En 2017, elle s’envole pour le Japon, invitée par la Délégation du Québec à Tokyo. Puis d’autres projets voient le jour, dont les bandes dessinées Occupez-vous des chats, j’pars! (2021, Pow Pow), sorte de carnet de voyages réalisé lors de résidences artistiques, et Gervais et Conrad (2023, Les 400 coups), pour lequel elle remporte le prix Coup de cœur jeunesse Hubert-Reeves en juin dernier. À l’automne 2024, la prolifique Iris nous fait l’honneur d’illustrer la page couverture de la revue que vous tenez entre vos mains, annonçant d’heureux présages à la rentrée littéraire en cours.
Bédéiste, vous avez plusieurs réalisations à votre actif. Votre première publication, Dans mes rellignes, remonte à 2006; cela fait donc 18 ans cette année, l’âge de la maturité, que vous faites le métier. Quel est votre regard sur votre parcours?
Je me trouve chanceuse. À l’époque où j’ai publié mon premier livre, les éditeurs de bande dessinée au Québec se comptaient sur les doigts d’une main. C’est encore un milieu précaire, mais je suis ravie quand je constate tout le chemin qu’on a fait collectivement. L’offre s’est diversifiée et les lecteurs et lectrices sont de plus en plus au rendez-vous. C’est réjouissant!
Vous travaillez seule, mais parfois en duo, par exemple avec les bédéistes Cathon (La liste des choses qui existent : L’intégrale, 2018, La Pastèque) ou Zviane (L’ostie d’chat : L’intégrale, 2018, Delcourt). Comment composez-vous avec la création collaborative?
Je vois ça comme une occasion de triper avec mes amies. J’ai beaucoup d’admiration pour elles et c’est stimulant de créer ensemble.

De quelle façon déterminez-vous l’univers graphique d’un album, qu’il soit né d’un de vos scénarios ou non?
Je ne réfléchis pas beaucoup à l’univers graphique. Ça m’ennuie de faire beaucoup de recherches avant de commencer un projet. Souvent, je ne le fais que parce que l’éditrice me le demande. Je ne dis pas ça parce que je me pense au-dessus de tout ça, c’est plutôt que je suis paresseuse du dessin. Ce sont mes limites qui déterminent ce que je vais dessiner et comment. J’essaie de composer avec les contraintes qu’elles m’apportent.
Vous êtes également illustratrice et vous avez participé à plusieurs projets pour la jeunesse. De quelle façon abordez-vous la création lorsqu’il s’agit de partir des mots d’autres artistes?
J’essaie autant que possible que mes illustrations apportent quelque chose de plus, qu’elles soient un complément au texte plutôt que de se contenter de simplement l’illustrer. J’aime aussi ajouter des gags visuels de mon cru.
Récemment, vous avez publié Le fantôme qui voulait exister (Comme des géants), une histoire décalée comme on les aime, écrite par François Blais, décédé en 2022. Parlez-nous de cette situation particulière.
C’est un sujet sensible pour moi… François était mon ami et sa disparition me fait encore beaucoup souffrir. J’ai beaucoup de reconnaissance envers sa famille et Nadine (l’éditrice), qui m’ont fait confiance et m’ont offert le privilège d’illustrer ce dernier livre.
Vous faites paraître également, cette fois-ci avec Pascal Girard, Mon papa punk (Fonfon), où la petite Charlotte nous présente sa famille excentrique. De quelle manière s’est construit ce livre?
C’est une histoire inspirée d’un duo père-fille très proche de moi. Je les adore et je trouve leur relation touchante. J’ai proposé à Pascal de l’illustrer et j’étais tellement contente qu’il accepte : après presque vingt ans d’amitié et plusieurs collaborations abandonnées, celle-ci a abouti. Je trouve que les dessins de Pascal ont un immense potentiel pour le public jeunesse.
Quels sont les thèmes que vous préférez exploiter dans votre travail?
Le quotidien et son absurdité, les situations embarrassantes, les quiproquos, les relations entre les gens (plus spécifiquement l’amitié) et l’Humain en général.

Selon vous, qu’est-ce qui fait l’originalité d’une œuvre graphique?
Je crois que quand un ou une artiste est sincère et fait ce qu’il ou elle aime, son œuvre sera forcément originale et personnelle.
Avec Cathon et Francis Papillon, vous avez scénarisé et réalisé une websérie animée, issue de votre BD La liste des choses qui existent, et que l’on peut visionner sur le site de l’ONF. Dites-nous-en plus sur cette expérience.
Ça m’a sortie de ma zone de confort et j’ai beaucoup appris de l’expérience! On était une équipe de rêve et je suis super satisfaite du résultat. J’ai particulièrement aimé participer à l’habillage sonore et à la direction des voix.
Vous avez aussi créé la série Les autres, qui paraît chaque mois dans le magazine Curium, destiné aux 13 à 18 ans. Des livres publiés aux éditions Bayard Canada, comprenant quatre tomes jusqu’à maintenant, en ont ensuite été tirés. Écrire et dessiner pour les adolescents, est-ce un défi?
Oui! J’ai peur d’être passée date et que les jeunes ne trouvent pas mes personnages crédibles. Les modes, le langage, tout ça évolue tellement vite. Avant, je posais des questions à la fille de mon chum, mais comme elle est maintenant adulte, elle est passée date elle aussi, hahaha!

Photo : © R. Beaulieu




















