L’attrape-cœurs
J. D. Salinger (Robert Laffont)
Holden Caulfield, adolescent rebelle, dérange. Il contredit les codes de la morale ordinaire, repense le monde qui l’entoure. Au-delà de ses airs moqueurs et cyniques, Holden est angoissé. Il est habité par une urgence de vivre, mais les conventions l’étouffent. Dans un style fort propre à l’oralité, marqué par le caractère ordinaire d’un langage vrai, cet antihéros raconte les destins cruels de la banalité avec une force impitoyable. Entre cynisme et émerveillement, J. D. Salinger offre un regard profond sur les aléas de l’existence humaine.
L’étranger
Albert Camus (Folio)
Voilà peut-être un choix cliché. Mais, il est difficile pour moi de passer à côté de cette œuvre marquante de mon adolescence. La première qui m’a autorisée à vivre un profond doute existentiel face à l’absurdité du monde. Le personnage de Meursault autorise les colères face aux mécanismes ordinaires de soi et des autres. La description des grands étourdissements à la plage est de l’ordre du remarquable. La philosophie de Camus me suit depuis cette lecture. Elle définit entièrement ce que j’aspire à être.
Chanson douce
Leïla Slimani (Folio)
« Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes. » Chanson douce est un conte enlevant, malgré la description de l’ordinaire qui raconte une certaine domesticité aigre, une servitude aliénante. Histoire à la fois banale et tragique. Captivante. Il y a une économie des mots, une force de frappe persuasive qui nous dit magistralement la monstruosité. Bref, on reçoit tout. On devient complices d’une folie. On décortique un fait divers qui décrit finement la complexité humaine. Leïla Slimani a une plume tranchante comme une lame de rasoir.
Photo : © Martine Doyon