Dans un monde où la technologie occupe une place grandissante et dans une société qui court toujours plus vite, il est facile d’oublier la force des gestes simples qui permettent une connexion fondamentale.

Les programmes Lire et faire lire et Liratoutâge nous rappellent une vérité essentielle : la lecture n’est jamais vraiment solitaire. Ces initiatives portent en elles le pouvoir de créer des communautés authentiques et de briser l’isolement. Ancrées dans le quotidien, elles ouvrent des portes vers l’imaginaire et l’émotion.

Né en Bretagne dans les années 1980, Lire et faire lire s’est répandu en France en 1999 grâce à l’engagement d’Alexandre Jardin et du journaliste Pascal Guénée. Deux ans plus tard, Alexandre Jardin est venu présenter le programme au Québec, lui permettant d’y prendre racine en 2002. Aujourd’hui, Lire et faire lire, c’est l’histoire de 850 bénévoles de 50 ans et plus qui s’assoient chaque semaine auprès de 4 000 enfants québécois pour leur faire la lecture. Pour Anne Michaud, présidente du conseil d’administration du chapitre québécois, la satisfaction tirée du projet va de ce journaliste qui fait carrière et qui a bénéficié du programme dans sa jeunesse jusqu’au fait de mettre un enfant en contact pour la première fois avec un livre imprimé… dont il tente de balayer le texte avec son doigt comme s’il s’agissait d’une tablette numérique.

Le témoignage d’une enseignante, pour qui Lire et faire lire est chaque année l’activité coup de cœur de ses élèves, permet d’en mesurer les bénéfices : avoir un adulte juste pour eux (un petit groupe de quatre ou cinq) qui personnalise les lectures en fonction de leurs goûts, de leurs intérêts ou des thèmes de l’année; développer leur vocabulaire et échanger avec l’adulte pour valider leur compréhension du texte; pouvoir parler avant, pendant ou après la lecture de leurs expériences personnelles, de leur connaissance du sujet ou tout simplement exprimer leurs idées. À cela s’ajoute un sentiment de fierté et de compétence quand on leur offre l’occasion de lire un mot, une phrase ou une page à leur accompagnateur.

Chaque page tournée devient un pont entre deux univers : celui de l’enfance et celui de la sagesse. Pendant un moment suspendu, il n’y a ni jeunes ni vieux, seulement une humanité partagée. Les bénévoles qui donnent de leur temps et de leur cœur pour faire la lecture aux autres en retirent eux-mêmes un profond sentiment d’utilité et de bonheur.

Pour sa part, Liratoutâge consiste à offrir des moments de lecture aux personnes du troisième âge, qu’elles vivent en résidence, en centre communautaire ou à domicile. « J’ai eu une idée folle, celle de faire la lecture dans les résidences pour personnes âgées et les CHSLD. C’est ma quinzième année. Ça a commencé tranquillement devant ce qui m’était apparu comme une évidence… Je me promenais dans les corridors des CHSLD pour trouver un endroit pour ma mère, puis je trouvais que les gens avaient l’air de s’ennuyer, dans leur chaise, à attendre. J’avais l’impression qu’ils attendaient quelque chose1 », se rappelle Godelieve De Koninck, fondatrice de Liratoutâge.

Ce pont entre les générations crée une expérience enrichissante pour les bénévoles qui se branchent sur la richesse des parcours de vie des aînés. Lire aux aînés, c’est faire le cadeau d’une voix, d’une présence, d’un instant où les rides, la solitude et les normes sociales s’effacent. En offrant compagnie et réconfort, à travers une main tendue, une oreille attentive et un cœur ouvert, la rencontre devient une façon de dire « vous comptez ».

Pour une résidente qui était une grande lectrice et dont la vision a beaucoup baissé, le programme Liratoutâge peut faire en sorte que l’amour des mots demeure vivant. Qu’il ne soit pas qu’une affaire d’yeux, mais surtout de cœur. Un autre résident demande qu’on change l’heure de son bain afin qu’il ne manque pas la lecture. Chez une personne atteinte de troubles neurocognitifs majeurs, la lecture permet de raviver des souvenirs, de susciter des émotions et de créer des moments de connexion humaine authentique : « Les enjeux liés à la mémoire se manifestent de diverses manières. Par moments, un·e résident·e éclate de rire, se remémorant peut-être une anecdote similaire de sa propre vie. À d’autres moments, un éclair de reconnaissance traverse les yeux embrumés d’un·e résident·e, comme si un fragment du passé soudainement retrouvé illuminait brièvement son esprit2. »

Devant des enjeux de mobilité, de perte d’autonomie, de dépendance à autrui et parfois de contacts peu fréquents avec leurs proches, Liratoutâge offre de la dignité aux personnes qui se retrouvent fragilisées, oubliées ou exclues et leur permet de se réaffirmer. Quand une personne âgée retrouve le goût des mots grâce à la voix d’un ou une bénévole, elle commence à reprendre sa place dans le monde. Chaque phrase est un acte de tendresse et chaque voix porte une promesse, celle de bâtir des ponts là où le temps a creusé des distances.

En cette période de l’année où nous cherchons le cadeau parfait, ces initiatives nous invitent à réfléchir autrement. Si nous n’avons pas le loisir de faire cadeau de notre temps pour ajouter aux dizaines de milliers d’heures de lecture offertes aux enfants et aux centaines de séances données dans des milieux d’hébergement, il est toujours possible de soutenir ces causes avec un don, si nous en avons la capacité.

lireetfairelire.qc.ca
liratoutage.com

Photo : © David Cannon

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1. É. Dionne, É. Gervais, J. Lauzière, au nom de l’équipe de recherche. (2025), L’usage des arts et de la lecture auprès de personnes aînées fragilisées : Rapport d’évaluation de l’initiative Liratoutâge, VITAM — Centre de recherche en santé durable, p. 15.
2. Idem, p. 27.

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