Mais Trump ne semble pas être un homme qui varie dans ce genre d’envies. Et devant la nouvelle campagne politique présente, dans laquelle les faits ne sont pas toujours vérifiés, les mensonges sont proférés avec le plus grand aplomb, au point où certains doutent. Comment expliquer pareille réalité aux enfants?
Votez pour Lepire (Monsieur Ed), petit album aux couleurs éclatantes où dominent le jaune, le bleu et le rouge, offre peut-être une piste. Choisissant la démonstration par l’absurde, l’auteur et illustrateur Dylan Hewitt a créé un héros qui essaie de nous convaincre dès la première page de l’élire comme chef. S’il a un seul argument, celui-ci est imbattable : il est le meilleur! Les maths, l’alphabet, les couleurs, les chiens… rien n’a de secret pour Régis! Enfin, c’est ce qu’il affirme. Parce que les détails des images, eux, semblent indiquer qu’il a peut-être tort… 11 comme résultat à 1 + 1? Vraiment? Et on obtient du rose quand on mélange du jaune et du bleu? Régis est si convaincu qu’on a envie de le croire! Du moins jusqu’à ce qu’on utilise notre pensée critique… Devrait-on désigner comme chef quelqu’un qui dégage une forte confiance, mais nous entraîne sur des chemins hasardeux? C’est à réfléchir! En tout cas, vous aurez le choix puisqu’on peut voter directement dans le livre. Reste à voir comment réagira Régis Lepire si vous cochez non…
Déjanté, attirant visuellement et quasi réaliste, cet album édité par l’uuultra brillante directrice littéraire Valérie Picard, comme c’est mentionné sur la page de garde, ne peut que faire réagir. Et donne une voie pour élucider ce monde dans lequel nous vivons désormais ou du moins invite les enfants à se questionner.
C’est aussi ce qu’on fait inévitablement après avoir lu Attention fragile, pépite parue chez Bayard Canada. Ayant d’abord existé sous forme de pièce de théâtre, cette histoire a été adaptée par Vigg. Apportées par un livreur de Magazon (tout lien avec une entreprise réelle étant encouragée par l’ajout d’un demi-cercle sous le logo de cette création), deux premières boîtes donnent naissance à des personnages qui prendront des directions différentes au fil des pages, l’un tentant de remplir les murs blancs par la créativité, l’autre préférant commander. Et la cohabitation verse dans la compétitivité jusqu’à ce que ça fasse BOUM (littéralement) et qu’il faille sauver l’essentiel. Mais qu’est-ce donc?
Presque sans texte, sinon les « Attention » et « Fragile » des boîtes initiales qui deviennent des prénoms, cet album invite à une lecture ouverte qui pourrait même déstabiliser celles et ceux qui cherchent chaque fois à raconter ce qui est représenté. De quoi est-il question? La surconsommation? La créativité? La perte de repères? Alors que chacun des personnages est cloisonné dans sa partie des doubles pages, les illustrations incitent presque à la comparaison entre Attention et Fragile et encouragent les liens entre ce monde et le nôtre. Quels sont nos réflexes face au vide, à l’ennui, à la possibilité de tout avoir en un clic? Est-ce que créer et recycler, jouer avec le matériel sont des solutions de rechange? Et que faire des boîtes? Risque-t-on de se noyer?
Mon interrogation en découvrant cet album dans lequel il est pertinent de toujours garder un œil sur la plante est la suivante : et si on laissait les enfants réfléchir eux-mêmes et décider ce qu’ils et elles veulent en tirer? Avec ces illustrations où même la couleur vive préserve une certaine douceur, dans cet univers imaginaire, l’histoire semble en effet se suffire à elle-même, sans nécessiter de mettre des mots ou de préciser quoi que ce soit.
Du côté d’Ursule à bascule, on ne raconte pas le monde de la même façon. Publié par la maison d’édition Dent-de-lion, qui défend des valeurs féministes et antioppressives à travers des récits qui s’éloignent des stéréotypes, cet album ne met pas en scène des éléments de notre monde actuel pour faire réagir, mais les intègre, tout simplement.
Ursule est une enfant qui, déjà dans le ventre de sa mère, crée des « sensations étranges », comme « des cordes de violon tendues de part en part ». L’enfant exige d’être balancée puisque seule la forme du U l’apaise. Dans les bras de ses parents, oui, d’abord, mais surtout dans une balançoire, puis dans une maison-balançoire, puis à travers sa propre quête, grâce aux appareils et machines conçues par ses parents pour lui donner cette impression de mouvement continuel. Du moins jusqu’à ce qu’une enseignante lui parle de révolution, et que le O du mouvement perpétuel de la Terre calme son besoin de U.
Cette histoire écrite par Carmen Duplain et joliment rendue par les crayons aux traits libres et colorés d’Alexa Perchemal raconte aussi une certaine forme de parentalité de plus en plus présente aujourd’hui grâce à la bienveillance des parents. C’est parfois surréaliste, comme avec cette maison-balançoire tout en couleurs chaudes, mais cette idée d’offrir du temps et de la place à l’enfant passe bien. Tout comme ces figures parentales plus rares en littérature et ici enchâssées à l’histoire. Ursule a une maman et un autre parent, paman, dont les pronoms sont iels et ellui, ce sur quoi aucun accent n’est mis. On ne détaille pas cette différence, on l’inclut, tout simplement.
Parce que le monde change, évolue, que les lecteurs, qu’ils soient petits et grands, en voient le reflet dans leurs lectures. C’est ce qui en fait la beauté, et ce, peu importe ce qu’en pensent certains politiciens!
Photo : © Philippe Piraux












