Les cowboys sont fatigués
Julien Gravelle, Nomades, 216 p., 14,95$
Avec son humour grinçant et sa plume vive, ce roman noir à l’univers bien campé nous happe. Isolé quelque part au nord du Lac-Saint-Jean, vivant au bout d’un rang seul avec ses chiens, Rozie, 58 ans, chimiste, produit des amphétamines dans un laboratoire clandestin orchestré chez lui. Lassé de la routine et épuisé d’être toujours sur le qui-vive, il aimerait tout arrêter. Mais le gars pour qui il travaille échafaude des projets de grandeur et souhaite opérer la fabrication de cristal. Comme il n’a pas vraiment le choix, étant déjà enlisé dans cette histoire, Rozie se résigne à suivre la parade alors que son passé menace de ressurgir et que des trafiquants jouent dur pour prendre le contrôle du marché. Pour ce cowboy fatigué et désabusé, la retraite devra visiblement attendre…
La folie des foules
Louise Penny (trad. Lori Saint-Martin et Paul Gagné), Flammarion Québec, 544 p., 18,95$
Gamache est de retour et cette fois-ci l’inspecteur en chef se voit assigner une tâche des plus anodines : assurer la sécurité d’une professeure de statistique venue donner une conférence dans le cadre d’un congrès. Mais dans l’ambiance postpandémique dans laquelle nous plonge ce roman, l’intellectuelle en question prône des idées pour les moins polarisantes qui soulèvent les passions les plus meurtrières. Avec le 17e tome des aventures de Gamache, l’autrice Louise Penny nous offre, en plus d’un polar efficace et bien ficelé dont elle a le secret, une réflexion essentielle sur la liberté d’expression et sur le pouvoir qu’ont certaines idées de rallier les foules; pour le meilleur ou pour le pire.
Demain, et demain, et demain
Gabrielle Zevin (trad. Aurore Guitry), Pocket, 608 p., 17,95$
Ce roman est une histoire d’amour comme on en retrouve très peu dans la littérature. Celle de Sam et Sadie qui, dès leur première rencontre, rebâtissent le monde autour de leur ferveur commune : les jeux vidéo. Une passion jamais désavouée et qui, à la suite de la création d’un univers virtuel nommé Ichigo, leur permet d’accéder à la gloire et à la renommée dès l’âge de 25 ans. Mais sous le vernis de la réussite, la jalousie, les non-dits et le ressentiment commencent à gruger la confiance. Serait-il possible que le succès tant souhaité ne puisse se cimenter qu’à la suite de nombreux échecs, tant sur les plans professionnel que personnel ? Par cette histoire contemporaine et pourtant intemporelle, l’autrice décortique les rouages des relations qui ponctuent une vie et, tout comme les technologies, sont trop souvent soumises à l’obsolescence contrôlée. En librairie le 19 juillet
Clara lit Proust
Stéphane Carlier, Folio, 224 p., 16,95$
Chez Cindy Coiffure, les semaines suivent leurs cours. Entre les bavardages et la musique de fond de la radio Nostalgie que syntonise la patronne Jacqueline, Clara, 23 ans, file ses jours malgré la monotonie du travail. À la maison, ce n’est pas non plus la passion avec son petit ami pompier et son chat un peu trop indépendant. Puis, vient le moment où elle ouvre les pages d’un livre oublié par un client du salon; il s’agit du premier tome de la fresque monumentale À la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Il lui faudra plus d’un essai avant de trouver la porte d’entrée de cette œuvre multiple, mais quelque chose l’invite à poursuivre, jusqu’à ce qu’elle soit soulevée par le maelström vertigineux du maître romancier. Elle rencontre alors un univers insoupçonné qui lui donne un tout autre regard sur la vie et sur ce qu’elle peut receler. Un hommage à la lecture et à tout ce qu’elle peut fait advenir.
Mykonos
Olga Duhamel-Noyer, Héliotrope, 120 p., 15,95$
Quatre garçons partent visiter les splendeurs que promet Mykonos, l’île de tous les plaisirs. Sous la patine de la vie flamboyante rôde pourtant le danger, pulsant à travers chaque geste mené avec insouciance. L’ambiance de la noce fait donc place au tourisme outrancier, au désir ravageur, aux paroles insolentes et à une jeunesse qui brille d’inconséquence. La force de ce roman repose beaucoup sur le pouvoir d’évocation de la plume de l’autrice, qui se tient loin de l’esbroufe, se contentant de décrire sobrement, de manière presque mécanique, l’esprit déluré des soirées de bacchanales. Elle réussit à installer un temps suspendu où la lumière du ciel est si incandescente qu’elle en devient impossible à regarder, dessinant sur la rétine une beauté aveugle. La fête mémorable, repue de ses excès et de ses joies factices, révèle alors son visage glauque. Un livre hypnotique.
Piranèse
Susanna Clark (trad. Isabelle D. Philippe), Le Livre de Poche, 312 p., 16,95 $
La maison de Piranèse est une créature mystique; une structure vivante aux proportions gigantesques dont le cœur océan rythme le passage du temps. En sécurité sous le regard immuable des statues de marbre qui bordent ses couloirs labyrinthiques, le héros explore tous les recoins de cette cité enfouie. Et n’oublions pas la présence de l’Autre qui est en quête du Grand Savoir. Lequel? Piranèse n’en est pas tout à fait certain, mais il le recherche avec ardeur à tous les étages, dans toutes les alcôves. Jusqu’au jour où, sur le sol, quelques mots écrits à la craie changent la trajectoire de son destin qu’il croyait inflexible comme les marées qu’il consigne religieusement dans son carnet. Avec un talent d’orfèvre, Susanna Clarke sculpte avec minutie l’univers de Piranèse qui, sous le couvert du merveilleux, propose une plongée vertigineuse dans les profondeurs de la psyché humaine.
Quelques solitudes
Marianne Brisebois, Hurtubise, 344 p., 15,95$
Lili a perdu le mode d’emploi qui aurait pu lui indiquer combien de vis il lui faut pour remettre sa vie à l’endroit. Après une peine d’amour d’une force de 10 sur l’échelle de Richter et l’hécatombe de ses amitiés brisées, la jeune femme de 26 ans décide de quitter son quotidien pour se rebâtir un semblant de normalité, loin, très loin, de Laval. Débute un grand chantier de reconstruction intérieure dans une maison de l’île Verte où elle fera la rencontre d’un coloc en apparence distant et froid qui lui offrira tout l’espace nécessaire pour panser ses blessures. Dans le roman Quelques solitudes, l’autrice Marianne Brisebois met en scène des personnages soumis aux chamboulements inévitables de la vie et aux réhabilitations essentielles. Elle nous offre une histoire douce et salutaire qui permet de prendre conscience que tous les points dans la vie n’existent qu’accompagnés d’une virgule.
Mille secrets mille dangers
Alain Farah, Le Quartanier, 512 p., 21,95$
Mille secrets mille dangers raconte l’histoire d’une journée sur un peu plus de 500 pages. Sous la volée des cloches de l’oratoire Saint-Joseph-du-Mont-Royal, Alain unit sa destinée à celle de Virginie. Mais, plus important encore que l’assistance réunie sur les bancs d’église ou le regard d’Alain posé sur Virginie remontant l’allée dans sa robe blanche, ce roman est la somme de tous les legs familiaux, des points de bascule, des décisions et des expériences qui se conjuguent pour créer les moments les plus importants d’une existence. Avec ce tour de force narratif, Alain Farah découd dans ce roman les fils d’une vie pour mettre à jour les accros, les motifs et les textures qui créent son unicité.




















