Tout comme nous, les adolescents évoluent dans un monde de plus en plus fracturé, où les divergences d’opinions et les différences suscitent parfois plus de tensions et d’affrontements que de réels dialogues. Dès lors, comment cultiver leur empathie et leur parler de l’autre en leur permettant de concevoir des réalités éloignées de la leur si ce n’est par l’art et la littérature?

« Inspirer à mieux vivre ensemble » est un des objectifs de Mains tendues, premier recueil à paraître chez Bayard Canada sous la double houlette de Céline Comtois, directrice éditoriale de la maison d’édition, et Nicholas Dawson, artiste émérite qui s’adresse ici pour la première fois à un jeune public. Au fil des pages de cet album pensé pour les grands, onze auteurs et autrices prennent la parole pour livrer un récit de vie, un témoignage, une opinion sur l’importance de l’inclusion et de la solidarité pour traverser une période de l’existence ponctuée de montagnes russes et évoluer dans notre monde. Se côtoient ainsi la plume généreuse de Simon Boulerice, la façon si habile de faire comprendre l’émotion de Laura Doyle Péan, la langue ciselée, percutante de Fanie Demeule et la ferme douceur de Gabrielle Lisa Collard, à côté de textes plus inattendus, rédigés par des personnalités plus éloignées du milieu littéraire telles que Xavier Watso, militant autochtone, et Luca « Lazylegz » Patuelli, b-boy talentueux qui parle de son parcours atypique.

Chaque texte est une capsule en elle-même, permettant à ses lecteurs de s’immerger dans un univers, une vision, une diversité d’orientations, d’origines, de spécificités physiques, de troubles psychologiques, ou encore simplement de saisir au passage des phrases clés mises en exergue.

« C’est étrange de se sentir invisible quand tout le monde nous regarde. »
— Caroline Dawson

« Je me suis vu·e, mieux que jamais, dans toute la résilience et la fragilité de mon corps. »
— Laura Doyle Péan

Cette idée de proposer une pluralité d’expériences dans un même ouvrage est aussi à l’honneur dans la nouveauté des Éditions David Une terre, quatre visages. Cette fois, s’il y a bien une seule autrice aux commandes, l’œuvre est divisée en quatre parties pour autant d’expériences d’immigration au Canada. Issue elle-même d’une famille aux origines géorgiennes, ukrainiennes et russes, Lamara Papitashvili se glisse ainsi tout à tour dans le quotidien de jeunes venus d’ailleurs, chacun portant ses absences, ses blessures, ses traumas, chacun cherchant un ancrage dans ce Canada où ils arrivent.

On rencontre Athéna, qui se construit dans la comparaison, remarquant tout ce qu’elle n’a plus de la Grèce, tout ce qu’elle n’a pas encore. Tarek, qui refuse de se créer des racines canadiennes alors qu’il ne rêve que du Liban, Alex, qui voudrait vivre pleinement son adolescence sans devoir se conformer aux coutumes et exigences de ses parents, Naomi, qui quitte le Congo le cœur léger, heureuse de retrouver sa mère, mais qui se heurte à la maladie.

Grâce à un narrateur omniscient qui dévoile les pensées des personnages tout en les replaçant parfois dans un contexte plus large, l’autrice nous permet de mieux définir cet « autre » et, par moments, de nous découvrir des angles morts, des aspects de leurs réalités que nous ignorions jusqu’alors et qui, pourtant, sont essentiels pour bien les comprendre.

Cette notion d’angles morts tout comme la compréhension d’enjeux sociétaux est au cœur du désir d’engagement de Catherine Ouellet-Cummings. La rédactrice et cofondatrice du magazine jeunesse Grilled Cheese s’appuie ainsi sur ses propres envies et choix en publiant Passer à l’action!, nouveauté de la collection « Radar » proposée chez Écosociété qui ne peut que nous inspirer.

Construit autour de faits, de recherches, de témoignages et d’outils concrets, cet essai offre d’abord un tour d’horizon des endroits où les jeunes peuvent s’engager. Au secondaire, l’autrice aborde les clubs ou les comités scolaires dans lesquels on peut s’impliquer afin de « transformer l’école en véritable milieu de vie, d’abord pour soi, mais aussi pour les autres élèves » et les conseils d’établissement qui permettent de revendiquer des changements plus profonds dans les règlements ou les valeurs de son école. Les associations étudiantes au cégep et à l’université sont une suite logique, toutefois Catherine Ouellet-Cummings rappelle que l’engagement n’est pas restreint aux murs de l’école : de nombreux organismes ont besoin de bras et d’idées, tout comme le milieu politique bénéficie de sang neuf pour porter la voix des jeunes et participer à créer un futur dans lequel ils et elles se projetteront positivement.

« Face à l’engagement, nul n’est égal » reconnaît par ailleurs l’autrice, proposant aux anxieux qui n’aiment pas les grands groupes de trouver leur communauté, leur terreau fertile, soit dans des groupes plus petits, soit dans un engagement en ligne. Elle réserve aussi les deux derniers chapitres de son ouvrage pour parler des obstacles et des défis de l’implication. Oui, Athéna, Tarek, Alex et Naomi, personnages issus de l’imagination de Lamara Papitashvili, pourraient être moins portés à s’impliquer d’abord parce qu’il y a moins de modèles de jeunes issus de l’immigration dans certains paliers, ensuite parce que leur vie, par exemple la nécessité de travailler pour aider leurs parents à subvenir à leurs besoins, fait en sorte qu’ils ont moins de temps. La marginalisation crée des difficultés supplémentaires, en particulier pour ceux qui se retrouvent à l’intersection de différences.

Et puis parfois, les défis viennent de soi-même : on a peur de ne pas être entendu, de ne pas être à notre place. Et pourtant, on peut agir même en étant effrayé!

« Après tout, il n’y a pas de petites solidarités », écrit-elle, tel un appel à cultiver les petits gestes, les mains tendues vers les autres, qu’ils soient nos semblables ou différents, qu’ils pensent comme nous ou portent une vision opposée. Ce n’est qu’ensemble qu’on pourra aller plus loin et, ça, la littérature l’a bien compris!

Photo : © Philippe Piraux

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