Le livre dans tous ses états

Paraît au Boréal une biographie qui à première vue pourrait sembler chauvine. Pascal Assathiany, une vie de livres, écrite par Yanick Villedieu, raconte l’itinéraire de celui qui a évolué au sein de la maison d’édition pendant quarante-cinq ans. Aucune prétention n’est ressentie pourtant puisque la lecture nous apprend l’humilité de l’homme, qui a toujours reconnu l’importance de l’esprit d’équipe et du labeur collectif pour mener à bien toute entreprise. Cet ouvrage vise, oui, à souligner l’apport d’un être qui a consacré sa vie à la cause du livre, mais il fait de plus état du chemin qu’il a fallu pour que le Québec s’inscrive à titre de joueur d’envergure dans la littérature, tant ici qu’ailleurs.

1. La passion d’un homme
Le mot « pilier » n’est pas trop fort pour évoquer Pascal Assathiany. Commençant sa carrière en tant que manutentionnaire dans une libraire montréalaise, il parviendra à la tête d’une maison d’édition de précieuse étoffe, Boréal, qui compte à ce jour quelque 2 500 œuvres et 850 autrices et auteurs. Il sera également l’initiateur d’une entreprise de diffusion et de distribution devenue majeure au Québec, Dimedia, qui s’affaire à faire connaître les titres de plus de 600 éditeurs auprès des libraires et des journalistes. Malgré son emploi du temps bien chargé, Assathiany tiendra un rôle primordial dans plusieurs luttes pour un milieu du livre solide, ayant à cœur la bibliodiversité, consistant à offrir au public des lectures dont bénéficient chacun et chacune grâce à une offre littéraire conséquente et permettant d’éviter le monopole d’un discours unique. « Un éditeur doit avoir les pieds sur terre et la tête dans les nuages », dit le principal intéressé, exprimant par là que de porter la voix d’un livre demande une audace certaine, mais que celle-ci se doit d’être encadrée par une grande rigueur et une forte cohérence.

2. Les coulisses du métier du livre
Si Pascal Assathiany a constamment pratiqué son métier avec sérieux, il l’a de même vécu comme une mémorable fête. Les voyages — qu’il affectionne depuis sa prime jeunesse — l’amènent un peu partout sur la planète. Nous nous promenons ainsi avec lui à la Foire du livre de Francfort en Allemagne, 7 000 exposants, 90 000 visiteurs professionnels, là où en 2002 le roman Un dimanche à la piscine à Kigali de Gil Courtemanche provoquera un véritable raz-de-marée, se démarquant parmi des dizaines de milliers de livres. Encore, nous voici en France à l’émission Bouillon de culture avec Bernard Pivot et ses invités, Dany Laferrière, Robert Lalonde et Gaétan Soucy. C’est en 1999, le Québec est à l’honneur au Salon du livre de Paris et toute la Ville Lumière en parle. Puis, une décennie auparavant, on se retrouve sur les bords de la Seine dans une péniche stationnée tout en bas de la cathédrale Notre-Dame. Assathiany quitte les éditions du Seuil pour lesquelles il dirige les instances commerciales et on célèbre sa contribution en grande pompe.

3. L’évolution du marché littéraire au Québec et les étapes de l’édition
Pascal Assathiany défend l’idée que le livre ne représente pas un bien semblable aux autres. Objet d’exception du fait qu’il soit partie prenante de la richesse et de l’identité culturelle, il mérite d’être considéré pour son caractère spécial d’élévateur de conscience, de délégué historique, de pionnier du changement, de machine à rêver. Pour cela, il lui faut se mouvoir à l’intérieur d’une structure en adéquation avec son statut singulier, le protégeant des dangers qui menacent sa survivance. L’adoption de la loi 51 en 1981 va tout changer dans la vente du livre au Québec. Elle garantit entre autres une fluidité naturelle et une juste répartition entre tous les acteurs de la chaîne, assurant le maintien et la vitalité des librairies indépendantes, lieux névralgiques de transmission.

Pascal Assathiany, une vie de livres relate aussi la trajectoire parfois méconnue menant à l’impression d’un ouvrage, un long tracé qui avant d’aboutir à l’œuvre finale passe par le parcours du combattant, de la réception première du manuscrit au comité éditorial, du retravail d’écriture à la révision et à la correction des épreuves, de la mise en page et du graphisme à l’impression et à la mise en marché. Un processus qui participe à la naissance de grandes histoires.

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