En publiant son premier roman Majesté, Candide Proulx souffle un vent de fraîcheur sur la littérature consacrée aux relations amoureuses. Dans un style aussi léger que profond, la primo-romancière nous rappelle le coup de foudre que des dizaines de milliers de personnes ont ressenti il y a vingt ans, lorsque Rafaële Germain a publié Soutien-gorge rose et veston noir.
Si certains lecteurs réduisent les quêtes amoureuses campées dans la modernité à des histoires de survie aux applications de rencontres, d’innombrables romans ont beaucoup plus à dire. « Moi, je suis une passionnée de psychologie, affirme Candide Proulx. Je m’intéresse aux types d’attachements, aux personnalités, aux drapeaux rouges et aux drapeaux verts en relation. Ça peut sonner comme un jargon d’applications de rencontres, mais ça existe dans les relations amoureuses en général et dans plusieurs types de rapports humains. »
Portée par le désir irrépressible de devenir une meilleure personne, l’écrivaine est persuadée que les célibataires évoluent sur un terrain de jeu qui, malgré ses indéniables embûches et déceptions, permet d’apprendre. « On vit dans une période difficile pour l’humanité, avec beaucoup de haine et de gens déconnectés. Il faudrait qu’on développe nos outils pour mieux se comprendre, s’analyser, communiquer, être dans l’acceptation et pas juste dans la confrontation. Bref, le fait d’être célibataire nous amène à faire ce chemin à petite échelle. »
Quand on lui dit que sa plume vient d’ajouter une brique de couleur différente au mur de la littérature amoureuse, Candide Proulx répond qu’elle ignore à quoi il ressemble. « Je n’aime pas les comédies romantiques. Je n’ai jamais regardé Love Actually. Je ne lis pas de chick lit. »
Elle s’empresse de préciser qu’elle n’a aucun dédain pour ce genre littéraire. « Puisque je lis plein d’autres choses, je ne connais pas le courant dans lequel je dois m’inscrire, mais ça me fait plaisir d’y appartenir. Il y a un côté chick lit que je peux assumer, avec une grande parole féministe. »
Si son objectif n’était pas de réinventer le genre, elle avait toutefois envie d’exprimer des choses peu discutées en société : les préjugés envers les personnes célibataires. « On a vraiment sacralisé le couple et le mariage. On attend que la société nous sanctionne, que la vie nous envoie le prince charmant et qu’on soit en couple, parce que c’est ce qui est attendu de nous. C’est l’accomplissement suprême. »
Elle-même romantique devant l’éternel, elle ne comprenait pas pourquoi elle n’atteignait pas ce grand idéal. Jusqu’à ce qu’elle le remette en question. « Doit-on se faire souffrir autant durant les périodes de nos vies où on n’est pas en couple? »
L’interrogation tourne à plein régime dans la tête de sa Rosemarie, célibataire depuis des lunes, qui est désignée, ô la belle ironie, pour animer un événement célébrant les looks de mariage de différentes époques. « Elle a été choisie pour être la maîtresse de cérémonie, alors qu’elle se sent laissée pour compte par l’institution du mariage. C’est cruel pour elle d’assister à une représentation du bonheur qui lui échappe. »
Loin d’être une jeune femme au début de l’âge adulte, comme dans plusieurs romans populaires du genre, Rosemarie est une maman qui a déjà vu neiger. Une femme dont le schéma amoureux de l’inaccessible étoile fait écho à une certaine chanson de Jacques Brel. « On dirait que la personne qui nous talonne et qui serait prête à s’engager avec nous nous intéresse moins que celle qu’on doit poursuivre avec toute notre ardeur. Pourquoi fait-on ça? J’ai lu un psy qui explique que l’acte d’aimer implique un acte de volonté : on veut sentir qu’on fait un choix. »
Après avoir rencontré une série d’hommes qui sont de grands parleurs, l’héroïne de Majesté fait face à un faiseur, un homme qui passe à l’action sans hésiter, ce qui la déstabilise complètement. D’une part, parce qu’elle a du mal à déchiffrer certaines de ses communications, d’autre part parce qu’elle a du mal à composer avec ce qu’elle pensait espérer. « Quand le prince charmant débarque dans sa vie, tombe-t-elle en amour avec l’homme ou avec l’idée que c’est enfin son tour de vivre une histoire d’amour extraordinaire? Après son emballement initial, elle découvre beaucoup de choses… »
À coups de petits chapitres, écrits comme une suite de plongées dans l’esprit et dans la vie de Rosemarie, le roman répond aux codes d’écriture du blogue. Normal, car il est issu d’un projet né sur le Web. « Pendant deux ans, j’ai écrit un blogue autofictionnel : je changeais les noms, j’arrangeais ça pour qu’il y ait un punch et je faisais des blagues. Après deux ans à l’alimenter, j’avais plus d’une quarantaine de billets. »
C’est alors que l’ex-éditrice aux Éditions XYZ, Myriam Caron Belzile, lui a suggéré d’en faire un livre. « Je lui ai proposé d’écrire la fameuse journée “Pour le meilleur et pour le pire”, pour en faire la colonne vertébrale autour de laquelle on insérerait tous les billets du blogue. À partir de là, j’ai retiré les billets du Web, je les ai tous refaits pour les fictionnaliser et pour qu’ils se répondent. »
N’empêche que sa vie demeure sa matière première et qu’on se demande si elle s’assure de vivre un quotidien rocambolesque pour avoir des choses à écrire ou si elle a tout simplement une vie inspirante. « C’est la grande question! Jusqu’où suis-je célibataire parce que je trouve ça l’fun de raconter ça? Je n’aurais jamais laissé le père de mes enfants pour ça, mais ce contexte de vie est extrêmement romanesque. C’est sûr que ça a réveillé l’écrivaine en moi. »
Photo : © Justine Latour













