« Je présenterai un feu immense/je brûlerai les écoles résidences/les papiers lois//Et d’un seul coup de vent/chasserai d’une main tous les pipelines/les caribous viendront/courir avec les bisons/les chevaux les cerfs/il y aura un grand frémissement//Les caribous/les bisons les chevaux/les cerfs viendront/avec la terre/noyer les oléoducs ». Ce poème de Natasha Kanapé Fontaine dans Manifeste Assi (Mémoire d’encrier) résume bien le sentiment des Autochtones face aux bouleversements apportés par l’homme « blanc » à leur mode de vie. En effet, ces peuples vivaient en harmonie avec la nature, et leur environnement, ainsi transformé, a eu un impact sur ce qu’ils étaient en tant que peuple.
Dans la poésie autochtone, des autrices et auteurs tels que Natasha Kanapé Fontaine, citée ci-dessus, Rita Mestokosho, Jean Sioui et Joséphine Bacon illustrent souvent ce déracinement, cette nécessité de se reconnecter à l’essentiel, à la nature, au territoire. Leur discours, centré sur la liberté offerte par le mode de vie des Premières Nations, se lie parfois à un clan animal (ours, caribou) ou à des éléments de la nature en leur donnant un nom de membres de la famille comme Grand-père, Grand-mère et Mère. Le nomadisme, synonyme de liberté pour plusieurs peuples, est dépeint avec nostalgie dans ces vers.
Innue de Pessamit, Natasha Kanapé Fontaine représente son peuple par l’eau sous différentes formes. Déracinée à Montréal, la poétesse écrit dans son recueil Manifeste Assi : « Je reviendrai peuple d’eau ». Ce thème est aussi très présent dans Nanimissuat Île tonnerre (Mémoire d’encrier), où elle mentionne « Nous sommes/D’eau ». De plus, elle se fait « femmes/aux anguilles » et parle de ses « sœurs les lamproies/Et [ses] mères les tortues », faisant des êtres marins des membres de sa famille. Lorsqu’elle parle d’elle-même dans Manifeste Assi, la poétesse se décrit telle une « reine guerrière nomade » qui désire détruire ce qui empêche les Innus de vivre librement, comme « les portes des plans du Nord ». Dans ce même ouvrage, son corps appartient même à la Assi/terre avec ses « yeux de terre » et son mal « au ventre de la terre ». Pour Kanapé Fontaine, la nature et le nomadisme font partie de la seule vie qui permet l’équilibre de son peuple.
Première poétesse innue à avoir publié un recueil, Rita Mestokosho s’affilie à « Papakassiku, l’esprit du Caribou » dans Atiku Utei. Le cœur du Caribou (Mémoire d’encrier). Comme la langue innue ne contient pas le mot liberté, le caribou représente ce concept. Nutshimit, l’intérieur des terres, est présenté par Mestokosho comme sa mère, indication de l’importance du territoire pour les Innus. En fait, cet espace est primordial pour la poétesse, qui met l’accent sur la liberté qu’apporte le nomadisme, si cher à son peuple. L’Innue considère que la sédentarité est handicapante et l’empêche de marcher. De la nature, Mestokosho en ressent l’eau dans ses veines et décrit son cœur comme étant « en branches de sapins ». Ainsi, la terre et ses éléments font partie d’elle.
Le poète de Wendake Jean Sioui se réclame du clan de l’ours dans Des morceaux de temps (Mémoire d’encrier) et illustre cette appartenance avec une image des plus sympathiques : « J’ai laissé un crayon sur une bûche/J’ai demandé aux ours de dessiner mon arbre généalogique. » Dans son recueil se voulant une invitation à un échange mutuel pour de meilleures relations entre les descendants des colons et les Autochtones, Sioui appelle la lune Grand-mère et le soleil Grand-père, ce qui démontre la proximité de son peuple avec les éléments naturels. Dans cet opus, le Wendat mentionne faire partie d’un peuple nomade, mais il ne fait pas un grand éclat de toute la liberté perdue.
Joséphine Bacon, poétesse innue qui se passe de présentations, s’accorde avec Rita Mestokosho sur le rôle de guide de Papakassiku pour son peuple dans Un thé dans la toundra (Mémoire d’encrier) en disant : « Papakassik court avec moi. » Dans ce recueil, Bacon décrit aussi son cheminement vers la toundra et mentionne son « grand-père l’ours », que la nuit endort. Ce pèlerinage est pour se rendre à Nutshimit, comme le faisait son peuple au temps du nomadisme, ce dont elle parle également dans Kau Minuat – Une fois de plus (Mémoire d’encrier). Ce dernier livre décrit la vieillesse tout en exprimant le désir immense de retourner à l’ancien mode de vie des Innus. La nature est omniprésente dans ces titres de Bacon, qui répète la nécessité de toujours retourner aux racines autochtones. Dans son plus récent recueil, son « souffle devient vent » et ses « larmes pleurent les rivières » dans un poème sur le manque de compréhension des « Blancs » envers son peuple. La nature est dans l’ADN de Joséphine Bacon.
Dans les recueils présentés ci-dessus, les Autochtones vivent en symbiose avec les éléments de la nature et déplorent le manque de respect face à leur mode de vie, tel que le nomadisme, qui offre la liberté. Les arbres, les animaux, les cours d’eau, la chasse… font partie de ce qu’ils sont en tant que peuple. Tous sont indissociables. Seulement quelques œuvres de poétesses et poètes ont été présentées ici, mais plusieurs autres attendent de vous transmettre les cultures des Premières Nations et leurs sentiments face à la perte de leurs territoires.


















