Cet anglicisme, devenu d’usage courant, désigne des affaires classées criminelles non résolues après un certain laps de temps, parfois plusieurs années, mais qui restent susceptibles d’être réouvertes si de nouveaux éléments probants, ou d’autres indices ou témoignages permettent de relancer l’enquête. C’est ainsi que, par exemple, grâce à la preuve d’ADN, les enquêteurs de la Sûreté du Québec du Bas-Saint-Laurent ont identifié en 2025 un suspect que l’on soupçonne d’avoir participé au meurtre d’un homme à Causapscal en 1979. En 2023, la police de Longueuil a résolu un crime remontant à quarante-huit ans en identifiant le meurtrier d’une jeune femme dont le corps avait été retrouvé sur un terrain vague en 1975. Pour ce faire, les enquêteurs se sont servis d’une nouvelle technique d’analyse, soit la généalogie génétique, qui combine la recherche historique et généalogique avec l’analyse d’ADN. Ainsi, la réouverture des enquêtes sur des crimes non résolus datant de plusieurs années est devenue possible grâce aux avancées de la médecine légale, qui a raffiné ses techniques d’analyse, et aussi à divers développements technologiques.
Depuis l’avènement du roman policier en 1841, sous la plume d’Edgar Allan Poe, la littérature policière n’a cessé d’évoluer, d’abord selon un axe générique, en multipliant les sous-genres (roman noir, polar historique, thriller, etc.) puis selon un axe technologique, en intégrant progressivement les nouvelles avancées de la science et de la médecine légale. On est loin de la loupe emblématique du limier classique à la Sherlock Holmes, alors qu’ordinateurs, téléphones intelligents, caméras de surveillance, et autres gadgets sophistiqués équipent les forces de l’ordre.
Cet engouement pour les histoires d’affaires classées a inspiré auteurs et scénaristes au point de créer une sous-catégorie de récits très populaires depuis quelques années. Par exemple, la série de romans intitulée Les enquêtes du département V, de l’auteur danois Jussi Adler-Olsen, est une des plus célèbres du genre. Ces intrigues mettent en scène l’inspecteur Carl Mørck et son mystérieux assistant syrien Assad, relégués dans les sous-sols du commissariat où se retrouvent les vieux dossiers des affaires non résolues dont ils ont la charge.
Ces histoires basées sur les crimes non résolus sont souvent l’occasion, pour les auteurs de longs cycles romanesques, de « recycler » leurs limiers vieillissants, de moins en moins enclins ou aptes à enquêter sur le terrain. Dans À qui sait attendre, Harry Bosch, le protagoniste favori de Michael Connelly, est désormais à la retraite et souffre d’un cancer agressif. Mais il reste disponible et sait encore se montrer utile et efficace. C’est ainsi qu’il vient en aide à Renée Ballard, dont il fut le mentor et qui dirige l’unité des Affaires non résolues. Grâce à l’ADN, elle a retrouvé la trace d’un violeur en série qui a terrorisé Los Angeles deux décennies plus tôt avant de disparaître. Mais très vite, elle va se heurter à des secrets et à des obstacles juridiques qui la forcent à demander l’aide de Harry Bosch. Le duo est épaulé par Maddie, la fille de Harry, récemment embauchée pour renforcer leur équipe de civils volontaires qui a besoin d’un membre accrédité des forces de l’ordre pour les accompagner. À la surprise générale, Maddie découvre dans les archives des documents surprenants concernant un autre cas célèbre jamais résolu, bien réel celui-là, soit l’affaire la plus célèbre du siècle dernier, celle du Dahlia noir. Quoique captivant et bien mené, ce segment de l’intrigue est assez peu crédible, car comme dans le cas des meurtres commis par Jack l’Éventreur, l’assassin de Betty Short, alias Dahlia noir, n’a jamais été identifié.
Autre cas d’affaire classée, Le dossier 1569 est le quinzième opus dans la longue saga des enquêtes de William Wisting, de l’auteur norvégien Jørn Lier Horst. C’est aussi le quatrième volume d’une sous-série intitulée « le cycle des cold cases ». L’inspecteur Wisting profite de vacances bien méritées quand il reçoit une lettre anonyme avec comme seul contenu une feuille simple sur laquelle est inscrite une série de chiffres : 12-1569/99. Il s’agit du numéro de dossier d’une affaire remontant à plus de vingt ans : l’assassinat d’une jeune femme tuée en rentrant du travail. Le coupable, son ex-petit ami avec qui elle avait rompu, avait été arrêté et condamné à dix-sept ans de prison. Intrigué, Wisting se rend aux archives pour procéder à un examen méthodique des faits. Il constate que l’enquête qui contient de nombreuses zones d’ombre a été bâclée. Pour lui, il ne fait aucun doute qu’il y a peut-être eu une erreur judiciaire. Il est de plus en plus persuadé que les enquêteurs de l’époque ont succombé au syndrome des « chiens de chasse », qui consiste à suivre par instinct la première piste, au risque d’en négliger d’autres. À la suite de la réception d’autres lettres anonymes, avec de nouveaux indices, et grâce à l’insistance d’une journaliste, elle aussi persuadée de l’innocence du tueur présumé, Wisting se lance dans une investigation précise avec l’aide d’un membre des cold cases de la Kripos (police norvégienne). Le dénouement sera des plus surprenants, car comme le disait l’un des protagonistes : « Quand on ouvre des affaires anciennes, il se passe souvent des choses imprévues. »
Ces rebondissements inattendus se retrouvent aussi dans Le seul coupable, de l’auteur français Jacques Saussey, qui met en scène l’ex-commandant de police Paul Kessler. Cet enquêteur émérite cherche la vérité à propos des circonstances entourant le meurtre d’une jeune femme, un crime commis dix ans plus tôt. Arrêté par Kessler, l’ex-petit ami de la victime avait avoué son forfait. Mais dix ans plus tard, à la grande surprise du policier, la mère de la victime met en doute la culpabilité du tueur présumé, qui clame maintenant son innocence. Kessler va brasser la cage de son ancienne équipe et se lancer dans une enquête à haut risque en déterrant les pires secrets du passé et certains éléments occultés par les enquêteurs qui avaient vite classé l’affaire après les aveux du coupable.
Dans ces trois intrigues, les techniques d’analyses et divers gadgets électroniques ont joué un rôle crucial dans la résolution de ces mystères du passé. Par contre, le raffinement de ces différentes méthodes ainsi que l’évolution rapide de la technologie annoncent déjà une nouvelle ère : celle de l’intelligence artificielle. Mais, comme disait Kipling : « Ceci est une autre histoire. »












