Animés par le désir de faire découvrir les livres québécois au plus grand nombre possible, nous accordons dans ce numéro une place de choix à l’initiative « Le 12 août, j’achète un livre québécois! », qui en est à sa douzième édition. Dans le même esprit, nous avons aussi augmenté substantiellement le tirage papier de cette édition, grâce au soutien du ministère de la Culture et des Communications, par l’intermédiaire de son programme Rayonnement de la culture québécoise, et à la collaboration de salles de spectacles membres de l’association RIDEAU.
Ces initiatives s’inscrivent dans un contexte où il est plus que jamais question de la découvrabilité des contenus dans l’environnement numérique, une notion qui fait référence à la fois à leur disponibilité en ligne et à leur capacité à être repérés parmi un vaste ensemble d’autres contenus, notamment par une personne qui n’en faisait pas précisément la recherche1.
Publié l’an dernier, le rapport du Comité-conseil sur la découvrabilité des contenus culturels commandé par le ministre de la Culture et des Communications, Mathieu Lacombe, prenait appui sur des données récentes, très inquiétantes, sur la consommation culturelle en ligne au Québec, la place prépondérante occupée par les plateformes étrangères et le recul du français au Québec.
Dans un monde où les plateformes numériques transnationales dictent de plus en plus nos choix, la question de la découvrabilité des contenus culturels d’expression française en Amérique du Nord prend une dimension existentielle. Pour le Québec, il en va de la survie même de sa culture et de la préservation de son patrimoine. Les auteurs du rapport du Comité-conseil sont convaincus que le Québec ne peut mener seul le combat de la découvrabilité, et qu’il lui faut bâtir des alliances et prolonger ses actions en misant sur une stratégie diplomatique internationale. Il ne fait pas de doute que l’affirmation de la souveraineté culturelle des États sur les plateformes des géants numériques exige de la solidarité et de la concertation.
La stratégie préconisée par le Comité-conseil consiste à centrer les actions sur la promotion et la découvrabilité des contenus culturels d’expression originale de langue française, plutôt que sur la protection de la culture locale. C’est donc en préservant notre culture et notre spécificité linguistique, en faisant rayonner nos expressions culturelles au sein d’une francophonie de 321 millions de personnes et en agissant en faveur de toutes les œuvres originales francophones que la culture québécoise se trouverait renforcée. Cette vision inclusive permet d’établir des alliances avec d’autres communautés francophones, tant au Canada qu’à l’international.
Pour les communautés francophones hors Québec, souvent en situation minoritaire, l’enjeu de la découvrabilité est tout aussi crucial. Il y a quelques semaines, j’ai participé à l’édition 2025 de Mobilisation franco, ce grand rendez-vous annuel qui vise à créer des liens de solidarité et de collaboration entre le Québec et les communautés francophones et acadiennes. On y a présenté des conférences, des discussions et des ateliers portant sur des enjeux liés à l’avenir du français, dont l’immigration, les médias communautaires, l’innovation, le marketing francophone et la découvrabilité des contenus culturels francophones2. On y a entre autres discuté des manières d’augmenter la désirabilité du contenu audiovisuel francophone, notamment auprès du public adolescent de langue française. On a alors parlé de séances de covisionnement adolescent-parent, où l’un et l’autre se font découvrir leurs séries de prédilection respectives. On a aussi rappelé que, même si de 20% à 40% des contenus sont imposés par des algorithmes sur certaines plateformes, il reste toujours une majorité de contenus qui peuvent faire l’objet de recommandations humaines.
Dans la foulée des recommandations formulées par son Comité-conseil, le ministre de la Culture et des Communications a récemment déposé le projet de loi 109 affirmant la souveraineté culturelle du Québec et édictant la Loi sur la découvrabilité des contenus culturels francophones dans l’environnement numérique. Ce projet de loi donne au gouvernement des pouvoirs de réglementation pour encadrer le contenu qui apparaît sur des plateformes telles que Netflix et Spotify, comme d’autres l’ont fait avant nous, et pour mettre de l’avant les productions locales. Il pourrait s’agir d’un pas de géant.
Photo : © David Cannon
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1. Site Web du ministère de la Culture et des Communications du Québec.
2. À ce sujet, je vous invite à consulter le carnet consacré au riche corpus de la littérature franco-canadienne produit en mars dernier par le Regroupement des éditeurs franco-canadiens, en partenariat avec notre réseau : revue.leslibraires.ca/actualites/le-monde-du-livre/lire-franco-canadien.












