous parle de ses passages obligés à l’hôpital, de son attachement à la flore et de la beauté de celle-ci, des gens qu’iel rencontre tout au long de ses visites. Nommer le vivant décrit les étapes difficiles du parcours vers la guérison, mais aussi ses aspects plus doux. Il évoque les bienfaits d’aller chercher de l’aide et l’importance de prendre le temps d’apprécier les petites choses de la vie et la nature qui nous entoure.

Ce que ramènent les vagues
Shan Martin Les Éditions Édiligne Inc.

Premier roman d’une autrice prometteuse! Hannah est une jeune infirmière brillante et magnifique, mais totalement brisée par un événement survenu cinq ans plus tôt et dont elle ne se souvient plus du tout. Oliver est un chirurgien de renom de quelques années son aîné et semble d’abord être un salopard de la pire espèce, mais… seulement avec Hannah. Pour quelle raison l’a-t-il détestée dès son embauche dans cet hôpital? Pourquoi l’obsède-t-elle à ce point? Et pourquoi cette haine se transforme-t-elle maintenant en amour? Entre aversion et passion amoureuse, il n’y a qu’un pas. Voici une romance truffée de scènes charnelles habilement écrites qui vous fera vivre une kyrielle d’émotions.

Avant de brûler
Virginie Dechamplain La Peuplade

Avec ce deuxième roman, l’autrice confirme le souffle poétique et vivant de sa plume. Dans un monde postapocalyptique ravagé par les grands feux et les grandes marées, deux femmes s’apprivoisent tranquillement, pansent leurs blessures. Elles trouvent leurs marques dans un territoire qui respire, observe et veille : une forêt aussi résiliente et indomptable que celles qui l’habitent. L’autrice compose une ode à la nature et à la femme, l’une faisant sans cesse écho à la puissance, à la délicatesse et à la magnificence de l’autre. « Mais c’est l’été, et je me rengorge et me dégorge, rouge et vive et j’ai l’impression de tout réapprendre. De tout regarder avec des yeux plus clairs, plus présents. Je me lève en rugissant, et la beauté est de plus en plus évidente. »

Luxée
Laurence Provencher Éditions Québec Amérique

Ne s’appelle pas Cléopâtre n’importe qui. Une femme puissante et élégante à l’intelligence féroce, voilà ce à quoi la mère de Cléopâtre aspire pour sa fille. C’est un bien grand fardeau à porter lorsqu’on ne se sent pas à la hauteur de son prénom royal. Sa mère a beau lui montrer tous ses trophées, Cléopâtre a l’impression que quelqu’un d’autre les a remportés à sa place. Ses examens au collège sont de plus en plus exigeants. Jusqu’où sera-t-elle prête à aller pour entretenir l’illusion de la performance et ne pas décevoir les espoirs maternels? Une histoire sur les ramifications du mensonge et de la violence, souvent subtile, des relations mères-filles. Les héroïnes de Luxée sont attachantes et uniques. Elles nous charment tout autant que l’écriture maîtrisée et fluide de l’autrice. Un premier roman fort réussi!

Congé
Cassie Bérard Éditions La Mèche

Clémence est détective et présentement en congé. Réfugiée à Mystic dans la maison de son défunt père, elle tombe sur le manuscrit de son amant, disparu depuis peu. Celui-ci raconte l’histoire d’un fait divers s’étant passé à Mystic au début du XXe siècle : plus précisément le récit d’une femme dont on a perdu la trace après une fête de village. Plus la recherche de l’enquêtrice pour retrouver son amant avance, plus on se demande : mais qui nous raconte cette histoire? Suspense, récit historique, complexité narrative; ce texte est un bijou littéraire, mon Cassie Bérard préféré à ce jour! Un mélange entre Douze arpents de Marie-Hélène Sarrasin, À la maison de Myriam Vincent et Un grondement féroce de Léa Arthemise.

Roman sans rien
Antoine Charbonneau-Demers Vlb Éditeur

Antoine Charbonneau-Demers est au sommet de son art avec ce roman « sans rien », qui renferme pourtant de bien belles choses amenant à réfléchir sur l’authenticité de l’écriture et des raisons – aussi peu respectables puissent-elles être – qui l’alimentent. S’ouvrant d’abord sur une portion autobiographique autour d’un périple européen, où retenue et minimalisme sont les mots d’ordre, l’œuvre se poursuit avec une seconde partie, l’antipode de la première autant que sa continuité, plutôt éclatée et portée par une fresque de personnages marquants. Ce tout, ce Roman sans rien, ne propose pas de réponses toutes faites et se démarque par la maîtrise de ces couches de sens, de cette dualité narrative et des pistes d’interprétation qu’il suggère.

Jouissive
Natalie-Ann Roy Éditions Québec Amérique

Jouons, jouissons, réjouissons-nous! On nous invite dans les envies intimes et les aventures d’une femme libérée de sa colère et de sa culotte. On s’amuse et on évolue en miroir de son plaisir, le tout ponctué par les illustrations bonbon de l’autrice. La sexualité est un terrain de jeu et on y découvre ensemble : soumission consentie, orgasme dérobé en public, plan à quatre pattes, massage avec finition… On nous crie de nous réapproprier notre désir et de nous sentir légitimes de concrétiser (ou non) nos fantasmes. Finalement, Natalie-Ann Roy offre encore un acte militant, cette fois-ci incarné dans un vécu festif : je jouis, ne vous en déplaise.

Elles
Pier Courville Hamac

C’est sous forme de courts chapitres que l’autrice Pier Courville s’interroge sur les différents aspects insidieux que peuvent prendre les microagressions quotidiennes subies par les femmes. À la manière d’une galerie de portraits de personnages pris à différents âges et stades de leur vie, les histoires relatées s’imbriquent autour d’une partie corporelle ainsi mise en exergue. Le corps féminin y apparaît alors quasi anonyme sous le regard de l’autre. La banalité des lieux des assauts tend à révéler, sous la plume de Courville, l’opposé de l’insignifiance des situations vécues. Un roman d’une écriture douce-amère contenant des envolées d’une grande intensité, ce qui décuple notre plaisir de lecture.

Du bruit dans le cosmos
Virginie Fortin Atelier 10

Non seulement Virginie Fortin est drôle, mais en plus elle allie à l’humour une bonne dose d’intelligence, de féminisme et de réflexions qui nous amènent ailleurs. Dans cette retranscription de son premier spectacle solo, elle réussit à nous faire rire (parfois jaune, je dois avouer) de notre quotidien et de la société dans laquelle nous évoluons. Le petit ton grinçant et pince-sans-rire de l’humoriste est détectable même à la lecture. Les différents thèmes abordés sont d’actualité et, bien que l’artiste nous fasse rigoler d’à peu près tout, on entend très bien les critiques sociales qui se glissent entre les lignes. À mon avis, le seul défaut du texte est sa longueur… parce qu’on prend tellement de plaisir à le lire qu’on en voudrait beaucoup plus!

La véritable force de la nature
Maude Michaud Saint-Jean

J’attendais ce plus récent roman de Maude Michaud avec tellement d’impatience parce que j’avais adoré les autres. Je n’ai été en aucun point déçue par La véritable force de la nature, son petit dernier. C’est un récit coup-de-poing raconté avec une plume magnifique. Les sujets abordés sont durs, puisque les personnages féminins qu’on y décrit incarnent à peu près tout ce que les femmes peuvent endurer de pire… mais ce sont des thèmes dont il faut parler et que l’on doit regarder en face. Comme dans tous ses autres livres, l’autrice parvient, avec son écriture, à nous faire vivre toutes sortes d’émotions fortes. Je vous assure qu’une fois que vous vous plongerez dans ce livre, vous aurez de la difficulté à le poser.

Moi, Jessica M., 37 ans, maman, malheureusement
Janis Locas Productions Somme Toute

Dans ce roman, on plonge dans l’existence de Jessica, dans ce quotidien qui la rend prisonnière et dans ce rôle de mère qui l’étouffe. Pas de grand drame à l’horizon, outre le poids du quotidien qui l’écrase et au travers duquel elle tente de se définir autrement que par ses responsabilités parentales. Mais si, finalement, ce n’était pas ça le problème? Et si ce n’était pas les enfants qui étaient à l’origine de son malheur? Jessica aura besoin de toucher le fond afin d’être en mesure de se sortir la tête de l’eau… La lecture de son histoire nous permet de réfléchir, même si on ne vit pas les mêmes tempêtes qu’elle, et d’en venir à certaines conclusions par rapport à la maternité et à ce qu’on attend des femmes, en particulier celles avec progéniture, dans notre société.

La soif que j’ai
Marc-André Dufour-Labbé Cheval D'août

La vie de Boucher part à vau-l’eau. Un maelström de colère et de tristesse l’amène la plupart du temps à lever le coude. Entre la vente d’une auto trop chère et le changement de couches de sa petite Flavie, le protagoniste se noie à petites gouttes. Un jour, son destin l’attend avec une brique et un fanal et tout bascule. Quand le retour en arrière est impossible, doit-on fuir vers l’avant? Mais à quel prix? Dans son roman La soif que j’ai, Marc-André Dufour-Labbé livre une histoire poignante et dépeint des personnages d’une profonde humanité auxquels on s’attache malgré leur quotidien chaotique. Empathie, cynisme et révolte sont réunis pour créer une œuvre qui bouscule, qui frappe fort!

Proust au gym
Anthony Lacroix Éditions De Ta Mère

Cent vingt-huit heures et six minutes, c’est exactement le temps qu’il faut pour écouter À la recherche du temps perdu. C’est aussi cent séances au gym, qui, à raison de quatre par semaine, devrait mener l’auteur à la fin de son année de maîtrise. En compagnie de Proust, nous suivrons donc Anthony dans la rédaction de son mémoire. Loin d’être un long fleuve tranquille, son parcours entravé par les petits « bobos » et les remises en question font vaciller les certitudes de l’auteur. Les échéances seront repoussées et la peur de décevoir s’infiltre à travers l’armure fragile du sportif. Ce livre personnel et empreint de doute est une ode à la littérature et à la vie.

L’éveil du printemps
David Paquet Leméac Éditeur

Dans la lignée de l’immense Poids des fourmis, Paquet poursuit son adresse aux générations futures dans un admirable dialogue qui invente son lexique et sa grammaire pour parler de sexe aux ados sans les prendre pour des imbéciles. Identités de genre, sexualités atypiques, pornographie, consentement, féminisme, homosexualité, plaisir féminin, prédation ainsi qu’amour : la table est mise pour le grand réchauffement qui portera un grand coup à la paradoxale frigidité sociétale qui est la nôtre. Mais le banquet ne sera pas qu’aphrodisiaque puisque nombre d’indésirables se sont invités à la grande fête de l’éveil des sens et disposent de tous les moyens de faire capoter cette célébration si prompte à se convertir en cauchemar.

Le miraculé
William S. Messier Le Quartanier

Ce livre est tout destiné pour les lecteurs et lectrices qui aiment l’écriture introvertie, empreinte de sensibilité et proche de la réminiscence. En plus de retrouver le sens de l’humour si délectable de William S. Messier et sa capacité à rendre épique le moindre détail de la vie ordinaire, le lecteur ou la lectrice pourra y voir un dévoilement personnel comme l’auteur ne l’a jamais fait dans sa fiction. Le miraculé est une véritable lettre d’amour à ses proches, ainsi qu’à tous ceux et celles qui l’ont accompagné dans plusieurs situations délicates qui ont mis en péril sa vie : un chien, un accident de jeunesse et même son propre système digestif. Espérons qu’il continuera de garder encore longtemps son statut de miraculé, malgré lui, pour nous offrir d’autres excellents livres.

Le prince africain, le traducteur et le nazi
Didier Leclair Éditions David

Le prince Antonio du Royaume de Kongo est l’organisateur d’un fructueux trafic de diamants. Le major Baumeister, un tortionnaire nazi, va passer la France occupée au peigne fin afin de mettre la main sur le criminel. Entre les deux se trouve un traducteur au nom de Jean de Dieu, un ami proche du prince. Au fur et à mesure de leur partie d’échecs qui se déroule entre Lisbonne et Paris, le conflit deviendra de plus en plus personnel pour les deux principaux personnages. L’auteur réussit à hameçonner le lecteur avec un brin d’humour, d’horreur et de sensualité. Le point fort de l’œuvre est la finesse avec laquelle elle brosse le portrait de la cruauté exercée sur les minorités en Europe et qui semble banale lors de cette période déjà difficile.

Fouolles
Si Poirier Éditions Triptyque

Entre le manifeste, l’essai et le recueil, ce nouveau livre de Si Poirier frappe avec précision. C’est par une réécriture avec les mots de figures connues de la droite cisgenre que Si Poirier donne la parole à celleux effacé-es par la langue et le genre. « vous laissez des marques à l’intérieur de nos cerveaux/maintes générations de scalpels//la solitude ne fournit plus/l’audace des gagnant-es//nos traumatismes dans le compost transgénérationnel ». Fouolles est un recueil qui nous fait moins rire que Particules, mais la poésie n’est pas toujours là pour amuser, parfois elle se doit d’être revendicatrice, voire agressive pour changer l’avenir. « n’espérons qu’une fin du monde/spectaculaire//voici des paysages à détourner de l’horizon ».

Fabriquer une femme
Marie Darrieussecq Pol

Amies, mais complètement différentes, Rose, étudiante et amoureuse, et Solange, entre sa volonté de devenir actrice et son enfant qu’elle a eu à l’âge de 15 ans, traversent les hauts et les bas de la vie d’adulte au cours des années 1980. Alternant entre le point de vue des deux protagonistes, ce livre féministe nous captive dès les premières pages par son style d’écriture surprenant et rythmé qui permet de brosser un portrait juste des violences vécues par les femmes. Choisissant un titre qui invite à réfléchir sur la construction sociale du féminin, Marie Darrieussecq réussit un tour de force incroyable qui ne peut laisser indifférent. C’est un roman qui, même après l’avoir terminé, continue de nous habiter.

Les yeux de Mona
Thomas Schlesser Albin Michel

Mona, 10 ans, perd la vue momentanément. Après une série d’examens à la clinique du Dr Van Orst, celui-ci lui prescrit des consultations chez un pédopsychiatre à raison d’une fois par semaine. Son grand-père propose de s’en occuper. Mais, au lieu de l’amener chez ledit spécialiste, il décide de lui faire « découvrir toute la beauté du monde », avant que l’enfant ne perde la vue à nouveau. Chaque mercredi, Henri et Mona vont donc se rendre dans un musée – au Louvre, au d’Orsay, au Beaubourg – analyser une œuvre, au total cinquante-deux, et ce, à l’insu des parents de la fillette. Outre la complicité entre les deux personnages, on assiste ici à un véritable cours d’histoire de l’art. Un pur bonheur de lecture! Thomas Schlesser est historien de l’art et ce livre est son premier roman.

Dans le ventre de Klara
Régis Jauffret Récamier

« En juillet 1888, aux alentours de la Saint-Jacques, Oncle me fit grosse. » Nous devinons le destin, funeste pour l’Humanité, de l’enfant qui va naître de cet assaut, neuf mois plus tard, en avril, dans une petite ville frontalière de l’empire austro-hongrois; Régis Jauffret préfère plutôt nous guider dans les abysses de l’âme humaine, nous faire lire le journal de grossesse, fictif, mais solidement documenté, le récit sombre, merveilleux, vraisemblable de l’atroce quotidien de Klara, avide de bondieuseries, convaincue de porter un saint, coincée entre un prêtre féroce, ne souhaitant que la faire dégringoler de son perchoir de pécheresse trop imaginative, et son époux, Aloïs H., le fils de son grand-père maternel, officier de douane mesquin, avare d’affection, et n’ayant foi que dans les vertus martiales. Les petites cruautés subies, les propos malsains entendus, font naître chez Klara d’horribles visions de crimes aux proportions gigantesques dont son enfant sera peut-être l’auteur. Va-t-elle engendrer cette noirceur qu’elle veut tant fuir? Un terrifiant périple à l’écriture envoûtante.

Odyssée des filles de l’Est
Elitza Gueorguieva Verticales

Dans les années 2000, deux femmes aux destins parallèles quittent leur Bulgarie natale pour tenter de renouveler leur vie en France. L’une, étudiante, connaîtra la vie décalée des squats et des existences alternatives; l’autre, péripatéticienne, vendue contre son gré par un ignoble personnage, sera poussée dans l’enfer des sans-papiers. Vivre en constant décalage, être sans cesse ramenées à leur accent, subir de trop nombreuses violences au quotidien: telles sont les conséquences de leur désolante immigration. Elitza Gueorguieva présente dans ce deuxième roman un pan de son histoire qui s’arrime à tant d’autres récits d’exil et de désillusion. L’humour slave et l’autodérision ne sont jamais bien loin avec cette écrivaine franco-bulgare aux accents punk. Elle offre ici un cri de fureur pour dénoncer l’étourdissante ritournelle sexiste et met en lumière les préjugés à l’encontre des femmes d’Europe de l’Est.

Zamir
Hakan Günday Gallimard

Zamir, six jours, vient d’être abandonné dans un camp de réfugiés à la frontière turco-syrienne quand une explosion le défigure. Sauvé in extremis par un chirurgien norvégien, il est adopté par une organisation humanitaire dont les responsables voient tout de suite le potentiel de pitié qu’il pourra susciter et les dons qui en découleront. Jeune adulte, écœuré, il quitte l’ONG pour rejoindre une fondation vouée à promouvoir la paix mondiale. Très vite, il devient négociateur, expert en magouilles plus ou moins condamnables pour éviter des morts. Satire sociale et politique, dénonciation au vitriol des organismes de charité, regard cynique sur le monde contemporain, le roman du Turc Hakan Günday force une réflexion terriblement dérangeante…

Les sept lunes de Maali Almeida
Shehan Karunatilaka Calmann-Lévy

Maali Almeida, photographe de presse sri lankais assassiné en pleine guerre civile, se réveille dans un lieu peuplé de fantômes, où il se voit accorder sept jours pour découvrir les circonstances de sa mort. Ne pouvant visiter que les endroits où les vivants disent son nom, il s’engage dans une course folle guidé par d’improbables esprits, à la recherche de son assassin, de ses amours et de photos qui, si elles sont publiées, mettront au grand jour la cruauté, le cynisme et la corruption des protagonistes du conflit sanglant qui déchire son pays. L’auteur, jouant de tous les tons entre la lucidité, l’humour noir et la tendresse, nous livre un roman fascinant, une rare occasion de se plonger dans l’histoire et le folklore du Sri Lanka.

La vie heureuse
David Foenkinos Gallimard

Participer à ses fausses funérailles pour retrouver le goût de vivre… David Foenkinos utilise ce concept original de la Corée du Sud pour déstabiliser son personnage principal, Éric, un homme divorcé et dépressif. En fait, l’homme est tellement marqué par son expérience dans ce pays qu’il décide d’importer ce type de thérapie en France. D’individu sans envergure à entrepreneur, il réorganise son existence avec une nouvelle énergie. En parallèle, Amélie, une ancienne collègue, commence à perdre le contrôle de sa vie qu’elle croyait parfaite. De sa plume fluide, Foenkinos amène les lecteurs et lectrices sur ce chemin surprenant avec humanité. Il offre une histoire triste et douce à la fois, un récit lumineux qui fait du bien. Une suite s’il vous plaît!

Le Grand Magasin des rêves
Mi-Ye Lee P. Picquier

Penny habite une ville centrée sur le sommeil où déambulent des dormeurs en pyjama et en peignoir. Elle débute un nouveau travail au Grand Magasin des rêves de Dollagoot, qui vend des songes de tout acabit, autant pour les humains que les animaux. Un univers fantastique croise le réel dans cette histoire surprenante et charmante. Des personnages colorés apportent une touche d’originalité et font avancer l’histoire dans des directions que même l’héroïne ne soupçonnait pas. De surprise en étonnement, d’un dormeur à un autre, ce monde séduit et crée l’espoir de son existence réelle. Doux et tendre, ce roman au succès monstre en Corée vous apportera un sentiment aussi apaisant qu’une bonne nuit de sommeil à l’onirisme envoûtant.

Prochain arrêt
Alex Schulman Albin Michel

Un long trajet en train entre Stockholm et la petite ville suédoise de Malma. Un père et sa fille de 8 ans, un couple en crise, une jeune femme déboussolée… Mais ce voyage, qui fait remonter tant de souvenirs enfouis, ces passagers le font séparément à trois époques différentes. Quel est donc cet aimant qui les force à se rendre là-bas à des années d’intervalle? Pourquoi une photo prise jadis sur le quai de la gare de Malma prend-elle autant d’importance? Le récit, brillamment construit, alterne entre les trois périodes, révélant peu à peu les liens entre ces personnages. On soupçonne des paroles impossibles à pardonner, des secrets de famille, des vies marquées à jamais… Un grand roman sur l’enfance meurtrie et les stigmates qu’elle laisse!

Aliène
Phoebe Hadjimarkos-Clarke Ed. Du Sous-Sol

Rentrer dans l’univers de Phoebe Hadjimarkos Clarke, c’est presque comme vivre un trip hallucinatoire sous champignons. On se sent un peu comme son héroïne, Fauvel, qui, un joint toujours à la main, traverse le roman gelée comme une balle. Le voyage a des airs de cauchemars : chiens clonés, chasseurs exaltés persuadés d’être les canaux de communication d’une race extraterrestre, étranges disparitions de bêtes… Et l’autrice réussit un tour de force en mêlant à son intrigue horrifique les enjeux sociaux qui ont jalonné la France des cinq dernières années : les gilets jaunes, la grogne du peuple, la lutte des classes, les violences policières, la campagne versus la ville, l’environnement et la nature face au capital. Finalement, Aliène est un ovni littéraire dont l’écriture, viscérale et rugueuse, vous prend aux tripes.

Leçons
Ian Mcewan Gallimard

Au faîte de l’œuvre de Ian McEwan, il y a Leçons. Résumer ce livre de 650 pages serait aussi périlleux que de condenser nos vies. On y navigue au rythme du promeneur solitaire examinant pensées et souvenirs, on s’abandonne à l’étrange façon avec laquelle ils s’évertuent à danser dans nos têtes, indolemment puis rompant pour s’entrechoquer les uns les autres en une sarabande du révolu. Aussi bien que Proust, McEwan a saisi le temps qui passe et ne revient jamais, l’évolution de soi, des autres et du monde jusqu’à ce que le présent ne puisse plus se reconnaître dans le passé. En une architecture romanesque impressionnante, McEwan raccommode le fil de soixante-dix ans d’histoire à la vie de ses inoubliables personnages, successivement drôles, profonds et touchants.

Fayne
Ann-Marie Macdonald Flammarion Québec

L’Honorable Charlotte Bell a passé sa jeunesse à Fayne, le vaste domaine familial à cheval entre l’Angleterre et l’Écosse. Mais la dévorante soif de connaissance de la protagoniste l’amène à élargir son cercle social et sa compréhension du monde, et rapidement son père lui annonce qu’il est temps de la guérir de sa mystérieuse condition médicale qui la tient à l’écart. Secrets de famille et quête identitaire sont au cœur de ce roman tout aussi ambitieux que son héroïne. On s’attache rapidement à l’excentricité de cette dernière, qui raconte son histoire en s’adressant directement aux lecteurs. Le style enchanteur de l’autrice et les personnages plus vrais que nature captent même ceux et celles qui sont peu friands de fiction historique, comme moi.

Le corps que j’ai maintenant
Jessica Brodeur Éditions Cardinal

La course vers la minceur n’a pas été de tout repos pour Jessica Brodeur. Elle aborde sa bataille des troubles du comportement alimentaire avec humilité. De fil en aiguille, la perception de son corps a été biaisée par l’obsession de la minceur et du physique parfait. Entraînements intensifs et quotidiens, pensées envahissantes sur le décompte des calories ingérées, elle pleurait de faim dans le seul but de gagner des compétitions de fitness. Jusqu’au jour où tout s’écroule. Elle n’en peut plus. Elle consulte une nutritionniste et une psychologue pour retrouver une saine relation à son corps. Le chemin a été ardu, mais elle gagne au change avec une vie épanouie. Jessica Brodeur est sortie de ce périple avec des kilos « en trop » selon les codes sociétaux. Cette lecture est un vent de fraîcheur parmi tous les ouvrages sur le sujet.

Faire la romance
Sarah-Maude Beauchesne Éditions Cardinal

Dans ce récit réflexif, Sarah-Maude Beauchesne s’intéresse à la question de sa vie : être ou ne pas être mère. Elle songe à ce que les deux choix impliquent et pose des questions intimes quant à sa sexualité, à ses désirs et à ses aspirations. On reconnaît le style poétique et la plume imagée nous ayant charmés dans Cœur de slush et qui, cette fois, nous permet de faire une incursion dans des observations plus personnelles. Certaines tournures de phrase nous font rire alors que d’autres nous touchent profondément et nous font verser quelques larmes. Un livre dans lequel plusieurs se reconnaîtront et qui fait du bien grâce à son caractère authentique.

Les Étrusques
Michèle Tillard Ellipses

L’ancienne civilisation étrusque se laisse difficilement étudier, car ténus sont les témoignages directs la concernant. Elle fut complètement absorbée et éclipsée par le monde romain dès 264 av. J.-C., avec la soumission de Volsinies, dernière cité libre, et malgré l’utilisation d’un alphabet grec, sa langue reste encore un mystère à déchiffrer. Contournant ces difficultés, entre autres par l’utilisation heureuse de nombreuses sources archéologiques, dont celles provenant des nécropoles érigées par les ancêtres des Toscans, Michèle Tillard réalise une enquête approfondie et originale à l’aide d’un style vivant, imagé et poétique. Cette étude nous permet de mieux esquisser les contours brumeux de cette brillante culture à la charnière des mondes romains, grecs et celtiques tout en nous immergeant dans une lecture passionnante.

Tricoteuses et dentellières
Karine Fournier Éditions Marchand De Feuilles

Dans ce collectif, les femmes nous parlent de leur passion pour les fils, la laine, la dentelle et les tissus. Certaines confectionnent leurs vêtements afin de lutter contre la surconsommation. D’autres utilisent leurs créations comme objets de militantisme pacifique pour dénoncer la perfidie du culte de la perfection. Quelques-unes y voient un outil pour apaiser leur anxiété. La majorité a le sentiment d’appartenir à une même communauté qui désire préserver ces savoirs ancestraux. Mais toutes ont la volonté de s’exprimer par leur art en toute LIBERTÉ! Une lecture qui saura mettre des mots sur votre passion pour les arts manuels et qui vous donnera envie de sortir aiguilles et crochets.

Ils vivent le siècle : Des hashtags aux révolutions
Mélanie Loisel Société Du Moulin

Après Ils ont vécu le siècle : De la Shoah à la Syrie en 2015, la journaliste et spécialiste en relations internationales Mélanie Loisel offre une trentaine d’entretiens avec des militants, des travailleurs humanitaires, des survivants et des personnalités politiques. Certains sont directement liés à l’actualité ou mettent des événements en perspective. De nombreux témoignages sont bouleversants et nécessitent parfois de prendre une pause avant de poursuivre la lecture, tandis que d’autres sont profondément inspirants. Chacune des entrevues est menée avec douceur et professionnalisme par l’autrice et, tout comme le volume précédent, des pistes de solution sont émises par des gens sur le terrain, plusieurs adressant des messages aux jeunes et aux moins jeunes. Au risque d’être clichée : un ouvrage nécessaire pour comprendre notre époque.

Rue Duplessis : Ma petite noirceur
Jean-Philippe Pleau Lux Éditeur

L’animateur et réalisateur à Radio-Canada raconte dans ce roman (mettons) sa migration intérieure. Issu d’une famille ouvrière et peu scolarisée, il n’était pas prédestiné à devenir un intellectuel. Il a grandi sur la rue Duplessis à Drummondville, dans la pauvreté économique et culturelle, l’intimidation, la violence, la peur de l’inconnu, l’hypocondrie et l’anxiété. Il souligne la déchirure sociale vécue lorsqu’il a amorcé ses études en sociologie ainsi que l’amour qu’il ressent pour ses parents. D’ailleurs, il s’adresse régulièrement à eux au fil des pages, sans mépris, en espérant qu’un jour ils liront ce livre. Un récit sensible qui ratisse bien au-delà de sa famille et qui rend compte d’une réalité sociologique trop souvent occultée.

Seuls les enfants changent le monde
Jean Birnbaum Seuil

Après son populaire essai Le courage de la nuance, Jean Birnbaum s’attaque à un tout autre sujet et propose avec Seuls les enfants changent le monde un petit éloge intime et philosophique des enfants. En réaction à la nouvelle tendance des « No Kids » qui croient que fonder une famille relèverait d’une catastrophe intime ou écologique, il répond plutôt qu’il n’y a pas d’espoir sans bambins. Les nouvelles générations permettraient aussi de douter de nos propres convictions et parfois même de modifier les mœurs d’une société. La philosophie occidentale a très peu songé aux jeunes gens, comme si ces humains en formation n’étaient pas une matière digne de réflexion. En faisant dialoguer des penseuses et penseurs (Hannah Arendt, Roland Barthes ou Rosa Luxemburg…), le journaliste nouvellement papa fouille très bien la thématique fondamentale de nos existences.

La parfaite Tokyoïte
June Fujiwara Les Arènes

Ce petit livre est parfait pour tous les fans de culture japonaise! Le récit de cette Française d’adoption nous plonge dans ses réflexions sur le pays qui l’a vu naître, mais teintées par son point de vue de visiteuse. Retournant au Japon pour revoir des amis et sa famille, June Fujiwara nous présente ses bonnes adresses, ses coups de cœur, mais aussi une vision très touchante de ce pays à la culture si fascinante. Suivre les étapes du voyage de celle qui se sent à la fois chez elle et à l’étranger devient une sorte de privilège. Ce livre vous donnera assurément envie d’aller vous détendre dans un spa ouvert toute la nuit ou de déguster de bonnes nouilles de sarrasin!

Avec les fées
Sylvain Tesson Ed. Des Equateurs

Sylvain Tesson, grand aventurier, voyage cette fois-ci trois mois sur un voilier de quinze mètres de long, sillonne les promontoires de la côte Atlantique, de Galice, de Bretagne, de Cornouailles, du pays de Galles, de l’île de Man, de l’Irlande et de l’Écosse afin de « capter le surgissement du merveilleux ». Accompagné de deux amis, Arnaud Humann et Benoît Lettéron, il part à pied et à bicyclette pour rejoindre le bateau ancré des kilomètres plus loin, emportant dans ses bagages une bibliothèque constituée de livres en lien avec son périple. Des cartes dessinées par l’auteur agrémentent le récit. Tesson rêve, réalise ses rêves et nous fait rêver. À vous de découvrir les fées, « une qualité du réel révélée par une disposition du regard ».

Le drame des enfants parfaits
Cécile Lamy Atelier 10

Atelier 10 nous propose un essai court, mais percutant, cette fois sur la surmédicalisation des enfants et la volonté des adultes à les inciter à grandir dans un moule précis. Cet essai nous invite à nous remettre en question comme parent, mais aussi simplement en tant qu’humain. Comment imaginer l’avenir si nous tentons de modeler nos jeunes à l’identique à coups de médicaments et de diagnostics et si nous ne nous intéressons pas vraiment à ce qu’ils vivent et les rend différents les uns des autres? Céline Lamy nous convie à revenir à une éducation plus naturelle et à embrasser nos petites pousses imparfaites comme elles sont. Un texte touchant et à lire, que vous ayez des enfants ou non.

Godin
Jonathan Livernois Lux Éditeur

Jonathan Livernois opère ici un véritable travail de fond sur ce fascinant personnage nous ayant quittés trop tôt. Grâce à de nombreuses entrevues menées avec les proches de Godin, de même qu’en obtenant un plein accès aux archives et en s’appuyant sur les travaux de celles et ceux qui l’ont précédé, l’auteur établit une passionnante biographie de référence qui fera date, en plus de se lire comme la chronique vécue de l’intérieur de près de soixante ans d’histoire politique et culturelle du Québec. Avec admiration, mais sans la moindre trace de complaisance, il met en relief les contradictions de celui qui fut tour à tour poète célébré, éditeur inspiré de Parti pris, député à vélo et ministre des Communautés culturelles et de l’Immigration.

Les 101 plus beaux sites de plein air de l’Ouest canadien
Collectif Ulysse Ulysse

L’Ouest canadien et sa nature sauvage en ont fait rêver plus d’un! Et quand on pense en avoir fait le tour, on réalise, avec Les 101 plus beaux sites de plein air de l’Ouest canadien, que de nombreux paysages nous attendent encore. Déclinés par thématiques, les chapitres de ce livre proposent autant de terrains de jeu en montagne que de sorties au fil de l’eau. Les amateurs d’observation de la faune et de la flore ne sont pas non plus oubliés, sans compter les aventures hivernales et les excursions dans des mondes à part comme dans l’archipel Haida Gwaii ou au Tombstone Territorial Park, un lieu pour les globe-trotters avertis qui fera rêver les plus audacieux d’entre nous…

150 randonnées d’un jour en Europe
Collectif Ulysse Ulysse

Les beaux jours arrivent et avec eux, leur lot d’activités en plein air! Découvrez cet été 150 idées de randonnées à travers l’Europe. Cet ouvrage s’adresse à tous : eh oui, les balades proposées sont à réaliser en une seule journée et peuvent donc satisfaire petits et grands randonneurs. Nos amis à quatre pattes ne sont pas en reste, car le texte précise toujours s’ils sont autorisés ou non. Le niveau de difficulté, le dénivelé, la distance à parcourir et la durée sont également indiqués pour chacun des parcours. Il ne vous reste plus qu’à préparer vos bagages et votre sac à dos, direction la France et ses nombreux pays voisins qui offrent des paysages époustouflants!

Célie Schaal (Ulysse)
11 juin 2024
Nos puissantes amitiés
Alice Raybaud La Découverte

Alice Raybaud part du constat que la notion d’amitié est étrangement peu considérée. C’est un paradoxe, car tout le monde va spontanément s’accorder sur le fait que les amies et amis sont importants dans la vie, que leur absence est douloureuse. Et pourtant, il est jugé normal de laisser dépérir ces relations complices pour favoriser son ou sa partenaire, pour un travail, ses enfants, etc. L’auteure ne veut pas dire qu’il s’agit toujours de mauvais choix, mais souligne qu’ils peuvent nous appauvrir plus qu’on ne l’imagine. À l’inverse, l’essayiste va souligner le pouvoir transformateur du sentiment fraternel et sororal, et suggère qu’il pourrait constituer un puissant contre-modèle au couple hégémonique, une nouvelle forme d’habitat, voire de parentalité. C’est une lecture extraordinairement rafraîchissante, lumineuse et positive, qui fait regarder nos amitiés d’une manière inédite.

Le sang des innocents
S.a. Cosby Sonatine Éditions

Ça aurait pu être une tuerie identique à celles qui foisonnent dans les high schools américains… Mais voilà, le tireur, un jeune Noir, ancien élève, n’a assassiné qu’un seul individu, un prof blanc, le préféré de l’école, avant d’être lui-même abattu par l’adjoint blanc du shérif. Or, ce shérif, Titus Crown, est le premier Noir à occuper ce poste, et les Blancs du coin n’ont pas encore digéré son élection… On est en Virginie, où le racisme n’est jamais loin. Assez vite, Titus découvre chez cet enseignant des vidéos de sévices sexuels impliquant des jeunes, avant d’exhumer plusieurs cadavres d’adolescents noirs… S. A. Cosby continue d’illustrer sans retenue les dérives d’une société incapable de mettre de côté son passé raciste. Âmes sensibles s’abstenir!

Neuf vies
Peter Swanson Gallmeister

Disons-le d’emblée, ce roman à énigme est si captivant qu’il se lit d’une traite! Ils sont neuf, habitent divers endroits des États-Unis et ne se connaissent pas. Tous reçoivent pourtant une lettre identique, une liste de neuf noms, dont le leur. Une farce? Une erreur lors d’un envoi multiple? Au fond, la seule à s’interroger sérieusement est une agente du FBI ayant reçu la missive. Mais elle n’a pas le temps de finaliser ses recherches sur ces huit inconnus que l’un d’entre eux est assassiné dans le Maine… puis un autre au Massachusetts… Peter Swanson rend ici un brillant hommage à la reine du crime, Agatha Christie, et à l’une de ses œuvres les plus célèbres, rebaptisée récemment Ils étaient dix. Du pur bonheur jusqu’à une finale totalement surprenante!

Para Bellum
Marc Ménard Tête Première

Nous retrouvons Stan dans ce qui se veut la suite d’Un automne rouge et noir publié en 2022. Nous sommes maintenant en 1937, sa mère a quitté le nid familial et notre protagoniste s’est trouvé un emploi dans une imprimerie. Pourtant, il est toujours insatisfait de sa situation. Encore plus quand sa sœur se fait licencier pour avoir été vue dans un rassemblement syndical. Cette mésaventure va lui faire rencontrer Adrien Arcand, chef du parti National-Social chrétien, branche du nazisme au Québec. Stan n’attend que son occasion pour frapper! Un excellent roman entre œuvre historique et suspense. Je vous conseille le premier de cette série, mais Para Bellum se lit aussi bien indépendamment.

Celui qui noya le monde
Shelley Parker-Chan Bragelonne

Après Celle qui devint le soleil, Shelley Parker-Chan clôt ici son diptyque de fantasy historique centré sur la Chine du XIVe siècle. Le premier tome réinventait brillamment les notions de prophétie et d’Élu, avec la lutte d’une jeune femme promise au néant qui vole le destin de son frère pour survivre. La voilà au pied du trône, mais bien des obstacles se dressent encore… Ce deuxième tome plonge profondément dans la psychologie des personnages, vulnérables et émouvants, même dans leur noirceur la plus extrême et tortueuse. En filigrane transparaît la question de la violente rigidité des rôles de genre, et de ce qu’il advient de ceux qui ne parviennent pas à s’y conformer. Sombre et déchirant, mais non sans une lueur d’espoir à l’horizon.

La maison aux pattes de poulet
Gennarose Nethercott Albin Michel

Frère et sœur, Isaac et Bellatine Yaga se sont perdus de vue depuis des années. Lui vagabonde sur les routes, elle tente de se faire oublier. Chacun a un pouvoir particulier, lié à une histoire familiale depuis longtemps oubliée. Mais voilà qu’ils se retrouvent pour recevoir un étrange héritage venu d’Ukraine : une maison intelligente, juchée sur des pattes de poulet, et poursuivie par une créature d’ombre et de fumée qui cherche à la faire disparaître… Cette puissante réécriture du mythe folklorique slave de Baba Yaga ne manque pas de points forts : une ambiance envoûtante entre folklore traditionnel et moderne, une écriture superbe, et une histoire à plusieurs niveaux de lecture qui vient rappeler l’importance du devoir de mémoire.

Vandales
Chris Bergeron Éditions Xyz

En décentrant son récit de l’autofictif (certes très libre et inspiré), Bergeron a explosé le plafond de verre pour s’envoler durablement dans le firmament. Vous trouverez dans le livre-révolution qu’est Vandales un univers au croisement du Neuromancien de Gibson, du Toxoplasma de Calvo, des Furtifs de Damasio et du Fleuve des dieux de McDonald. En grande maîtrise, Chris Bergeron nous entraîne sur le chemin de l’émancipation. Elle fendille les défenses de la supposée invincible société de contrôle. Avec elle, on se prend à entrevoir la multiplicité des possibles et on éclate les carcans sans imagination qui voudraient nous confiner à un avenir balisé de vidéos drôles et d’autoroutes de la pensée pressée (pour reprendre Jean-Philippe Pleau).

Godkiller
Hannah Kaner De Saxus

Depuis que sa famille a été sacrifiée à une déesse du feu, Kissen est plus qu’antipathique envers les divinités, au point de faire carrière comme déicide. Jusqu’à ce qu’elle tombe sur un d’entre eux qu’elle ne peut tuer : Skedi, un dieu des petits mensonges, lié d’une étrange façon à une jeune noble nommée Inara. Kissen et Inara devront se rendre à la cité détruite de Blendraden, où vivent encore les dieux sauvages, pour trouver des réponses. Godkiller présente un concept unique où les êtres divins sont des êtres puissants, mais capables de tomber aux mains des humains. Ce roman brille aussi par son inclusivité, les personnages y sont très variés et ils apportent chacun leur saveur au récit. À découvrir pour ceux et celles qui cherchent un récit fantastique exceptionnel.

Les épreuves de la Reine Soleil
Nisha J. Tuli Steinkis

On retrouve dans ce roman tous les ingrédients d’une bonne histoire de fantaisie. Notre héroïne, après une vie de douleur et de labeur, découvre pour la première fois les richesses de la royauté. Révélation après révélation, elle traverse des épreuves qui mettent en lumière toute la force de caractère dont elle est capable. Romance et aventure au menu, ce premier tome d’une saga naissante saura capter votre attention du début à la fin. Ce livre est une lecture bonbon que j’ai dévorée en à peine deux jours et dont j’attends la suite avec beaucoup de plaisir.

Daisy Darker
Alice Feeney Hauteville

Daisy Darker d’Alice Feeney est un livre qui nous laisse dans le suspense jusqu’à la fin. À la manière d’Agatha Christie, l’auteure place ses personnages sur une île qu’ils pourront seulement quitter le lendemain matin, mais peu à peu, chacun d’entre eux meurt un à la suite de l’autre… La terre isolée sur laquelle Daisy, le personnage principal, et sa famille sont prisonnières jusqu’au matin donne une ambiance parfaite à la lecture. L’écriture est fluide et nous laisse graduellement découvrir le passé des protagonistes. Rempli de révélations et de retournements, ce roman est un superbe thriller à lire. J’adore Alice Feeney et j’ai déjà hâte de me procurer son prochain roman! Si vous aimez les énigmes haletantes, je vous le conseille fortement!

L’arbre de Lily
Marie-Louise Gay Dominique Et Compagnie

Encore une fois, grâce à ses magnifiques illustrations, Marie-Louise Gay nous raconte une histoire inspirante. Pour son anniversaire, Lily demande à son père de recevoir un arbre. Quelle drôle d’idée lorsque vous habitez au 5e étage d’un édifice muni d’un minuscule balcon. Lily pense aussitôt à promener son arbre en ville dans son petit chariot. On se moque un peu d’elle, car il aurait mieux fallu demander un chien en guise de cadeau! Mais rapidement, l’ombre fraîche que procure à chacun l’arbre de Lily est grandement appréciée. Il n’en faut pas plus pour que débute la transformation d’un quartier, rendant ainsi la vie plus agréable aux petits et aux grands. Belle histoire sur l’écologie. Dès 4 ans.

Mon enfant est meilleur que le tien!
Alain M. Bergeron Éditions Québec Amérique

Au Québec, le hockey est une religion qui compte de nombreux fidèles. Du « coach » de salon à l’athlète professionnel, il y a tout un spectre de personnalités dans cet univers haut en couleur. Cette fois-ci, nous pointons du doigt les « parents un peu trop impliqués ». Plusieurs jeunes ont vécu cette situation fâcheuse de voir un proche dans les estrades insulter l’arbitre, ou encore s’en prendre à un autre parent parce que « ton enfant nuit au mien ». Cet album montre l’effet que ces comportements peuvent avoir sur les petits joueurs. Le livre s’adresse à ces derniers, mais il devrait être lu par toutes les familles de sportifs afin que le jeu reste amusant. Dès 3 ans.

L’arme du crime
François Gravel La Courte Échelle

J’adore la collection « Noire » de la courte échelle. Dès les premières pages de L’arme du crime, j’ai su que ce titre amenait cette collection où elle n’était jamais allée. Pourquoi? Tout d’abord en raison de son sujet : les poltergeists à l’adolescence. Cependant, c’est l’intensité de la violence du personnage principal et celle de l’histoire qui m’ont le plus frappé. Alec et sa colère pleinement assumée m’ont totalement estomaqué! Qui plus est, les nombreuses illusions d’optique en pleine page transmettent à merveille le trouble psychologique, le malaise. Un livre qui donne tout son sens au slogan de la collection (« Interdit aux peureux! ») et qui amène le jeune lectorat aux portes de la littérature d’horreur pour adultes. Dès 13 ans.

Le sang des monstres
Mathieu Fortin Andara Éditeur

Cette nouvelle collection, « Chaos », nous permet, grâce à l’ordre mélangé des chapitres, d’entrer dans le vif de l’action dès la première page. Dans Le sang des monstres, Mathieu Fortin nous emporte aux confins d’une saison qui se voulait ordinaire. Boulots d’été, soirées près du lac… Mais ces adolescents, ayant soif d’adrénaline, s’aventurent de nuit dans une dense forêt dans le but avoué de visiter un vieux sanatorium délabré et abandonné depuis plusieurs années. Ils y réveilleront un mal endormi depuis longtemps et… le regretteront! Loup-garou, sirène, ange, démon et dragon : plusieurs créatures mythiques s’affronteront afin que le bien l’emporte. Une histoire en deux parties qui vous gardera en haleine jusqu’à la fin! Dès 12 ans.

Dans la nuit tu te dévoiles
Isabelle Jameson Éditions Les 400 Coups

Et si trente-six pages étaient suffisantes pour se sentir compris? Je mettrais ce petit joyau d’album entre les mains de tous. Cette fiction est un miroir pour tous les Alex de ce monde. La beauté de la prose n’a d’égale que celle du message transmis, et que dire des illustrations! Un album plus que nécessaire qui nous entraîne tête première dans la réalité et les questionnements de la jeunesse transgenre. « Brille, brille, petite étoile », cet album existe à présent et on y trouve plus de réponses que de questions. Dès 7 ans.

Misewa (t. 1) : Les terres isolées
David A. Robertson Éditions Scholastic

Préparez-vous à entrer dans un monde où peu d’humains ont pu se rendre jusqu’à maintenant. Avec ce roman fantastique, pour les adolescents, mais aussi pour les adultes, on découvre un univers parallèle au nôtre, ne connaissant malheureusement que neige et glace depuis de nombreuses années. C’était sans compter sur Morgan et Eli, deux jeunes issus de la nation Cree, qui vont découvrir ce milieu possédant un imaginaire digne de celui de Narnia, et qui vont lutter pour y faire revenir le printemps. Entre enjeux écologiques et réalités autochtones, on apprend beaucoup de ce livre. À travers la fiction et des personnages attachants, l’auteur nous sensibilise et nous permet d’entamer une réflexion nécessaire sur l’Histoire, tout en nous faisant vivre moult émotions. Dès 10 ans.

Les oiselles de nuit (t. 1)
Kate J. Armstrong De Saxus

Quelle belle découverte que ce livre! L’autrice nous entraîne dans un univers rappelant Venise, mais avec une touche d’enchantement et de chasse aux sorcières. À l’heure des ténèbres, les oiselles de nuit doivent offrir une partie de leur pouvoir en donnant un baiser à la personne assez riche pour acheter leurs services. En échange, les familles influentes de la ville les protègent de l’Église qui tente par tous les moyens de les anéantir, ainsi que toute forme de magie. Car ces jeunes filles ne sont pas les seules à avoir des aptitudes particulières et bientôt, il ne sera plus possible de se cacher : les héroïnes devront choisir une voie pour défendre ce qui leur est cher. Un premier tome très prometteur qui donne envie de connaître la suite! Dès 12 ans.

On ne dit pas sayonara
Antonio Carmona Gallimard-Jeunesse

On ne dit pas sayonara est raconté au « je » par Élise, une jeune fille de 12 ans qui vit difficilement le deuil de sa mère japonaise décédée quatre ans auparavant. Le père a effacé toute trace de sa femme et refuse que quiconque parle d’elle ou de son pays d’origine. Ce roman est émouvant et rempli d’humour, en bonne partie grâce à Stella, l’amie excentrique et verbomotrice d’Élise. N’ayant pas de nouvelles de son beau-fils et de sa petite-fille, la grand-mère nipponne débarque chez eux et ébranle la dynamique familiale toxique. Antonio Carmona utilise une écriture simple, mais sincèrement efficace pour aborder un sujet délicat. Un livre qui fait du bien! Dès 9 ans.

Alerte à MaliBlue
Jason June Ellipsis

J’ai adoré ce roman pour son humour et les émotions qu’il suscite. Un livre qui mérite d’être connu. Cette histoire commence lorsque Crête, un homme sirène, est envoyé sur terre afin d’aider un humain et ainsi accomplir son rite de passage lui donnant la permission de regagner l’océan. En cas d’échec, il sera banni des mers et ne pourra plus y retourner. La créature de l’eau fera alors la rencontre de Sean, un beau sauveteur au cœur brisé à la suite d’une rupture. Crête voit enfin la possibilité de réaliser son objectif et décide de lui prêter main-forte, pour que Sean puisse récupérer celui qui occupe ses pensées. Entre amour et amitié, les deux êtres feront face à une irrésistible attraction l’un envers l’autre. Ils sont pourtant destinés à deux mondes différents… Dès 15 ans.

Fire & Frost (t. 1) : L’alliance
Elly Blake Korrigan

Gros coup de cœur pour ce livre fascinant. Impossible de décrocher de l’histoire qui nous tient en haleine jusqu’au bout. Nous retrouvons Ruby, l’une des dernières Sang-de-feu rescapée qui, à la suite de l’assassinat de sa mère par les Sang-de-glace, se retrouvera prisonnière de ceux-ci. Elle sera délivrée par le mystérieux Arcus, un rebelle du clan ennemi, avec qui Ruby s’alliera pour renverser le pouvoir du roi cruel et impitoyable, tout en assouvissant sa vengeance pour la mort de sa mère. À lire d’une traite. Dès 15 ans.

Me prendre dans mes bras (t. 2)
Evelyne Fournier Éditions Du Parc En Face

Le deuxième tome de Me prendre dans mes bras est encore une fois une ode à la vie d’une grande beauté. Résilience et pardon sont au centre de cette histoire dans laquelle la vie de Marie-Soleil est chamboulée à tout jamais. L’autrice crée avec brio des personnages attachants pour lesquels on ne peut que compatir, même lorsqu’ils sont décourageants. À travers ceux-ci, les petits et gros deuils vécus sont dépeints avec une sincérité et une douceur qui nous rappellent qu’au bout du tunnel se cache toujours un avenir meilleur. À l’instar du tome précédent, ce second volet renverse les cœurs et enlace l’enfant en chacun de nous. Dès 14 ans.

Divines rivalités (t. 1)
Rebecca Ross De Saxus

Depuis quelque temps, Roman C. Kitt reçoit des lettres mystérieuses qui apparaissent comme par magie au pied de son placard. Le plus étrange? Elles sont rédigées par Iris E. Winnow, sa rivale professionnelle, et destinées à son frère aîné parti à la guerre. Iris est inquiète de ne pas recevoir de nouvelles de Forest. Pourquoi ne répond-il pas? Lui est-il arrivé quelque chose? Va-t-elle le revoir un jour? Pris de remords et curieux de comprendre ce qui les unit, Roman se décide enfin à briser le silence : « Je ne suis pas Forest. » J’ai lu ce livre d’une traite! Un récit de guerre rempli de sacrifices, d’amour, d’intrigues, et d’une touche de fantastique. Quoi demander de mieux? Dès 14 ans.

Nos mondes perdus
Marion Montaigne Dargaud

Sortez vos bottes et votre balayette d’archéologie et partez à la rencontre des événements qui ont marqué la paléontologie! Dépoussiérer un squelette millénaire est certes impressionnant, mais tenter ensuite de figurer la morphologie de la bête en question relève du casse-tête anatomique. Je vouais déjà un culte à Marion Montaigne pour son fameux « Professeur Moustache », qui a jadis parfait mon éducation scientifique, mais avec Nos mondes perdus, elle nous survolte avec un exaltant panorama sur le monde dinosaurien, bourré d’anecdotes de recherche et de références populaires. Difficile de ne pas postillonner de rire sur chacune des pages de cette bande dessinée aussi impressionnante qu’un Diplodocus et aussi mordante qu’une dent de T-rex.

Jusqu’ici tout va bien
Nicolas Pitz Rue De Sèvres

Dans les États-Unis de la fin des années 1960, la vie est truffée de rêves plus ou moins accessibles pour Douglas, troisième fils d’une famille qui ne roule pas sur l’or. Entre l’aîné traumatisé par la guerre, le second qui ne cesse de s’attirer des ennuis et leur père hargneux, Douglas peine à se faire une place. C’est à la bibliothèque qu’il découvre des dessins originaux d’Audubon, qui l’émerveillent. L’art tout comme l’amitié illuminent le quotidien de Douglas et lui permettent de s’émanciper, petit à petit. Alternant entre teintes monochromes et colorées, avec un coup de crayon aussi fin que précis, Nicolas Pitz offre une bande dessinée magnifique au texte solide et évocateur, inspiré du roman de Gary D. Schmidt. Une lecture puissante, mémorable. Dès 13 ans.

Moi, Edin Björnsson
Edith Edith Oxymore

C’est au cœur d’un paysage aux horizons spectaculaires, dans la Suède du XVIIIe siècle, que nous plonge la bédéiste Edith. Les couleurs sont somptueuses, les traits, vifs et délicats. La beauté des lieux trahit cependant l’âpreté de la nature. Là-bas, la vie est dure, et si les horizons sont vastes, les perspectives, elles, sont nulles. Edin grandit avec sa mère et sa tante, et cet attachement le suivra pour toujours. C’est une réalité simple que dépeint l’autrice, sans drame ni aventure, et pourtant le récit, lent et paisible, est captivant. Inspirée par une visite chez une magnétiseuse qui lui dévoile une de ses vies antérieures, Edith, quoique sceptique, s’empare de cette révélation et nous propose une existence qu’elle a peut-être vécue, qui sait.

Axolot (t. 6) : Histoires extraordinaires & sources d’étonnement
Patrick Baud Delcourt

Voilà des années que Patrick Baud collectionne les anecdotes historiques les plus insolites, et ce sixième tome démontre que son cabinet de curiosités est encore loin d’être épuisé. On y apprendra, entre autres, la raison pour laquelle l’entreprise Pepsi s’est retrouvée à la tête d’une flotte militaire, ou l’étrange destin post-mortem de la tête du compositeur Haydn. Chacune de ces histoires singulières est réinterprétée plus ou moins librement par des illustrateurs différents, pour un résultat aussi distrayant qu’instructif. Cette sixième compilation se suffit à elle-même, sans qu’il soit nécessaire d’avoir lu les cinq précédentes. Parce que même adulte, on peut continuer de s’étonner et de s’émerveiller du monde qui nous entoure.

La malédiction des Bernier
Éditions Glénat Québec

Yves Martel et Dante Ginevra nous offrent une œuvre sobre, en noir et blanc, sur une page tragique de l’histoire marine du Québec et ses conséquences pour l’entourage des victimes. Après la Deuxième Guerre mondiale, la famille Bernier, une lignée de marins de la Gaspésie depuis plusieurs générations, prospère grâce à une nouvelle goélette en bois construite par le père. Forts de leur succès, les membres du clan prennent des risques. Leur bateau s’abîme, les obligeant à s’endetter pour en acheter un autre, celui-là d’occasion et confectionné en fer. Le 13 mai 1952, le navire met le cap vers Trois-Rivières, mais, malgré un temps clément, n’arrivera jamais à destination. La recherche ayant mené à la découverte de l’épave, en 2006, est mise en valeur à la fin de la bande dessinée.

La vie secrète des arbres
Peter Wohlleben Éditions Multimondes

Fred Bernard et Benjamin Flao transposent avec brio le best-seller La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben en ajoutant de nouveaux aspects à l’œuvre originale. Grâce à des extraits judicieusement choisis au fil des saisons, leur collaboration réussit à vulgariser, d’une manière compréhensible au plus grand nombre de lecteurs, la formidable capacité de ces végétaux à communiquer entre eux. Les artistes y ont entrecroisé des instants vécus par l’auteur au cours de ses expériences pour faire réaliser au mieux la richesse des rapports des arbres avec les espèces environnantes. Cette bande dessinée aux teintes vives d’aquarelle bonifiées d’un texte pertinent va droit au cœur et permet de saisir à quel point les arbres sont essentiels pour la survie de la planète.

Les moments doux
Vincent Henry La Boîte À Bulles

Quand on pense qu’une histoire de Virginie Grimaldi ne peut pas nous plaire plus… on l’adapte en BD et on se retrouve happé une deuxième fois! Le travail de scénarisation et la grande qualité des illustrations sont parvenus à rendre à cette douce histoire tous les honneurs qui lui revenaient. Au travers de leurs histoires, on plonge dans la réalité de mère, mais aussi de femme, d’Élise et de Lili. Ce qui fait la force des œuvres de Grimaldi, c’est le grand côté humain qu’on y retrouve, la place importante de l’amour et de l’amitié dans nos vies. L’émotion est toujours bien au rendez-vous dans chacun de ses romans, alors imaginez lorsque tout cela nous est servi sur le plateau d’argent de la bande dessinée. Un énorme coup de cœur!