Les liens d’amitié, s’ils se tissent au fil de l’enfance et acquièrent une prépondérance accrue lors de l’adolescence, s’étiolent souvent à l’âge adulte au profit des relations amoureuses et familiales. Heureusement, des voix semblent progressivement se lever pour clamer l’importance de leur rôle dans le cours d’une vie, apportant écoute, soutien, bienveillance au cœur des tempêtes. La profondeur et la fidélité qu’on y retrouve constituent un socle solide sur lequel s’appuyer quand tout part à la dérive.
« Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : Parce que c’était lui, parce que c’était moi », écrivait Montaigne à propos de son ami La Boétie. Les peines d’amitié, dont on parle très peu, sont pourtant bien réelles. Parfois la mort vient nous ravir ce que l’on considérait comme un bien très précieux, parfois la solidarité et la communion d’une camaraderie se délitent et la peine engendrée par l’absence ne sait plus où se déposer.
La littérature recèle plusieurs portraits d’amitié, et le livre même est un ami. On tombe en amour, mais on entre en amitié. En ouvrant les pages d’un livre, la voix entendue vient nous dire qu’il y a quelqu’un, là, tout près, et qu’au fond on n’est jamais tout à fait seul.

















