L’illustrateur et bédéiste Guillaume Perreault a signé avec brio les images vibrantes de plusieurs livres jeunesse et a créé la série à succès Le facteur de l’espace (La Pastèque), dont le quatrième tome, Panique à la poste!, paraît cet automne. Encore une fois, son univers coloré et son humour sont au rendez-vous dans la nouvelle aventure rocambolesque de Bob, ce héros singulier. Rien ne va plus au bureau de poste planétaire, où règne le chaos. Avec l’aide de Marcelle, le légendaire facteur tente de régler la situation, mais le problème semble insaisissable…
Illustration tirée du livre Le facteur de l’espace (t. 3) (La Pastèque) : © Guillaume Perreault

D’où est née cette idée originale d’un facteur dans l’espace?
C’est plutôt anecdotique en fait. Après être allé à la projection d’Interstellar de Nolan au cinéma, je suis revenu chez moi et je me suis mis à esquisser des astronautes dans mon calepin de dessins. Je tentais de dessiner des combinaisons spatiales très minimalistes et rapides, puis à un certain moment j’ai rajouté un sac sur un des personnages et une casquette (je crois qu’il était tard et je faisais n’importe quoi, ha! Ha!). Sur le coup, je trouvais qu’il ressemblait à un genre de livreur ou plutôt à un facteur. Je l’ai laissé mijoter dans mon calepin et j’y revenais souvent en réfléchissant à ce qu’un facteur dans l’espace pourrait bien accomplir. Puis, un jour, j’ai ouvert un fichier Word et je me suis mis tout bonnement à y écrire ce qui me passait par la tête et vous connaissez le reste!

Qu’est-ce qui vous fascine dans l’espace?
J’ai toujours eu une fascination pour la science-fiction, le fantastique… tout ce qui touche les mondes alternatifs en fait. Pour moi l’espace, puisqu’on le connaît peu en fait, devient un espace de création qui se porte parfaitement à la fiction, à l’imaginaire et aux suppositions. C’est à la fois beau, mais terrifiant. L’inconnu, les limites du connu, les grandes questions sur l’humanité, la création de l’univers, notre place dans ce monde, etc. Les sujets sont vastes, mais je crois que le plus intéressant est l’utilisation de ces grands thèmes pour tourner la question vers soi et se questionner sur son humanité. Bon, parallèlement, c’est aussi très intéressant de dessiner et d’imaginer toutes sortes de planètes étranges, d’extraterrestres sympathiques ou non, et de vaisseaux farfelus!

Pourquoi avez-vous illustré Bob sans mains ni pieds?
C’est justement en créant des croquis rapides, comme j’ai mentionné, que Bob est né. J’essayais de créer des habits spatiaux de plus en plus simples, presque à la manière d’une icône. À un certain point, les mains et les pieds de la combinaison ont disparu, un peu de la même façon que les personnages de signalétique de traverses de rue et de salle de bain, tiens! Je suis amplement capable de dessiner des mains, c’était un choix artistique finalement!

Illustration tirée du livre La soupe aux allumettes (Fonfon) : © Guillaume Perreault

Bob est plutôt un solitaire routinier, mais, avec toutes les péripéties qui lui arrivent, il doit constamment sortir de sa zone de confort. En quoi ce contraste vous inspirait-il?
Je crois que c’est avec ce genre de contradiction que nous pouvons vraiment explorer ce qui nous rend humains. Un héros qui souhaite aller à l’aventure et qui s’y rend, c’est un peu ennuyeux, je trouve. À l’inverse, Bob, qui est souvent grincheux et hésitant à sortir de sa zone de confort, est beaucoup plus intéressant lors de l’écriture parce que non seulement il enrichit l’exploration des thèmes, mais il ouvre aussi la porte à de nombreuses situations embarrassantes ou loufoques par sa réticence à l’inconnu. Je crois aussi que beaucoup de gens (petits et grands) peuvent facilement s’identifier à Bob à cause de ses petits défis du quotidien, de ses craintes et de ses peurs qui le rendent très humain. À l’inverse, c’est plutôt difficile de s’identifier à Rambo ou à Superman.

Illustration tirée du livre Pet et Répète : La véritable histoire (Fonfon) : © Guillaume Perreault

Qu’aimez-vous particulièrement dans le fait d’écrire et de dessiner pour les jeunes?
Je crois que tous les auteurs et illustrateurs jeunesse vous répondront que ça nous permet de replonger dans notre propre jeunesse. Ça me permet de créer un univers dans lequel j’aurais voulu habiter étant jeune. Mais outre cela, je crois que ça me permet d’aborder des thèmes et des questionnements plutôt sérieux avec une touche de candeur et de simplicité. Je pense aussi que je juge la vie actuelle comme étant frénétique et complexe, et c’est probablement une façon de me retrouver en terrain connu. Non pour dire que dessiner pour les enfants est plus simple, mais plutôt que c’est une façon de passer nos messages avec un peu plus de légèreté. J’avoue aussi que c’est souvent plus agréable d’illustrer un soleil avec des lunettes fumées qui fait de la planche à roulettes plutôt que de concevoir une illustration éditoriale à propos de la période des impôts. C’est plus léger, disons!

De quelle façon déterminez-vous l’univers graphique d’un album?
C’est un mélange d’envie du moment et de logique pour moi. Souvent, je lis le texte d’un auteur et je me dis : « Ah, mais évidemment que ce texte a besoin de ce style X précis, c’est écrit dans le ciel. » Par exemple, dans Pet et Répète, le texte était composé à la façon d’un conte d’antan, ça allait donc de soi que je tente une approche similaire à un livre classique de conte. À d’autres moments, c’est plus flou et je saute donc sur l’occasion pour explorer un style qui me parle. Ça peut venir d’un mouvement artistique que je consulte fréquemment à cette période, d’une palette de couleurs qui m’obsède ou même d’un détail dans mon quotidien qui m’évoque une esthétique précise. Mais en règle générale, je dois avouer que j’ai souvent un « flash » précis qui me vient instinctivement au moment de la lecture du texte d’un auteur ou quand je me mets à réfléchir à un nouveau projet. C’est comme si le contenant arrivait avant le contenu.

Illustration tirée du livre Le facteur de l’espace (t. 3) (La Pastèque) : © Guillaume Perreault

Vous travaillez parfois seul, comme c’est le cas pour la série Le facteur de l’espace ou pour l’album Cumulus (Les 400 coups), mais parfois en duo, par exemple avec Eveline Payette pour Mammouth rock (La courte échelle), avec Patrice Michaud pour La soupe aux allumettes (Fonfon), avec Katia Canciani pour Pet et Répète : La véritable histoire (Fonfon) ou avec Larry Tremblay pour Même pas vrai (La Bagnole). Comment composez-vous avec la création collaborative?
J’adore la collaboration! Ça me permet d’explorer des thèmes et des univers auxquels je n’avais pas songé. Je suis aussi très ouvert à l’échange tant avec l’auteur qu’avec la maison d’édition, et j’aime proposer et mettre au défi mes collègues lors de notre création. Comme proposer une approche graphique totalement différente de celle lancée par l’auteur, ou suggérer des ajustements au texte en fonction du rôle de l’image ou encore interroger l’auteur sur ses personnages et son univers afin d’en faire ressortir des aspects cachés. Évidemment, je suis aussi très ouvert à l’ajustement et à la critique! Je crois fermement qu’une collaboration en proximité est nécessaire afin de créer le meilleur livre possible.

Est-ce un défi d’illustrer les mots des autres?
Pour ma part, non. Comme je l’ai mentionné, je suis très intéressé et ouvert à discuter avec les créateurs et, en piochant dans ces discussions, on trouve facilement le sens du texte et des mots à illustrer. Évidemment, c’est toujours plus simple d’illustrer ses propres idées, mais avec un minimum d’ouverture, c’est assez simple de se mettre dans la tête d’autrui.

Y a-t-il un projet de livre que vous rêvez secrètement d’accomplir?
Oooh, bonne question! L’idée d’un cherche et trouve me trotte dans la tête depuis un petit moment, mais je n’ai pas trouvé le temps encore de m’y pencher. J’aimerais aussi explorer le tout-carton… mais je n’ai pas de thème précis pour le moment. Je dois avouer aussi que l’idée d’explorer une bande dessinée pour un public autre que celui jeunesse me parle beaucoup, mais m’intimide à la fois! On dirait que j’ai des années de réflexes et d’outils à ma disposition pour la création d’univers jeunesse et que je me sentirais peut-être dérouté à explorer un milieu plus « adulte ». En même temps, peut-être que la bonne voie est celle de l’inconfort, il semble que c’est par là qu’on grandit si on se fie à mon cher Bob, non?

Illustration tirée du livre Le facteur de l’espace (t. 4) (La Pastèque) : © Guillaume Perreault

Illustration : © Guillaume Perreault

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