Rétro Love débute par une anomalie météorologique qui va propulser notre héroïne dans le Limoilou des années 1960. En plus de provoquer un grand nombre de situations cocasses causées par l’écart des mentalités entre le XXe et le XXIe siècle, comment ce voyage dans le temps vous a-t-il servi à enrichir le récit sur le plan narratif?
Oh que j’ai adoré exploiter le clash des époques! De ma vingtaine de livres, c’est d’ailleurs celui qui se colle le plus à mes opinions, mes réflexions et ma personnalité. C’est peut-être le fait de l’avoir écrit au « je » ou encore le fait que je sois fana de la période 1955-1965, mais tout au long de sa rédaction, je me disais : « Qu’est-ce que moi je ferais dans de telles circonstances? Comment moi je parviendrais à me sortir de ce pétrin? De quelle manière la Julie de 2024 réagirait à ces propos ou attitudes machistes? » Je crois qu’on a tendance à idéaliser cette époque, moi la première, avec son esthétique vintage, sa musique entraînante et sa joyeuse effervescence! J’avoue avoir éprouvé un plaisir coupable à confronter un personnage féminin contemporain aux contraintes du passé : marché du travail inéquitable, conventions sociales contraignantes, codes de séduction fort différents. Par chance, j’ai offert deux magnifiques choix d’hommes à ma chère Élie! Deux hommes dont l’ouverture d’esprit n’a d’égale que leur charme… assez renversant et unique à chacun!
Élie est la personnification même de la femme moderne et féministe : carriériste, ambitieuse, libre et aventurière. Pourquoi avez-vous choisi de créer un personnage principal dont l’esprit libre contraste si fortement avec les standards féminins des années 1960?
Tous mes personnages féminins sont forts, à leur manière, tant dans mes romans policiers modernes que dans mes romances rétro. Mais comme mentionné précédemment, Élie Armand, dans Rétro Love, sert davantage à mettre en lumière l’énorme contraste, en toutes circonstances, entre ce qui était attendu des jeunes femmes d’avant et de celles d’aujourd’hui. Ce choc des valeurs m’a permis d’imaginer une foule de situations drôles et compromettantes, tout autant que des scènes frustrantes ou touchantes et même très aguichantes… Disons que mon David et mon Laurent des années 1960 passeront par toute la gamme des émotions avec ma Élie fougueuse, assumée et libérée!
Tout au long de sa mésaventure, Élie aura la chance de croiser des personnages dotés d’une mentalité progressiste. Je pense notamment au très beau personnage de Lucille, la gérante du motel l’Espérance. Est-ce que ces personnages étaient uniquement placés dans l’histoire pour permettre à notre héroïne de trouver des alliés ou bien avez-vous voulu démontrer que chaque époque abrite ses esprits libres, en avance sur leur temps?
Dans tous mes romans, je me fais un devoir de créer des personnages qui remettent en question leur situation actuelle, qui souhaitent s’émanciper… ou carrément abattre des barrières! Particulièrement les femmes. Je les investis toutes du désir de s’affranchir dans l’espoir de s’épanouir.
Dans Rétro Love, je souhaitais que ce personnage progressiste, Lucile, serve aussi de phare pour ma pauvre Élie, échouée, toute seule, dans une autre époque. Dans mes romans d’époque (années 1950 et 1960), j’insiste pour donner un caractère frondeur à mes héroïnes et leur faire profiter de leur sensualité. Ça me permet effectivement de rappeler le fait que chaque époque abritait des femmes avant-gardistes et/ou libertines. Pensons seulement à l’actrice Marlene Dietrich qui vivait librement sa bisexualité dans le Berlin des années 1920, à Marilyn Monroe qui fut la première femme à démarrer sa compagnie de production cinématographique ou à Bessie Coleman, à laquelle je fais allusion dans ma duologie Les hôtesses de l’air, qui fut la première femme noire à obtenir sa licence de pilote en 1921. Incroyable, quand on y pense!
Rétro Love, c’est bien évidemment une histoire d’amour. Le lecteur suit les relations tumultueuses d’Élie avec David et Laurent, deux hommes aux caractères opposés, mais qui dégagent tous les deux une virilité naturelle qui, selon Élie, les distingue de la coquetterie masculine qui prévaut de nos jours. Doit-on comprendre que les codes de séduction étaient peut-être plus simples en 1960?
Oui, il y avait alors une simplicité dans les relations, voire une douce naïveté en amour. Tout me semblait plus simple et plus sain, en quelque sorte. Le jeu de séduction me paraissait aussi plus amusant, en apparence, mais encore une fois, il ne faut pas tomber dans le piège de l’idéalisation. Il y avait aussi une pression à se « caser » rapidement et des rôles préétablis à jouer une fois le certificat de mariage signé. Lorsque Élie dit à Lana : « Promets-moi de ne pas juste être une passeuse de balayeuse! », on comprend son allusion à la liberté réfrénée de certaines femmes de l’époque. Je dois avouer que c’était pas mal plaisant, comme auteure, de « brasser » mes personnages secondaires avec cette Élie qui n’a pas la langue dans sa poche et qui est amoureusement aussi libérée.
La new romance est un phénomène qui a pris d’assaut le marché du livre depuis déjà quelques années. Avec des best-sellers et des festivals qui rassemblent chaque fois des milliers de lecteurs conquis, je crois que l’on peut parler de succès lorsque l’on parle de romance. Justement, quels sont les éléments clés de ce succès et qu’est-ce qui fait en sorte que les lecteurs de romance reviennent livre après livre et en redemandent sans cesse?
Tout d’abord, qu’est-ce que la new romance? Plusieurs définitions de ce genre existent, mais personnellement, j’aime croire que c’est une romance moderne, au récit et à la plume de qualité, qui allie plus d’un sous-genre. Romance dramatique, romance policière, sombre romance (dark romance), romantasy (romance et fantastique) et j’en passe. Je présume que ce qui accroche et fait revenir les lecteurs et lectrices, c’est que la romance ajoute une couche additionnelle d’intrigue et de « oumph » au récit. Je crois que la new romance offre un divertissement haut en émotion et une évasion qui pimente le quotidien.
Photo : © Productions Rhizome
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