Dans La vie heureuse, la notion de renaissance est omniprésente grâce à cette expérience thérapeutique sud-coréenne autour de la mort. Vous avez vous-même bénéficié d’une seconde chance, n’est-ce pas? Votre vécu vous a-t-il inspiré ce livre?
Oui tout à fait. J’ai été forcément touché par ce sujet, et cette incroyable thérapie, car j’ai vécu une expérience de mort à l’âge de 16 ans. Une expérience qui a changé ma vie, et déverrouillé, d’une certaine façon, ma sensibilité. Je sais à quel point l’expérience de l’extrême, d’une grave maladie au deuil d’un proche, peut vous propulser dans une façon radicalement différente de voir la vie.
Curiosités : comment avez-vous découvert cette thérapie? La feriez-vous, si celle-ci s’exportait?
Je suis tombé sur un reportage. Et j’en avais déjà entendu parler lors d’un voyage à Séoul. Les images étaient très impressionnantes. En Corée du Sud, un pays avec un fort taux de dépression, c’est devenu un véritable phénomène. Oui, je ferais le rituel avec plaisir. Je conseille à tout le monde de se mettre dans un cercueil!
Il est aussi question, en toile de fond, de cette réussite qu’on étale, de ces ambitions certes légitimes, mais qui parfois, ne remplissent qu’un vide. Souhaitiez-vous mettre en lumière cette pression sociale, à l’instar de vos deux personnages qui, chacun à leur façon, la subissent?
Oui vous avez raison. C’est un livre sur la recherche du bonheur, et de l’épanouissement. C’est un livre qui parle du changement de vie pour atteindre ce bonheur. Beaucoup de gens traversent leurs destins sans se poser la question de ce qui est essentiel à leurs yeux. J’aime l’idée que mes personnages vont radicalement changer de vie, et quitter une forme de superficialité moderne.
Le passage où Éric et Amélie vivent une soirée en toute liberté, un peu hors du temps, est l’un de mes favoris dans le roman. C’est un rare moment de grâce, n’est-ce pas? Laisser tomber les barrières est de plus en plus difficile, si?
C’est parce que vous êtes romantique! C’est un peu le passage Lost in translation. Deux collègues ensemble, à l’autre bout du monde, cela peut être propice à une sorte d’errance intime. Si mon livre parle du bonheur, c’est aussi une histoire d’amour sur trente ans. Ma référence était le film Quand Harry rencontre Sally.
Le sentiment de culpabilité d’Éric s’avère un frein pour lui. Il se sent coupable face à la mort de son père, subit les humeurs de sa mère tout en se sachant un piètre père pour son fils depuis le divorce. C’est lorsqu’il s’émancipe de ses boulets qu’il devient plus intéressant, moins beige. Une deuxième vie réussie vient-elle forcément avec une « mort » bien orchestrée?
Chacun a sa problématique, et c’est ce qui nous empêche d’atteindre la légèreté du bonheur. Pour Éric, c’est une culpabilité immense qui l’étouffe. On comprend plus tard dans le livre pourquoi. Changer, c’est aussi changer de regard sur son passé, et s’accepter tel qu’on est. L’expérience du rituel va lui permettre de prendre les bonnes décisions, et de savoir comment agir pour adoucir une situation familiale qui paraît terrible.
La quête de la beauté, du bonheur ou d’un absolu tapisse votre œuvre. On pense bien sûr à Charlotte, à La délicatesse, à Vers la beauté mais aussi aux titres Le potentiel érotique de ma femme ou Le mystère Henri Pick. Avez-vous le bonheur facile?
La beauté est au cœur de tous mes livres. Et simplement ici la beauté de vivre d’une manière apaisée. C’est l’œuvre d’une vie d’être heureux. De mon côté, je suis plutôt un dépressif de bonne humeur. En tout cas, j’essaye d’être joyeux le plus souvent possible, même si la mélancolie est présente.
Vous êtes drôle, aussi. Votre plume a souvent une pointe de sarcasme, un brin d’ironie, un quant à soi qui rigole. Une manière pour vous d’alléger des propos plus graves?
Tout à fait. J’admire plus que tout les gens qui me font rire. On parle de l’humour comme la politesse du désespoir. J’adore cette formule. Il y a dans l’humour une façon de contourner la gravité des propos. J’ai espéré que ce roman serait aussi léger et même divertissant, malgré son sujet.
David Foenkinos est invité à la Maison de la littérature, le lundi 21 octobre prochain, à 17h30, dans le cadre du festival Québec en toutes lettres. Bien que ce ne soit pas obligatoire, il est préférable de réserver votre place ici. Pour en savoir davantage sur la programmation du festival, c’est là.
Photo : © Francesca Mantovani
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