Plutôt que de vous suggérer des titres de romans, on vous présente ici ceux qui en font la force, ceux qui attisent notre curiosité pour les intrigues qu’ils vivent, ceux qui, habilement créés par les auteurs, font toute la différence entre un bon et un mauvais roman policier. Voici quelques enquêteurs tirés de la fiction!

MMA RAMOTSWE

Personnage présenté par Josée-Anne Paradis

CRÉÉE SOUS LA PLUME DE
Alexander McCall Smith

PREMIÈRE APPARITION DU PERSONNAGE
Mma Ramotswe détective (10/18; VO, 1998)

Pour les lecteurs qui aiment voyager par les livres, découvrir des cultures et les crimes qui ne sont pas trop sanglants!

« Je veux que tu aies une affaire bien à toi, lui avait-il dit sur son lit de mort. Tu obtiendras un bon prix du troupeau maintenant. Vends-le et achète-toi un magasin. Une boucherie, pourquoi pas? Ou un débit de boissons. À toi de choisir. » Voilà ce que le père de Precious Ramotswe lui dit avant de mourir. Sa fille l’écoutera et ouvrira son propre commerce… mais pas tout à fait à l’image de ce que son père avait en tête : elle montera une agence féminine de détectives, située à Gaborone, capitale du Botswana, en compagnie de son assistante Mma Makutsi. Oui : une agence composée de femmes, dans un pays où les hommes font la loi.

Le personnage de Mma Ramotswe — qui aime préparer le potiron et boire son thé rouge au rooibos en quantité impressionnante — est né sous la plume de McCall Smith, un auteur d’origine écossaise qui a vu le jour en Rhodésie (l’actuel Zimbabwe) et dont la série (plus de vingt tomes et traduite en plus de trente-cinq langues) mettant en vedette Ramotswe a fait sa renommée.

Sous ses airs d’archétype de la « mama africaine », Mma Ramotswe n’a pas froid aux yeux : elle a connu un mari violent, de qui elle est divorcée, a perdu un bébé et vient de faire ses adieux à son père. Les épreuves, ça lui connaît. C’est donc parce qu’elle prend ainsi son destin en main qu’on la découvre forte et excellente pour combattre l’injustice, avec une intelligence et une ruse qui amuseront les lecteurs. Les cas qui se présenteront à elle seront principalement de l’ordre des maris qui ont pris la fuite ou encore des escrocs qui n’ont pas la collectivité à cœur. Mais il y aura également cette aventure mêlant la sorcellerie… et quelques tournures loufoques que prendront ses enquêtes!

On s’attache à cette Mma Ramotswe, car elle a le don de ramener la vie à l’essentiel, de faire en sorte que l’existence au village soit paisible et agréable, de faire de son Afrique une fierté qu’elle porte en elle avec assurance. Elle est sympathique, elle aime discuter avec ses copines, elle aime parfois donner une seconde chance aux hommes… En fait, dans cette série, c’est justement l’enquêtrice qui charme totalement ses lecteurs, les faisant voyager dans un univers où le sourire est plus présent que le crime!

 

AGATHA RAISIN

Personnage présenté par Josée-Anne Paradis

CRÉÉE SOUS LA PLUME DE
M. C. Beaton

PREMIÈRE APPARITION DU PERSONNAGE
La quiche fatale (Albin Michel; VO, 1992)

Pour les lecteurs qui aiment les cosy crimes, l’humour et les caractères bien trempés.

Elle a la cinquantaine (à son grand dam puisqu’elle voudrait encore posséder cette jeunesse qui fait tourner les têtes), des petits yeux d’ourse qui n’hésitent pas à zieuter là où les policiers oublient de le faire et un caractère de chien qui lui permet de venir à bout des pires crapules (mais qui, cela dit, lui donne également du fil à retordre avec son voisin, de qui elle est amoureuse). Agatha Raisin, c’est une enquêtrice patentée qui, après avoir eu une fructueuse carrière comme directrice d’une agence de communication à Londres, a choisi de vivre une retraite dorée, et anticipée, dans les campagnes anglaises. Mais dès son arrivée, elle réalise que la vie tranquille dans des rues bordées de cottages aux noms de fleurs l’ennuie. « L’inactivité et elle ne faisaient pas bon ménage. » Du moins, c’est le cas jusqu’à ce qu’un empoisonnement ait lieu et qu’elle décide, en simple citoyenne lambda, de retrouver le coupable pour sauver sa réputation. C’est ainsi que, tranquillement, elle se liera d’amitié avec les sympathiques habitants de Carsely qui, avouons-le, ont été jugés bien rapidement par Agatha Raisin.

Si on s’attache immédiatement à cette enquêtrice hors norme et sans faux-semblant, c’est qu’elle ne porte jamais de gants blancs. Authentique du bout de ses souliers à talons jusqu’à sa mise en plis, cette femme forte qui fume et aime les pubs arrive à se créer un cercle d’amis, de qui le lecteur s’entichera également et qui viendront bonifier chaque enquête de leur petit coup de main. Celle qui a marché plus souvent qu’elle ne l’aurait souhaité dans la boue des champs des Cotswolds aura l’occasion, au fil de sa trentaine d’aventures, de côtoyer de près des meurtriers et des policiers, de voyager dans des manoirs glauques, de manger moult mauvais repas dans les pubs de campagne, d’assister à une multitude de kermesses et autres festivités traditionnelles de village et de faire de nombreuses rencontres amoureuses (infructueuses!). Et de se mettre, la plupart du temps, les pieds dans les plats. Elle a eu droit à son adaptation télévisuelle qui, doit-on le mentionner, n’était pas à la hauteur des aventures sur papier! Mais, à vous d’en juger!

 

BERNHARD « BERNIE » GUNTHER

Personnage présenté par Norbert Spehner

CRÉÉ SOUS LA PLUME DE
Philip Kerr

PREMIÈRE APPARITION DU PERSONNAGE
L’été de cristal
(Le Masque, 1993; VO , 1989)

Pour les lecteurs qui aiment les polars historiques (Le Troisième Reich, et les débuts de la Guerre froide) avec un enquêteur exceptionnel à l’humour féroce.

Bernie Gunther est le héros d’une formidable série de quatorze polars historiques dont les intrigues s’échelonnent entre 1928 et 1957 et se déroulent dans diverses régions du monde, avec l’Allemagne comme cœur géographique.

Gunther est né en 1898. Combattant de la Première Guerre mondiale, il se distingue par son courage et reçoit une Croix de Guerre. En 1922, il entre dans la police de Berlin comme enquêteur à la brigade des mœurs avant de passer à la Criminelle en 1928, où il se distingue par son courage en arrêtant un tueur en série. Mais sa carrière prend fin quand les nazis prennent le pouvoir. En 1934, il est chargé de la sécurité au célèbre hôtel Adlon, avant de devenir détective privé à son compte en 1936. Mais ses talents d’enquêteur attirent l’attention des nouveaux dirigeants de l’Allemagne avec lesquels il doit collaborer malgré son opposition farouche à l’idéologie nationale-socialiste qu’il méprise.

Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, il est incorporé (malgré lui) dans les SS, dont il porte l’uniforme et arbore le tatouage qui identifie ses membres. Après la guerre, cette appartenance forcée à ce groupe honni lui vaudra de nombreux ennuis parmi lesquels un emprisonnement de deux ans dans un camp russe, un exil forcé en Argentine et à Cuba, et quelques autres épisodes rocambolesques.

À la fois acteur involontaire et témoin privilégié des horreurs de la guerre et de ses conséquences, Gunther est une sorte de chevalier sans armure, un idéaliste désabusé et cynique, constamment confronté à la violence endémique de son époque. C’est un survivant, qui a échappé à la mort maintes fois. Avec son physique avenant (forte carrure, cheveux blonds, yeux bleus) et son charme naturel, il plaît aux femmes. Mais sa vie sentimentale en dents de scie est aussi tragique et chaotique que ses aventures militaires et policières.

Maître absolu dans l’art de se tirer d’affaire et enquêteur émérite, Bernie Gunther est l’un des meilleurs antihéros de la littérature policière, un protagoniste exceptionnel, attachant, dont on retiendra surtout le bagout, le courage, la débrouillardise, les talents exceptionnels de limier, et les répliques assassines de son humour ravageur.

 

LE CAPITAINE SAM WYNDHAM ET LE SERGENT SAT BANERJEE

Personnages présentés par André Bernier, de la Librairie L’Option (La Pocatière)

CRÉÉS SOUS LA PLUME DE
Abir Mukherjee

PREMIÈRE APPARITION DES PERSONNAGES
L’attaque du Calcutta-Darjeeling (Liana Levi, 2019; VO, 2016)

Pour les lecteurs qui apprécient les enquêtes qui dépaysent et l’humour anglais.

Sam Wyndham a tout un pedigree quand il débarque à Calcutta en 1919 pour intégrer la Police impériale du Bengale.

Devenu policier après avoir interrompu ses études faute de moyens, il a peu à peu gravi les échelons de Scotland Yard. Quand il s’engage dans l’armée en 1915, il est marié depuis peu. Il n’échappe pas à l’horreur des tranchées, où il perd nombre d’amis, avant de faire du contre-espionnage dans la France occupée. Grièvement blessé à l’été 1918, il passe des mois hospitalisé, période pendant laquelle seule la morphine atténue ses souffrances (ce qui explique le besoin de morphine ou d’opium qu’il ressent encore périodiquement…). La grippe espagnole emporte sa femme pendant ce temps. Dans les mois qui suivent, il reçoit une invitation de son ancien patron du contre-espionnage à le rejoindre aux Indes; il accepte, car plus rien ne le retient en Angleterre.

Sur place, très vite, les différences culturelles lui sautent aux yeux et il est révolté par l’attitude arrogante et raciste de ses compatriotes face aux Indiens, lui qui en a côtoyé beaucoup sur les champs de bataille d’Europe et qui sait le rôle qu’ils ont joué dans la victoire de l’Angleterre.

On lui attribue comme assistant le sergent Sat Banerjee, un jeune policier bengali, brillant et perspicace. Fils d’un avocat de Calcutta, il a fréquenté une université anglaise comme ses frères (dans le deuxième roman de la série, on apprendra même qu’il y est devenu ami avec un futur maharadja…). À son retour au pays, il a scandalisé son père en entrant dans la police. Pince-sans-rire, Banerjee devient vite un partenaire indispensable pour non seulement seconder Wyndham dans ses enquêtes, mais aussi l’initier aux mœurs locales et manœuvrer avec tact dans les méandres de l’administration coloniale britannique.

Le respect et l’amitié qui s’installent entre eux en font un duo efficace, qu’on a plaisir à suivre dans un cadre particulièrement dépaysant. Vraiment une série captivante!

 

JOAQUIN MORALÈS

Personnage présenté par Jimmy Poirier,
de la Librairie L’Option (La Pocatière)

CRÉÉ SOUS LA PLUME DE
Roxanne Bouchard

PREMIÈRE APPARITION DU PERSONNAGE
Nous étions le sel de la mer (VLB éditeur, 2014)

Pour les lecteurs qui aiment le grand air, la puissance des marées et les enquêtes mystérieuses, empreintes d’histoires de pêcheurs.

Joaquin Moralès débute comme jeune recrue dans la ville de Mexico en tant que patrouilleur de nuit, tout en étudiant le jour pour devenir enquêteur. Âgé de seulement 22 ans à l’époque, il est déjà un fervent défenseur de la justice. C’est durant cette période qu’il fait la connaissance de Sarah, la femme qu’il épousera peu de temps après et avec qui il aura deux enfants. Il obtient la citoyenneté canadienne, vient habiter au Québec et apprend à parler un français presque sans accent. D’abord simple policier, il devient par la suite un enquêteur brillant et talentueux.

Trente ans plus tard, avec le poivre et sel qui s’installe dans sa tignasse et trimballant des inquiétudes liées à son couple qui semble battre de l’aile, il ressent de plus en plus le lourd poids des années sur ses épaules. Malgré les inéluctables vicissitudes de la vie, il continue de traquer le crime et l’injustice avec autant de flair et d’entêtement qu’autrefois.

Dans Nous étions le sel de la mer, le premier des trois polars maritimes dans lesquels nous suivons les enquêtes de Joaquin Moralès, nous retrouvons ce dernier en plein emménagement au tout début de ses vacances estivales bien méritées. Dès son arrivée, sa nouvelle patronne avec qui il entretient une relation tendue lui refile une affaire qu’il n’est pas près d’oublier. C’est donc avec le cadavre d’une femme qu’un pêcheur a pris dans ses filets que la Gaspésie accueille notre enquêteur chevronné.

Malgré la beauté de ses paysages et le miroitement ensorceleur de ses eaux, cette région est un lieu où abondent les secrets bien enfouis qui désirent le rester. Moralès l’apprend à ses dépens au fil de ses investigations, accompagné de collègues à l’humeur parfois allègre ou orageuse. Alors qu’il ne pêche pas plus qu’il ne chasse, il enquête en terre inconnue, entouré de gens qui ont de l’eau salée qui coule dans les veines et qui ont parfois le verbe aussi revêche que poétique.

Illustrations : © Thiery Parrot

Publicité