Après une adolescence tumultueuse, Romeo Cruz, 23 ans, a enfin trouvé sa voie en tant que secouriste à Chicago. En plus de lui fournir une bonne dose d’adrénaline, ce métier lui permet d’être au plus près de l’action et surtout d’aider son prochain. Mais voilà que revient à la caserne Maxima Miller, une amie d’enfance partie brusquement il y a trois ans sans laisser d’adresse. D’abord très froid à son égard, ne digérant pas ce départ précipité, le jeune homme devra malgré lui réapprendre à la côtoyer. Dans À nos cœurs battants du duo d’autrices françaises Emma Green, on se laisse totalement prendre par le mystère de l’amour qui, on le sait, a ses raisons que la raison ne connaît point.

Arrivé sur les rayons des librairies québécoises juste à temps pour la Saint-Valentin, le nouveau roman d’Emma Green captive grâce au talent des deux autrices qui ont déjà largement fait leurs preuves avec une trentaine de romans vendus à 1,8 million d’exemplaires. Fanatiques des séries télévisées sur l’univers médical, Emma Green ont voulu y camper leur roman. Elles ont effectué des recherches et récolté des informations auprès de personnes directement concernées pour façonner À nos cœurs battants, qui mêle à la fois amour, action et intrigue.

Amoureux pas pour de vrai
Le personnage de Max est une dure à cuir, contrebalançant l’image souvent véhiculée d’une féminité éthérée et clémente. Elle marque le respect de ses camarades masculins, mais doit affronter les requêtes insistantes de son patron. « Ces hommes qui ont oublié d’évoluer nous voient comme des challenges, des territoires à conquérir, des jouets à obtenir à tout prix, même si maman a dit non en faisant les gros yeux. Ce qui compte, ce n’est pas tant l’objet de la quête, c’est juste qu’on cède à leur caprice. Et qu’ils gagnent. Qu’ils possèdent. » Pour repousser les avances déplacées de Warren, Max demande à Romeo de faire croire à tous qu’ils forment un couple, scénario qu’il acceptera finalement de jouer en échange de certaines tâches de travail ennuyeuses.

Le projet a l’effet escompté et éloigne les sollicitations dérangeantes de Warren, mais la relation entre les faux tourtereaux se complexifie. De part et d’autre, le désir s’immisce entre eux et ne fait que croître, gênant leurs rapports qui ont toujours été bien définis. « Pour Max, Romeo est le petit frère de son meilleur ami, expliquent les autrices. Ils ont grandi ensemble et elle a du mal à dépasser ça. » Pourtant, le trouble et l’attirance sont de plus en plus flagrants et difficiles à ignorer.

En parallèle, Max cache une peine et une rancœur liées à la mort de sa sœur, Rose, dont elle traîne le carnet noir partout où elle va. On soupçonne que ce drame est la cause de ses trois années d’absence, mais elle reste muette sur les véritables raisons de son exil, enfouissant profondément tout ce qui pourrait dévoiler sa vulnérabilité. La présence d’un sombre personnage traquant les allées et venues de Maxima vient ajouter à son malaise. Romeo n’est pourtant pas dupe, il voit bien que sa coéquipière cache de lourds secrets, mais lorsqu’il tente de percer sa carapace, celle-ci demeure imperturbable.

Un roman social
« C’est un livre qu’on a eu beaucoup de mal à écrire parce qu’il aborde un sujet très actuel, la violence faite aux femmes », annoncent-elles d’emblée. Au cours de l’histoire, plusieurs chemins sont tracés, brouillant les pistes sur l’identité de la victime. « Pour nous, le but, c’était de rappeler aux femmes qu’on est toutes concernées, qu’on a toutes dans nos entourages une amie, une sœur, une collègue dont on ne sait rien qui vit ça dans l’intimité de sa maison. » Depuis quelques années, le duo, tout en cadrant une histoire d’amour bien ficelée, prend à cœur d’aborder des thèmes sociaux. Sexisme systémique, consentement, racisme, homophobie sont des questions intégrées à la trame, faisant d’Emma Green des autrices de plus en plus engagées. S’étant connues à l’école de journalisme, elles mettent plus que jamais, en brodant le canevas autour de sujets d’actualité, leur première vocation à profit. « On sait qu’on a une partie de notre lectorat qui est jeune et on se sent une responsabilité de passer des messages qui, il nous semble, sont très importants. »

Ce qui n’empêche pas l’amour d’être bien présent, on dit d’ailleurs qu’il triomphe de tout. « Je pense qu’on a plus que jamais besoin, dans ce monde de violences et de chaos, de ce repère-là », continuent les autrices. « Je crois qu’on est tous quand même au fond des grands romantiques, tous accros à l’amour. » La popularité d’Emma Green et plus largement de la littérature de romance en font la démonstration. Qu’il s’incarne à travers un coup de foudre, qu’il s’installe dans la durée ou qu’il se réinvente par le biais d’une nouvelle rencontre, l’amour, peu importe le chemin qu’il emprunte, a une histoire à raconter, et ce, en dépit des propos cyniques que les blessures d’amour nous font parfois tenir. « Pourquoi s’enchaîner à quelqu’un et prétendre l’aimer toute une vie quand on sait que tout se barre? », se demande Maxima. Emma Green, elles, croient-elles en l’amour qui dure toujours? « Chacun trace un peu son chemin et vit sa vie comme il veut. J’admire ces femmes aussi qui rebondissent, qui retrouvent un grand amour à 50 ou 60 ans après avoir fait d’autres enfants, c’est génial tous les parcours de vie. Je crois qu’on croit en tout, en fait. On a “le goût des autres” — c’est une expression de Bacri et Jaoui, on adore le cinéma — et c’est vraiment un truc qui revient tout le temps. » Souvent, leurs séances de dédicaces s’éternisent, elles passent cinq heures à parler avec les gens, curieuses des différents récits et vécus qui sont partagés avec elles, et elles les consignent par écrit, ça peut toujours servir pour un prochain roman.

L’emploi de la double narration, procédé que les autrices ont adopté il y a déjà quelques livres, immerge le lecteur ou la lectrice dans la tête des protagonistes et lui donne un accès direct à leurs émotions et jusqu’à leurs sensations. « C’est fort, rapide, profond. Nos peaux se découvrent et prennent feu. Nos corps claquent l’un contre l’autre, lui sur moi, moi sur lui, encore et encore. Nos regards ne se lâchent plus et nos doigts se croisent quand tout bascule, mon monde dans son monde, sa vie dans ma vie, et toutes ses vibrations au creux de mes incertitudes. Je m’abandonne à ce bouleversement. » Emma Green croyaient à leurs débuts écrire un seul roman qui passerait inaperçu. Elles se sont trompées sur ce coup, mais elles détiennent assurément la clé pour faire tourner les pages et tenir en haleine.

Photo : © Jean-Philippe Baltel

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