Et vous, comment vous sentez-vous?

Bien qu’il figure dans la collection « Brûlot » des Éditions du Quartz, le livre Roche papier citalopram de Sara Hébert pique en douceur, une secousse bienveillante pourrait-on dire, un choc sismique à faible voltage, bref, un juste dosage pour pouvoir se moquer de nos travers sans sarcasme ou persiflage déplacés. Surtout qu’il traite du sujet délicat de la santé psychologique et des moyens entrepris pour aller mieux, aussi farfelus puissent-ils être dans certains cas.

1. Pour rire sur le dos de l’anxiété
Nous rions beaucoup à la lecture de cet ouvrage puisqu’il fait état de la crédulité de plusieurs individus lorsqu’il est question d’aspirer au bonheur, mais peut-on vraiment s’en prendre aux gens sur le seul fait qu’ils souhaitent alléger le poids de leurs souffrances? Et même, reconnaîtrons-nous, qui sait, dans quelques passages, nos propres chimères rassemblées en un petit recueil qui fait tout juste 18 × 12,5 cm. Il n’est cependant pas interdit de sourire de notre candeur quand les joueurs de cristal entrent chez la mère de l’autrice pour enrayer la supposée présence d’entités malfaisantes, ni de se dilater la rate sur le titre du chapitre « Fille qui rushe s’achète une roche », traitant du pouvoir qu’auraient les pierres à nous aider à gérer nos émotions. Parmi les premiers conseils que Sara Hébert a reçus pour soulager ses préoccupations, il y a l’incitation à la prière par Thérèse, sa grand-mère maternelle, qui a toutefois renoncé à amener sa petite-fille à l’église parce que celle-ci s’« agenouillai[t] en retard »!

2. Pour les illustres illustrations
Déjà pesants par nature, les aléas inhérents à l’angoisse gagnent à être allégés par les savoureux collages que Sara Hébert, alias la lectrice digeste, alias madame Bijou, nous offre sur un plateau d’argent. Mais attention, les photos d’époque qu’elle accole aux tendres diatribes que représente chaque rubrique ne sont pas seulement là pour égayer la galerie. Le travail de la collagiste lui sert de prise de position, car à travers ces images de femmes en apparence épanouies se profile toute la culture du mieux-être à laquelle la société nous convie sans pour autant vouloir notre bien. Les découpures de revues parsemant le livret viennent appuyer l’absurdité des propos et des situations, et l’essayiste, parfois, témoignant personnellement de ses problèmes anxieux dans le but d’étayer les réflexions qu’elle nous livre, ne manque pas ainsi d’user d’autodérision.

3. Pour la pertinence des références
L’autrice a patiemment exploré des pistes de solution par des lectures de toutes sortes — le livre compte 88 pages d’anecdotes et dénombre 88 entrées bibliographiques. Anecdotes dans le sens de courts textes provoquant l’étonnement, non pas comme des faits de second ordre qui ne requerraient pas notre attention, au contraire, nous sommes rivés sur ces articles variant en moyenne de deux à cinq pages qui s’amusent gentiment de notre naïveté, mais qui peuvent également être lus comme de petits pamphlets contre le charlatanisme qui pullule trop souvent dans le domaine des méthodes alternatives. D’autres informations choquent lourdement, par exemple « que la CIA a consacré environ 25 ans et 25 millions de dollars à des recherches secrètes sur le contrôle des esprits ». À leur tour, les données sur la pharmaceutique nous ébouriffent et nous plongent dans un abîme de perplexités sachant que les statistiques sur le suicide demeurent quasiment identiques même si le nombre d’ordonnances d’antidépresseurs, lui, augmente considérablement.

Publicité