Katty Maurey a illustré plusieurs livres pour la jeunesse, notamment Le saut de David d’Alan Woo (Monsieur Ed), Renaud en hiver de Véronique Boisjoly (La Pastèque) et Dans mon livre de cœur de Martine Audet (La courte échelle). Dernièrement, elle a signé les images d’Un fantôme dans le jardin de Kyo Maclear (Comme des géants). Cet album aux couleurs oniriques, empreint de tendresse, explore la mémoire, le passage du temps, les traces et les souvenirs qu’on laisse alors qu’un petit garçon passe de beaux moments dans le jardin de son grand-père, là où il y avait jadis un ruisseau. L’artiste dépeint avec finesse les mondes imaginaires et les détails qui donnent vie aux histoires.

Qu’aimez-vous particulièrement dans le fait d’illustrer des livres?
Ce que j’aime, c’est monter un monde de toutes pièces. Un monde doit exister en quelques pages et cela me demande une rigueur particulière que j’affectionne. Chaque livre me demande de développer un langage pictural propre à son histoire. Lorsque je conçois les images pour un livre, je pars à la découverte. J’aime concevoir ce vocabulaire, qui consiste en des sujets, des couleurs, des formes, des cadrages et je laisse les choses se brasser et puis se poser. Je dois souvent défaire mes acquis, et trouver des solutions qui sont nouvelles pour moi. Je trouve ce processus assez enivrant.

Est-ce un grand défi que de mettre en images les mots de quelqu’un d’autre?
En effet, la première rencontre avec un texte est souvent une sorte de choc. Je perds momentanément mes repères et c’est en quelque sorte une petite panique. Je laisse la relecture et le temps me décrisper. Une fois assouplie, je me retrouve et ensuite les mots et moi pouvons faire notre chemin ensemble.

Illustration tirée du livre Un fantôme dans le jardin de Kyo Maclear (Comme des géants) : © Katty Maurey

Quels sont les thèmes que vous préférez exploiter dans votre travail?
Ce que je préfère ne figure pas beaucoup dans mon travail jusqu’à présent, mais peut-être que cela changera avec mon dernier livre Un fantôme dans le jardin avec Kyo Maclear. J’aime les thèmes imaginaires, les contes, les légendes, les mythes, etc. J’aime que le livre soit un espace pour le rêve et les questions sans réponses définitives.

Que vouliez-vous raconter comme histoire avec votre image de la couverture de ce numéro?
Pour moi, elle représente une rencontre du monde intérieur et du monde extérieur, ici évoquée par la goutte froide perturbatrice. Sans jugement, sans leçon, je propose une réflexion plus ou moins large ou simplement une appréciation de son dénouement comique.

On peut lire dans votre biographie que vous tirez votre inspiration des histoires de fantômes et des anciens livres pour enfants remplis de non-dits. En quoi les non-dits vous parlent-ils?
Petite, j’adorais les histoires bizarres. Je percevais le monde comme une grosse chose imposée et banale, alors je rêvais de choses impossibles. Aujourd’hui, j’aime revisiter cet état d’esprit, j’y puise ma créativité. J’espère inspirer les gens comme j’ai été inspirée.

Illustration tirée du livre Le saut de David d’Alan Woo (Monsieur Ed) : © Katty Maurey

L’album Le saut de David d’Alan Woo, que vous avez illustré, aborde notamment le sentiment d’appartenance, la confiance en soi, l’acceptation et l’amitié. En quoi ces thèmes vous inspirent-ils?
C’est un sujet universel que de se sentir à l’écart dans un nouvel endroit. J’avais envie d’exprimer avec tendresse ce sentiment qu’on a peut-être tous eu lors d’un premier jour d’école, comme David. Je l’imaginais se sentir comme une petite miette parmi des confettis, et par de petits gestes persévérants, il finit par s’accrocher aux autres et appartenir au groupe.

Qu’est-ce qui vous a fascinée dans l’histoire d’Un fantôme dans le jardin, que vous avez illustrée?
L’idée est venue de ma mère. Selon elle, une invitée séjournant chez mes parents s’était levée en pleine nuit et, à sa grande stupeur, elle avait aperçu une silhouette spectrale à travers la fenêtre. Elle affirma l’avoir vue traverser la pelouse, se faufiler entre les buissons, puis disparaître en passant à travers le mur de la voisine. Fascinée par cette histoire, j’ai écrit à Kyo et la graine était semée.

Après un séjour à Rome, vous avez entamé un projet sur la mythologie grecque et l’histoire romaine. Pouvez-vous nous parler de ce projet d’illustrations?
Rome change tout le monde! J’y ai passé trois mois en résidence avec mon conjoint. J’en ai profité pour renouer avec mon amour de l’Antiquité et de la mythologie. Nous étions dans un contexte particulier, entourés de chercheurs et d’autres artistes. Les journées étaient remplies de visites de sites archéologiques, de conférences et de conversations. Les images que j’ai produites sont en quelque sorte les manifestations en fin de journée, comme des impressions sur la rétine après avoir été éblouie.

Quels sont les artistes visuels que vous admirez?
En peinture, je peux passer des heures à regarder le travail de Fra Angelico. Il a une manière de m’envoûter et de me faire entrer dans son œuvre. Je suis fascinée par le détail de son travail, par ses mises en scène, son utilisation de la couleur et de la lumière. Il parvient à me donner à la fois une sensation de confinement et un sentiment d’infini. J’aime beaucoup la sculpture, et particulièrement la sculpture grecque archaïque. J’aime la simplicité des formes, leur galbe subtil, leurs drapés assurés qui me font penser que ces statues respirent et s’animent lorsque je leur tourne le dos. J’aime leurs visages durs et leurs regards affolés.

Illustration tirée du livre Dans mon livre de cœur de Martine Audet (La courte échelle) : © Katty Maurey

Photo : © Dan Popa

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