Connaissez-vous le nouveau mot à la mode en littérature pour adolescents? Inconnu au bataillon avant ces derniers mois, du moins dans la sphère publique, le terme « High/low » est maintenant sur toutes les lèvres et permet de mettre en lumière des collections courtes pensées pour un public plus âgé. « Hi/lo », comme l’écrivent certains, renvoie à des textes accessibles sur le plan de la langue et de la structure pour les lecteurs plus réfractaires tout en abordant des sujets et thématiques actuels et punchés qui peuvent interpeller les adolescents. Présentés comme attrayants pour un lectorat allophone, ces récits ne lui sont pourtant pas réservés. En effet, si certains lecteurs lisent un seul type de roman, d’autres sont du genre à grappiller dans tous les styles et tous les formats au fil de leurs envies. Et ceux-là pourrait être très intéressés par Clang!, une des nouveautés de la collection « Micro » de la courte échelle.

Rédigé de main de maître par Carole Tremblay, autrice chevronnée et éditrice de la maison d’édition, Clang! nous propulse dans la tête d’un adolescent sous le choc après qu’il a percuté un cycliste sur une route de campagne… et a fui au lieu de porter assistance à sa victime.

La plume est soutenue et nerveuse tout au long du récit, constituée de phrases courtes écrites dans une langue orale qui nous immergent dans le maelström de pensées du narrateur. Dès le départ, on est avec lui, valsant entre angoisse et culpabilité alors qu’il « parque » son « char » chez son grand-père et remonte peu à peu le fil des événements. Il entend en écho le clang!, oui, ce bruit terrible qui vient de tout changer, mais repense aussi au party qui a précédé, cherchant un coupable sur qui rejeter la faute, quelqu’un à qui il pourrait en vouloir plutôt qu’à lui-même.

Attention, le livre a beau être court, c’est le genre de récit impossible à abandonner en cours de route tant l’écriture est dense et les émotions vives alors que l’autrice rend les pensées du narrateur en alternance avec la description des sensations physiques de la panique, le tout dans une langue qui ne fait aucun faux pas. « Pour moi, explique Carole Tremblay, le roman court est plus près de l’écriture de théâtre que de celui de l’album. On ne peut pas se permettre de temps mort, il faut aller direct au but, vivre intensément la situation sans chercher à créer de nombreux rebondissements. Il faut choisir un angle, un sujet, une situation et l’explorer à fond. » Mission accomplie pour ce livre qui, bien que bref, n’en reste pas moins percutant, notamment grâce à une finale parfaite, à la hauteur de ce qui a précédé.

S’il écrit des formes courtes telles des nouvelles dans la presse ou dans des anthologies au moins deux fois par année, comme une respiration, l’auteur français Victor Dixen raffole pour sa part des longues séries dans lesquelles il peut déplier des intrigues complexes.

« En tant qu’auteur, j’y trouve vraiment mon compte parce qu’une saga permet de développer des personnages sur la durée, de les faire évoluer, grandir, changer, d’en montrer plusieurs facettes, ce dont je ne me prive pas dans mes séries. Cette forme permet aussi un peu comme au théâtre d’avoir des entrées et des sorties de scène : on a parfois des personnages secondaires dans un tome qui partent par les coulisses et reviennent dans un tome suivant au-devant de la scène comme personnages principaux. Cette capacité de mise en scène, cette dramaturgie propre à la saga me plaît beaucoup. »

Après Phobos et Vampyria, deux séries à grand succès dans lesquelles il a pu laisser son talent se déployer, l’auteur français revient cette fois avec un récit qui plonge ses racines dans l’urbex et de nombreuses légendes du monde entier dans un univers à la fois sombre et lumineux.

Forcée par la tante qui l’héberge depuis la disparition de sa mère à ramasser les objets de valeur oubliés dans le train qui la ramène de l’école tous les soirs, Lucy déniche un pendule qui changera complètement sa destinée. En effet, mettant à jour sa nature de « retrouveuse », l’adolescente découvre les oubliettes, mondes cachés sous notre réalité où sévissent les croquemitaines et leurs complices. Guidée par l’intrigante Rita Perdido, Lucy comprendra que ce l’on croit perdu ne l’est peut-être jamais vraiment…

Si l’histoire est captivante dès les premières pages et que le récit se divulgue ensuite sans longueurs grâce à la tension narrative qui nourrit de nombreuses trouvailles et surprises au fil des pages, la force du premier tome de l’Agence Perdido est sans contredit l’univers de fantasy urbaine créé par Victor Dixen.

Encore ici, l’auteur surdoué dans l’art de la création d’ambiances immersives explique que c’est le format de plusieurs tomes qui lui permet de creuser à fond les détails, la profondeur historique et fictionnelle d’un univers. S’il en tire un grand plaisir, ce dernier est partagé tout au long du roman par les lecteurs qui découvrent, au fil des aventures de Lucy dans les oubliettes, des lieux qui s’accordent à la personnalité des croquemitaines qui y demeurent et dont la description parvient à susciter de multiples frissons.

Ce décor n’est toutefois pas seulement de l’esbroufe : il ravit, certes, mais il sert aussi une intrigue brillante mettant en scène des personnages complexes dont les motivations ne sont pas tout de suite évidentes, ce qui leur permet de se dévoiler en couches au fil du livre. Lucy vient en tête, bien sûr, mais Rita Perdido ne donne pas sa place, tout comme les deux complices retrouveurs « forcés » de l’adolescente, qui ont leurs propres soucis.

Il y a par ailleurs un subtil équilibre dans la trame narrative entre l’action du présent et les fragments du passé qui fait que l’histoire respire et intrigue alors qu’on peut étirer le plaisir de la découverte des chapitres, le premier tome étant assez costaud, mais promettant aussi une suite tout aussi enlevante.

Bref, qu’on cherche du court ou du long, si nos préférences peuvent être marquées et qu’il se révèle parfois ardu de s’extraire de sa zone de confort, laissons-nous parfois vivre nos amours littéraires en mode grand écart. Après tout, quand c’est de la qualité, le très court comme le très long peuvent susciter les mêmes plaisirs!

Photo : © Philippe Piraux

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