Vous avez rencontré plusieurs professeurs et étudiants de l’École nationale de l’humour lors de la création de cette bande dessinée. De quelle façon avez-vous collaboré avec eux et pourquoi était-ce essentiel, pour vous, d’aller à leur rencontre pour votre projet?
Bien que j’eusse en tête une fiction en projetant Mort de rire, il m’apparaissait clair que cette bande dessinée devrait comporter un aspect documentaire. L’École nationale de l’humour a eu la gentillesse d’encourager ma démarche et de m’accueillir comme observateur. J’ai donc observé. Tout en me mêlant aux cohortes d’étudiants, je me suis efforcé de rester aussi discret que possible. Les professeurs et les étudiants ne devaient surtout rien changer de leur routine en raison de ma présence. Mon immersion s’est poursuivie pendant sept mois. La mission de l’École va bien au-delà de la formation académique (qui est déjà assez garnie, merci). Je ne peux pas affirmer que j’ai scruté sous tous les angles et que rien ne m’a échappé, loin de là. Mort de rire reste le fruit du point de vue subjectif d’un auteur qui a connu l’École nationale de l’humour de l’intérieur.
Plusieurs romans jeunesse vous séparent de votre précédente bande dessinée. Qu’est-ce qui a justifié que ce projet entourant la relève humoristique au Québec voie le jour sous la forme d’une bande dessinée et non d’un roman?
Je n’ai jamais cessé de faire des bandes dessinées. Simplement, les projets auxquels je me suis consacré entre-temps n’ont pas abouti. Il arrive que la question de la forme que prendra un projet se pose. Mais pas dans le cas de Mort de rire. Le projet d’une bande dessinée s’est imposé et je n’ai eu qu’à suivre l’envie de me faire plaisir. Ce qui reste la meilleure façon d’entreprendre un projet, à mon avis.
J’ai été enchanté que La Pastèque ait eu un coup de cœur pour mon projet. Notre collaboration a été facile et fructueuse. À partir d’un manuscrit très éparpillé et parfois confus, avec La Pastèque, nous avons élagué, réécrit et rebrassé jusqu’à obtenir un récit aussi solide que possible.

Quel a été le plus grand défi, dans Mort de rire, en ce qui a trait à tout l’humour qu’on y retrouve? Les blagues qu’on y lit sont-elles de votre cru ou proviennent-elles de sketchs réels auxquels vous avez assisté? Écrire sur l’humour met-il une pression sur le créateur afin que lui-même soit drôle?
Les monologues d’Yvonne et de Reda sont de mon cru. Je n’oserais me comparer à aucun humoriste en herbe que j’ai fréquenté à l’École (ils et elles sont des athlètes de l’humour et je les salue). Seulement, il fallait bien que je me commette. Mais comme une bande dessinée ne rend pas le timbre de la voix ni la musique du discours comique, j’ai surtout misé sur le comique de situation. Mort de rire se lit comme une suite de courts sketchs mis bout à bout et qui finit par former une histoire. Cela dit, certains sketchs ne prêtent pas à rire, d’ailleurs, et donnent dans le mélodrame. J’estime que l’humour n’est jamais aussi efficace que quand il va main dans la main avec la tragédie.
Vos personnages principaux, Reda et Yvonne, sont chacun à un moment distinct de leur parcours en humour : le premier débute et cache à son père son choix de carrière; la seconde, hypocondriaque, commence à faire sa place dans le milieu. Parlez-nous de ce qui vous a poussé à échafauder leur personnalité comme vous l’avez fait. En quoi sont-ils des représentants des humoristes actuels au Québec?
Assez vite, l’inspiration pour les deux personnages principaux m’est venue. Yvonne et Reda sont des amalgames des étudiants que j’ai fréquentés à l’École nationale de l’humour. Ils et elles sont, pour la plupart, dans la vingtaine. J’ai été touché de voir avec quelle ferveur et quel enthousiasme les étudiants se vouent à la recherche de leur voix. Et aussi, je tenais à en rendre compte.
Je ne me souviens plus exactement du moment où j’ai imaginé que Reda irait à l’École dans le dos de son père. Je ne me souviens plus non plus comment m’est venue l’idée de faire d’Yvonne une hypocondriaque obsédée. Seulement, les opportunités de situations comiques m’ont semblé trop belles. Après, ça n’a été qu’une question de dessiner tout ça. Une partie de plaisir, quoi.
Photo : © Dominique Perron













