Ce sujet sensible et essentiel est celui que Catherine Braun-Grenier, autrice et illustratrice, a choisi d’explorer dans son premier album jeunesse intitulé Hugo, publié aux éditions Fonfon. À travers les yeux d’un petit carlin ayant vécu l’abandon, le lecteur, petit et grand, comprendra que ce geste n’est pas sans répercussion et que le travail de reconstruction de l’animal, s’il n’est pas impossible, est un long processus qui nécessite patience, amour et empathie.
Hugo raconte le parcours d’un petit carlin du même nom qui, ayant été abandonné par ses premiers maîtres, va devoir réapprendre à faire confiance. Pourquoi avoir choisi d’aborder cette thématique sensible pour votre premier album jeunesse?
Pour mon premier album, je tenais à écrire à propos d’un sujet que je connaissais bien, afin que le récit soit le plus authentique possible. C’est donc avec l’adoption de mon carlin, Henry, que l’idée m’est venue de raconter les défis de l’adoption, de l’abandon et l’anxiété, du point de vue d’un petit chien.
Au moment de notre première rencontre au refuge, Henry avait déjà vécu deux abandons et son adoption était classée comme « humanitaire ». À l’âge de 6 ans, il n’était toujours pas propre, il vivait énormément d’anxiété de séparation et était terrifié de prendre des marches. Pour moi, il était important d’exploiter le parallèle entre les enjeux que vit Hugo dans le livre et ceux que certains enfants peuvent eux-mêmes vivre. Que l’on ait peur de faire confiance, que l’on vive de l’anxiété ou encore que l’on ait vécu l’abandon, je pense que l’on peut tous s’identifier, ne serait-ce qu’un peu, à ce petit carlin.
En plus de signer le texte, vous avez également créé la binette expressive d’Hugo ainsi que l’univers graphique lumineux de l’album. Quel a été votre processus créatif pour Hugo et quels sont les éléments qui vous semblaient les plus importants à mettre de l’avant par l’illustration?
La création des illustrations pour cet album a été une énorme partie de plaisir! Depuis mes débuts en tant qu’illustratrice, je suis très fortement influencée par les livres pour enfants des années 1960-1970, particulièrement par les « Golden Books » de Disney. Il m’était donc tout naturel d’adopter certains éléments de style de ces livres, tels que l’aquarelle, les traits d’encrage très expressifs, la typographie dessinée à la main, etc.
Par-dessus tout, je souhaitais que les expressions de Hugo soient très réelles et touchent le cœur des lecteurs. Ayant travaillé dans le domaine de l’animation, c’est une partie très importante du travail, que j’ai voulu transposer dans ce livre. C’est d’abord par les expressions que l’on communique les émotions!
Est-ce que créer un univers à hauteur de petit chien a représenté un défi, que ce soit au niveau de l’écriture autant que de l’illustration?
C’est une question très intéressante! C’est certain que ça a affecté mon choix de perspective au niveau de l’illustration. Il était important de bien mettre en scène le petit Hugo, mais également les humains qui l’aident, tout au long de l’histoire. Le plus important pour moi était que l’on puisse voir clairement les émotions de Hugo et donc, que l’on puisse comprendre l’histoire avant même de lire le texte (ce qui est aussi un atout pour les enfants qui ne savent pas encore lire!).
Pour ce qui est de l’écriture, j’ai voulu mettre l’accent sur le contraste entre la petitesse de Hugo et l’immensité de son nouvel environnement et des changements auxquels il devra faire face. Avec l’équipe de Fonfon, nous y sommes parvenues en utilisant un champ lexical qui englobe ces deux concepts. Je crois que nous avons réussi à écrire un texte qui exprime avec délicatesse et simplicité l’histoire de Hugo.
Si l’abandon est l’amorce de l’histoire, le travail de reconstruction d’Hugo est, quant à lui, le sujet central de l’album. Quels sont les éléments clés du récit qui vont permettre à ce petit carlin d’aller de l’avant et de reconstruire sa confiance en lui?
C’est en apprenant à faire confiance à sa nouvelle famille et à ses nouveaux amis que Hugo peut réellement rebâtir sa propre confiance en lui. C’est grâce à la bienveillance, à la patience et à l’amour de son entourage qu’il peut faire de petits pas vers une vie heureuse. Il était d’ailleurs primordial pour moi d’exprimer qu’un travail de reconstruction comme celui d’Hugo ne se fait pas rapidement. Ces choses-là prennent du temps, c’est pourquoi l’histoire se déroule sur environ un an. On peut d’ailleurs voir le changement des saisons tout au long du récit, marqueur de temps et de l’évolution du petit carlin.
Sensibiliser l’enfant ou le parent lecteur à la négligence animale doit également venir avec le développement de plusieurs autres qualités qui lui permettra de prendre conscience que l’abandon d’un animal est un geste à poser qu’en tout dernier recours. Quelles sont certaines de ces qualités et comment sont-elles illustrées dans l’album?
Je crois que l’empathie est une qualité centrale dans la sensibilisation à l’abandon animal. Que l’on soit enfant ou adulte, je pense qu’il est primordial de prendre conscience qu’un animal de compagnie est un petit être à part entière, qu’il a des besoins, des envies et des peurs, tout comme un humain pourrait en avoir. Il est très important de prendre ces choses en considération avant l’adoption d’un animal.
À la toute fin du texte, Hugo arrive à une conclusion importante : « je comprends maintenant que ce n’est pas de ma faute si on m’a abandonné. » En quoi cette phrase est-elle centrale au travail de guérison d’Hugo?
Hugo comprend à ce moment qu’il n’est pas l’élément déclencheur de son abandon, mais qu’il est plutôt victime d’une situation qui lui a été imposée. C’est en retirant ce poids de ses épaules qu’il parvient finalement à profiter doucement de sa nouvelle vie et de l’amour de son nouvel entourage. C’est un souhait que j’aie également pour tous les petits malmenés de la vie, qu’ils soient enfants, adultes, animaux – petit carlin ou pas!
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