Le printemps dernier, Québec BD soufflait trente-cinq bougies, ce qui relève du tour de force dans ce domaine longtemps précaire. Thomas-Louis Côté en a pris la direction en 2005, l’année où le Festival de la BD francophone de Québec a quitté les centres commerciaux pour s’enchâsser dans le Salon du livre de Québec, gagnant une visibilité auprès des lecteurs en visite au Centre des congrès. L’événement a atteint depuis une ampleur considérable, sans doute mésestimée : plus d’une vingtaine de kiosques, entre 125 et 140 bédéistes invités dont une quinzaine d’auteurs étrangers et près de 130 activités (expositions, tables rondes, dessin en direct, spectacles, etc.)!
L’organisme remet des prix depuis le tout début, en 1988. Les Bédéis Causa se déclinent aujourd’hui en huit catégories, qui récompensent des auteurs québécois, mais également des bédéistes étrangers. Lors de la plus récente remise de prix, Valérie Boivin, Elene Usdin, Djief, Anne-Marie Saint-Cerny et Christian Quesnel ont notamment été couronnés. « Les prix ne prennent pas la même importance pour tous les auteurs; mais pour certains, cette tape dans le dos peut devenir un réel incitatif à poursuivre et un indéniable atout dans un CV, auprès d’éventuels éditeurs ou bailleurs de fonds. »
À son 30e anniversaire, le Festival de la BD francophone de Québec devient Québec BD, un OBNL qui assure une présence active au-delà de la durée du festival. « Assez tôt après mon arrivée dans l’équipe, on s’est mis à collaborer avec la Ville de Québec, le réseau des bibliothèques, les musées et d’autres lieux où développer des concepts de spectacles, notamment. » Ce sont ces partenariats qui ont généré une demande pour des événements présentés à différents moments de l’année. « La bande dessinée est un médium qui offre plein de possibilités, poursuit M. Côté, alors, avec un brin de créativité, on est en mesure de proposer des concepts vraiment intéressants! On a établi un réseau panquébécois de créateurs (qui parfois n’ont pas encore publié!), au sein duquel on recrute pour réaliser ces divers projets. Par exemple, la Ville m’a approché pour concevoir quatre palissades de chantiers de construction! »
À l’échelle locale, Québec BD s’implique activement. Pour les plus jeunes, la BDthèque mobile va de parc en fête de quartier depuis 2015, remplie d’ouvrages à leur faire découvrir. Le directeur évoque quelques bons coups, tels que le spectacle burlesque au Théâtre Petit Champlain, avec les personnages de BD qui s’effeuillaient. « On s’est fait traiter de vieux mononc’… alors que le spectacle était monté par une troupe de filles! Mais la salle était pleine et ça a été un fichu de bon spectacle. » Il est également fier de la performance multidisciplinaire 1 000 planètes autour de Valérian, du Français Mézières, invité du festival littéraire Québec en toutes lettres. « Plusieurs bédéistes s’initient au dessin en direct et y reviennent régulièrement par la suite, développant des variantes! »
L’action de Québec BD déborde des frontières. Angoulême, Saint-Malo, Lyon, Ardennes, île de La Réunion, Bruxelles, Barcelone, Mexique, Argentine, Japon, Vietnam, Tunisie… « Ces échanges internationaux présentent un grand potentiel pour nourrir notre programmation. Ils se concrétisent aussi sous forme de délégations, de programmes de résidences croisées ou de publications conjointes. La formule d’impro BD, que nous avons mise de l’avant en 2012 au Musée de la civilisation, s’inspirait de ce que j’avais observé à l’étranger. » La coopération s’exerce dans les deux sens : l’expo 25 moments historiques de la BD québécoise a été montée trois fois à Cuba, ainsi qu’au Musée international du manga de Kyoto! « Notre collaboration avec Lyon BD dure depuis 2011, et c’est elle qui m’amène aujourd’hui à Beyrouth, parce que son ancien directeur occupe maintenant le poste de direction du festival littéraire organisé par l’Institut français du Liban! Comme quoi certains partenariats deviennent des amitiés. »
Du 9 avril au 21 août 2022, Thomas-Louis Côté et son équipe ont occupé l’espace 400e à Québec, pour en faire rien de moins qu’un Pavillon de la BD, avec deux étages d’expos et une boutique de livres et d’objets dérivés. L’expérience inédite s’est conclue par un mini-salon d’une fin de semaine, à l’atmosphère conviviale et détendue. Ce lieu éphémère constituait-il un banc d’essai? « En collaboration avec Manif d’art, nous avons récemment commandé une étude de préfaisabilité sur la création d’un centre d’expo permanent qui serait dédié à la BD et aux arts actuels. Le Pavillon de la BD nous a permis dans un temps très court de voir comment faire vivre un tel lieu, de recueillir de l’info quant à l’intérêt des gens du milieu et du public. » C’est donc une aventure à suivre…

Photo : © Guillaume D. Cyr












