L’artiste Florence Sabatier crée des illustrations colorées et lumineuses qui sèment la joie et enjolivent les détails du quotidien. Son talent se déploie notamment dans Soleil et Lilou de Lucie Papineau (Gründ Québec), qui aborde le deuil animal, la collection documentaire « Mes docus pour emporter » (Bayard Canada) et Des nouvelles de l’espace (Bayard Canada). Dans ce dernier ouvrage, seize capsules historiques s’entremêlent à des lettres fictives, permettant de découvrir les confins de l’univers et de s’émerveiller devant l’infini.

Qu’est-ce qui vous a menée à faire carrière en tant qu’illustratrice?
Comme beaucoup de personnes dans mon métier, je pense, j’ai commencé à dessiner lorsque j’étais enfant et je n’ai jamais vraiment arrêté. Avec du recul, c’était comme une évidence sans que j’en aie conscience enfant. Aujourd’hui, je ne me verrais vraiment pas faire autre chose : il y a ce quelque chose de particulier avec l’art de manière générale qui donne l’impression d’un besoin quasi vital, comme quelque chose qui m’anime au quotidien et qui m’apporte tellement de joie que, d’une certaine manière, c’est impossible d’imaginer mes journées sans! J’adore la variété et la richesse de ce métier, mon emploi du temps change constamment! Je ne dirais pas que c’est tous les jours facile, mais je me sens vraiment très privilégiée et chanceuse d’exercer un métier aussi chouette, je n’aurais pas pu mieux choisir.

Qu’aimez-vous particulièrement dans le fait d’illustrer des livres?
Travailler sur un livre prend toujours beaucoup (beaucoup) de temps et chaque fois, après tout ce temps passé dessus, il y a ce quelque chose de particulier de pouvoir enfin voir le résultat sur papier entre ses mains ou d’apercevoir en vitrine l’un de ses livres accompagné de tant d’autres. J’ai toujours beaucoup lu depuis mon enfance et les livres ont une place vraiment importante dans la vie de manière générale, je suis très heureuse d’imaginer qu’un livre auquel j’ai participé puisse avoir un impact particulier sur quelqu’un.

Est-ce un grand défi que de mettre en images les mots d’une autre personne?
Oui, vraiment. En édition, c’est un peu particulier, car on est rarement en contact avec l’auteur ou l’autrice, alors on se base surtout sur un texte et ce que la personne qui est responsable du projet nous communique comme informations. C’est pour cette raison, je pense, qu’il est important de travailler sur des projets qui nous parlent afin de créer ce pont entre le texte et nos illustrations pour les rendre un peu plus personnelles et y mettre le plus de cœur possible.

Illustration : © Florence Sabatier

Quels sont les thèmes qui vous inspirent dans votre travail?
Le quotidien de manière générale! Je suis une collectionneuse de petits détails, à cultiver le fait de m’émerveiller de tout et d’être constamment à la recherche du beau autour de moi. J’ai toujours le nez en l’air en me baladant, à regarder et prendre en photo tout ce que je vois, à conserver des morceaux de films dont je trouve les plans beaux, comme une gigantesque bibliothèque personnelle pour pouvoir retourner piocher dedans et m’inspirer. J’aime beaucoup travailler autour de la couleur et de la lumière et les saisons me font aussi souvent changer de thématiques et d’ambiance. Je traite aussi souvent de sujets entourant la santé mentale dans mes projets personnels et c’est quelque chose que je souhaite continuer d’explorer : sans pour autant entretenir cette image de l’artiste torturée, mettre un peu de moi dans ce que je fais m’inspire toujours beaucoup.

Vous avez illustré Des nouvelles de l’espace de Laurène Smagghe (Bayard Canada). Qu’est-ce qui vous fascine dans l’espace?
Petite, j’ai eu la chance d’avoir toujours les yeux tournés vers le ciel et l’espace. Mon père aidait à animer les régulières Nuits des Étoiles dans mon petit village en aidant à installer le télescope et ça m’a beaucoup marquée, ce côté à la fois magique et étourdissant de l’espace lorsqu’on comprend qu’il est infini. Surtout pour une enfant, de réussir à imaginer ce concept-là et en même temps de ne pas vraiment réaliser que l’espace que l’on a devant soi est encore plus grand que ce que l’on pourrait imaginer. Cette grandeur nous permet aussi de nous rappeler que finalement, nous ne sommes vraiment que de toutes petites personnes! Ça aide à beaucoup relativiser, d’une certaine manière. Le fait que l’on soit encore bien loin de tout savoir a cette saveur un peu chouette que l’on a lorsque l’on est enfants, à nous pousser à continuer de nous interroger sur tout. Je serai toujours une grande enfant et je trouve ça chouette de pouvoir le cultiver à travers ces sujets au sein de mon métier.

Illustration : © Florence Sabatier

Au début de ce livre, on peut lire votre dédicace : « Pour tous les enfants qui ont les yeux qui brillent en regardant le ciel et les possibilités infinies de pouvoir rêver grand. » Comme le ciel et l’espace, diriez-vous que l’art permet de rêver grand?
Oui, je crois! On peut tout faire avec l’art, peu importe la discipline et les outils, et c’est ce que j’aime le plus là-dedans! J’essaye aussi le plus possible de me rappeler que c’est juste de l’art, que l’objectif principal est surtout de s’amuser et de continuer d’entretenir le bonheur que l’on a à créer. C’est le plus important et ce qui est le plus précieux à mes yeux : pouvoir réussir à cultiver notre joie au quotidien, même à travers de toutes petites choses.

Quel a été votre processus créatif pour illustrer la série de documentaires jeunesse de Rhéa Dufresne (Fruits et légumes du Québec, Grottes et cavernes du Québec, Insectes et bestioles du Québec, etc.) chez Bayard Canada?
Ce projet a été créé à la suite d’une série d’illustrations que j’avais créées juste pour m’amuser en mêlant des petits animaux à des photographies que j’avais prises au Québec. C’est amusant parce que je n’étais pas du tout dans l’idée que cela ne devienne quelque chose d’autre que juste un projet personnel. Et finalement, elles ont beaucoup plu et ont mené à cette collection. Même si elle diffère complètement de mon travail et de ce que je fais au quotidien, j’aime beaucoup voir ces petits livres s’accumuler au fil des années, je suis certaine que c’est le genre de livres que j’aurais aimé avoir dans ma bibliothèque enfant!

Illustration tirée du livre Des nouvelles de l’espace (Bayard Canada) : © Florence Sabatier

Dans vos travaux personnels, nous trouvons des illustrations de couvertures de livres comme Conversations with Friends de Sally Rooney et The Song of Achilles de Madeline Miller. Pouvez-vous nous parler de ce projet d’illustrations?
J’aime toujours beaucoup me créer des mini-projets personnels comme pour celui des « Docus pour emporter » dont je parlais juste avant. C’est ceux qui me permettent d’explorer, d’essayer, de voir ce que j’aime faire et ce vers quoi j’aimerais aller. C’est aussi souvent grâce à des projets personnels que j’ai pu être contactée pour travailler sur de nouveaux projets et je pense que c’est assez révélateur : c’est en faisant des choses que l’on aime sans aucune contrainte que l’on peut vraiment s’épanouir. Cependant, j’aime beaucoup me mettre un cadre dans ces projets comme si j’étais ma propre cliente : pour ces deux couvertures, je crois que ma seule contrainte personnelle était de ne pas y passer trop de temps et de choisir des livres que j’avais vraiment aimés. Donc pas une si grande contrainte que ça. D’ailleurs, peut-être que je devrais poursuivre cette série et illustrer d’autres couvertures!

Que souhaitez-vous nous transmettre à travers vos illustrations?
De prendre le temps de s’arrêter un peu dans un monde qui va très vite et de s’encourager à regarder partout autour de soi. C’est un métier-passion, comme on dit, mais ce n’est pas un métier toujours très doux et stable pour l’esprit, alors chaque fois, j’espère pouvoir interpeller les gens s’il s’agit d’un sujet un peu plus militant. Mon travail est, d’une certaine manière, toujours très politiquement teinté de mes engagements féministes, mais également ces derniers temps marqué par la présence à mes yeux malheureuse et de plus en plus fréquente de l’intelligence artificielle qui a un impact profond sur notre métier déjà assez précaire et la nécessité de protéger nos droits. J’aimerais vraiment accentuer la direction de mon travail dans ce sens pour mettre mes illustrations au service de sujets qui me tiennent à cœur.

Y a-t-il un projet de livre que vous rêvez secrètement d’accomplir?
J’aime surtout beaucoup varier les supports et les sujets pour me sentir constamment inspirée, en réalité! J’aimerais beaucoup travailler sur des ouvrages moins jeunesse, mais aussi faire un peu plus d’éditorial et d’illustration événementielle. Je traite souvent du sujet de la santé mentale dans mes projets personnels et c’est une thématique que j’aimerais beaucoup continuer d’explorer tant je la trouve importante et très large en termes d’angles possibles.

Illustration tirée du livre Des nouvelles de l’espace (Bayard Canada) : © Florence Sabatier
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