La conception d’un dossier LGBTQ+ est une entreprise délicate, nous en sommes conscients. Elle comporte son lot de maladresses inévitables. D’une part, l’enthousiasme d’offrir de la visibilité à des communautés marginalisées nous gagne. De l’autre, l’inquiétude de créer des divisions coupées au couteau, trop franches et surfaites; des catégories trop figées pour bien représenter l’effervescence de la littérature.
Loin de nous l’intention de reléguer des auteurs à une « littérature queer » contraignante, d’enfermer leurs écrits dans une « thématique LGBTQ+ » d’autant plus étanche, puis de jeter la clé. Une femme qui aime les femmes n’est pas tenue d’écrire au sujet du désir lesbien. Un personnage trans ne suffit pas à déclarer qu’un récit gravite autour d’une quête identitaire. Pas plus d’ailleurs que la littérature récente est réduite à des histoires de coming out, de rencontres au sauna et de relations secrètes vécues dans la honte. Laissons ces vieilles barrières s’effriter puis tomber d’elles-mêmes.
À notre avis, parler d’écriture LGBTQ+ serait amputer une œuvre de sa réception qui peut s’avérer universelle. Parlons donc d’écriture tout court et intéressons-nous aux histoires qui font de la diversité sexuelle et de genre, intentionnellement ou par hasard, un lieu de rassemblement plutôt qu’une cellule; une sensibilité nécessaire plutôt qu’une tare; une discussion riche qui refuse d’être taboue ou menée en huis clos. Parlons d’écriture comme invitation à l’amour sous toutes ses formes. Parlons d’écriture allant au-devant du réel pour compenser le chaos de l’indifférence et de la haine.
Le présent dossier vise à répandre une douce lumière sur des voix marginalisées. Il invite à jeter un œil bienveillant sur les plumes issues de la diversité sexuelle et de genre du Québec et d’ailleurs, mais aussi à réfléchir à l’espace occupé par les personnages et les thématiques LGBTQ+ en littérature. Enfin, il célèbre des œuvres qui rendent visibles les réalités LGBTQ+ et permettent aux minorités d’apercevoir quelques fois, entre les pages d’un livre, le reflet d’elles-mêmes. Puisque pour exister, pour véritablement habiter le monde et ne pas s’y sentir seul, il est impératif de se voir et de se raconter.
Lectrice sensible du dossier : Raphaëlle Vézina
Illustrations : Geneviève Darling