Patrice Cazeault, c’est l’un des deux fondateurs — avec Amélie Dubé — de l’initiative « Le 12 août, j’achète un livre québécois! ». Malgré le succès monstre de cet événement depuis douze ans, l’auteur prolifique, dont le plus récent roman, Le roi grenouille, est publié dans la collection de récits horrifiques « Les contes interdits » d’ADA, est demeuré somme toute discret depuis toutes ces années. Pour cette douzième édition du 12 août, il a accepté de nous en révéler un peu plus sur les germes de l’initiative, cette « idée folle, mais toute simple, qui a su toucher la corde sensible des lecteurs ». Et on vous assure que la raison pour laquelle c’est cette date, précisément, qui a été choisie vous arrachera un sourire!

Comment est née l’idée du « 12 août, j’achète un livre québécois! »? Qu’est-ce qui vous a poussés, Amélie Dubé et vous, à lancer ce mouvement?
C’est vraiment né d’un coup de tête! Amélie et moi voulions nous éloigner du discours pessimiste qu’on entendait dans le milieu au sujet de la précarité des auteurs et de l’impopularité du livre québécois sur les rayons des librairies. Nous nous sommes demandé ce qu’on changerait si nous disposions d’une baguette magique et nous nous sommes dit que, si nous étions en mesure de susciter une demande, de prouver l’appétit des lecteurs pour les livres québécois, nous réglerions TOUS les problèmes du monde!

Nous étions jeunes, naïfs et fous!

Mais, douze ans plus tard, on y croit encore!

Pourquoi avoir choisi précisément le 12 août? Est-ce une date symbolique ou un hasard du calendrier?
Hahaha! C’est une raison que j’ai longtemps gardée secrète! En fait, quand nous avons eu l’idée, Amélie et moi, nous étions bien impatients de la lancer dans l’univers. Nous voulions profiter de l’été, pour que l’événement soit festif, avant la fin des vacances et le brouhaha de septembre. Et c’est en scrutant mon calendrier que j’ai réalisé que le 12 août était la date à laquelle j’ai signé mon premier contrat d’édition. La fête du livre d’ici se tient donc un peu secrètement le jour où je suis né en tant qu’auteur.

Comment avez-vous vu l’événement évoluer au fil des ans? Y a-t-il une édition qui vous a particulièrement marqué?
Je dirais que c’est vraiment à partir de la troisième édition qu’on a senti que l’événement s’imposait de plus en plus comme une tradition dans le monde littéraire québécois. C’est à ce moment que nous avons vu les libraires s’organiser et rivaliser de créativité pour faire connaître le 12 août. C’est aussi à ce moment que les questions des journalistes sont passées de « Ben voyons, qu’est-ce qui se passe? » à « Parlez-nous de la fête du livre québécois! ».

Un des moments marquants, c’est pendant la deuxième année, où nous avons eu un participant qui s’est procuré un livre au Vietnam, dans une librairie de livres usagés! C’est, à ce jour, le record du lecteur qui s’est le plus dévoué pour l’événement!

Est-ce difficile de garder l’élan et l’enthousiasme du public après douze ans? Comment continuez-vous à innover?
Non, au contraire! Les gens nous le redemandent, année après année!

Et nous sommes très fiers de ne pas tant innover, hahaha! Au début, nous avons lutté très fort pour ne pas complexifier inutilement la chose. Ce qui fait la force du 12 août, c’est la simplicité de son message et du geste qu’on invite à poser.

Comment (et par qui?) sont choisis les illustrateurs qui font l’affiche officielle chaque année?
C’est nous qui choisissons les artistes qui illustrent officiellement le 12 août chaque année. Ce sont nos coups de cœur qui nous guident. La première année, j’avais utilisé une photo de mon fils (alors bambin) qui lisait dans son hamac, mais quand l’événement a pris de l’ampleur et que j’ai vu sa photo circuler dans les médias qui relayaient la nouvelle, j’ai compris qu’il valait mieux confier le visuel du 12 août à des pros.

Parfois, ce sont les artistes qui nous approchent, d’autres fois, c’est nous qui tendons une perche. Nous sommes tellement chanceux que des illustratrices de talent nous confient leur plume chaque année!

Comment voyez-vous l’avenir de cette initiative?
Je crois qu’on est déjà rendu à la prochaine étape! Les gens se sont approprié l’événement, mais, surtout, il s’inscrit dans les habitudes des participants le reste de l’année. Les lecteurs continuent à se lancer à l’aventure et à découvrir de nouveaux auteurs québécois dans les mois qui suivent. Et le 12 août continuera d’agir comme phare, comme lieu de rassemblement et comme occasion de célébrer la richesse de notre littérature.

Vous ne vous êtes jamais mis de l’avant, refusez de prendre parole publiquement pour laisser réellement place à l’idée du livre québécois et ne pas vous approprier, en tant qu’auteur, le crédit. Pourquoi ne jamais avoir voulu profiter de l’événement et des multiples demandes d’entrevue qui vous ont été soumises depuis les douze dernières années pour mousser votre propre carrière?
Pour moi, c’est une évidence! Je veille scrupuleusement à ne pas braquer le projecteur sur moi ou sur mes romans dans le cadre du 12 août. C’est le travail de tous les auteurs et autrices qu’il faut mettre en valeur. C’est d’ailleurs l’une des statistiques dont je suis le plus fier, année après année : chaque 12 août, il y a un nombre toujours plus vaste d’auteurs qui sont découverts lors de l’événement.

Je reste persuadé que le fait de rester « effacé » contribue au succès de cette initiative. Les lecteurs répondent ensemble à cet appel, année après année, parce que l’événement reste authentique et fidèle à ses racines, celles du plaisir de la découverte et de l’amour pour la littérature québécoise.

Si vous pouviez dire une chose au lecteur ou à la lectrice qui hésite encore à acheter un livre québécois, ce serait quoi?
Qu’il n’y a aucune raison d’hésiter! La littérature québécoise est riche et diversifiée, portée par une multitude de voix. C’est impossible de ne pas tomber en amour avec un livre qu’on s’est procuré un 12 août!

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