C’était avant de la voir prendre la parole lors de la remise du nouveau prix littéraire Janette-Bertrand créé par le Salon du livre de Montréal en novembre dernier et présenté en collaboration avec Télé-Québec et la SODEC pour honorer son œuvre et son combat inlassable pour l’égalité des sexes, l’autonomie des femmes, et contre les violences de genre.
Plus qu’une simple cérémonie, ce fut une leçon d’humilité et de sagesse. Alors qu’elle aurait pu profiter de l’occasion pour rappeler son propre héritage, avec une grâce toute particulière, elle a plutôt choisi de mettre en lumière les cinq autrices en nomination. L’enthousiasme avec lequel elle encourageait le public à découvrir ces cinq livres était contagieux.
Ce n’est pas lourd, ce n’est pas plus lourd que quand je faisais les Avec un grand A, qui gagnaient tous les prix. Ce sont des livres qui nous apprennent des choses sur la vie et qui nous apprennent aussi qu’il ne faut plus que ça continue. Tous ces livres dénoncent, pas lourdement, mais avec un style. Ces filles-là écrivent très bien. […] Achetez ces livres, faites-les connaître, pour qu’ils deviennent vraiment pérennes. C’est-à-dire année après année, même quand je ne serai plus là1.
Nous n’étions pas devant une personnalité publique célébrant l’honneur qui lui était rendu, mais face à une ambassadrice passionnée de la littérature québécoise, déterminée à faire rayonner cette diversité de voix qui partagent cet engagement en faveur d’une société plus ouverte, inclusive et égalitaire.
Sa façon nuancée d’aborder le féminisme, par exemple, sans jamais tomber dans l’antagonisme, valorise la perspective et la parole libérée d’une femme (« cela aurait pu être celle d’un homme », précise Janette) tout en maintenant un dialogue inclusif. Et c’est cette approche rassembleuse qui lui permet de faire avancer les enjeux de société qui lui sont chers sans créer de divisions.
Marie-Hélène Larochelle est la première à remporter cette distinction, décernée par un jury que présidait Pauline Marois, pour son roman Toronto jamais bleue paru chez Leméac. Les quatre autres finalistes étaient Léa Clermont-Dion (Porter plainte, Le Cheval d’août), Martine Delvaux (Ça aurait pu être un film, Héliotrope), Claudia Larochelle (Les Disgracieuses, Québec Amérique) — notre collaboratrice qui signe des entretiens en nos pages — et Élise Turcotte (Autoportrait d’une autre, Alto).
Au seuil des festivités de son centenaire et complètement surprise que la vie lui joue un tour avec ce prix littéraire à son nom, celle qu’on n’avait pas considérée comme écrivaine (dixit Janette) et qui vient de publier Cent ans d’amour : Réflexions sur la vieillesse, un autre livre à succès vendu à 65 000 exemplaires à ce jour, fait porter sa voix comme grande lectrice qui a lu « tous les livres » :
Continuons à lire. Continuons. On parle beaucoup, en ce moment, de la montée de la droite. Puis on a peur de toutes sortes d’affaires : on a peur de l’intelligence artificielle. Mais tant qu’on aura des humains qui vont écrire ce qu’ils ont dans le cœur et dans la tête, il n’y a pas de danger. Je pense qu’on est sauvés. Ces gens-là nous sauvent. Merci2.
Photo : © David Cannon
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1. Allocution de Janette Bertrand le 27 novembre 2024 à la remise du prix portant son nom dans la cadre du Salon du livre de Montréal.
2. Ibid.


















