La nouvelle collection « Draisine » chez XYZ porte magnifiquement son nom. Tel un véhicule, chaque petit livre nous amène ou nous ramène vers un roman. Dans le cas présent, il s’agit d’une nouvelle autour du roman À train perdu. Gladys aboutit en train à Clova pour mourir en paix, mais l’histoire est racontée par ce bouquiniste récemment arrivé au même endroit. Ayant hérité de la maison de son frère, celui-ci pose un regard inquisiteur sur les événements tout en se créant malgré lui des liens d’amitié avec des gens étonnants. La courte nouvelle complète le roman et apporte au lecteur un plaisir assuré. On y entend presque le touk-e-touk du train.
Numéro 133
Libraire d'un jour
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Les libraires craquent
« Je n’ai jamais lu Baudelaire »
On a tout l’automne
Juliana Léveillé-Trudel a ce don pour donner le goût d’aller voir Salluit, dans le Grand Nord québécois. Par ses yeux, on décèle la beauté de ce lieu si loin, et pourtant si près… La beauté des paysages, oui, mais aussi celle de ses habitants, jeunes et vieux, tableau qu’elle arrive à nous présenter par le biais de ces enfants qui doivent faire de la poésie en inuttitut, que la protagoniste aura à traduire, et par le biais des personnages de Maggie, cette ado en quête d’elle-même, de Mary et de la matriarche Aida. Je dois avouer que c’est un livre que j’aimerais entendre, tant les langues s’y mélangent et forment des ponts entre les cultures. C’est un roman doux et calme, qui nous dévoile un pan de vie de Salluit, vu par une fille du sud qui tente de tout comprendre.
Mélasse de fantaisie
Ce qui frappe d’abord quand on lit Mélasse de fantaisie, c’est la langue de son auteur à la fois fleurie et lyrique, crue et viscérale. On pourrait le lire des heures, Francis Ouellette, pour son joual poétique, son sens de l’image et du style. Les personnages qu’il nous raconte sont tous faits de la matière des légendes; Frigo, Chantale Choquette, Ti-criss, Raymonde, Mike et les autres, sous sa plume leurs vies deviennent épiques, leurs histoires, mythiques. Il nous promène dans les rues du Faubourg avec son guide, Frigo, sorte de fantôme des Noëls passés. L’auteur rend ainsi un vibrant hommage à cet homme, considéré par beaucoup comme l’âme du Centre-Sud dans les années de sa jeunesse. Mélasse de fantaisie, enfin, est un premier roman d’une grande puissance, plein de vie et d’émotions qui vous donnent les larmes aux yeux de joie et de révolte. Et on en aurait bien pris 200 pages de plus.
Félix au café Temporel
Certaines œuvres publiées à compte d’auteur se révèlent être de petites perles. En voici une! Martin Tétu nous offre une radiographie d’une époque, d’un lieu et d’une génération. On arpente les rues du Vieux-Québec alors que Félix, étudiant en ingénierie, se fait embaucher au café Temporel, repaire des bohèmes et des artistes. L’ambiance des années 1990 y est décrite avec un amour à la fois tendre et lucide, de même que la ville de Québec, mais là où l’auteur excelle, c’est à saisir ce moment particulier de la vie étudiante, quand les personnalités de chacun se précisent et que le groupe d’ami.es, autrefois inséparable, se disloque au gré des circonstances. Bourré de fines observations, ce roman est une ode à la génération X.
Les marins ne savent pas nager
J’ai dégusté ce roman très lentement. Non pas qu’il soit complexe ou exigeant, mais je prenais le temps d’absorber tout ce que l’île d’Ys avait à m’offrir. Ce coin de pays isolé, à l’époque coloniale, a ses propres codes, ses propres façons de vivre et ses castes. C’est Danaé dite Poussin que l’on suivra pour découvrir tous les aspects de ce monde insulaire unique à travers de multiples épisodes de sa vie. De la pauvreté du peuple des Échouements aux riches habitants de la Cité, entrecoupé de chapitres instructifs, Dominique Scali crée à nouveau un monde tellement riche qu’on arrive à douter qu’il soit fictif. C’est dur et beau, sage et sale, c’est tout simplement époustouflant! Un livre qui habitera mon imaginaire pour un bon moment!
Mon testament
Ah, cette chère Antonine! Non seulement elle lègue par ce testament quelque chose de précieux à chacun de ses personnages comme s’ils étaient ses propres enfants, mais voilà qu’elle pense aussi à ses lecteurs! Par un codicille, elle ajoute à ce semblant de document quelque chose d’unique pour nous. Mais que peut-elle nous léguer de plus savoureux que ses écrits, un secret? Avant d’y arriver, elle réanime la Sagouine, Pélagie, Mariaagélas et bien d’autres pour un brin de conversation dont on souhaiterait étirer le moment! L’Acadie entière se réveille sous sa plume. Comme dirait si bien madame Perfecta : « Merci, mamozelle Tonine. »
Monuments
Avec une couverture ornée de noir et blanc, le recueil Monuments est d’une beauté hypnotisante. La poète Vanessa Bell et le photographe Kéven Tremblay nous entraînent avec eux dans une traversée vers l’est, jusqu’aux confins de Terre-Neuve. On est transporté sur un lit de mousse, lové près d’un feu crépitant, ou juché en haut d’une falaise escarpée frappée par le ressac; on est aussi du voyage, galvanisé par les flots impétueux, ému par le calme sylvestre et porté par un désir contagieux. Une douceur, une complicité se dégagent de l’ensemble, où s’entremêlent délicatement poésie et photos. Un recueil d’une tendresse infinie qui vous donnera envie de partir à l’aventure, pour suspendre l’instant et saisir le jour.
Vif oubli
David Goudreault nous propose ici, après six ans, un sublime recueil de poésie composé d’éclats de mémoire, tantôt teintés de douleur et de détresse, tantôt nuancés d’un magnifique velours d’espoir. Le choix des mots est puissant, juste et semble libérateur à certains moments. La vulnérabilité de l’auteur, étalée entre ces pages, nous amène à repenser notre conception de la violence, du deuil et de la douleur, en acceptant les nuances de beauté qui s’y glissent, parfois. Un recueil à lire et à relire surtout, pour bien capter toutes les subtilités de ces textes si humblement partagés. L’écriture de David m’épatera toujours, que ce soit de la fiction ou de la poésie, et s’il vous est encore étranger, c’est sans aucun doute un auteur à découvrir.
La scoliose des pommiers
Une poésie sur l’enfilade des jours, parsemée d’images uniques et surprenantes, comme nous le laisse déjà voir ce titre magique : « tu le sais / si la tristesse se présente / dans ma voix / c’est dû à la lagune de bourbon / sous ma peau // et si / ça m’a pris trois taxis / pour étancher l’orage / j’ai fini par trouver le bon angle / pour remplir ma chambre de lampadaires ». Entre l’hôpital, le terrain de baseball et les berges, le narrateur se bat contre la fatigue et l’ennui à coups de mots. Des mots recherchés avec soin qui claquent tel un coup de circuit ou qui nous emmitouflent comme une couverture. Ce recueil renferme de vraies pépites et révèle un poète dont on n’a certainement pas fini d’entendre parler.
Le café suspendu
Amanda Sthers nous offre un catalogue de fictions parfumées, vibrantes, sensuelles, langoureuses, fines et délicates, enracinées autour des tables de bistrot à moitié vides, des baisers envoyés, mais qui ne reviennent pas, des paresses au soleil, des amours qui accrochent, des foulards au vent, des choux à la crème parfaitement sucrés, des rencontres sur le trottoir, des averses subites, des toits dorés au lever du soleil, des jus d’orange sanguine fraîchement pressée, des carnets de croquis sur le coin du comptoir, des vagues frétillantes au mois d’août, des premiers sourires ravissants et des cœurs qui frémissent, oscillant entre les mondes de Delerm, de Sempé et de Ferrante. Un livre gourmand aux contours amoureux, à la fière âme napolitaine.
Le roi chien
Certes, les références aux grands textes japonais peuvent sembler essentielles pour bien comprendre ce roman. Oui, connaître Le Dit des Heiké pourrait aider à saisir l’univers en question. Bien sûr, un cours universitaire pourrait précéder ce récit épique, mystique, mythologique. Un joueur de biwa aveugle. Un comédien difforme caché sous un masque et rejeté par sa famille. Ils performent, tous deux, des chants où il est difficile de comprendre les enjeux. Cependant, par-delà les références que l’on ne possède pas, ce qui est intéressant, c’est la simplicité et la douceur qui animent les deux compères. La beauté et l’art qui émanent d’eux. Ils changent de nom, de vie, de vision. Comme un oignon, ils retirent des couches. Ils se révèlent, ils deviennent beaux.
Guerre
Immense événement littéraire que la publication de cet inédit de l’inénarrable Céline! Dans l’arrière-pays, l’horreur et l’absurdité intrinsèques à la guerre déchirent la cervelle en berne d’un soldat trépané. Alité dans un hôpital de campagne, il se réfugie dans la consolation pathétique de rêves lubriques, craignant tant la visite de ses parents que la découverte d’une lâcheté passée qui pourrait lui assurer un futur de fusillé. Ici, il n’y a pas de héros, sauf ceux que l’arbitraire de la providence a désignés en épinglant à la boutonnière de leur veste le clinquant d’une médaille. D’une beauté impitoyable, ce sombre joyau se dresse tel un obélisque noir à la mémoire des vies broyées sur l’autel sanglant des galonnés.
Le crépuscule du monde
Werner Herzog (Aguirre, Grizzly Man, etc.) consacre sa vie à mettre en scène des rêves impossibles. Cette fois-ci, il choisit la plume, plutôt que la caméra, pour nous relater le combat hallucinant de Hiroo Onoda tentant de remporter, dans la jungle, une guerre imaginaire. On lui a confié, au printemps 1945, une mission irrévocable : rester sur une petite île des Philippines, après la retraite de l’armée japonaise, afin de préparer une reconquête irrésistible. Toujours en mouvement, se rendant invisible, devenant partie intégrante de la forêt tropicale, Onoda sera plus souvent confronté à ses propres démons qu’à des troupes hostiles, car, pendant trente ans, malgré de multiples évidences, il nie la défaite de son pays, se construit un monde de convictions, accepte de vivre dans les contradictions. Est-il éveillé? Est-il dans un rêve, le crépuscule du monde? Lorsque sa guerre prend fin, en 1974, une tempête fait rage en lui. Une saisissante méditation sur le sens à donner à sa vie.
Le pays des autres (t. 2) : Regardez-nous danser
Les semences amoureusement mises en sol au cours du premier volet de cette trilogie fleurissent ici admirablement. L’entreprise agricole fondée par Amine possède à présent des allures d’empire et le travailleur acharné s’est laissé quelque peu adoucir par les douceurs que la bourgeoisie procure. Au tour des enfants devenus grands de faire leur place dans un monde profondément indécis entre la modernité corrompue et la tradition délétère. La fresque, ample et ambitieuse, se déploie à travers le Maroc des années 1960. Slimani y fait à nouveau la démonstration de son talent de portraitiste aux soins de miniaturiste, peignant d’infimes détails avant d’aborder avec perspective des enjeux de société; féminisme et économie se mêlant avec naturel.
Samouraï
Le bédéiste-romancier Fabcaro rapplique avec une tranche de réalité bien beige et sans histoire qu’il réussit à faire exploser jusqu’à prendre des proportions inégalées. Lorsqu’un écrivain un peu tiède se fait larguer par son amoureuse, c’est l’étincelle d’une torpeur sentimentale, mais aussi le tremplin vers un élan créatif. Un roman sur ses origines, la dictature sous Franco, l’exil vers la France, le regard oblique de l’habitant… Mais quand un couple d’amis décide de jouer les arrangeurs, quand l’eau de la piscine verdit irrémédiablement et qu’un spécialiste de Ronsard pédant apparaît au bras de l’ancien amour, rien ne va plus. Voilà un bouquin fort d’un humour pince-sans-rire absurde et qui fait décrocher un sourire d’un bout à l’autre.
Un miracle
Sœur Anne est devenue religieuse à l’adolescence. Un matin, à la maison mère de Paris, une consœur âgée lui confie avoir rêvé que la Vierge apparaîtrait à sœur Anne en Bretagne. La jeune religieuse, animée d’une piété sans borne pour Marie, demande aussitôt une affectation à Roscoff, sur la côte bretonne. Peu de temps après son arrivée, la rumeur court que, sur une île toute proche, un adolescent affirme « voir » une dame. Des habitants clament que c’est la Vierge, d’autres crient à la fumisterie… mais, pour sœur Anne, il s’agit bien de l’apparition qu’elle espérait… Avec son premier roman, Victoria Mas avait étonné. Elle surprend à nouveau par un thème insolite et fascine toujours autant par la richesse de son écriture juste et lumineuse.
Cinq filles perdues à tout jamais
Haletant, singulier, fort de ses cinq voix qui le composent, le roman de Kim Fu nous interroge sur la place que prennent nos expériences passées dans la construction de notre personnalité. Comment devient-on ce que nous sommes? À quel point nos actions et réactions modulent-elles le présent, puis l’avenir? Dans son roman, cinq filles, âgées de 9 à 11 ans, sont laissées à elles-mêmes sur une île lorsque leur animatrice de camp meurt. Chacune d’elles, confrontée à sa propre finalité, réagit à sa manière, faisant de cette aventure un moment charnière de sa vie. L’autrice crée à chacune un futur et leur consacre un chapitre qui explore les racines et les différentes ramifications que les événements de cette nuit dévastatrice ont fait prendre à leur vie.
Zizi Cabane
Difficile de résumer en peu de mots ce livre et les émotions qu’il suscite. Pourtant, il s’agit de peu de choses : une mère, Odile, meurt en laissant son mari et ses trois enfants aux prises avec un profond sentiment de manque, le tout écrit avec une prose sauvage et délicate à la fois. C’est que l’univers de Bérengère Cournut s’inscrit dans la chair, dans l’inconscient tout autant que dans les éléments. Odile n’est plus, mais s’insinue dans l’eau qui envahit la maison, partout, et tous la ressentent. Plonger dans Zizi Cabane, c’est découvrir un lyrisme géopoétique qui dépeint un quotidien riche de l’intériorité de chacun des personnages, c’est se laisser porter par cette onde qui traverse le texte et nous surprend par ses vagues.
Le grand monde de Proust
Il y a celles et ceux (pas si nombreux, avouons-le) qui ont lu en totalité À la recherche du temps perdu de Marcel Proust et s’en délectent encore, il y en a d’autres qui en ont parcouru à ce jour seulement quelques tomes et il y a la majorité qui en est encore à se dire qu’il faudrait bien s’y mettre un jour… Quelle que soit votre catégorie, ce livre de Mathilde Brézet est pour vous. Parmi les quelque 2 500 personnages qui apparaissent dans l’œuvre de Proust, l’autrice en présente une centaine, s’attardant particulièrement à montrer l’évolution de chacun au fil des divers tomes, étoffant son analyse d’extraits et de commentaires de spécialistes. Pour se replonger dans cet univers unique ou se préparer à l’aborder, voilà un incontournable.
Le vide : Mode d’emploi
L’aphorisme est une phrase qui résume en quelques mots une vérité fondamentale. Voilà le genre littéraire dans lequel s’est lancée dans son nouveau livre l’autrice Anne Archet, connue principalement pour ses textes érotiques et polémiques. Dans cet essai qui n’en est pas tout à fait un, elle liste des commentaires sur le monde d’aujourd’hui et de demain. Si le futur de l’humanité y est peu reluisant, c’est avec autodérision, humour et vivacité qu’elle arrive à adoucir ses constats. Elle a aussi un talent incomparable pour ébranler nos certitudes et capter la morosité ambiante. Avec un ton grinçant, cynique, voire provocateur, le livre de l’autrice est moins un mode d’emploi qu’un avertissement : à force de chercher un sens à tout ce qui nous entoure, un vide peut finir par se creuser. Anne Archet est effrontée, certes, mais elle est surtout d’une très grande pertinence.
On the Verge
Bien que les réseaux sociaux célèbrent la sexualité ouvertement et sans honte, il en est le contraire dans la vie de tous les jours. Les hommes craignent toujours de parler de leur sexualité à leur entourage, prenant toutes informations qu’ils peuvent sur Internet et dont le classique : la pornographie. On the Verge nous sert sur un plateau d’or des discussions sincères, sans tabous, sur la sexualité masculine. Tout y passe : BDSM, asexualité, porno, masturbation, sexualité des séniors, polyamour et dépendances. Des témoignages profonds et touchants (c’est le cas de le dire) de plusieurs hommes cis et trans qui nous ouvriront les yeux. Peut-être que certaines confessions vous parleront personnellement!
Les herbes sauvages : Récits d’un cuisinier
Cet ouvrage splendide du cuisinier japonais Hisao Nakahigashi est composé d’une présentation des variétés de plantes, d’herbes, et de tout ce que l’on peut cultiver et cuisiner dans l’archipel nippon. Il traite aussi de la voie unique que l’auteur a parcourue pour fonder son propre restaurant, où l’on y sert des plats raffinés qui varient selon les saisons. Leur description est si envoûtante qu’il est difficile de continuer à lire sans avoir l’eau à la bouche. Il nous raconte donc l’apprentissage de son savoir-faire et nous montre comment il élabore son menu dans les moindres détails. En le lisant, on découvre l’immense respect qu’il voue à la terre qui le nourrit. À la fois manuel de botanique et récit autobiographique, ce livre de cuisine nous encourage au-delà de tout à développer l’art de bien manger.
Sur les chemins de Compostelle
Que l’on caresse le doux rêve de se lancer à corps perdu sur les chemins de Compostelle, que l’on soit déjà revenu de voyage ou que l’on s’apprête à (re)partir, marcher sur ces chemins demande une organisation soigneuse. Cette expérience de lenteur, propice à la réflexion, amène à la rencontre de soi et des autres. Sur les chemins de Compostelle, en collaboration avec l’Association du Québec à Compostelle, offre un regard tout particulier sur cette expérience, entre philosophie du pèlerinage, choix des sentiers, témoignages et informations pratiques, pour vivre pleinement son expérience. On repose le livre avec une seule idée en tête : faire son sac et partir.
L’Europe hors des sentiers battus : 50 itinéraires de rêve
Si vous en avez marre de voyager dans des lieux magnifiques pollués par le surtourisme, que vous souhaitez revenir à l’essence même du voyage, retrouver l’authenticité et le charme des lieux que vous visitez et partir à la rencontre des locaux, ce magnifique livre arrive à point nommé! Il vous fera sortir des sentiers battus et découvrir des régions étonnantes, mais méconnues du grand public. On y découvre des paysages d’exception et des lieux riches d’histoire, avec cinquante itinéraires de rêve proposés à travers le Vieux Continent, en passant de l’Europe de l’Ouest à l’Europe centrale, jusqu’aux pays nordiques d’Europe.
Métro Paris 2033 (t. 3) : Cité
Enfin la conclusion de cette trilogie hommage à Métro 2033 de Dmitry Glukhovsky. Évidemment, nous avons plusieurs réponses à nos questions dans ce tome. Quand sommes-nous, depuis combien de temps est-ce comme ça, est-ce que la surface peut-être à nouveau habitable? On y retrouve les personnages touchants ou détestables qui ont fait leur bout de chemin depuis le premier tome et que nous avons appris à connaître, à aimer et à haïr. Comme toutes trilogies aux livres assez volumineux, j’ai apprivoisé cet univers anxiogène et sombre, ses habitants et ses codes. Arriver au terme de cette aventure m’endeuille littérairement parlant. La barre était haute pour Pierre Bordage et il a réussi ce défi haut la main!
Duchess
Après trente ans de détention, Vincent King s’apprête à regagner la petite ville de Californie où il a grandi et semé l’effroi, à 15 ans, en happant mortellement, alors qu’il était en état d’ébriété, la jeune sœur de sa petite amie. Cette petite amie, c’est Star, devenue depuis la mère alcoolique de Duchess, 13 ans, jeune ado qui se décrit comme une hors-la-loi, à l’image d’un de ses ancêtres, et qui, véritable maman de substitution, veille sur son jeune frère. Rebelle, pleine de fiel et habitée d’une inextinguible soif de vengeance, Duchess se déploie sous nos yeux pour devenir une formidable héroïne, à la fois fragile et déterminée, redresseuse de torts au milieu d’une galerie de personnages qui cachent bien des secrets… Une totale réussite!
Riley tente l’impossible
Il s’appelle Riley Wolfe et est le meilleur voleur au monde. Plus le défi est grand, plus il désire le relever. Celui qu’il se fixe dans ce premier roman d’une nouvelle série de Jeff Lindsay (créateur de Dexter), c’est de s’emparer de la pierre précieuse la plus chère qui soit. Prêtée par le gouvernement iranien dans une tentative de rapprochement avec les États-Unis, elle sera exposée dans un musée new-yorkais ultra sécurisé. Maître du déguisement et stratège diabolique, Riley voudra éluder tous les pièges et aura toujours une longueur d’avance sur l’agent Delgado, du FBI, qui tente de le coincer depuis longtemps. Le ton vif, l’alternance des points de vue, l’humour noir, une intrigue palpitante, tout cela captive jusqu’à la toute fin. Addictif!
Labyrinthes
Ce roman choral donne la parole à cinq femmes permettant à Camille Nijinsky, enquêtrice, d’élucider le meurtre d’une inconnue trouvée dans un chalet. Une jeune suspecte totalement amnésique et couverte de sang se tient à ses côtés : entrée du labyrinthe. Plus psychologique que Le manuscrit inachevé et Il était deux fois, Labyrinthes, dernier de la série, se lit indépendamment des deux autres. L’auteur nous place dans les méandres complexes du cerveau où la mémoire, alliée ou ennemie, entre en jeu. Kidnapping, séquestration, violences dans le monde des arts, électrohypersensibilité, psychiatrie, parties d’échecs parsèment le thriller. Thilliez nous entraîne avec Ariane et le Minotaure dans un suspense parfaitement orchestré. Âmes sensibles s’abstenir.
The Expanse (t. 9) : La chute du Léviathan
Près d’une décennie s’est écoulée depuis le début de l’aventure The Expanse. Nous avons pu vibrer au rythme du feuilleton interstellaire en étant portés par des intrigues politiques aux ramifications innombrables, puis prenant simplement un café de synthèse en compagnie de l’équipage iconoclaste du Rocinante. En vivant aux côtés de ces héros à la boussole morale calibrée avec soin, nous avons appris à nous questionner sur la métaphysique qui pousse l’humanité vers les étoiles, sur les différentes natures du pouvoir (et ses limites) ainsi que sur une foule d’expériences de société qu’il nous faudra collectivement choisir de défausser ou de tenter. Voici un grand cycle qui se clôt de façon magistrale et qui aura marqué une génération entière de lecteurs et lectrices!
Neige des lunes brisées
Ce livre m’a pris par surprise : c’est en plein le type de roman que j’aime. Nous sommes dans un village, au nord de l’Ontario, et peu à peu, tout ce qui rattache ce peuple anishinaabe à la technologie lâche : la télé, la radio, le téléphone et enfin le courant. Tout porte à croire que ça ne reviendra pas. Le froid arrive, les provisions baissent, comment se préparer à l’hiver qui s’en vient? Peu importe l’endroit où ça arrive, ce type de scénario m’enthousiasme et m’effraie à la fois. C’est sous les couleurs des coutumes ancestrales et de cette nordicité qui nous semble si lointaine que nous découvrons ce village qui aura à surmonter de multiples épreuves. Un roman que j’ai dévoré tout d’un coup et je vous invite à faire de même!
Aristote et Dante plongent dans les eaux du monde
Jamais une suite aussi inattendue, mais tellement espérée, ne m’avait touché jusqu’aux larmes. Dans une Amérique des années 1980 confrontée au sida, Aristote et Dante, deux adolescents d’origine mexicaine s’étaient avoué leur amour au terme d’un premier tome déjà solidement empreint de poésie et de bienveillance, mais qui laissait plusieurs questions et attentes en suspens. Cinq ans plus tard, Benjamin Alire Sáenz poursuit le récit de cet amour, de ses passions, ses questionnements, sa perception et sa réception auprès de la famille, les amis et la communauté. L’intelligence des répliques, l’humour pince-sans-rire d’Aristote, la flamboyance de Dante, la bienveillance avérée de leurs parents et leurs amis contribuent à faire de ce roman un extraordinaire plaidoyer sur l’amour au-delà des obstacles et des préjugés. Dès 13 ans.
On écoutait MusiquePlus
Vous vous souvenez de Claude Rajotte et son Cimetière des CD? De Sophie Bonin-Jutras? On écoutait MusiquePlus s’adresse à cette génération et rappelle le bon vieux temps où on se garrochait sur notre VHS pour ne pas manquer le nouveau clip des Backstreet Boys. C’est une plongée dans les amours de jeunesse, quand on demandait à nos amis de proposer à notre kick de sortir avec nous, quand il importait de savoir qui avait frenché ou pas. Les premières brosses. Les clubs vidéo où tout le monde allait pour louer Roméo et Juliette avec Leo. Ce livre est sans contredit celui qui m’a le plus fait revivre mes années de secondaire. Je l’ai lu en souriant tout au long. Une immersion dans les meilleures (ou pires!) années de notre vie! Dès 16 ans.
Charabia sort de l’ombre
Cet album jeunesse montre les différences de manière amusante et chaleureuse. On y trouve : handicap, représentations raciales, acceptation de soi, jalousie et sentiment d’importance. Ayant deux sphinx à la maison, l’histoire de Charabia me rappelait drôlement la grosse patate au visage fâché qui se promène dans l’ombre de chez moi et la petite patate heureuse qui aime la compagnie. Deux tempéraments différents, mais tout aussi gracieux l’un et l’autre. Découvrez l’histoire de Charabia! Un aimable chat dépourvu de poils, mais pas de charme! Dès 3 ans.
Jaune tournesol
À un certain âge, les couleurs des gens disparaissent. Sauf Soline! Ses parents s’inquiètent parce qu’elle garde sa teinte tournesol. Pas de panique! Le médecin est là pour remédier à la situation. Nous embarquons, avec Soline et son chat, dans un périple où mer tumultueuse, forêt inconnue et nuit noire se succèdent. Une voix essayera d’écraser la bonne humeur de Soline. Y succombera-t-elle? Cet album jeunesse offre une joie de vivre contagieuse. Les dessins aux traits fins nous attendrissent. Jaune tournesol nous apprend que vieillir n’est pas synonyme de désenchantement. Malgré les épreuves, nous pouvons garder nos couleurs. Une superbe histoire de persévérance et de positivité. Voir la vie en jaune, c’est possible! Dès 5 ans.
Le monde des Premiers (t. 1)
Victoire, Guilhem et Dimitri sont des Terciers dans un monde gouverné par les Premiers, six grandes familles à la puissante magie et au pouvoir singulier. À la une des journaux : un meurtre à l’Académie! Nos trois compagnons doivent se diriger vers leur avenir. Dompter des griffons, s’occuper de jardins, servir une Première… Qu’est-ce qui pourrait mal tourner? Décidément, ce premier roman de Lucie Thomasson est solide comme la fierté d’un griffon! Sous une plume assurée, politiques et intrigues tissent, avec la voix de chaque personnage principal, une toile d’envergure magistrale. À quand la suite? Début d’une série prometteuse, ce livre saura ravir les lectrices et lecteurs des Fiancés de l’hiver de Christelle Dabos. Dès 14 ans.
Les illuminés (t. 1) : L’œil qui voit tout
Imaginons que les Illuminati soient tout autour de nous et contrôlent notre existence… C’est la trame de ce roman enlevant, à l’écriture très rythmée, qui se déroule pourtant dans un cadre tout à fait ordinaire que tous les jeunes reconnaîtront comme leur. Les personnages, attachants et aux personnalités bien campées, ne manquent ni d’imagination ni de créativité et mènent l’aventure tambour battant avec un peu de technologie et beaucoup d’intelligence… parfois maladroite. Si Guillaume Demers, que l’on connaît aussi comme bédéiste, se révèle prolifique, nous n’aurons plus besoin d’Enid Blyton! J’ai hâte au tome 2… avec des extraterrestres? Dès 10 ans.
L’épopée de la forêt en cent épisodes
J’ai adoré l’approche audacieuse de cet ouvrage scientifique pour les jeunes qui tient du conte médiéval et de l’univers fantastique. L’histoire d’une forêt, de sa faune et de sa flore nous y est contée par le menu, avec des faits rigoureusement exacts et détaillés, mais sous forme d’une aventure extraordinaire qui nous tient tout au long en haleine et peut se lire à voix haute. Chaque épisode, intelligemment découpé, finit sur un suspense, et les illustrations (moins scientifiques) nous plongent dans une atmosphère magique. Ce sera un régal pour la famille au grand complet, bien en deçà et au-delà de la fourchette d’âge indiquée, promis! Dès 6 ans.
Seuls
En ces temps où les grands de ce monde se chicanent à propos de dizaines de milliers d’immigrants autour d’enjeux économiques, voici un récit qui éveille en douceur les plus jeunes à la dure réalité des mineurs déracinés, sans leurs parents. Les dessins plus évocateurs que réalistes, qui utilisent la puissance d’un minimum de couleurs, ont une force incroyable pour raconter trois vies (vraies) qui, à elles seules, résument tout le courage et la résilience qu’il faut pour passer, à travers sacrifices, espoirs et déchirements, de l’horreur à une vie meilleure. Un ouvrage que je considère comme essentiel pour parler à nos jeunes d’(in)humanité. Dès 10 ans.
Une si belle couleur (t. 1)
La vie d’Aya est un vrai cauchemar : après avoir été accusée d’avoir eu une relation avec son professeur d’art, son monde a basculé. Elle s’est retrouvée sans amis, sa réputation tachée, et sa dignité piétinée. Tout change lorsqu’un nouvel élève métis, Aimu, fait son apparition. Avec son charisme, il attire toute l’attention, mais porte la sienne vers Aya. Pour celle qui voulait se fondre dans la classe, c’est peine perdue! Notre chère Aimu l’a déjà dans sa ligne de mire. Il y a là une romance douce et réconfortante et des instants de bonheur à chaque chapitre. L’évolution des personnages se fait un peu vite puisque la série est complète en seulement deux tomes, mais ça reste cohérent et fluide.
La bibliomule de Cordoue
Espagne, 976. Cordoue vit une période culturelle faste sous l’égide des califes Abd al-Rahman III et son fils al-Hakam II. Mais à la mort de ce dernier, le vizir décide de prendre le pouvoir avec l’appui des fondamentalistes religieux, quitte à promettre de brûler 400 000 livres jugés impies de l’extraordinaire bibliothèque de la cité andalouse. Un eunuque, une copiste et un voleur tenteront alors de sauver les ouvrages les plus précieux sur le dos d’une mule bien capricieuse. Quelque part entre Le nom de la rose et La grande vadrouille, cette fable satyrique invite à rire, mais aussi à réfléchir sur le pouvoir et la défense du savoir face aux obscurantismes idéologiques, peu importe l’époque ou la civilisation. Ajoutez un dessin semi-réaliste épatant, des couleurs chatoyantes, un découpage dynamique et vous obtenez une BD aussi précieuse à conserver sur vos étagères que le Traité de médecine d’al-Razi.
Comment maigrir
Comment maigrir? Grande question existentielle que l’on se pose parfois en voyant notre graisse corporelle confrontée à la gravité. Est-ce qu’un bédéiste comme Sfar peut remplacer un régime Montignac? J’en doute fort, mais votre rire grossira certainement à le voir s’acharner sur les diètes! Son manque de volonté fait un pied de nez à la servitude et au culte maladif du corps sain. On aime Sfar pour ses carnets intimistes et pathétiques, on aime son éternelle vulnérabilité, et que dire de la richesse de son monde intérieur, infini lui aussi. Ce journal dessiné écrit durant la pandémie est touchant par ses questionnements : sur la vie et la mort, mais aussi sur les violences faites aux femmes, sur la religion et la parentalité.
Le poids des héros
Après sa brillante adaptation du Joueur d’échecs de Stefan Zweig, David Sala nous régale avec ce récit (auto)biographique qui nous plonge dans l’histoire de ses grands-pères, survivants de guerre, dont l’envergure a pesé sur l’existence du bédéiste dès sa jeunesse dans les années 1970. L’exubérance graphique de cette époque, alliée à l’imagination de l’enfance, offre un recul saisissant face aux événements tragiques auxquels ses aïeux ont été confrontés, et qui le marqueront tout au long de sa carrière. Le dessin époustouflant à la plume, l’aquarelle et l’acrylique, à la confluence des peintres de la Sécession viennoise et des naïfs russes insufflent à ce récit personnel une universalité foudroyante.
A Tail’s Tale (t. 2)
Nachi, membre du club de softball, se sent différente des autres à cause de sa couleur de peau. Certains lui font le commentaire, d’autres chuchotent dans son dos. Lorsqu’elle rencontre Utsumi, elle se rend compte que sa condition est moins terrible qu’elle l’imaginait! Elle découvre malgré elle le secret de ce garçon, tout comme d’autres, mais dont les intentions sont malveillantes. Utsumi est forcé malgré lui de déménager sans en avertir Nachi. Cet événement referme son cœur et elle n’espère qu’une chose : retrouver Utsumi. Une évolution des personnages intéressante, une série attrayante qui explique l’acceptation de soi et où les lecteurs peuvent s’identifier facilement aux personnages. Ça vaut le détour!
Enquête en eau trouble
Kate Reed Petty est cette autrice qui nous a offert l’année dernière le roman True Story. Encore une fois, elle aborde le thème des fake news et l’importance de la provenance des informations que l’on reçoit. Ses propos, solides, s’insèrent parfaitement dans ce roman graphique destiné aux ados, qui nous éveille aux enjeux actuels et montre la difficulté de démêler le vrai du faux, même à l’école où les rumeurs sont faciles à répandre. À 13 ans, Ruth tient une « niouzletter » dans laquelle elle publie les nouvelles qui ont retenu son attention. Un jour, elle découvre une substance noire dans l’eau du lac. En soumettant à l’analyse un échantillon, elle découvre que l’eau contient des polluants. Mais qui est responsable? Ruth fera son enquête. Dès 11 ans.
La mer verticale
Une bande dessinée qui vous fera retenir votre souffle! Cette histoire est si bien racontée que l’on s’immerge dans les crises de panique d’India comme si on les vivait en même temps qu’elle. Nous suivons le personnage principal au cours de sa vie, dans les moments agréables, mais également dans les plus difficiles. On apprend comment elle gère ses crises, de quelle manière elle apprend à vivre avec son trouble panique et la difficulté à laquelle son partenaire fait face pour aider India dans son cheminement de guérison. Une grande sensibilité nous y attend, avec de l’amour et de la peur. Nous nous submergeons dans cette angoisse verticale aux couleurs froides comme la mer.
Parfois les lacs brûlent
Lorsque le lac Kijikone prend feu, quatre ados cèdent à la tentation de vérifier si la légende dit vrai : les choses qu’on y lance se transformeraient en or. Ils partent donc en expédition, à l’insu de tous, en quête de rêves et de richesse. La route s’avérant plus ardue que prévu, deux d’entre eux retournent à la maison. Len et Théo la poursuivent seuls. Alors qu’ils sont impressionnés et excités lorsqu’ils parviennent au lac, une certaine tension naît entre eux et un drame se joue. À travers les illustrations en teintes ombragées et les silences évocateurs de pages magnifiques, Geneviève Bigué parvient à glisser un texte et des personnages tout en nuances, plein de non-dits qui enrichissent l’histoire et le rythme du récit. C’est superbe, vraiment.
Genre queer
En tant que non-binaire, Genre queer m’a affecté plus que je ne le pensais. Que ce soit l’envie d’avoir un prénom mixte, vouloir une mastectomie, arrêter d’avoir mes règles, magasiner dans la section femmes et hommes, et bien plus… je me suis senti compris par l’auteur.e. Beaucoup de choses semblent si logiques et évidentes, c’est comme si Maia racontait ma vie en même temps que la sienne. Dès la sixième page, je savais que ce chef-d’œuvre allait me faire sentir bien dans ma peau et que mes doutes allaient s’envoler. Fille ou garçon? Aucun des deux et je suis parfait.e comme ça! Que vous soyez en plein cheminement personnel ou à la recherche d’informations pour aider une personne de votre entourage, c’est une lecture à ne pas manquer!
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