Elle commence à être pas mal loin l’époque où j’étais assis sur les bancs d’école pour apprendre l’histoire de mon pays. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et plusieurs choses ont été revues, enrichies de nouvelles découvertes. C’est ce qui m’attendait dans Passé date? La Nouvelle-France (Éditions du Journal), un livre, certes, mais aussi un balado fort intéressant qu’on peut retrouver sur QUB.
Je dois admettre que, d’entrée de jeu, je n’avais pas été interpellé par ce titre. Je consomme beaucoup de livres (et croyez-moi, en tant que libraire, j’en vois passer des masses), de balados, de documentaires, d’articles de journaux, ce qui fait qu’en somme, je me débrouille assez bien lorsqu’il est temps d’échanger sur les moments forts de notre histoire. Donc, je m’attendais tout bêtement à faire un agréable survol de notre panorama historique. Eh bien, finalement, ça a été une superbe expérience de réajustement; un peu comme retourner chez l’optométriste après quelques années alors que nous ne nous étions pas rendu compte que certains objets plus éloignés commençaient à être flous.
Bon, premièrement, la forme. Ce livre est richement illustré et surtout, parsemé de moult encadrés, annotations et surlignements au marqueur jaune pour être sûr de ne pas manquer d’informations importantes. On y voit la bette des auteurs et autrices, Raymond Bédard, Martin Landry, Renée Achim et Médérik Sioui ponctuer ces pages avec l’éclairage de leurs compétences respectives. Le livre a un look qui rappelle la très familière collection « Pour les nuls ». Après l’avoir feuilleté, on veut tout naturellement en savoir plus. Ne boudez surtout pas votre plaisir et faites comme moi : plongez! La première différence notable avec les connaissances acquises lors de mes années d’étudiant est le très important point de vue autochtone. Les différentes interventions de Médérik Sioui, un historien wendat, rectifient, soulignent ou dénoncent certains hauts faits, pas si glorieux, des premiers explorateurs et colons français.
On ouvre le bal évidemment avec notre premier protagoniste : Jacques Cartier, le navigateur français qui voulait aller plus loin à l’intérieur du continent. Si Cartier avait quand même bien amorcé les échanges avec les habitants des lieux, c’est la symbolique croix posée à Gaspé ainsi que le rapt des deux fils du chef de Stadaconé qui jetteront la première ombre sur les années d’occupations à venir. C’est lors du second voyage qu’on se rendra peu à peu vers la légendaire et encore aujourd’hui controversée Hochelaga. On assiste à l’implantation des premiers camps, à la traversée des premiers et durs hivers et à l’éclatement des premiers conflits entre explorateurs et Autochtones.
Évidemment, c’est avec la venue de Champlain que s’ouvre le chapitre de la colonisation de la Nouvelle-France, des premiers échanges commerciaux et des premiers partenariats militaires entre Français, Wendats et Anishinabés. C’est aussi à cette époque qu’arrivent les représentants religieux, tout d’abord avec les récollets et par la suite les jésuites. Quoique je connaisse les grandes lignes des voyages et réalisations de Champlain, j’ai appris énormément avec le chapitre suivant sur les Cent-Associés, principal moteur de l’implantation des colonies et du commerce en Amérique. C’est sous l’ombre du conflit entre la France et l’Angleterre que la compagnie tentera d’envoyer des centaines d’hommes et de femmes de divers corps de métier afin de démarrer et d’entretenir la vie quotidienne de la Nouvelle-France. C’est aussi à ce moment qu’apparaissent les bases d’une économie qui perdurera des années avec le commerce de la fourrure! Surtout celle du castor. On y explique notamment comment on fabrique le feutre qui sera à la base des chapeaux en vogue en Europe. Je vous laisse découvrir cette information par vous-même.
S’ensuit l’histoire remarquable de Jean Talon, un être exceptionnel qui a fait tellement pour ce Nouveau Monde en matière de développement. Le très ambitieux Frontenac, Pierre Le Moyne d’Iberville et la conquête de la baie d’Hudson pour la traite des fourrures. La prolifique paix de Trente Ans et la belle éclosion d’une vie stable en Nouvelle-France, autant urbaine que rurale. Et évidemment la conquête des Britanniques, qui prendront pour de bon le contrôle du territoire.
Bref, j’aurais aimé vous livrer encore plus d’informations ici même, mais ce livre le fait tellement mieux que moi! Et je le répète : même si vous croyez avoir des connaissances solides sur cette époque, je suis persuadé que vous apprendrez quelques petites anecdotes supplémentaires. En tant que libraire, je conserverai longtemps ce livre à la librairie. C’est un format parfait pour les jeunes curieux qui veulent en savoir plus, les plus vieux, comme moi, qui ont besoin d’ajuster certaines choses et nos cousins européens qui nous visitent chaque année et découvrent une histoire plus riche qu’ils ne le croyaient.
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Poussiéreuse, la Nouvelle-France? Pantoute! Elle brille de tous ses éclats dans la Revue d’histoire de la Nouvelle-France. Publiée par les éditions du Septentrion, cette revue permet de rester à l’affût – par des dossiers thématiques, des entrevues inédites, des chroniques – de tout ce qui se dit, s’écrit, se fait sur cette période pionnière de notre histoire. Elle parvient à nous séduire avec la présentation aérée, imagée, nullement scolaire, bref, rafraîchissante, de ses articles. De quoi combler à la fois chercheurs universitaires et esprits curieux.
Ce texte est offert par la Revue d’histoire de la Nouvelle-France, un périodique culturel présentant cette époque de façon originale et décontractée.













