Sous l’eau, tout est calme, mystérieux, étrange, fascinant. Presque mythologique. C’est l’ambiance que crée Courteau dans ce recueil de fictions plongées sous la ligne des flots, inondées de mondes aquatiques, d’algues, de poissons et de crevasses, à la recherche d’artéfacts et d’univers plus distants encore, sous la fièvre de l’oxygène rare. Car une découverte en mène à une autre, et sous la couche de fragiles algues et de fines particules de siècles se cachent souvent une lointaine histoire de famille, un secret disparu, un drame oublié. Seize îles est un carnet de plongée empreint du souffle des récits d’aventures classiques et auquel se greffe la poésie des étoiles, des hydres et des strates gisant jusqu’aux plus profonds des lacs.
Numéro 127
Dossier
Libraire d'un jour
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Les libraires craquent
La floraison des nénuphars
La floraison des nénuphars est la suite du premier roman de l’autrice. Nous retrouvons Cam et Max quelques années plus tard, dans un contexte plus adulte. Ils sont moins légers, plus stressés, mais toujours amoureux. Si Max travaille comme un forcené au point de négliger son couple, Cam peine à surmonter un deuil important et tolère mal l’absence de son amoureux. Ils devront revoir leurs priorités et tenter de se retrouver, malgré la distance qui s’installe de plus en plus franchement entre eux. Il s’agit d’une histoire de sentiments lumineux et d’attachement sincère, malgré la grisaille de la routine et les soucis professionnels. Une lecture touchante, une suite très bien ficelée, qui plaira certainement aux lecteurs de L’allégorie des truites arc-en-ciel.
Viande à viol
Des mots percutants, des images crues, des textes forts écrits sur un an, pour donner à voir et à comprendre les traumatismes et conséquences sur le corps, l’âme et l’esprit d’un acte que même la victime met du temps à nommer : viol. Parce qu’il y a eu viol, mais de la part d’un être aimé, cassure d’une relation jusque-là lumineuse, trahison d’autant plus atroce que la confiance était totale. Les mots de Marine Peyrard, libres de toute contrainte et sous diverses formes, nous livrent les sentiments contradictoires, les peurs, les doutes, la culpabilité et les combats qui accompagnent son naufrage et sa survivance. Leur lecture m’a tour à tour bouleversée, enragée et portée à réfléchir sur nos rapports humains. À lire avec le cœur grand ouvert.
Les ombres filantes
En période de pandémie, l’œuvre de Christian Guay-Poliquin a soudain pris une dimension nouvelle. Après un huis clos dans une voiture et un autre dans un chalet, nous pénétrons enfin dans la forêt à la recherche de la famille qui s’y est mise à l’abri. Rappelons que l’électricité et la civilisation qu’elle alimentait ne sont que de lointains souvenirs. J’avais vraiment hâte de vivre cette nouvelle aventure, où encore une fois le thème de la paternité y est traité, mais d’une tout autre façon. Ce que j’aime avec Guay-Poliquin, c’est cette facilité à créer de la tension avec peu d’éléments, à nous faire lire une œuvre aux apparences tranquilles à la façon d’un polar. Maintenant, j’ai envie d’éoliennes ! Je dis ça comme ça…
Une autre vie est possible
Olga Duhamel-Noyer est maître dans l’art d’instaurer une tension narrative, de celle qui menace constamment de nous plonger dans la tragédie. Ici, on suit le jeune Valery et sa mère Micheline, dont le quotidien est animé par la cause communiste et ses activités militantes. Bercés par un rêve de révolution et un idéal politique, les personnages invitent les lecteurs dans un univers méconnu et captivant. Voilà qu’une rupture amoureuse vient mettre un frein à ce grand rêve, alors que certains proches de Micheline font preuve d’une grande solidarité et que d’autres révèlent la violence domestique dans sa forme la plus insidieuse. Ce roman raconte, finalement, la désillusion d’un grand rêve révolutionnaire et l’irruption de la violence là où on ne s’y attend pas.
Suite en do mineur
Roman de la nostalgie pure, cette histoire rondement menée a tout pour raviver les braises de nos amours perdues. Quand Robert Stobetzky croit entrevoir la silhouette au port altier tant admirée de son ancienne dulcinée, il vrille et sillonne comme un fauve les chemins de cette histoire dissoute depuis longtemps. L’endroit fortuit de cette apparition, le Jérusalem d’aujourd’hui, laisse présager un miracle longuement espéré. La suite en do mineur est aussi le choc prodigieux d’une rencontre avec la musique de Bach qui représente sans aucun doute la réconfortante étreinte du narrateur.
La comète
La maison d’édition Gallmeister a du flair pour mettre au jour des œuvres remarquables et son catalogue regorge de découvertes. C’est le cas du premier roman de Claire Holroyde, une lecture absolument addictive parue en juin dernier au Québec. Le sujet est pourtant surutilisé : une comète menace de frapper la Terre et de mettre fin à l’humanité. Malgré tout, l’autrice l’exploite avec intelligence, l’humain étant au centre de son regard. Elle présente de façon intime le quotidien marqué par le compte à rebours précédant l’impact de plusieurs personnages aux existences différentes : un photoreporter, un astrophysicien, une traductrice, une biologiste, un poète… Le livre saura rallier le grand public, les amateurs de bonne littérature de tous genres et, pourquoi pas, les lecteurs de science-fiction.
Et d’un seul bras, la sœur balaie sa maison
Sur les plages de La Barbade, la jeune Lala tresse les cheveux des voyageurs. Adan, sa brute de mari, tue un touriste lors d’un cambriolage. Il se cache donc et ne se pointe que rarement à la maison. Lors d’une dispute, un drame survient, laissant Lala dépourvue. En parallèle, la veuve du touriste tué se débat avec sa peine et ses démons ; issue de cette communauté, elle a pu améliorer son mode de vie grâce à ce mariage. Une histoire de femmes, donc, luttant contre les embûches, portant en elles des années de soumission, mais qui, malgré cela, cherchent à s’en sortir. Si les lieux sont exotiques, le propos, lui, lève le voile sur le quotidien de gens ordinaires qui vivent en marge des cartes postales. Un premier roman direct, franc, surprenant.
True Story
La dernière page est tournée, je suis ébaubie par la finale. C’est ce genre de livre qu’on aimerait relire tout de suite, pour dénicher les indices que l’autrice a sans aucun doute semés ici et là. Dans ce roman laboratoire, roman kaléidoscope, Kate Reed Petty utilise la fiction pour illustrer les ravages de la rumeur, ici lancée lorsque deux ados éméchés se vantent d’avoir abusé d’une jeune fille inconsciente qu’ils ramenaient chez elle un soir de fête. Elle utilise différents styles littéraires comme des pièges, pour déconstruire la rumeur, démontrer comment chacun s’approprie l’histoire, se la raconte afin de conforter ses opinions. Une lecture étonnante et poignante, qui donne une voix à cette femme qui cherche à s’émanciper du poids de son passé.
Brèves de solitude
Je ne suis jamais déçu lorsque j’entreprends la lecture d’un livre de Sylvie Germain. Cela est d’autant plus vrai avec son dernier roman où l’on fait la rencontre de passants qui gravitent autour d’un square qui sera déserté à la suite de la pandémie. Chaque personnage se retrouvera avec lui-même, taraudé de questionnements existentiels, en besoin de fraternité dont la solitude créée par la réclusion élargira les perspectives de leur âme qui leur était jusque-là inconnue. Au-delà d’une littérature alimentaire, la plume de Sylvie Germain donne vie, mouvement et être aux portraits de ces contemporains qui nous ressemblent étrangement.
Partie de chasse au petit gibier entre lâches au club de tir du coin
« Ça se pourrait que ça fasse mal. Courage. » Megan Gail Coles ouvre son roman Partie de chasse au petit gibier entre lâches au club de tir du coin avec cette intrigante mise en garde. Après seulement quelques pages, on est happé et on ne peut que donner raison à l’autrice! C’est une lecture bouleversante, qui nous chavire, mais ô combien essentielle. La guerre contre la misogynie et la masculinité toxique n’est pas finie et il est primordial de nous le rappeler. Le roman nous plonge dans le quotidien de personnages comme Iris et Olive, des femmes écorchées, en mal d’amour (et de respect), souffrant en silence dans une Terre-Neuve qui leur a tourné le dos. Un roman-rafale qui balaie tout sur son passage et qui ne laissera personne indemne.
Libérer la culotte
Le livre Libérer la culotte, codirigé par Natalie-Ann Roy et Geneviève Morand, renouvelle la représentation de la femme en faisant éclater ses préjugés comme l’a fait le premier volet de cette série, Libérer la colère. Il sert de porte-voix à une trentaine de femmes qui témoignent de leur vécu sexuel stigmatisé par la société, qui touche à des tabous comme le polyamour, l’asexualité, la masturbation, la charge mentale et émotive, les stéréotypes liés à la diversité. Libérer la culotte est l’antidote pour quiconque ne s’identifie pas au modèle hétéronormatif. Un profond sentiment de satisfaction et de validité ressort à la lecture de ce recueil de textes.
À la poursuite du Thunder : L’histoire de la plus longue traque navale de tous les temps
Les adeptes de romans policiers aux ramifications politiques seront ici confondus par cette grande enquête où tout a l’air de sortir d’une intrigue mafieuse alors qu’aucune preuve ne manque. Deux journalistes norvégiens nous font suivre ici la traque haletante de chalutiers spécialisés dans la lucrative pêche illégale dans les eaux internationales antarctiques. Échappant selon toute vraisemblance depuis des années à Interpol, ces navires géants surnommés les Six bandits usent des stratagèmes les plus retors. Changement de pavillon en mer, modification du nom, sociétés-écrans, largage de matériel, falsification de documents et même sabordage sont à compter parmi les pratiques douteuses de ces armateurs aux liens avérés avec la mafia galicienne. Jusqu’au jour où une campagne d’activistes de Sea Shepherd décide d’en faire leur cible prioritaire. Passionnant!
Histoire de l’alimentation : De la préhistoire à nos jours
Manger. L’une des actions les plus importantes après respirer. Avec le temps, l’humain s’est raffiné dans sa façon de consommer sa nourriture. Un humain moyen n’aura pas à chasser, pêcher, ni même cueillir de nos jours. Depuis des milliers d’années, nous avons appris à domestiquer notre nourriture pour l’accroître, la modifier, nous en servir comme monnaie d’échange, en faire une industrie. J’étais déjà fan de la collection « Mondes anciens » chez Belin et ce volume fait du même moule comble deux intérêts majeurs chez moi : la bouffe et l’histoire. Des chasses de nos ancêtres jusqu’à la cuisine française, en passant par les Égyptiens, les Romains et l’époque médiévale, c’est un voyage épique qui vous attend!
Odes
On dit parfois que les livres sont des amis, qu’avec eux, on n’est jamais seul. On parle plus rarement de l’amitié qui peut naître entre un auteur et son lecteur. Par ses courts textes rendant hommage à certaines situations ou à des artistes, David Van Reybrouck nous donne l’impression de partager avec nous ses réflexions profondes et surtout ses découvertes. Odes doit se lire tranquillement, un texte à la fois, pour bien s’en imprégner et en prenant le temps d’aller s’informer sur le sujet traité, écouter la chanson. Cette nouvelle lecture sortant du cadre strict du livre nous donne l’impression d’échanger avec un ami. David Van Reybrouck invite son lectorat à admirer le monde qui l’entoure en livrant des instants qui le font vibrer. Ses odes, au-delà des découvertes de l’artiste, sont de grands hommages au ravissement dans la contemplation du monde.
Ptoma : Un psy en chute libre
Ptoma : Un psy en chute libre porte sur la pratique du psychologue Nicolas Lévesque, par une plongée dans l’intimité de ses patients. À partir de leurs échanges (retranscrits anonymement), Lévesque développe sa pensée sur plusieurs sujets (le capitalisme, l’écologie, l’amour, entre autres). Il dénote la grandeur de la nature et les possibilités de l’humain. Beaucoup de passages du livre méritent d’être surlignés, comme lorsqu’est relaté le résultat des consultations d’un homme qui ne s’illustrait que dans la performance : « Il n’a plus besoin de courir partout, de frapper si fort, de se disperser dans la violence de la dépense pure, totale. » Cette lecture fait du bien, le point de vue est ouvert, sensible.
Dopage organisé
Grigory Rodchenkov a travaillé comme chimiste au centre antidopage de Moscou pendant plus de vingt ans. Il nous explique la montée du dopage sportif depuis les années 1980 et l’immense organisation russe pour falsifier les résultats, la pression émise par le FSB (anciennement le KGB) et par le gouvernement Poutine. Au péril de sa vie, il doit donner les « bons résultats » aux « bons athlètes ». Le laboratoire dirigé par Rodchenkov a élaboré un mode opératoire précis et complexe pour assurer que les Russes aient des tests négatifs. Après avoir révélé toute l’organisation de l’escroquerie, il s’est exilé aux États-Unis en laissant femme et enfants chez sa mère-patrie. Un témoignage qui m’a laissée abasourdie devant ce que l’humain peut faire pour gagner. Les athlètes médaillés par dopage ne se sentent-ils pas mal à l’aise devant les athlètes dits « propres »? Bref, une lecture fascinante des dessous du sport russe de haut niveau.
La promesse de Juliette
Il faut savoir attendre l’amour, l’entretenir, ne pas le remettre en question. Savoir regarder, avoir confiance. Dans ce lumineux essai poétique qui a comme noyau l’univers shakespearien, Mustapha Fahmi nous propose une réflexion humaine et philosophique qui décortique l’amour, la tendresse, la beauté et la dévotion. Composé d’aphorismes et de fragments, La promesse de Juliette nous apprend et nous invite à chercher et à préserver tous les jets de soleil, tous les coups de foudre, tous les instants, tous les battements de cœur, toutes les promesses. Aimer sa douce moitié, aimer un frère, aimer son métier, aimer son art. Un livre qui réchauffe le cœur, qui fait grandir et qui fait du bien, donc, car nous avons plus que jamais besoin de lumière.
Dans les coulisses du Marvel Cinematic Universe (t. 2)
Lorsque Marvel a décidé d’ouvrir ses propres studios de cinéma, il n’espérait pas arriver à devenir l’un des plus grands producteurs de blockbusters de l’histoire. On s’entend, si vous êtes fan de superhéros, vous savez qu’avant Iron Man, peu de films s’étaient hissés au sommet du palmarès. Mais, depuis, ce qu’on appelle des « crossovers » fait maintenant partie du paysage cinématographique, avec des succès qui ne se démentent pas. Jean-Christophe Detrain, dans ses deux volumes, décortique avec brio l’histoire de la production de chaque film, depuis Hulk jusqu’à Spider-Man: Far from Home. Qu’on aime ou pas, on ne peut que s’incliner devant le génie de Kevin Feige qui est le grand architecte de ce projet pharaonique. Deux magnifiques livres pour ceux qui aiment s’attarder sur les détails.
Valide
Qu’est-ce que peut bien être un « roman autobiographique de science-fiction », vous direz-vous probablement. Profondément original, ce récit d’un cheminement trans brouillant les frontières entre la réalité et la fabulation prend place dans un Montréal futuriste et liberticide. Christine/Christian enregistre en effet ce que l’on pourrait qualifier de confession afin que David, une intelligence artificielle aux tendances autocrates et conservatrices, puisse se nourrir de cette « substantifique moelle » qu’est l’expérience humaine dans toute sa multiplicité. Mais est-ce aussi simple? Quelque révolte gronde-t-elle au cœur de cette bulle ultrasécuritaire? On attend déjà les prochains projets de cette nouvelle autrice à la voix si singulière!
La seule chose qui intéresse tout le monde
Imaginez un monde dans lequel le Québec serait un pays indépendant depuis des décennies, où la première puissance mondiale serait l’Inde et où il serait possible — et même courant — de posséder un robot-assistant personnel. Ce roman nous entraîne tout juste là. Nous partons en mission avec un inspecteur suédois de la compagnie Parakaar, dépêché au Québec afin de déterminer si le robot de l’éminent Théodore Désilets a atteint un niveau de conscience lui conférant le statut de personne humaine. Nous suivrons donc l’inspecteur, utilisant un réseau de transport planétaire ultra rapide et efficace, dans ses déplacements aux quatre coins du monde afin de questionner robots et propriétaires. Un roman de science-fiction délicieusement déjanté, truffé d’un humour grinçant irrésistible!
Cemetery Road
Fabuleux Greg Iles (Brasier noir), héritier de Faulkner, brasseur d’intrigues volcaniques où corruption, trahisons, intimidation, chagrins, méfaits sexuels nous éclaboussent pour notre plus coupable plaisir. Pas facile pour le journaliste vedette de Washington Marshall McEwan, de retour dans sa ville natale du Mississippi, d’être un homme de bien : dévoré par une passion folle pour l’épouse de l’homme qui a sauvé sa vie, enquêtant sur la mort suspecte d’un ami dont le dénouement peut mettre en cause un investissement d’un milliard de dollars dans son patelin, est-il prêt à signer un pacte avec le diable pour empêcher la ruine de son univers? Révélations et revirements de situation se succèdent à un rythme fou dans ce vertigineux thriller dénonciateur de cette force motrice du capitalisme : la cupidité.
Le serpent majuscule
On est en 1985 et on comprend que Mathilde, la soixantaine, œuvre comme tueuse à gages depuis longtemps. Sa cruauté était déjà légendaire à l’époque de la Résistance, quand il s’agissait de zigouiller des soldats allemands. Or, voilà que Mathilde a le ciboulot défaillant… Elle qui était un modèle d’efficacité ne tue plus selon les règles, forçant son « superviseur » à vouloir l’éliminer. Mais c’est sans compter que la dame, sous ses airs de mamie débonnaire, a du ressort… En parallèle, on a le pauvre inspecteur Vassiliev chargé d’élucider des meurtres bien étranges… On aura compris que ce premier polar de Pierre Lemaitre, écrit il y a plus de trente ans et tout juste publié, est complètement déjanté et tout à fait jubilatoire! Du bonbon!
Les muses
Mariana est psychothérapeute à Londres et se remet difficilement de la mort de son mari, survenue un an plus tôt en Grèce, pays où elle a grandi. Le seul membre de sa famille encore vivant, sa nièce Zoé, fréquente Cambridge, là où elle-même a étudié. Quand Zoé l’appelle, en larmes, pour lui apprendre le meurtre de sa meilleure amie, Mariana vole à son secours. Très vite, la jeune fille accuse son séduisant professeur de grec ancien, qui s’est entouré d’une cour de charmantes jeunes filles, baptisées « Les muses », dont faisait partie la victime. Mariana tente alors de mener sa propre enquête… Mêlant psychanalyse et références aux tragédies de l’Antiquité, Alex Michaelides multiplie les rebondissements aboutissant à une fin vraiment inattendue.
L’île des âmes
Mara Rais et Eva Croce, deux policières que tout oppose, se voient confier une enquête sur une série de meurtres rituels qui frappe la Sardaigne, et ce, depuis plusieurs décennies. Avec l’aide d’un ancien policier mourant, elles vont être confrontées à des crimes horribles, liés de très près à d’anciens rites sardes. Piergiorgio Pulixi signe ici un premier roman puissant, notamment grâce à ses deux personnages féminins développés avec une grande finesse. Elles sont à la fois fortes et vulnérables, déterminées à découvrir la vérité. L’aspect ethnographique de ce thriller est particulièrement intéressant, et que dire des descriptions magnifiques de la Sardaigne! Pulixi est sans aucun doute un auteur à découvrir, dont j’attends les prochaines parutions avec impatience.
Le poids des seins
Voici un livre à mettre entre toutes les mains adolescentes… ou plus vieilles. À partir des seins, l’autrice aborde la plupart des problématiques liées à la condition féminine. Le corps et ses changements au fil du temps, ses contraintes physiques et ce qu’elles impliquent, ses possibilités, les choix qui s’offrent (ou non) à nous, le regard des autres, de soi, ce qu’on s’inflige ou rejette, les combats qui ont été ou sont menés, les stéréotypes à détricoter… Avec des illustrations d’une époustouflante beauté, faisant souvent appel à des associations symboliques très fortes qui rendent le propos accessible et permettent d’aborder même les plus lourds sujets avec douceur et empathie. Un livre pour se découvrir, s’aimer et s’accepter. Dès 12 ans.
Moi aussi
Un soir, la jeune Romane consomme un peu plus que prévu et celui qu’elle croyait son ami profite de sa vulnérabilité pour abuser d’elle. Le lendemain, lorsqu’elle se souvient, elle banalise l’événement et doute d’elle-même. Mais au fil des jours, elle se rend bien compte qu’elle a été violée. La culpabilité, la honte, la colère, la détresse, tous ces sentiments la hantent. Confrontera-t-elle son agresseur? En cette ère de dénonciations d’agressions sexuelles, le roman de Sophie Rondeau tombe à point. Elle construit une histoire solide, ancrée dans le quotidien des ados — qu’elle connaît bien d’ailleurs puisqu’elle leur enseigne — et donne une voix à des victimes dont le présent est bouleversé et qui n’ont pas toujours les mots pour l’exprimer. Dès 14 ans.
Mes coups seront mes mots
Yusef Salaam est l’un des ados enfermés à tort lors de l’affaire des cinq de Central Park, à la fin des années 1980. L’enquête a été bâclée, la justice, bafouée et ce n’est que vingt-quatre ans plus tard que la vérité a éclaté. Inspiré de son histoire, ce récit en vers libres est un appel criant à la liberté d’être, de penser, de créer. L’écriture brûle, nous bouscule. Les mots sont authentiques, vécus par un jeune dans une prison où le simple fait d’être noir est un crime. Comment un ado poète, artiste et rêveur survit-il en étant incarcéré? En cultivant l’espoir. Et c’est cet espoir qui file entre les lignes et illumine les jours sombres. Un texte puissant et dur, soutenu par une prose enivrante, qui se lit certes rapidement, mais dont les réminiscences habitent longtemps. Dès 14 ans.
D’or et d’oreillers
On raconte qu’un jeune seigneur cherche une épouse. On raconte que sa fortune est impossible à compter, tout comme nombre de ses secrets. On raconte aussi qu’il y aura des épreuves à passer… Sous ses airs de conte de fées, ce roman bouleverse les codes, nos a priori et nos habitudes. On suit Sadima, servante loyale et courageuse, qui accompagne ses trois maîtresses bien décidées à tout tenter pour épouser le fameux Lord Handerson. Loin de penser à relever l’épreuve, Sadima rêve juste d’un peu de repos loin des obligations de sa condition. Et pourtant, dans ce château qui se révèle être vivant, sa vie va être bouleversée à jamais… L’écriture, ingénieuse et imagée, délie les imaginaires et propose un récit hybride fait d’aventures, de défis et d’une subtile sensualité. Pour les adolescents audacieux et les adolescentes audacieuses! Dès 13 ans.
La liste des impossibles
« Ça paraît toujours impossible jusqu’à ce que quelqu’un le fasse », a dit Nelson Mandela. Red a commencé sa liste des impossibles avec sa grand-mère. Au fur et à mesure que la liste s’écrit, elle découvre la différence entre ce qui est impossible et difficile. Si on a marché sur la lune, si l’Everest a été gravi, peut-être que ce qui semble impossible ne l’est pas vraiment? Trouver sa place, avoir une famille qui l’aime et la protège, s’ouvrir aux autres, et même retrouver une tortue fugueuse… Peut-être que tout ça n’est pas impossible pour Red? Peut-être même qu’elle va réussir à maîtriser les orages et les tempêtes d’émotions qui l’agitent? Parce que Red n’est pas une simple jeune fille, elle a aussi le pouvoir de contrôler le vent! Beau, juste, émouvant, sensible, drôle, téméraire, intense, dense, humain, magique : la liste des adjectifs est longue pour décrire La liste des impossibles! Dès 10 ans.
Le point de départ
Yasmina bougonne. Elle doit remettre son dessin et il n’y a absolument rien sur sa feuille parce qu’elle ne sait pas dessiner. Son enseignante lui propose de débuter par un point, et qui sait ce qui suivra! Voilà ce que fait Yasmina : un point. C’est tout. La semaine suivante, quelle surprise de retrouver en classe SON petit point encadré. Aussitôt, la fillette amorce la création d’une série de points de toutes sortes de couleurs et de grandeurs. Lors de l’exposition de fin d’année, les nombreux points attirent l’attention d’un petit garçon admiratif, avouant de pas savoir dessiner. Yasmina saura le mettre au défi. Un bel exemple de persévérance. Dès 3 ans.
Le TDA/H : Lili dans la lune
Lili est dans lune. Même plus loin que la lune… car elle a un trouble de l’attention sans hyperactivité. Elle perd ses choses, n’écoute pas en classe (il est plus intéressant d’imaginer des choses). Elle se fait parfois gronder à cause de ses comportements. Lili se sent à part, ne se sent pas intelligente, car elle ne donne pas les bonnes réponses en classe. Son cerveau ne fait pas exprès d’oublier des choses! Ses parents sont d’avis que Lili est différente : elle est créative, curieuse, audacieuse. Cet ouvrage sensible permet aux parents, aux enfants et au personnel en éducation de comprendre l’enfant qui a un trouble de l’attention sans hyperactivité et de savoir comment interagir avec lui pour lui faire prendre conscience de ses forces. Le livre est agrémenté d’informations pertinentes pour bien accompagner ces enfants lunatiques, mais si attachants! Dès 4 ans.
La chasse au loup
Je craque pour les illustrations, alliant papier découpé, dessins et coloriage, dans les tons de terre qui correspondent bien à la forêt où s’aventurent d’aventureux et combatifs petits chevreaux. Chaque page est assez riche et pleine de détails pour qu’on y fasse des découvertes à chaque lecture. J’adore le choix de n’écrire qu’en dialogues, ce qui rend le texte — ô combien savoureux! — très dynamique et permet à l’illustration de raconter ce qui n’est pas dit, de donner corps à ce suspense un peu inquiétant : après tout, on cherche un loup! Un petit bijou qui met en valeur l’inventivité et la logique naïve de l’enfance, avec cette petite touche d’humour qui rend le récit encore plus touchant. Dès 3 ans.
Le fan club des petites bêtes
Dans son plus récent livre, Elise Gravel nous fait découvrir la passion qui l’anime depuis qu’elle est toute petite pour les insectes. Simple, drôle, efficace, la formule Gravel frappe encore! Ce livre que je qualifierais de documentaire à saveur humoristique nous apprend une multitude de faits fascinants et étonnants sur ces minuscules créatures qui nous entourent. Les monologues et dialogues des petites bêtes sont tout simplement savoureux. Les illustrations ludiques, et ô combien mignonnes, rendent les petites bestioles totalement attachantes! Il fallait s’y attendre, l’autrice et illustratrice nous offre également une section d’insectes imaginaires. Du bonbon! À la fin du livre, on aurait presque (j’ai dit « presque »!) envie d’adopter une mignonne tarentule, une jolie araignée ou un attachant petit scarabée. De quoi faire aimer les insectes aux plus peureux d’entre nous. Promis! Dès 3 ans.
Le secret de Madoka (t. 1)
Bien que Madoka soit un garçon, ce dernier n’adopte pas les comportements ou les accoutrements revendiqués par son genre. Au fond de lui, il aime s’afficher sous des traits féminins. Sa grande sœur le comprend et l’accompagne dans ce processus, mais plusieurs autres membres de son entourage sont perdus devant ces changements. Sachant son attitude peu commune, Madoka souhaite cacher sa vraie identité dans sa nouvelle école. Assez vite, il fait la rencontre d’Itsuki, paria de sa classe en raison de son côté peu gracieux et féminin. Opposées, leurs différences parviendront malgré tout à créer une amitié moderne au-delà des préjugés et standards de la société.
Blanc autour
Le talentueux duo que composent l’auteur Wilfrid Lupano et l’illustrateur Stéphane Fert nous offre une BD d’actualité. Dans Blanc autour, l’incroyable histoire de l’institutrice Prudence Crandall nous sera racontée. C’est dans la petite ville américaine de Canterbury, alors que les habitants sont encore hantés par une révolte d’esclaves, que cette enseignante tentera d’offrir sa chance à une jeune fille noire. Voyant tout le potentiel qui somnole dans cet enfant, madame Crandall lui permettra d’étudier dans sa classe parmi les autres élèves blancs. Ce livre dépeint des sujets encore très présents dans notre société tels que les droits des gens de couleur ainsi que des femmes. Grâce à la plume de Lupano, ce récit librement inspiré de faits réels percute le lecteur par sa véracité. Les dessins de Fert viennent apporter un peu de douceur dans cette sombre histoire. Il s’agit donc d’un ouvrage historique brillamment conçu pour lever le voile sur plusieurs injustices qui subsistent encore aujourd’hui.
Suzette ou le grand amour
Le nouveau Fabien Toulmé nous invite à nous immiscer dans la vie de Noémie, jeune femme de son temps, et de sa grand-mère, Suzette, nouvellement veuve. Certaines discussions ravivent les souvenirs d’un jeune homme prénommé Francesco, rencontré soixante ans plus tôt au cours d’un travail d’été dans une famille italienne aisée. Noémie prend donc l’initiative d’entraîner sa grand-mère en camionnette, pour partir à la rencontre de cet amour jamais oublié. Nous suivrons aussi le nouveau départ du couple Noémie et Hugo, nouvellement en appartement, qui se verra confronté à certains problèmes conjugaux. Un roman graphique plus que parfait, qui vous fera réfléchir sur le sens du couple et vous permettra de voyager à peu de frais.
A Sign of Affection (t. 1)
Yuki, une étudiante sourde, vit une vie normale et paisible malgré son handicap. Alors qu’elle prend le train et qu’un étranger lui demande des directions, Itsuomi, un étudiant passionné de voyage, vient l’aider à répondre. Lorsque leurs chemins se croiseront à nouveau, Yuki remarquera qu’Itsuomi a développé un intérêt pour la langue des signes. Une histoire d’amour si rafraîchissante et haletante, notamment par le style d’écriture, qu’on ne veut pas que ça s’arrête. Même si Yuki ne parle pas, ce n’est pas un problème pour la narration : avec les signes qu’elle fait, ses expressions et la typographie, on comprend tout, et c’est ce que j’ai aimé! Et que dire des dessins et de la page couverture, qui est adorable. Elle m’a tapée directement dans l’œil! Vivement la suite!
Solo Leveling (t. 1)
Sung Jinwoo est le chasseur le plus faible qui n’ait jamais existé. Il y a de cela une décennie, des portails ont surgi, amenant des monstres dans le monde des humains. Ce garçon fait partie des chasseurs qui ont pour but de les éradiquer, mais voilà qu’il se sacrifie pour sauver ses camarades. Une fois qu’il se réveille à l’hôpital, des onglets lui apparaissent, comme dans une interface, sans que personne d’autre ne les remarque. Il se rend bien vite compte qu’il a survécu d’une manière qu’il ne comprend pas et qu’il n’est plus aussi faible qu’avant… Solo Leveling apporte une certaine modernité au monde imaginaire et capte vite notre attention grâce à ses dessins. Une histoire des plus intéressantes qui a piqué ma curiosité. Une belle découverte!
Le divin scénario
Le divin scénario se réapproprie le thème biblique de l’Annonciation sous le regard de l’histoire de la littérature. L’Archange Gabriel est mandaté pour trouver Marie, la mère du représentant sur Terre, avec l’indice qu’elle doit être « une femme qui lit ». De l’Antiquité à l’époque actuelle, on retrouve des personnages de femmes fortes qui savent ce qu’elles désirent : Shéhérazade des Mille et une nuits, Francesca de La Divine Comédie, Emma Bovary de Madame Bovary, Marilyn Monroe. Le ton général de l’histoire est humoristique (par exemple, la sonnerie du cellulaire de Gabriel est « Kyrie Eleison », une prière liturgique). Cette BD est un réel ouvrage de recherche qui resplendit d’originalité. Les clins d’œil artistiques, littéraires et à la culture pop sont florissants, c’est un véritable « cherche et trouve » de références (recelées à la fin de l’ouvrage, Dieu merci!). Du côté de l’illustration, Dori use de la même touche épatante et vive qui m’avait éblouie dans Le Dieu vagabond. Lire et relire Le divin scénario sera assurément un plaisir renouvelé.
Le mandala de feu
À première vue, ce manga relatant les débuts et l’ascension du grand peintre Tôhaku Hasegawa semble un peu illusoire, iconoclaste et sensiblement romancé tant certaines informations sur cette période sont peu sûres. Et pourtant… Ce qu’on y découvre, c’est l’étincelle qui allume soudain le feu de l’inspiration, brûlant et consumant tout, jusqu’à son propre être. On perçoit des visions venues d’ailleurs se nourrir au plus profond d’un cœur pour faire naître une merveille. On parle avec Sen no Rikyû, le grand maître du thé, de la futilité du monde. Et passe aussi le grand Eitoku Kanô, illuminant son époque. Alors on se laisse porter, d’un temple à la cour, de l’encre et de l’or sur les doigts, pour contempler le feu.
Mégantic : Un train dans la nuit
C’est une œuvre qui marque les esprits de façon indélébile. L’excellent essai d’Anne-Marie Saint-Cerny est ainsi brillamment mis en images par Christian Quesnel, qui nous avait déjà délecté de nombre d’ouvrages forts et évocateurs. Leur collaboration aura été fructueuse, distillant au récit sans lourdeur aucune les détails de cette tragédie et de ses répercussions, tout en en accentuant (s’il était nécessaire) la dimension émotionnelle. On se sent horrifié, révolté, en suivant ce minutieux témoignage, mais aussi, et surtout, habité par tous ces visages et regards, contrastant incroyablement avec ces décideurs pour qui l’humain est quantité négligeable, piétinant bien trop souvent le monde en toute impunité.
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