C’est tout ça à la fois qui s’est produit quand mon regard a croisé le petit dernier de Michaël Escoffier, publié chez Frimousse. Prolifique, l’auteur qui partage son temps entre la France et le Québec navigue aussi dans des univers qui vont du drame à la franche rigolade. On sait toutefois dès la couverture que 20 bonnes raisons d’aller à l’école penche plus de ce deuxième côté. Il suffit de jeter un œil à la quatrième de couverture pour en avoir la confirmation et, si le premier des motifs qui s’enfileront en chaîne est plus terre à terre – « Si je n’allais pas à l’école, je ne saurais ni lire ni écrire » –, on s’envole ensuite vraiment (c’est le cas de le dire) vers des raisons toutes plus délirantes les unes que les autres, reliées par le fil conducteur de la pensée d’un enfant pour le moins… imaginatif.
Côté visuel, les illustrations de Romain Guyard embrassent la folie de l’auteur, rendant tout à fait normale l’idée d’enfants qui volent dans des bulles au-dessus d’une montagne dominée par un yéti, d’un pirate dans une salle de bain partagée avec une piste de ski, d’une mère « tomate » aux allures de plante carnivore ou encore de limaces géantes. Du moins jusqu’à ce que le narrateur se rende trop loin pour lui-même et termine avec un hilarant « Mais ça, c’est pas possible!!!! » qui fera sourire les petits comme les grands lecteurs. Parce que le reste se pouvait?!
Accepter l’improbable et l’incroyable est aussi nécessaire avant de se lancer dans Le musée des bouts inutiles du corps. C’est que cet album documentaire ludique paru chez Québec Amérique est narré par un guide pour le moins extraordinaire : une dent de sagesse!
Encore une fois, la couverture éveille la curiosité de l’œil avec une illustration qui nous convie à l’intérieur d’un cabinet de curiosités. C’est toutefois un peu trompeur parce que notre hôte nous invite plutôt dans un musée qui se situe à l’intérieur même de notre corps. Ainsi, après une introduction qui s’intéresse à notre arbre généalogique au sens large, soit à partir de la première parcelle de vie il y a plus ou moins 3,8 milliards d’années, et l’exploration de concepts comme l’espèce et l’évolution, Rachel Poliquin nous parle des structures vestigiales, soit des parties du corps qu’on pourrait appeler des « restes » puisqu’elles ont été utiles à nos ancêtres à différents moments du passé… mais ne servent plus à rien maintenant! Et c’est ainsi notre histoire en tant qu’espèce qu’on découvre à travers ce documentaire qui traite de dents de sagesse, de chair de poule, de rein fugitif (oui, oui), de hoquet héroïque et de scorbut, entre autres!
Quel est le public de ce documentaire? Sans être clair, il est large! En effet, entre les vignettes plus courtes qui parsèment les pages, les illustrations colorées de Clayton Hanmer et l’humour qui se retrouve notamment dans les échanges sous forme de phylactères entre Dent de sagesse et Rein fugitif, le texte documentaire en tant que tel est dense. Écrit à la deuxième personne, il reste néanmoins accessible, captant l’attention de son public au fil des pages et des découvertes surprenantes.
Capter son public, c’est aussi une des grandes forces du magazine scientifique québécois Curium depuis maintenant dix ans. Rien d’étonnant, donc, que le recueil de chroniques philosophiques de Louis Dugal, d’abord publiées dans le magazine, soit si passionnant.
« — Comment ça tout est beau? La planète se réchauffe. Les catastrophes natur…
— Oui, mais l’Étoile noire?
— Ben voyons, c’est dans Star Wars, ça…
— Donc, tout est beau.
— On est en train de détruire le monde, pis tout est beau?
— Si l’Étoile noire est dans une galaxie très lointaine, on est correct côté destruction. »
Avec humour et répartie, l’auteur qui a été professeur de philosophie au Cégep aborde des thématiques actuelles sous l’angle de la discussion philosophique. Est-ce bizarre de vouloir passer du temps seul? À partir de quand on arrête d’être ignorant? Pourquoi semble-t-on si amorphe devant la crise climatique? Est-ce que la tristesse est inévitable? Est-ce que la démocratie, la vraie, existe vraiment? Comment peut-on distinguer les vraies amitiés des fausses?
Touchant des concepts très personnels autant qu’universels, ce recueil, qui aurait aussi pu s’intituler « La philosophie pour les nuls », propose des discussions qui font réfléchir et permet souvent à notre perspective d’évoluer en plus de citer, rien de moins, Socrate, Nietzsche et Kant ou des références plus actuelles comme Une révision de Catherine Therrien. Et là où notre esprit est stimulé, notre œil cabriole grâce aux visuels éclatés et aux formats qui changent à chaque page, les répliques se présentant tantôt sous forme de phylactère, tantôt sous la forme d’un ruban qui tourne sur lui-même et nous oblige à manipuler le livre pour en suivre le fil. Sans compter le petit bonus, les mèmes géniaux qui clôturent chacun de ces trente-cinq textes!
Bref, c’est un autre livre qui se dévore d’un bout à l’autre sans même qu’on s’en aperçoive, alors qu’on a seulement été attiré au départ par la brillance de sa couverture ou, dans ce cas-ci, par son titre! Comme quoi, parfois, les livres qui nous attirent s’avèrent aussi souvent ceux dont nous avions effectivement besoin à un moment bien précis!
Photo : © Philippe Piraux












