Début décembre, c’est la frénésie des calendriers de l’avent. De nombreuses compagnies tentent de vendre une expérience unique sous forme de vingt-quatre surprises et je dois avouer que cette tradition me laisse de glace. Du moins, quand ça n’a pas de lien avec les livres. En effet, un de mes souvenirs les plus forts avec mes filles, c’est un calendrier littéraire constitué de vingt-quatre petits livres de pingouins qu’on peut lire et suspendre au sapin. Encore aujourd’hui, alors qu’elles entrent dans l’adolescence, nous l’utilisons. Cette année toutefois, j’avais un autre type de calendrier à leur faire découvrir.

En Europe, la maison d’édition Auzou a allié littérature et calendrier avec un concept total  : leurs romans de Noël proposent une histoire séparée en vingt-quatre parties dont chacune est scellée par deux pages attachées. Chaque jour, il faut donc décacheter une nouvelle partie pour connaître la suite. Après avoir publié plusieurs romans de ce type pour les plus jeunes, Auzou vise cette année les plus âgés avec Un cœur pour Noël, une romance qui nous fait voyager dans les Alpes françaises aux côtés d’une héroïne dont le cœur est fragile.

Son séjour à la montagne est d’ailleurs pour elle une façon de pouvoir vivre trois semaines hors de la surveillance constante de sa mère. C’est la première fois qu’elle revient chez son père depuis sa transplantation et ce séjour est à la fois prometteur et effrayant. Bien sûr, Avril sait qu’elle doit faire attention et elle a déjà prévu de calmer les ambitions de son paternel pour les randonnées et les plats bien fromagés, mais elle ne peut pas se protéger de tout. Par exemple, elle n’aurait jamais pu savoir qu’Augustin, le grand frère de sa meilleure amie, ferait tant augmenter son rythme cardiaque. Son cœur est-il assez solide pour vivre une histoire d’amour?

Utilisant plusieurs codes habituels des comédies romantiques en plus de saupoudrer son récit de magie de Noël, Sophie Jomain a en plus su tirer pleinement parti du format. Découpé en vingt-quatre jours qui suivent le rythme du calendrier, soit du 1er au 24 décembre, son récit regorge de rebondissements, notamment en fin de chapitre, ce qui est parfait pour attiser l’intérêt des lecteurs.

Un livre n’a toutefois pas besoin de bénéficier d’un format spécial pour venir titiller la curiosité. En effet, la courte échelle a aussi fait paraître cet automne un roman de Noël à destination des jeunes adultes et, s’il n’est pas divisé et cacheté, il n’en est pas moins captivant, entre autres grâce au rythme instillé par la chasse au trésor qui est au cœur de Noël à contretemps.

Anaïs n’a qu’une façon de convaincre son père de revenir de tournée le soir de Noël : dégoter des billets pour le spectacle que leur groupe préféré, Plush Romance, donne à Québec. Sauf que, puisqu’elle a raté la vente initiale et s’est fait arnaquer sur un site de revente, sa seule solution pour atteindre son objectif est maintenant de remporter la chasse au trésor organisée par le groupe… en moins de 48 heures. Heureusement que son amie Madeline est là et que la magie de Noël est de la partie!

Après La collision des étoiles, qui avait déjà un petit air de « comédie romantique de Noël de Netflix », Joanie Boutin poursuit sur sa lancée avec ce roman qui s’ancre dans le Vieux-Québec après un détour par Montréal et allie les festivités des fêtes avec une solide intrigue psychologique. En effet, on assiste ici à la transformation d’une jeune femme qui a grandi sous la coupe et s’est définie autour de son père, tant dans ses goûts que dans son style. Le temps de cette chasse au trésor, et grâce à l’aide de sa meilleure amie Madeline ainsi que du regard extérieur de Luka, rencontré lors d’une recherche d’indices, Anaïs se donnera le droit de découvrir qui elle est, elle, vraiment, et ce, juste à temps pour le coup de minuit.

Cette émancipation fait d’ailleurs écho à celle de Mélodie, personnage principal du premier livre à destination des jeunes adultes de la prolifique autrice jeunesse Audrée Archambault, 24 jours pour survivre au réveillon.

Si Joanie Boutin a ancré son récit dans des lieux connus et qu’il est possible de visiter, Audrée Archambault a quant à elle situé son intrigue dans un village imaginaire, Saint-Avoine-de-la-Bourrasque. Elle s’est toutefois assurée de donner une couleur québécoise à ses paysages, à ses références culturelles et au langage de ses personnages… et de conférer une touche de Noël magique à l’ensemble.

En vérité, le mois de décembre, c’est la hantise de Mélodie et la source principale de son eczéma galopant. Il faut dire que sa mère devient folle dès le 1er, la harcelant de messages du soir au matin pour organiser le réveillon. Mais cette année est différente. Parce que Mélodie part en « voyage d’affaires », en stage à Saint-Avoine-de-la-Bourrasque, petite municipalité du bout du Québec, question de finir ses heures d’archiviste et d’obtenir son diplôme. Le plan, c’est donc de commencer par le doux.

Mais ça, c’était avant que le stage soit annulé alors qu’il est trop tard, que l’avion soit brisé et ne puisse plus repartir, qu’une lutine se mette en tête d’ajouter des couleurs dans la vie de Mélodie et que cette dernière se retrouve à promettre à sa mère d’organiser dans son nouveau condo du Vieux-Montréal (qu’elle ne possède pas) un réveillon fabuleux avec sa machine à café (qu’elle n’a pas plus) et son chat aveugle tout juste adopté de la SPCA (ou pas). Vingt-quatre jours ne seront peut-être pas suffisants pour survivre à tout ça, non?

Parlant d’anxiété, mais aussi d’acceptation et d’affirmation de soi, Audrée Archambault signe un récit qui fait des clins d’œil à de nombreux films de la marque « Hallmark », typiques des fêtes, tout en réussissant à se distinguer par sa sensibilité et ses nuances. Une lecture parfaite pour ce temps de l’année, qui, si elle n’est pas découpée officiellement en vingt-quatre parties, peut être divisée pour faire durer le plaisir. De la magie un peu chaque jour jusqu’à Noël!

Photo : © Philippe Piraux

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