
Edem Awumey
Né en 1975 à Lomé, au Togo, Edem Awumey a vécu quelques années en France avant de s’installer en Outaouais, en 2005. Son premier roman, Port-Mélo, paru chez Gallimard, lui a permis de remporter le Grand Prix littéraire de l’Afrique noire, tandis que son roman Les pieds sales a été sélectionné dans la première liste du prix Goncourt. Si son œuvre traite surtout d’errance, d’identité et d’exil (on pense à Rose déluge, Explication de la nuit et Mina parmi les ombres), l’auteur aborde aussi la force de l’enfance, de la mémoire et du soleil. Dans Noces de coton (Boréal), son plus récent ouvrage, qui a remporté le prix Jacques-Poirier-Outaouais 2023, il propose un huis clos où un planteur de coton ruiné prend en otage un journaliste berlinois. C’est alors le prétexte pour que se déploie une narration en divers chemins, tous reliés par le diktat de multinationales sans scrupules envers les travailleurs agricoles, de l’Afrique aux États-Unis, mais aussi de l’Inde, de l’Ouzbékistan, du Bangladesh et de la Russie. C’est un roman bouleversant sur l’horreur que certains osent faire porter à d’autres, c’est un vacarme assumé envers l’oppression qui perdure en Afrique, qui déshumanise les habitants au nom de l’enrichissement des déjà riches. Mais c’est lyrique et porteur d’espoir, comme Awumey sait toujours le faire.
Cara Carmina
L’illustratrice Cara Carmina est née au Mexique et s’est installée, sur un coup de tête, à Montréal en 2009. Également designer textile – on adore ses leggins colorés! – et conceptrice de poupées fleuries qui rappellent ses origines mexicaines, Cara Carmina a fait sa place dans le milieu du livre québécois grâce à une rencontre marquante avec Sophie Faucher. Ensemble, elles ont travaillé sur des albums relatant la vie de Frida Kahlo, des livres qui mettent de l’avant la signature graphique de l’illustratrice : des couleurs vives et des yeux étoilés. La jeune femme dynamique a ensuite poursuivi sa route dans l’illustration chez Les Malins en signant, aux textes et en images, une série d’albums tout en douceur mettant en scène des lapins dans Pauline, Rosita, Théodore, Ernest, Maurice et Lulu, qui apprennent à relever les défis du quotidien. Ses œuvres ont également pris vie sous la forme de murales dans une école et dans un centre pour femmes. De plus, Cara Carmina laisse sa trace ici et là, à Montréal comme à Rome, grâce à du street art conjuguant l’illustration à la photographie et trois de ses séquences illustrées ont été à l’honneur dans l’émission Passe-Partout. Oh! Et saviez-vous qu’elle use d’un pseudonyme? Son nom est Norma Andreu!

Dimitri Nasrallah
Né dans un Liban en guerre, en 1977, Dimitri Nasrallah arrive, à 11 ans, au Canada. Devenu homme de lettres aux multiples chapeaux, il fut journaliste culturel (The Globe & Mail, Montreal Gazette, Toronto Star, etc.) et est maintenant à la fois professeur de création littéraire à l’Université Concordia, éditeur de fiction chez Vehicule Press, traducteur vers l’anglais (notamment de la trilogie 1984 d’Éric Plamondon) et romancier. À ce titre, on lui doit à ce jour quatre romans, dont trois traduits à La Peuplade : Niko, Les bleed et Hotline (sélectionné pour le Giller 2022). Ses œuvres racontent, chacune à leur façon et avec une dimension poétique remarquable, le difficile chemin entre la guerre et l’immigration, soulignant avec brio le courage des exilés, et abordent la quête identitaire. Son plus récent roman, Hotline, est le plus lumineux d’entre tous. Muna, nouvellement arrivée du Liban au Québec avec son fils de 8 ans, est confrontée aux différences culturelles, aux difficultés financières et à son indésirable invisibilité comme citoyenne. Elle déniche un boulot de conseillère en régimes amaigrissants par la vente de boîtes-repas, où, ironiquement, elle devra écouter, chaque jour, des gens au bout du fil se plaindre de leur poids ou de leurs problèmes familiaux. Elle, elle peine à nourrir son fils… Mais c’est une histoire de courage et de force qu’on lit, et non d’apitoiement, grâce à l’habile plume de Nasrallah.

Ayavi Lake
Ayavi Lake est née à Dakar, au Sénégal, en 1980. Après des études en France, elle immigre au Québec où elle s’installe à Jonquière, puis à Montréal. Dans son recueil de nouvelles Le marabout, pour lequel elle a remporté le Prix des Horizons imaginaires, elle fait une belle place au rocambolesque et au réalisme magique, alors qu’une chamane atikamekw permet à un sorcier africain de changer de couleur de peau et de sexe. Dans La Sarzène, elle propose un ample roman sur la transmission, l’affirmation et la construction de l’identité, alors que Coumba Fleur, née à Dakar et immigrée à Montréal, sourira aux découvertes de son pays d’accueil, mais souffrira du poids des traditions. « Ayavi Lake, dans cet hommage au pouvoir des mots et de la littérature, réussit à incarner avec force, avec sincérité toutes ces vies qui nous voisinent, ces parcours de gens ayant vécu l’immigration et qui portent en elles et eux les blessures et les bonheurs qui ne peuvent qu’en émerger, autant de chants d’espoir que de cris de frustration qui cherchent à se faire entendre. L’imaginaire comme révolution, disait Jacques Brault, et Ayavi Lake comme preuve qu’il disait vrai », écrivait Dominique Lemieux entre les pages de la revue Les libraires à la sortie de ce livre.

Felicia Mihali
Le moins qu’on puisse dire, c’est que Felicia Mihali, née en Roumanie en 1967 et installée au Québec depuis 2000, n’a pas peur de fouler les bancs d’école. En effet, celle qui a d’abord étudié à l’Université de Bucarest s’est ensuite spécialisée en littérature postcoloniale à l’Université de Montréal. Elle a étudié la philologie, les langues (français, chinois et néerlandais), l’histoire de l’art, l’histoire et la littérature anglaise. De quoi impressionner! Le pays du fromage, son premier roman fort remarqué publié en 2002, sera ensuite suivi de façon non exhaustive de Luc, le Chinois et moi, La reine et le soldat, Sweet, Sweet China, Une nuit d’amour à Iqaluit et La bigame. Des livres qui abordent tous la notion d’identité et les richesses de la vie. Si ces histoires se déroulent en Chine, dans le Grand Nord, à Bucarest, c’est pour mieux évoquer le Québec et la place qu’elle y occupe : « La distance m’a aidée à mieux comprendre ma nouvelle identité et les enjeux de ma nouvelle vie. […] À l’extérieur de la province, que ce soit en Chine ou dans le Grand Nord, j’ai découvert que si je ne me considérais pas encore Québécoise à temps plein, pour les autres, je l’étais. Chaque fois que je retournais, je me sentais chez moi plus qu’avant », nous écrit-elle. En 2018, l’écrivaine, qui est aussi traductrice, fonde les éditions Hashtag avec le désir d’aider à mieux comprendre le présent et les visages cachés – minorités visibles, audibles ou sexuelles – de notre société. « Je suis devenue éditrice au moment où j’ai eu l’impression que le marché du livre actuel ne publie pas assez de titres que je voudrais lire ou écrire. » Mihali fait ainsi œuvre utile et nul ne pourrait le contester.

Ying Chen
L’auteure, née à Shanghaï en 1961, s’est établie au Québec en 1989 et c’est depuis en français qu’elle signe ses ouvrages. Son roman L’ingratitude, paru en 1995 et mettant en scène des rapports complexes mère-fille, a obtenu plusieurs prix et fut en lice notamment pour le Femina. En entrevue pour Les libraires à la parution de Le champ dans la mer, elle partageait ceci : « Il est vrai que dans mes récents livres les repères spatio-temporels sont très flous, voire absents. On ne peut plus, en les lisant, espérer obtenir des renseignements bruts sur la Chine, sur le Québec ou sur l’immigration. Nous vivons dans une époque extrêmement bruyante et sommes déjà inondés par les informations et les témoignages de toutes sortes. Il ne me semble vraiment pas nécessaire de participer, moi aussi, à ce brouhaha. Je souhaite y contribuer autrement. » Et son « autrement » sera l’art, cette façon bien à elle de mettre au monde une œuvre à l’ambiance aérienne, dans une langue sobre, et marquée par une étrangeté à nulle autre pareille : par exemple, dans Le champ dans la mer, sa narratrice voyage dans les spirales du temps. Dans Immobile, son héroïne est hantée par une vie antérieure. Dans Le mangeur, la narratrice plonge dans la gorge de son père et en voit l’intérieur veineux… Dans Rayonnements, son plus récent livre, le récit est murmuré par des fantômes et marqué par la mémoire des morts. Oui, l’œuvre de Ying Chen en est une tout à fait unique. Si vous ne deviez lire qu’un seul de ses ouvrages, choisissez le roman épistolaire Les lettres chinoises, qui aborde avec brio le déracinement, les amours impossibles et les choix.

Ook Chung
Ook Chung est né au Japon en 1963 de parents coréens et demeure à Montréal, où il a notamment obtenu un doctorat en littérature française de l’Université McGill. Son œuvre, déstabilisante, est d’une grande puissance. C’est qu’elle ose l’étrange, qu’elle frôle les zones ombragées d’une grande densité. En 2003, Chung entraîne son lecteur avec une noire ironie dans L’expérience interdite, où des écrivains sont enfermés dans des cages aux dimensions inhumaines afin qu’un homme extraie d’eux – grâce à l’humeur noire sécrétée par leur foi – un manuscrit digne d’une perle rare. La même année, il fait paraître le brillant recueil de nouvelles Contes butô, qui met en scène des personnages aux prises avec la solitude, livre qui lui valut le Prix littéraire des collégiens. Il offre un grand récit autobiographique romancé dans La trilogie coréenne, échelonné en trois temps et sur trois lieux qui le représentent (le Japon, la Corée et le Canada), et il y explore la multitude de ses identités culturelles et les cicatrices qu’elles laissent. Récemment, il signait La jeune fille de la paix (VLB éditeur), qui parle aussi d’identités plurielles et qui se déploie sur les mêmes trois pays. Son personnage a le sentiment d’être écartelé entre ses origines; au lieu de se voir comme un amalgame de morceaux fractionnés, il apprivoisera l’idée que ses différentes cultures l’enrichissent et créent des vases communicants qui sont autant de ponts entre les peuples.

Souvankham Thammavongsa
Née apatride dans un camp de réfugiés laotien en Thaïlande, Souvankham Thammavongsa a grandi à Toronto et est devenue autrice comme elle l’avait toujours rêvé durant sa jeunesse. « Je n’ai pas attendu qu’on me dise que j’étais écrivaine. Je me suis faite écrivaine, les mots et le papier en étaient la preuve. On ne me dirait plus jamais que je ne suis rien », écrit-elle dans le prologue de son plus récent livre, La maison de ma mère (Mémoire d’encrier), un récit où elle revient sur la mémoire qu’elle porte. Celle de son enfance, de la culture pop, mais aussi du Laos et de la guerre qui y régnait. Sous son écriture, le petit devient le grand et inversement; l’histoire personnelle devient universelle et inversement. En 2020, elle publiait, en version originale anglaise, Le K ne se prononce pas (Mémoire d’encrier), un recueil de nouvelles qui s’attache à ces petites choses du quotidien qui trahissent ses racines, à ces enfants pleins de bonnes intentions, à ces ouvriers moins lettrés que leur progéniture, à ces femmes qui se bercent entre valeurs, langues et cultures. C’est fait avec douceur et un soupçon d’humour, ce pourquoi ce livre a remporté le Giller 2020 et le Trillium Book Award 2021.

Boucar Diouf
Conteur, animateur, auteur, biologiste et océanographe, Boucar Diouf n’a pas son pareil pour expliquer le monde qui nous entoure. Sous son élocution, la moindre parcelle de vie recèle toute une histoire qui révèle à la fois sens et beauté. Avec la langue imagée qu’on connaît à ce Sénégalais établi au Québec, il signe divers ouvrages qui sont à la jonction de l’essai et du conte. « Les sciences du vivant sont thérapeutiques pour mon cerveau, mon cœur et mon “âme’’. Ce sont de hauts lieux de poésie », nous avait-il d’ailleurs déjà partagé en entrevue. Dans La face cachée du grand monde des microbes (Éditions La Presse), il vulgarise de main de maître le monde vaste et complexe des micro-organismes. Il en fait son terrain de jeu et nous amène à regarder d’un autre œil l’incroyable aventure qu’est la vie sur terre, jamais banale sous la loupe du scientifique conteur. Dans son plus récent ouvrage, Ce que la vie doit à la mort, il questionne l’existence – toujours sous l’œil du vulgarisateur scientifique – alors qu’il vient de perdre sa maman, afin de nous aider à apprivoiser la perte, mais aussi la vie. Avec sa série « Boucar raconte », il s’adresse aux 10-14 ans par la voie de la fiction et braque, à chaque ouvrage, les projecteurs sur un nouvel animal : un phoque, un ours polaire, une baleine blanche ou encore l’hippopotame.

Blaise Ndala
Originaire de la République démocratique du Congo, Blaise Ndala quitte ce pays en 2003. En 2007, il s’installe à Québec, où il sera d’abord professeur de français langue seconde puis fonctionnaire. Son nom résonne à nos oreilles comme celui d’un auteur à suivre depuis la publication de J’irai danser sur la tombe de Senghor (L’Interligne), ouvrage finaliste à plusieurs prix littéraires et lauréat du Prix du livre d’Ottawa. Avec cette fiction historique, Blaise Ndala fait acte de mémoire en présentant un nouvel éclairage sur le règne, de plus de trois décennies, de Mobutu Sese Seko au Congo. Ndala invite dans son récit Mohamed Ali et Léopold Sédar Senghor, deux autres figures marquantes des combats pour le respect de la diversité raciale. Dans la même veine, il publie chez Mémoire d’encrier Sans capote ni kalachnikov, un vibrant plaidoyer pour l’indignation d’un peuple qui souhaite un avenir meilleur. On s’y promène dans l’Afrique des Grands Lacs, dans un camp de démobilisation et dans une histoire qui reste à s’écrire. Son plus récent ouvrage, Dans le ventre du Congo, nous transporte à l’Exposition universelle de Bruxelles, en 1958, où des Congolais étaient exposés de force dans un pavillon – un véritable zoo humain. L’auteur, mélomane et fidèle lecteur de Sony Labou Tansi, trouve dans chaque ouvrage comment émouvoir l’époque contemporaine par son écriture et par le regard qu’il nous pousse à tourner vers le passé, et, incidemment, vers l’avenir.





















